Cette fiche vous apprend à lire un gaz du sang dans un ordre fixe, à le rapporter à l'oxygène reçu et au patient, et à en tirer une décision immédiate. Elle suit 2 situations qui se lisent avec les mêmes règles : une acidose métabolique, de la lecture au traitement de sa cause, puis une crise d'asthme où la valeur qui paraît normale est la plus inquiétante.
SommaireEnviron 10 min
- Le prélèvement et l'oxygène font partie du résultat
- Le pH, puis les bicarbonates et la PaCO2 : l'ordre protège de la conclusion hâtive
- Le trou anionique désigne la cause, et une kaliémie normale peut tromper
- Une acidose se traite par sa cause, et le potassium se surveille
- Devant une crise d'asthme, demander ce que la personne ne dit pas
- Ce qui semble aller mieux peut aller plus mal
- La capnie normale est un chiffre à contresens
- Traiter sans attendre le transfert, et expliquer pourquoi la personne reste
- À retenir pour la station
Le prélèvement et l'oxygène font partie du résultat
Un gaz du sang se lit d'abord par ses conditions de prélèvement. Un gaz artériel et un gaz veineux n'ont pas les mêmes normes, et une PaO2 ne se lit qu'avec le débit d'oxygène reçu. Artériel ou veineux, air ambiant ou débit d'oxygène : ces lignes se lisent avant les valeurs.
L'insuffisance respiratoire aiguë se définit par une PaO2 inférieure à 60 mmHg, avec ou sans acidose respiratoire hypercapnique, au-delà de 45 mmHg de PaCO2. Des bicarbonates supérieurs à 30 mmol/L témoignent d'une hypercapnie chronique.
Une gazométrie peut être faussement rassurante. Une hypocapnie marquée avec une PaO2 normale peut masquer une hypoxémie profonde, que l'hyperventilation compense.
Le pH, puis les bicarbonates et la PaCO2 : l'ordre protège de la conclusion hâtive
Le pH dit le sens du trouble, acidose ou alcalose ; les bicarbonates et la PaCO2 disent lequel est primitif, métabolique ou respiratoire. Le pH artériel normal va de 7,38 à 7,42, et les bicarbonates de 22 à 26 mmol/L.
Une acidose métabolique associe un pH artériel inférieur à 7,38 et des bicarbonates inférieurs à 22 mmol/L. La PaCO2 basse qui l'accompagne est la réponse ventilatoire.
La compensation se calcule, par la formule de Winter : dans une acidose métabolique, la PaCO2 attendue vaut 1,5 fois les bicarbonates plus 8, à 2 près. Plus haute, elle fait suspecter une acidose respiratoire associée, ce qui arrive chez un patient qui s'épuise ; plus basse, une alcalose respiratoire associée. Le calcul sépare ainsi un trouble simple d'un trouble mixte ou complexe.
Un pH normal n'écarte pas un trouble. Une anomalie des bicarbonates avec un pH normal peut traduire 2 troubles associés : des bicarbonates bas avec un pH normal, par exemple, une acidose métabolique et une alcalose respiratoire. Conclure sur le pH seul est l'erreur que cet ordre évite.
« Le pH est bas : c'est une acidose ; les bicarbonates sont effondrés : elle est métabolique ; la PaCO2 basse est la réponse ventilatoire, et je vérifie qu'elle est celle attendue. »
Le trou anionique désigne la cause, et une kaliémie normale peut tromper
Devant une acidose métabolique, le trou anionique se calcule avec le potassium : sodium plus potassium, moins chlore et bicarbonates. Il vaut normalement 16 ± 4 mmol/L.
Au-delà de 20 mmol/L, un acide s'accumule : le lactate d'un choc, les corps cétoniques d'une acidocétose, les anions d'une insuffisance rénale, ou un toxique. Normal, le trou anionique désigne une perte de bicarbonates, digestive ou rénale.
