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Endocrinologie

Fiche de révision

Analyse du bilan thyroïdien

S'entraîner sur cette situation
Situation de départ 194Catégorie IIItem R2C 243Item R2C 242Item R2C 244

Cette fiche vous apprend à lire la TSH avec la T4 libre, à reconnaître une hypophyse qui répond mal derrière un chiffre dans les bornes, puis à décider dans le bon ordre de ce qui se traite en premier. Elle suit le raisonnement : le couple des 2 dosages, ce qui imite une atteinte centrale, les signes qui ne sont pas thyroïdiens, les autres axes, l'imagerie, l'ordre des traitements et leur suivi.

SommaireEnviron 8 min
  1. Une TSH dans les bornes peut être inappropriée
  2. Confirmer sur 2 dosages, après avoir écarté ce qui imite ce profil
  3. Les signes qui comptent ne sont pas thyroïdiens
  4. Une atteinte thyréotrope est rarement seule : lire les autres axes
  5. L'étage désigne l'imagerie : l'hypophyse, pas la thyroïde
  6. Le cortisol passe avant l'hormone thyroïdienne
  7. Suivre la T4 libre, et transmettre le couple à l'endocrinologue
  8. À retenir pour la station

Une TSH dans les bornes peut être inappropriée

La stratégie de la TSH seule repose sur une hypothèse : que l'hypophyse fonctionne. Dans une hypothyroïdie périphérique, la TSH est le paramètre le plus sensible : elle s'élève dès que la thyroïde faiblit, et elle suffit au dépistage.

Quand l'hypophyse ou l'hypothalamus est atteint, ce raisonnement tombe. La TSH peut rester dans les bornes, voire être basse, alors que la T4 libre baisse. Une TSH qui ne s'élève pas devant une T4 libre basse désigne l'hypophyse ou l'hypothalamus.

Une TSH se lit donc avec la T4 libre, et la question n'est pas de savoir si elle est normale mais si elle est appropriée. Devant une T4 libre basse, une TSH normale est inappropriée : une hypophyse saine l'aurait élevée. Le mot « inappropriée » est celui qui qualifie cette lecture.

« La T4 libre est basse et la TSH est dans les bornes : devant une T4 basse, une hypophyse saine aurait élevé la TSH, cette TSH est inappropriée. »

Confirmer sur 2 dosages, après avoir écarté ce qui imite ce profil

Une T4 libre basse avec une TSH basse ou normale fait évoquer une hypothyroïdie centrale. Le diagnostic se confirme par une T4 libre sous la limite inférieure avec une TSH inappropriée, sur au moins 2 dosages séparés. Sur un premier bilan, la conclusion est donc une hypothyroïdie centrale probable, à confirmer sur un second dosage.

Plusieurs situations imitent ce profil, et elles s'écartent avant de conclure. Ce sont une maladie non thyroïdienne, un sevrage en lévothyroxine, une interférence de dosage, et les médicaments qui abaissent la TSH, comme les glucocorticoïdes ou la dopamine.

Le contexte se relève donc avec le bilan. Un glucocorticoïde ou une maladie aiguë en cours abaissent la TSH, et une interférence de dosage se discute quand la personne ne ressemble pas à son bilan.

La T3 basse isolée n'est pas un signe d'atteinte centrale. Une T3 libre ou totale basse isolée oriente vers une maladie non thyroïdienne, et la T3 ne se dose pas pour explorer une hypothyroïdie.

Les signes qui comptent ne sont pas thyroïdiens

La fatigue, la frilosité et la constipation vont avec n'importe quelle hypothyroïdie. Elles ne disent rien de l'étage atteint. Des céphalées quotidiennes, une aménorrhée ou un écoulement mammaire, eux, désignent l'hypophyse.

Ces signes se cherchent dans le dossier et se demandent, parce que la personne les attribue souvent à autre chose. Les céphalées, les troubles visuels, l'aménorrhée, l'écoulement mammaire, un traumatisme crânien ou une irradiation cérébrale font partie de l'interrogatoire.

Une hypothyroïdie centrale se recherche chez toute personne qui a des signes d'hypothyroïdie avec une hyperprolactinémie, des céphalées répétées ou un trouble du champ visuel. Elle se recherche aussi d'emblée devant certains antécédents : une lésion hypothalamo-hypophysaire ou une chirurgie hypophysaire, un traumatisme crânien, une irradiation cérébrale.

Ce que le dossier contient se rapproche du bilan. Les signes extrathyroïdiens relevés dans le dossier se relient au profil biologique, au lieu d'être lus à part.

« Avez-vous des maux de tête, une gêne pour voir sur les côtés, un écoulement par les seins ? »

Une atteinte thyréotrope est rarement seule : lire les autres axes

Les autres axes hypophysaires se lisent sur le même prélèvement, avant de conclure. Le cortisol du matin, la prolactine, les gonadotrophines et la natrémie se lisent avec le couple TSH et T4 libre, et non après.

Chez une femme en aménorrhée, des gonadotrophines basses sont anormales, puisqu'une origine ovarienne les élèverait. Elles désignent un hypogonadisme d'origine hypothalamo-hypophysaire.

