Cette fiche vous apprend à poser le niveau de risque cardiovasculaire avant de lire un bilan lipidique, à en déduire la cible de cholestérol LDL, puis à expliquer la décision, qu'elle soit de traiter ou de ne pas traiter. Elle suit cet ordre : le risque et l'entretien qui le fixe, les 4 lignes du bilan, la cible, le traitement et sa surveillance, puis la consultation où l'on ne prescrit pas.
SommaireEnviron 10 min
- Le niveau de risque se pose avant de lire le bilan
- L'entretien fixe le risque : l'âge de l'accident familial, puis les facteurs
- Les 4 lignes n'ont pas le même rôle, et les causes secondaires se lisent sur le même bilan
- La cible découle du niveau de risque, et la décision de l'écart
- Traiter, c'est aussi parler du tabac et planifier la surveillance
- À faible risque, ne pas prescrire est une décision qui s'explique
- Le risque se dit en nombre de personnes
- Des mesures construites sur ce que la personne fait déjà, et une date
- À retenir pour la station
Le niveau de risque se pose avant de lire le bilan
Le chiffre ne dit rien avant le risque. Le niveau de risque cardiovasculaire tient lieu de diagnostic : il se pose en premier, et c'est lui qui donne son sens à chaque ligne du bilan. Il se cherche d'abord dans une situation qui le fixe d'emblée, sans calcul.
Ces situations classent d'emblée en très haut risque :
- Une maladie cardiovasculaire athéromateuse documentée.
- Un diabète avec une atteinte d'organe cible, comme une microalbuminurie, ou avec au moins 3 facteurs de risque majeurs.
- Une insuffisance rénale avec un débit de filtration inférieur à 30 mL/min.
- Une hypercholestérolémie familiale avec un autre facteur de risque.
Le diabète se classe selon ses atteintes. Une microalbuminurie est une atteinte d'organe cible, et un diabète qui en porte une classe en très haut risque. Un diabète sans atteinte d'organe cible, évoluant depuis au moins 10 ans ou associé à un autre facteur de risque, classe en haut risque.
En dehors de ces situations, le risque s'estime par un score. Ce score combine l'âge, le sexe, le tabac, la pression artérielle et le cholestérol.
« Avant de lire ce bilan : un diabète ancien avec une atteinte rénale fixe le risque sans calcul. »
L'entretien fixe le risque : l'âge de l'accident familial, puis les facteurs
« Il y a des problèmes de cœur dans la famille » n'est pas une réponse. Il faut qui, quoi et à quel âge. Un antécédent familial ne pèse dans le risque que s'il est précoce chez un parent du premier degré, avant 55 ans chez un homme.
C'est donc l'âge exact de l'accident qui se demande, et pas seulement son existence. Un infarctus du père avant 55 ans compte ; le même au-delà de 55 ans, à un âge avancé, n'est pas un antécédent familial précoce et ne compte pas.
Le reste de l'entretien fixe le niveau de risque. Le tabac, l'hypertension, une atteinte rénale et un diabète se relèvent, en notant si ce diabète évolue depuis 10 ans ou plus.
« À quel âge votre père a-t-il fait son infarctus ? »
Les 4 lignes n'ont pas le même rôle, et les causes secondaires se lisent sur le même bilan
Le cholestérol total additionne ce qui nuit et ce qui protège : il se lit comme une somme, pas comme une cible. Le cholestérol LDL est la cible. Les triglycérides marquent un désordre métabolique.
Le cholestérol HDL est un marqueur de risque et non une cible thérapeutique. On ne cherche pas à le monter par un médicament.
Les conditions du prélèvement ne changent la lecture que dans des cas précis. Un bilan lipidique de dépistage peut se prélever sans jeûne.
Les causes secondaires se cherchent avant de traiter : une hypothyroïdie, une insuffisance rénale, une cholestase, l'alcool, certains médicaments comme les corticoïdes. La TSH et les transaminases du même bilan servent à les écarter.
« Le cholestérol LDL est au-dessus de la cible de ce niveau de risque ; le HDL est un marqueur, pas une cible. »
« La TSH et les transaminases sont normales : il n'y a pas de cause secondaire à traiter d'abord. »
La cible découle du niveau de risque, et la décision de l'écart
La cible porte sur le cholestérol LDL, et elle dépend du niveau de risque. Le même résultat est au-dessus de la cible chez l'un et en dessous chez l'autre : le cholestérol LDL se compare donc à la cible du niveau de risque retenu.
La cible de cholestérol LDL, selon le niveau de risque :
- Très haut risque : inférieur à 0,55 g/L, avec une baisse d'au moins 50 %.
- Haut risque : inférieur à 0,70 g/L, avec une baisse d'au moins 50 %.
- Risque modéré : inférieur à 1,0 g/L.
- Faible risque : inférieur à 1,16 g/L.
La décision suit l'écart à la cible. En haut ou très haut risque, un cholestérol LDL loin au-dessus de la cible fait débuter une statine d'emblée, en même temps que les mesures de mode de vie ; près de la cible, le traitement se discute si ces mesures ne suffisent pas. À faible risque, les mesures de mode de vie viennent d'abord.
