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Hépato-gastro-entérologie

Fiche de révision

Cholestase

S'entraîner sur cette situation
Situation de départ 198Catégorie IIItem R2C 278Item R2C 277

Cette fiche vous apprend à reconnaître une cholestase sur un bilan hépatique chez une personne qui n'est pas jaune, à écarter l'urgence, puis à choisir l'échographie et l'enquête qui distinguent un obstacle d'une atteinte du foie lui-même. Elle suit l'ordre de la lecture : les 2 enzymes, ce qu'une enzyme seule ne prouve pas, le prurit et les prises, ce qui écarte l'urgence, l'échographie, les voies non dilatées, puis le traitement du prurit.

SommaireEnviron 9 min
  1. 2 enzymes qui montent ensemble, bien avant l'ictère
  2. Une enzyme seule ne prouve rien, et le profil oriente
  3. Le prurit et les prises se demandent, ils ne se signalent pas
  4. Dire ce qui écarte l'urgence : la bile qui s'infecte
  5. L'échographie demande si les voies sont dilatées, et sa réponse partage les causes
  6. Des voies non dilatées : le médicament d'abord, puis la cholangite biliaire primitive
  7. Traiter le prurit pendant que la cause se cherche
  8. À retenir pour la station

2 enzymes qui montent ensemble, bien avant l'ictère

La cholestase se lit sur 2 enzymes. Les phosphatases alcalines et la gamma-glutamyl transférase qui s'élèvent ensemble désignent une gêne à l'écoulement de la bile, et c'est cette élévation conjointe qui définit le syndrome. La lecture commence donc par vérifier que les 2 sont élevées ensemble.

Au début, c'est souvent la seule anomalie. Une cholestase débutante est souvent asymptomatique : la personne n'a pas d'ictère, et la bilirubine ne s'élève qu'avec l'évolution. Attendre l'ictère pour nommer le syndrome fait perdre ce temps.

La bilirubine se lit ensuite, sans être une condition du diagnostic. Le syndrome se nomme sur les 2 enzymes lues ensemble, même quand la bilirubine est normale. C'est ce nom, posé malgré une valeur normale, que la lecture doit faire entendre.

« Les phosphatases alcalines et la gamma-glutamyl transférase sont élevées ensemble : c'est une cholestase, même avec une bilirubine normale. »

Une enzyme seule ne prouve rien, et le profil oriente

Une seule enzyme ne suffit pas. La gamma-glutamyl transférase est l'enzyme la plus sensible de la cholestase, mais sa spécificité est faible. L'alcool, de nombreux médicaments ou une surcharge graisseuse l'élèvent à elle seule.

Les phosphatases alcalines seules peuvent venir d'ailleurs que du foie : elles s'élèvent aussi pendant la grossesse, la croissance et les maladies osseuses. C'est l'association des 2 enzymes qui désigne le foie, et une enzyme isolée ne se présente pas comme une preuve de cholestase.

Le profil oriente ensuite, et il se dit. Une élévation qui prédomine sur les phosphatases alcalines et la gamma-glutamyl transférase désigne une cholestase, c'est-à-dire les voies biliaires ou l'écoulement de la bile. Une élévation qui prédomine sur les transaminases désigne une cytolyse, et la cellule du foie.

La fonction du foie se lit à part, sur le taux de prothrombine. Un taux bas au cours d'une cholestase peut n'être qu'un défaut d'absorption de la vitamine K. Un facteur V normal le distingue alors d'une insuffisance hépatocellulaire.

« L'élévation prédomine sur les enzymes de cholestase, et le taux de prothrombine est normal. »

Le prurit et les prises se demandent, ils ne se signalent pas

La cholestase peut rester longtemps sans symptôme. Quand elle en donne, ce sont le prurit, la fatigue, les urines foncées et l'ictère, et le prurit est celui qui est rarement signalé spontanément.

Le prurit se demande, avec son ancienneté et le moment de la journée où il survient. Les démangeaisons du soir se mettent sur le compte de la peau sèche, et elles ne se signalent pas. Relevé, le prurit se note comme un symptôme de la cholestase.

Les prises se demandent largement : médicaments, compléments, plantes, produits achetés sans ordonnance. Elles sont la première cause d'une cholestase sans obstacle, et une personne qui dit ne prendre aucun médicament peut ne pas avoir pensé à ses gélules. Chaque prise se note comme une cause écartée ou retenue.

L'alcool se chiffre, en verres et par semaine. Avec la liste des prises, c'est ce qui permettra d'écarter ou de retenir une cause médicamenteuse ou toxique quand les voies biliaires ne seront pas dilatées.

« Avez-vous des démangeaisons, surtout le soir ou la nuit, et depuis quand ? »

« Prenez-vous des compléments, des plantes ou des médicaments sans ordonnance ? »

Dire ce qui écarte l'urgence : la bile qui s'infecte

Une cholestase se prend en charge en consultation, sauf quand la bile retenue s'infecte. Une douleur de l'hypochondre droit, une fièvre avec frissons et un ictère font évoquer une angiocholite, qui se complique en quelques heures. Cette association fait sortir de la démarche de consultation.

L'angiocholite impose des hémocultures, une antibiothérapie et un drainage des voies biliaires en urgence. Les antibiotiques ne drainent pas : le drainage s'organise en même temps qu'eux.

