Fiche de révision
Analyse du bilan thyroïdien
La TSH d'abord, et ce n'est vrai que si l'hypophyse va bien. Une TSH normale en face d'une T4 libre basse est anormale : elle aurait dû monter. C'est le seul profil que la stratégie du chiffre unique laisse passer.
Sommaire
Entretien et interrogatoire
Un bilan thyroïdien se demande avec une question et se lit avec un contexte, faute de quoi il produit des faux problèmes à la chaîne.
Les symptômes se cherchent dans les deux sens, parce qu'ils sont banals et opposés : fatigue, prise ou perte de poids, frilosité ou intolérance à la chaleur, constipation ou transit accéléré, ralentissement ou nervosité, palpitations, troubles du sommeil, chute de cheveux, troubles du cycle.
⚠️ Les traitements se demandent nommément, et trois comptent plus que les autres : l'amiodarone, qui peut donner l'un et l'autre trouble et longtemps après l'arrêt ; le lithium ; et les fortes doses de biotine, présentes dans des compléments pour les cheveux et les ongles, qui faussent le dosage lui-même sans toucher à la thyroïde.
Ce qui déplace les bornes : la grossesse, où la TSH baisse au premier trimestre ; les œstrogènes ; les corticoïdes ; l'âge.
⚠️ La maladie aiguë est un piège à part : chez un patient hospitalisé pour autre chose, le bilan se dérègle sans qu'il y ait de maladie thyroïdienne. La bonne conduite est de ne pas le demander, sauf suspicion forte.
Les antécédents utiles : irradiation cervicale, chirurgie thyroïdienne, maladie auto-immune personnelle ou familiale, post-partum récent.
⚠️ Ce qui oriente vers l'hypophyse et qu'on ne demande jamais : céphalées, troubles visuels, aménorrhée, galactorrhée, baisse de la libido, antécédent d'hémorragie de la délivrance.
Retenir que la question des compléments alimentaires vaut ici autant que celle des médicaments.
À retenir
- Les symptômes sont banals et opposés : ils se cherchent dans les deux sens.
- Amiodarone, lithium et fortes doses de biotine se demandent nommément.
- La biotine fausse le dosage sans toucher à la thyroïde.
- Chez un patient en maladie aiguë, le bilan se dérègle sans maladie thyroïdienne.
- Céphalées, troubles visuels et aménorrhée orientent vers l'hypophyse.
En pratique
- Symptômes cherchés dans les deux sens
- Amiodarone, lithium, compléments contenant de la biotine
- Grossesse, œstrogènes, corticoïdes
- Contexte de maladie aiguë
- Irradiation cervicale, chirurgie, auto-immunité familiale
- Céphalées, troubles visuels, aménorrhée, galactorrhée
Examen clinique
L'examen sert deux fois : il dit si le tableau clinique va avec le bilan, et il cherche l'étage.
La thyroïde se palpe debout, de face puis de dos, pendant la déglutition : volume, consistance, caractère diffus ou nodulaire, sensibilité, souffle. Un goitre diffus vasculaire, un goitre nodulaire et une thyroïde non palpable n'ouvrent pas les mêmes hypothèses.
Les aires ganglionnaires cervicales se palpent avec elle, devant tout nodule.
Les signes périphériques d'hyperfonctionnement : tachycardie, tremblement fin des extrémités, moiteur, amaigrissement, rétraction palpébrale. Et ceux d'hypofonctionnement : bradycardie, peau sèche, œdème des paupières, ralentissement, réflexes lents à la décontraction.
L'atteinte oculaire se cherche à part, parce qu'elle appartient à une maladie et non à une hormone : exophtalmie, rougeur, diplopie.
⚠️ Les signes qui font quitter la thyroïde et regarder l'hypophyse : galactorrhée provoquée, dépilation, pâleur, hypotension, et surtout une anomalie du champ visuel au doigt, qui se teste en trente secondes et que personne ne fait.
Le retentissement se cote : fréquence cardiaque, pression artérielle, poids et son évolution chiffrée.
Retenir que le champ visuel au doigt est le geste le plus rentable de cet examen, et le plus oublié.