La cause se confirme sur les autres résultats du même bilan : le lactate, la cétonémie et la créatinine. La conclusion nomme une cause et la justifie par eux, un lactate normal écartant par exemple l'acidose lactique.
Une valeur normale peut tromper, et la kaliémie d'une acidocétose en est l'exemple. Moins de 2 % du potassium de l'organisme est extracellulaire, et l'acidocétose diabétique en fait perdre dans les urines : la kaliémie est souvent normale alors que le potassium a été perdu. L'insuline, en le faisant entrer dans les cellules, révèle ce déficit, et une kaliémie normale peut baisser sous traitement.
« Le trou anionique est augmenté : j'évoque une cétose, une acidose lactique ou une insuffisance rénale, et le lactate normal écarte l'acidose lactique. »
« La kaliémie est normale, mais elle ne dit pas le stock de potassium, et l'insuline va la faire baisser. »
Une acidose se traite par sa cause, et le potassium se surveille
Une acidose se traite par sa cause, plutôt que par la correction du chiffre. Un pH inférieur à 7,10 ou des bicarbonates inférieurs à 8 mmol/L font d'un trouble acido-basique une urgence vitale.
Dans une acidocétose, l'insuline et la réhydratation suffisent le plus souvent. L'alcalinisation n'est pas conseillée : le bicarbonate de sodium expose à l'hypokaliémie, à l'hypernatrémie et à la surcharge hydrosodée.
L'insuline administrée au cours d'une acidocétose fait partie des causes d'hypokaliémie, par transfert du potassium dans les cellules. Elle révèle le déficit qu'une kaliémie normale cachait, et le potassium se surveille donc pendant tout le traitement.
« Je réhydrate et je débute l'insuline, avec une kaliémie contrôlée régulièrement ; le bicarbonate n'est pas le traitement de cette acidose. »
Devant une crise d'asthme, demander ce que la personne ne dit pas
Ce qui a été pris depuis le début de la crise renseigne sur la gravité : combien de bouffées, et avec quel effet. De nombreuses bouffées de bronchodilatateur sans effet depuis des heures annoncent une crise qui ne cède pas.
Les facteurs de risque de décès par asthme se demandent, parce que la personne ne les livre pas, surtout quand elle veut partir. Un antécédent d'exacerbation ayant conduit en réanimation ou à une intubation, une hospitalisation ou un passage aux urgences pour asthme dans l'année, l'arrêt ou l'absence de corticoïdes inhalés et l'absence de suivi en font partie, comme des difficultés psychosociales.
Ces facteurs pèsent sur la décision de garder la personne, parce qu'ils font d'une exacerbation une situation à haut risque. L'antécédent de réanimation et l'observance du traitement de fond se demandent donc en clair.
« Avez-vous déjà été en réanimation pour votre asthme, ou intubée ? »
« Prenez-vous encore votre traitement de fond, le spray du matin et du soir ? »
Ce qui semble aller mieux peut aller plus mal
Une fréquence respiratoire qui baisse, des sibilants qui disparaissent et une personne qui dit se sentir mieux peuvent traduire un épuisement. Moins d'air circule, et le thorax devient silencieux.
La saturation ne s'interprète qu'avec le débit d'oxygène qui l'a produite. Remontée, elle l'est souvent sous plusieurs litres d'oxygène ; elle s'apprécie avant l'oxygène, ou 5 min après son retrait.
La gravité se lit sans examen physique. Parler par mots, rester assise penchée en avant, transpirer, ne pas pouvoir s'allonger : chacun de ces signes se voit depuis la porte, et ils se nomment à partir de ce qui se voit et s'entend.
Une exacerbation grave, qui relève d'une prise en charge hospitalière, se reconnaît à l'un de ces signes :
- Une parole par mots.
- Une position assise penchée en avant.
- Une agitation.
- Une fréquence respiratoire supérieure à 30 par minute.
- Une fréquence cardiaque supérieure à 120 par minute.
- Une SpO2 inférieure à 90 % en air.