Une hyperprolactinémie oriente vers l'hypophyse, par sécrétion tumorale ou par compression de la tige. Un cortisol du matin bas, lui, fait craindre une insuffisance corticotrope, et c'est ce dernier axe qui décidera de l'ordre des traitements.

« La prolactine est élevée, les gonadotrophines sont basses malgré l'aménorrhée, et le cortisol du matin est bas : plusieurs axes sont touchés. »

L'étage désigne l'imagerie : l'hypophyse, pas la thyroïde

Une atteinte hypophysaire biologique fait demander une IRM de la région hypothalamo-hypophysaire, surtout quand d'autres axes sont touchés. Des céphalées répétées, une prolactine élevée ou un trouble visuel font craindre une lésion volumineuse.

Devant des céphalées, une prolactine élevée ou une suspicion de lésion volumineuse, le champ visuel se mesure formellement. C'est l'ophtalmologiste qui le réalise, et il renseigne sur le retentissement de la lésion sur les voies optiques.

Les examens de la thyroïde ne répondent pas à cette question. L'échographie regarde la forme de la glande et n'a pas de place dans le diagnostic d'une hypothyroïdie ; la scintigraphie s'emploie pour chercher la cause d'une hyperthyroïdie. Demandées ici, elles retardent l'essentiel.

« Je demande une IRM hypophysaire et un champ visuel ; une échographie thyroïdienne n'apporterait rien, l'anomalie n'est pas thyroïdienne. »

Le cortisol passe avant l'hormone thyroïdienne

L'ordre des traitements est une règle de sécurité. L'hormone thyroïdienne accélère le métabolisme et les besoins en cortisol. Chez une personne dont l'axe corticotrope est atteint, la débuter en premier expose à une crise surrénale.

La lévothyroxine attend donc la preuve d'une sécrétion de cortisol conservée. Si une insuffisance corticotrope n'est pas écartée, la substitution thyroïdienne suit la corticothérapie : en cas de doute, l'hydrocortisone passe avant, et l'exploration de l'axe corticotrope peut être reportée.

Le risque de crise surrénale se prévient ainsi, par l'ordre des prescriptions. Évaluer ou substituer l'axe corticotrope vient avant toute lévothyroxine, et la raison de cet ordre se dit en même temps que l'ordre lui-même.

« Je ne donne pas la lévothyroxine d'abord : l'axe corticotrope est probablement atteint, l'hydrocortisone passe avant. »

Suivre la T4 libre, et transmettre le couple à l'endocrinologue

Le suivi change de repère. Quand l'hypophyse ne répond pas, la TSH ne renseigne plus sur la dose, et elle devient souvent basse sous traitement. Quand la TSH était basse au départ, son dosage ne sert plus au suivi.

C'est la T4 libre qui guide la dose. Le traitement se contrôle 6 à 8 semaines après son début, sur un prélèvement fait avant la prise ou au moins 4 heures après, en visant une T4 libre au-dessus de la médiane des valeurs normales.

Ce qui se transmet à l'endocrinologue tient en 3 éléments : le couple TSH et T4 libre, et non la seule TSH, l'état des autres axes, et la conclusion retenue. C'est la lecture du bilan, mise par écrit avec ce qui l'appuie.

« La TSH ne servira pas au suivi : c'est la T4 libre qui guidera la dose. »

À retenir pour la station

Lisez la TSH avec la T4 libre : devant une T4 libre basse, une TSH dans les bornes est inappropriée et désigne l'hypophyse. Écartez ce qui imite ce profil, maladie non thyroïdienne, médicament, interférence de dosage, et confirmez sur un second dosage. Lisez les autres axes sur le même prélèvement et relevez les signes qui ne sont pas thyroïdiens. Demandez une IRM hypophysaire et un champ visuel, pas d'échographie thyroïdienne. Et ne débutez la lévothyroxine qu'une fois l'axe corticotrope évalué ou substitué : l'hydrocortisone passe avant, et c'est la T4 libre, non la TSH, qui guidera la dose.

S'entraîner sur cette situation

Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.

Sources

  1. 1
    2018 European Thyroid Association (ETA) Guidelines on the Diagnosis and Management of Central Hypothyroidism (Ouvre un nouvel onglet)

    European Thyroid Association (ETA). European Thyroid Journal, 2018, vol. 7, n° 5, p. 225 à 237 (doi:10.1159/000491388).

    Passages utilisés : Recommendations 1, 6, 7, 10 à 12 et tableau 3, diagnostic ; Recommendations 20, 26 et 27, traitement et suivi

    Appuie : Synthèse paraclinique, Stratégie diagnostique, Stratégie de prise en charge, Entretien et interrogatoire

  2. 2

    Endocrinologie, diabétologie et maladies métaboliques

    Collège des enseignants d'endocrinologie, diabète et maladies métaboliques (CEEDMM). 6e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Item 243, Hypothyroïdie ; Item 244, Adénome hypophysaire

    Appuie : Synthèse paraclinique, Stratégie diagnostique