À retenir
- La thyroïde se palpe pendant la déglutition, de face puis de dos.
- Goitre diffus, goitre nodulaire et thyroïde non palpable ouvrent des hypothèses différentes.
- L'atteinte oculaire appartient à une maladie, pas à une hormone.
- Galactorrhée, dépilation et hypotension font regarder l'hypophyse.
- Le champ visuel au doigt prend trente secondes et n'est presque jamais fait.
En pratique
- Palpation thyroïdienne complète, pendant la déglutition
- Aires ganglionnaires cervicales
- Signes périphériques d'hyper et d'hypofonctionnement
- Recherche d'une atteinte oculaire
- Champ visuel au doigt et recherche de galactorrhée
- Fréquence cardiaque, pression artérielle, poids chiffré
Synthèse paraclinique
La stratégie « TSH d'abord » est juste, et elle repose sur une hypothèse qu'il faut savoir énoncer : que l'hypophyse fonctionne. Quand elle fonctionne, la TSH est le paramètre le plus sensible, parce qu'elle réagit à un écart minime des hormones périphériques.
Trois cas simples se règlent avec elle seule. TSH normale, tout va bien. TSH élevée, on dose la T4 libre : basse, c'est une hypothyroïdie ; normale, elle est fruste. TSH effondrée, on dose la T4 libre et la T3 libre.
⚠️ Le quatrième cas est celui qui échappe, et il faut le chercher exprès : une TSH normale ou basse en face d'une T4 libre basse. C'est une réponse inappropriée : devant une T4 basse, une hypophyse saine aurait fait monter la TSH. Le chiffre est dans les bornes et il est anormal.
La T4 libre se dose donc d'emblée dès qu'on soupçonne une atteinte centrale, sans attendre le résultat de la TSH.
Les anticorps antithyroperoxydase disent l'auto-immunité, pas la fonction : ils se demandent pour une cause, jamais pour une surveillance.
⚠️ Ce qui ne se dose pas : la T3 libre devant une hypothyroïdie, la thyroglobuline hors du suivi d'un cancer, et le bilan entier chez un patient en maladie aiguë, où une T3 basse est la règle et ne signifie rien.
Devant une suspicion d'atteinte centrale, le bilan sort de la thyroïde : cortisol du matin, prolactine, gonadotrophines, et l'axe somatotrope selon l'âge.
Retenir que la TSH ne suffit pas quand on suspecte l'hypophyse, et que c'est la seule exception à la règle du chiffre unique.
À retenir
- La stratégie TSH d'abord suppose que l'hypophyse fonctionne.
- Une TSH normale en face d'une T4 libre basse est une réponse inappropriée.
- La T4 libre se dose d'emblée dès qu'on soupçonne une atteinte centrale.
- Les anticorps disent la cause, pas la fonction.
- Chez un patient en maladie aiguë, une T3 basse est la règle et ne signifie rien.
En pratique
- TSH en première intention chez un patient tout-venant
- T4 libre associée d'emblée si suspicion centrale
- Caractère approprié de la TSH vérifié face à la T4 libre
- Anticorps demandés pour une cause, pas pour un suivi
- Aucun bilan en pleine maladie aiguë
- Cortisol, prolactine et gonadotrophines si atteinte centrale
Iconographie
L'imagerie ne mesure pas une fonction, elle regarde une forme, et la confondre avec un dosage est l'erreur la plus fréquente de cette page.
L'échographie thyroïdienne se demande devant un goitre, un nodule palpé ou une anomalie de la palpation. ⚠️ Elle ne se demande pas devant une simple anomalie de la TSH chez une thyroïde normale à la palpation : elle trouvera des nodules infracentimétriques chez un adulte sur deux, et chacun ouvrira une surveillance dont personne n'avait besoin.
La scintigraphie répond à une question et à une seule : devant une hyperthyroïdie confirmée, d'où vient l'hormone ? Fixation diffuse, nodule qui fixe seul, absence de fixation d'une thyroïdite. Elle ne sert à rien dans une hypothyroïdie.