Dire ce qui écarte l'urgence fait partie de la lecture. L'absence de fièvre, de frisson et de douleur de l'hypochondre droit s'énonce comme ce qui écarte l'urgence, et elle autorise une démarche programmée.

« Pas de fièvre, pas de frisson, pas de douleur de l'hypochondre droit : rien n'impose une prise en charge en urgence. »

L'échographie demande si les voies sont dilatées, et sa réponse partage les causes

La démarche tient en 2 questions. Est-ce bien une cholestase ? Puis l'écoulement est-il bloqué ? La première se tranche sur les 2 enzymes, l'échographie abdominale répond à la seconde, et sa réponse partage les causes.

L'échographie abdominale est l'examen de première intention d'une cholestase. Elle se propose avec la question qu'elle pose : les voies biliaires sont-elles dilatées ? L'imagerie distingue ainsi une cholestase intrahépatique d'une cholestase extrahépatique.

Voies dilatées, un obstacle : un calcul de la voie biliaire principale, une tumeur du pancréas ou des voies biliaires, une sténose. Voies non dilatées, une atteinte du foie lui-même : une cause médicamenteuse ou toxique, fréquente et réversible, une cholangite biliaire primitive, une maladie générale ou infiltrative.

Une échographie normale déplace la question. Si la cholestase persiste, la bili-IRM ou l'écho-endoscopie prennent le relais, et cette suite se prévoit dès la demande d'échographie. L'écho-endoscopie ou la cholangiographie rétrograde s'emploient quand l'imagerie habituelle ne conclut pas.

« Je demande une échographie abdominale : la question est de savoir si les voies biliaires sont dilatées. »

Des voies non dilatées : le médicament d'abord, puis la cholangite biliaire primitive

Sans dilatation des voies biliaires, la cause médicamenteuse se cherche en premier. Elle est fréquente et réversible. Les médicaments, les compléments, les plantes et l'alcool relevés au dossier l'écartent ou la retiennent, et ce qui a été écarté se dit.

Une cause auto-immune vient ensuite, et la cholangite biliaire primitive a un terrain. Elle s'évoque chez une femme d'âge mûr, souvent devant un prurit ancien, parfois avec une autre maladie auto-immune. C'est là que le prurit relevé à l'entretien prend son poids.

Elle a aussi un marqueur : les anticorps antimitochondries, dont la présence oriente le diagnostic. Leur recherche se demande quand les voies ne sont pas dilatées, chez une femme d'âge mûr avec un prurit.

« Chez cette femme d'âge mûr avec un prurit ancien, j'évoque une cholangite biliaire primitive et je demande les anticorps antimitochondries. »

Traiter le prurit pendant que la cause se cherche

Le symptôme se traite pendant que la cause se cherche. La personne consulte pour sa fatigue et ses démangeaisons, pas pour ses enzymes. Un traitement du prurit se propose donc en plus de l'enquête.

La cholestyramine est le traitement de première ligne du prurit de cholestase. Elle se prend à distance des autres médicaments, dont elle gêne l'absorption, et la rifampicine vient en seconde ligne. Le traitement de la cause, une fois trouvée, reste ce qui fait disparaître le prurit.

« Ces démangeaisons ont une cause et un traitement : je vous propose de les soulager pendant qu'on cherche. »

À retenir pour la station

Nommez la cholestase sur les phosphatases alcalines et la gamma-glutamyl transférase élevées ensemble, même quand la bilirubine est normale et que la personne n'est pas jaune. Une gamma-glutamyl transférase seule ne prouve rien, et des phosphatases alcalines seules peuvent venir de l'os, de la croissance ou d'une grossesse. Dites ce qui écarte l'angiocholite : pas de fièvre, pas de frisson, pas de douleur de l'hypochondre droit. Demandez une échographie abdominale pour savoir si les voies biliaires sont dilatées, et prévoyez la suite si elle est normale, car elle n'écarte pas un calcul de la voie biliaire principale. Sans dilatation, cherchez d'abord un médicament, puis, chez une femme d'âge mûr avec un prurit, demandez les anticorps antimitochondries. Et proposez de traiter le prurit.

S'entraîner sur cette situation

Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.

Sources

  1. 1
    Guidelines for the Management of Cholestatic Liver Diseases (2021) (Ouvre un nouvel onglet)

    Chinese Society of Hepatology, Chinese Medical Association. Journal of Clinical and Translational Hepatology, 2022, vol. 10, n° 4, p. 757 et suivantes (doi:10.14218/JCTH.2022.00147).

    Passages utilisés : Clinical manifestations et Biomarkers, ALP and GGT ; Diagnosis, imaging and endoscopic examinations ; Treatment of pruritus

    Appuie : Synthèse paraclinique, Stratégie diagnostique, Entretien et interrogatoire, Stratégie de prise en charge

  2. 2
    Cours en ligne officiels R2C HGE (Ouvre un nouvel onglet)

    Collégiale des universitaires en hépato-gastroentérologie (CDU-HGE). Plateforme pédagogique en ligne du deuxième cycle, accès payant.

    Passages utilisés : Item 278, Ictère ; Item 277, Lithiase biliaire

    Appuie : Synthèse paraclinique, Stratégie diagnostique, Urgence vitale