Le silence auscultatoire, la respiration paradoxale et les troubles de la conscience sont des signes de défaillance. Une personne somnolente, confuse ou au thorax silencieux relève des soins intensifs.
La capnie normale est un chiffre à contresens
Pendant une exacerbation d'asthme, la personne hyperventile, et sa PaCO2 est le plus souvent inférieure à 40 mmHg. C'est le chiffre attendu d'une personne qui lutte pour respirer.
Une PaCO2 revenue à la normale chez quelqu'un qui lutte signifie que la ventilation ne suffit plus. La fatigue et la somnolence font craindre sa remontée, et une PaO2 inférieure à 60 mmHg avec une PaCO2 normale ou élevée signe une insuffisance respiratoire.
La capnie normale s'interprète donc comme un épuisement, et le réanimateur est appelé. Elle ne se lit qu'avec la détresse qui l'accompagne, comme la saturation avec son débit d'oxygène.
« Sa PaCO2 est normale alors qu'elle lutte pour respirer : elle s'épuise, j'appelle le réanimateur. »
Traiter sans attendre le transfert, et expliquer pourquoi la personne reste
Le traitement de l'exacerbation sévère n'attend pas le transfert. Il associe la nébulisation de 5 mg de salbutamol ou de terbutaline toutes les 20 min la première heure, de l'oxygène pour une SpO2 de 93 à 95 %, et une prednisone ou une prednisolone de 0,5 à 1 mg/kg par jour sans dépasser 60 mg, débutée sans retard. Le transfert médicalisé en soins intensifs s'organise pendant ce temps, et le réanimateur est appelé.
Une acidose respiratoire aiguë pose la question de la ventilation. Une assistance ventilatoire est indiquée devant une respiration paradoxale, des troubles de la conscience, une acidose respiratoire avec un pH inférieur à 7,35 ou une hypoxémie réfractaire. La ventilation non invasive convient à une défaillance respiratoire isolée chez un patient coopérant ; un état de choc ou un coma font préférer la ventilation invasive.
Une personne en exacerbation grave reste à l'hôpital, même si elle dit aller mieux. La laisser partir parce qu'elle se sent mieux est l'erreur que tout ce qui précède doit empêcher. La reprise du traitement de fond, elle, se discute une fois l'exacerbation contrôlée.
La décision de la garder s'explique, sans la terrifier. Nommer ce que l'on a vu lui en donne la raison, et une aide se propose pour ce qui l'inquiète.
« Vous ne finissez pas vos phrases et vous ne pouvez pas vous allonger : c'est une crise grave, même si vous vous sentez mieux, et vous restez avec nous. »
À retenir pour la station
Lisez d'abord les conditions du prélèvement et le débit d'oxygène, puis le pH, les bicarbonates et la PaCO2, dans cet ordre. Devant une acidose métabolique, vérifiez la compensation, calculez le trou anionique, et confirmez la cause sur le lactate, la cétonémie et la créatinine. Dans une acidocétose, une kaliémie normale ne dit pas le stock : l'insuline la fera baisser, et le bicarbonate n'est pas le traitement. Dans une crise d'asthme, une fréquence respiratoire qui baisse, des sibilants qui disparaissent et une saturation remontée sous oxygène ne sont pas une amélioration, et une capnie normale chez une personne qui lutte signe un épuisement : traitez sans attendre, appelez le réanimateur, et expliquez pourquoi elle reste.
S'entraîner sur cette situation
Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.
Sources
- Manuel de néphrologie (Ouvre un nouvel onglet)
Collège universitaire des enseignants de néphrologie (CUEN). 11e édition, 2025 à 2026 (Ellipses, collection Les référentiels EDN).
- Référentiel du Collège des enseignants de pneumologie (Ouvre un nouvel onglet)
Collège des enseignants de pneumologie (CEP). 9e édition, pour la préparation des épreuves dématérialisées nationales (S-Editions).
- Global Strategy for Asthma Management and Prevention (Ouvre un nouvel onglet)
Global Initiative for Asthma (GINA). Mise à jour 2026.
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