⚠️ L'imagerie hypophysaire par résonance magnétique est celle qu'on ne demande pas parce qu'on n'y a pas pensé. Elle s'impose devant une atteinte centrale confirmée sur la biologie, et d'autant plus s'il existe des céphalées, une anomalie du champ visuel ou une galactorrhée.
Le champ visuel se mesure alors formellement, quel que soit le résultat du test au doigt.
Ce qui ne se demande jamais : une imagerie pour évaluer une fonction, un contrôle échographique rapproché d'un nodule stable, une scintigraphie chez une femme enceinte.
Retenir que l'échographie regarde la forme et la biologie mesure la fonction, et qu'aucune ne répond à la place de l'autre.
À retenir
- L'échographie ne se demande pas devant une simple anomalie de la TSH.
- Elle trouvera des nodules chez un adulte sur deux, et chacun ouvrira une surveillance.
- La scintigraphie répond à une seule question, et seulement en hyperthyroïdie.
- L'imagerie hypophysaire s'impose devant une atteinte centrale biologiquement confirmée.
- Aucune imagerie n'évalue une fonction.
En pratique
- Échographie réservée aux anomalies de la palpation
- Scintigraphie réservée aux hyperthyroïdies confirmées
- Imagerie hypophysaire devant une atteinte centrale
- Champ visuel mesuré formellement le cas échéant
- Aucune imagerie demandée pour évaluer une fonction
Stratégie diagnostique
Chaque couple TSH et T4 libre ouvre une liste courte, et il faut le lire comme un couple.
TSH élevée, T4 libre basse : hypothyroïdie périphérique. La thyroïdite auto-immune domine ; on cherche aussi une cause iatrogène, une chirurgie, une irradiation.
TSH élevée, T4 libre normale : hypothyroïdie fruste. C'est un chiffre, pas une maladie, et elle se confirme sur un second dosage à distance avant toute décision.
TSH basse, T4 libre ou T3 libre élevées : hyperthyroïdie. Maladie auto-immune avec goitre diffus et signes oculaires, nodule autonome, thyroïdite qui relargue, surcharge iodée. ⚠️ Une interférence par la biotine donne exactement ce profil sans aucun signe clinique : c'est la première chose à écarter quand le patient ne ressemble pas à son bilan.
⚠️ TSH normale ou basse, T4 libre basse : insuffisance thyréotrope. C'est le profil qui échappe à la stratégie du chiffre unique. On cherche alors une cause hypophysaire : adénome, séquelle chirurgicale ou d'irradiation, atteinte infiltrative, nécrose du post-partum, et l'on explore les autres axes, corticotrope en premier.
TSH élevée, T4 libre élevée : c'est rare et cela fait d'abord penser à une interférence de dosage ou à une prise récente d'hormone, avant les causes exceptionnelles.
Retenir que le patient qui ne ressemble pas à son bilan a raison, et que c'est le bilan qu'on refait.
À retenir
- Une hypothyroïdie fruste se confirme sur un second dosage avant toute décision.
- Une interférence par la biotine imite une hyperthyroïdie sans aucun signe clinique.
- TSH normale ou basse avec T4 libre basse : insuffisance thyréotrope.
- Devant une atteinte centrale, on explore les autres axes, corticotrope en premier.
- Le patient qui ne ressemble pas à son bilan a raison.
En pratique
- TSH et T4 libre lues comme un couple
- Second dosage avant de traiter une hypothyroïdie fruste
- Interférence recherchée si la clinique ne suit pas
- Insuffisance thyréotrope évoquée devant une TSH inappropriée
- Axe corticotrope exploré avant tout traitement
Urgence vitale
Stratégie de prise en charge
Un bilan anormal ne se traite pas : c'est un patient qui se traite, et parfois personne.
⚠️ La règle d'ordre, et c'est la plus importante de la fiche : devant une insuffisance thyréotrope, l'axe corticotrope s'évalue et se substitue avant l'hormone thyroïdienne. Donner la lévothyroxine en premier accélère le métabolisme du cortisol chez quelqu'un qui n'en fabrique déjà plus assez, et démasque brutalement une insuffisance surrénale. En cas de doute ou d'urgence, l'hydrocortisone se donne d'abord.