La conclusion dit 2 choses : si la cible est atteinte, et si un traitement est indiqué. Elle s'énonce avec le niveau de risque et la cible qui l'appuient.
Traiter, c'est aussi parler du tabac et planifier la surveillance
Le tabac se traite dans la même consultation. L'arrêt du tabac se propose à tout fumeur, en même temps que la décision sur le cholestérol. Chez un fumeur à haut risque, parler du cholestérol sans proposer l'arrêt du tabac laisse de côté une mesure recommandée à tous les niveaux de risque.
L'arrêt du tabac, une activité physique régulière et une alimentation adaptée sont recommandés à tous les niveaux de risque, y compris chez ceux qui reçoivent un traitement. Le médicament s'ajoute à ces mesures, il ne les remplace pas.
La surveillance d'une statine se planifie dès l'instauration. Les transaminases se dosent avant le début et 8 à 12 semaines après, avec le bilan lipidique ; les douleurs musculaires, principal motif d'arrêt, se recherchent pendant le traitement. Le niveau de risque et la cible retenue s'écrivent au dossier, avec leur motif, pour que le médecin suivant n'ait pas à les recalculer.
« La cible n'est pas atteinte : je vous propose d'en parler, et l'arrêt du tabac compte autant que le médicament. »
À faible risque, ne pas prescrire est une décision qui s'explique
À faible risque, un cholestérol LDL entre 1,16 et 1,9 g/L relève d'abord des mesures de mode de vie. Un traitement ne se discute que si elles ne suffisent pas à le contrôler.
Ce qui motive la demande se demande d'abord, avec ce que la personne croit de son risque. Une personne à faible risque qui demande un traitement parce qu'une ligne porte un astérisque, qu'une collègue en prend ou que son père a fait un infarctus attend une raison, pas un refus.
Chacun de ces motifs a sa réponse. L'astérisque signale un écart à une valeur de référence, pas un danger. La collègue n'a pas le même risque. Un infarctus du père au-delà de 55 ans n'est pas un antécédent précoce.
« L'astérisque signale un écart à une valeur de référence, pas un danger pour vous. »
Le risque se dit en nombre de personnes
« Faible » ne suffit pas à qui demande des chiffres. Un nombre de personnes sur 100 comme elle, avec et sans traitement, se comprend et se discute. Le risque s'explique ainsi en mots simples ou en nombre de personnes, plutôt qu'en un mot qui ne dit pas combien.
La situation d'un proche se distingue de la sienne. La collègue qui prend un traitement n'a pas le même risque, et le même cholestérol LDL se traite chez l'un et se surveille chez l'autre.
« Sur 100 femmes comme vous, très peu auront un accident dans les années à venir, et un médicament en éviterait moins encore. »
Des mesures construites sur ce que la personne fait déjà, et une date
Les mesures de mode de vie sont le traitement de ce niveau de risque. Elles se construisent à partir de ce que la personne fait déjà : quelqu'un qui marche chaque jour ajoutera plus facilement une séance soutenue qu'un programme complet.
Ce que la personne mange et fait réellement se demande avant de conseiller. Ce qu'elle cuisine et l'activité physique qu'elle pratique déjà permettent de construire des objectifs tenables. L'activité physique se négocie alors, chiffrée, à partir de ce point de départ.
Le suivi se date. Une date de contrôle du bilan, et ce qui ferait changer la décision, un tabagisme, une hypertension, un diabète, transforment un refus en suivi.
« Qui cuisine à la maison, et que mangez-vous un soir ordinaire ? »
« Vous marchez déjà chaque jour : pourrions-nous ajouter 2 séances plus soutenues par semaine ? »
À retenir pour la station
Posez le niveau de risque avant de lire le bilan, en cherchant d'abord une situation qui le fixe sans calcul : un diabète avec une atteinte d'organe cible en fait partie. Lisez le cholestérol LDL comme la cible, le HDL comme un marqueur, le total comme une somme, et écartez les causes secondaires sur le même bilan. Comparez le LDL à la cible de ce niveau de risque. Chez un fumeur, proposez l'arrêt du tabac dans la même consultation. À faible risque, expliquez pourquoi vous ne prescrivez pas : dites ce que signale l'astérisque, donnez le risque en nombre de personnes, négociez une activité physique et fixez une date de contrôle.
S'entraîner sur cette situation
Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.
Sources
Médecine cardiovasculaire
Collège national des enseignants de cardiologie (CNEC) ; Société française de cardiologie (SFC). 3e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
Endocrinologie, diabétologie et maladies métaboliques
Collège des enseignants d'endocrinologie, diabète et maladies métaboliques (CEEDMM). 6e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
Les mêmes items du programme
- Prévention des maladies cardiovasculairesSituation de départ 320 / items communs 222, 223
- Hypertension artérielleSituation de départ 42 / item commun 222
- Troubles sexuels et troubles de l'érectionSituation de départ 63 / item commun 222
- Claudication intermittente d'un membreSituation de départ 69 / item commun 222
- Prescription d'un hypolipémiantSituation de départ 252 / item commun 223