L'hypothyroïdie périphérique confirmée se traite par lévothyroxine, à dose progressive chez le sujet âgé ou coronarien, avec un contrôle de la TSH à distance et non à quelques jours.
⚠️ Chez l'insuffisant thyréotrope, la TSH ne sert plus à rien pour le suivi : elle est basse par définition. C'est la T4 libre qui guide, et l'oublier conduit à surdoser en croyant bien faire.
L'hypothyroïdie fruste ne se traite pas d'emblée. La décision dépend du niveau de TSH, des anticorps, des symptômes, de l'âge et d'un projet de grossesse.
L'hyperthyroïdie relève d'un traitement dont le choix appartient à la cause, et sa prise en charge est décrite ailleurs.
Ce qui se note au dossier : le couple de valeurs, l'interprétation, ce qui a été écarté, la décision et la date du contrôle prévu.
Retenir que l'hydrocortisone passe avant la lévothyroxine, et que cet ordre ne se discute pas.
À retenir
- Devant une insuffisance thyréotrope, l'axe corticotrope se traite en premier.
- La lévothyroxine donnée en premier démasque une insuffisance surrénale.
- Chez l'insuffisant thyréotrope, c'est la T4 libre qui guide le suivi, pas la TSH.
- L'hypothyroïdie fruste ne se traite pas d'emblée.
- Le contrôle de la TSH se fait à distance, jamais à quelques jours.
En pratique
- Axe corticotrope évalué avant toute hormone thyroïdienne
- Hydrocortisone administrée en premier en cas de doute
- Lévothyroxine progressive chez le sujet âgé ou coronarien
- Suivi sur la T4 libre en cas d'atteinte centrale
- Hypothyroïdie fruste non traitée d'emblée
- Contrôle programmé à distance et noté
Procédure et geste technique
Annonce et information
Éducation et prévention
Le traitement thyroïdien est le plus simple des traitements au long cours et l'un des plus mal pris, parce que rien dans sa prise ne signale qu'elle est délicate.
Ce qui se dit sur la prise : un comprimé le matin, à jeun, à distance du petit déjeuner ; toujours à la même heure ; et toujours la même marque, un changement de spécialité pouvant modifier l'équilibre.
⚠️ Ce qui se dit sur les interactions, et qui explique la moitié des déséquilibres : le calcium, le fer, les pansements gastriques et certains compléments empêchent l'absorption. Ils se prennent à plusieurs heures d'écart, et le patient ne les considère pas comme des médicaments.
Ce qui se dit sur le délai : l'amélioration prend des semaines, le contrôle biologique se fait à distance, et se sentir mieux ne signifie pas que la dose est bonne.
⚠️ Le projet de grossesse se demande, et il change tout : les besoins augmentent dès les premières semaines, et l'ajustement se fait tôt, pas au premier contrôle prévu.
Ce qui se dit sur les compléments alimentaires : les gélules pour cheveux et ongles peuvent contenir de la biotine à forte dose, qui fausse les dosages. Il faut les signaler et les arrêter quelques jours avant un contrôle.
Ce qui ne se conseille pas : l'iode en automédication, et le dépistage thyroïdien systématique chez quelqu'un sans symptôme ni facteur de risque.
Retenir que le calcium et le fer expliquent plus de déséquilibres que l'oubli du comprimé.
À retenir
- Un comprimé le matin, à jeun, à distance du petit déjeuner, toujours la même marque.
- Calcium, fer et pansements gastriques empêchent l'absorption.
- Se sentir mieux ne signifie pas que la dose est bonne.
- Un projet de grossesse fait ajuster tôt, pas au contrôle prévu.
- Les compléments contenant de la biotine se signalent et s'arrêtent avant un dosage.
En pratique
- Prise à jeun, à heure fixe, marque stable
- Interactions expliquées, calcium et fer nommés
- Délai d'action et rythme des contrôles expliqués
- Projet de grossesse recherché
- Compléments alimentaires signalés et arrêtés avant dosage
- Aucun dépistage systématique sans symptôme ni facteur de risque