Cette fiche vous apprend à lire une élévation des enzymes pancréatiques pour ce qu'elle dit, le diagnostic, et pour ce qu'elle ne dit pas : ni la gravité, ni la cause, ni la guérison. Elle suit le raisonnement : le seuil et la fenêtre du dosage, l'entretien et l'examen qui jugent la gravité, le bilan d'admission qui porte la cause, la forme grave, l'imagerie, puis le traitement de la cause, sa transmission et ce qui se dit au patient pour prévenir la récidive.
SommaireEnviron 13 min
- L'enzyme fait le diagnostic, à condition d'un seuil et d'une fenêtre
- L'entretien rend la douleur typique, donne la cause et date le début
- L'examen classe la gravité, et se répète
- Le chiffre ne dit pas la gravité, le bilan d'admission dit la cause
- La forme grave se reconnaît sur le patient, dans les premières 48 heures
- L'échographie tôt pour la cause, l'imagerie en coupes plus tard
- 3 lignes de traitement, et une quatrième qui décide de la suite
- À la sortie, la récidive se prévient différemment selon la cause
- À retenir pour la station
L'enzyme fait le diagnostic, à condition d'un seuil et d'une fenêtre
4 choses se savent de cette enzyme, et elles suffisent : son seuil, sa fenêtre, ce qu'elle ne dit pas, et ce qui l'élève en dehors de la pancréatite. Les 2 premières décident du diagnostic, et elles s'énoncent avant tout le reste.
Le seuil : une élévation au-dessus de 3 fois la limite supérieure du laboratoire, associée à une douleur typique, suffit au diagnostic. Au-dessous de ce seuil, l'élévation n'affirme rien, et elle a beaucoup d'autres causes. Quand l'un des 2 critères manque, l'imagerie tranche.
Une enzyme modérément élevée sans douleur typique n'est pas un diagnostic, et elle fait chercher autre chose. Une insuffisance rénale, une atteinte d'un autre organe du ventre et certaines situations digestives l'élèvent en dehors de cette maladie.
La fenêtre : l'enzyme monte dans les premières heures et redescend en quelques jours. Un dosage fait tardivement peut être normal alors que la maladie existe, et le diagnostic repose alors sur la clinique et l'imagerie. C'est pourquoi le délai depuis le début de la douleur se prend en compte avant de lire le chiffre.
L'autre enzyme, moins spécifique, n'apporte rien de plus, et elle n'a plus sa place en première intention. Le diagnostic repose sur la première, rapportée au seuil et au délai.
L'entretien rend la douleur typique, donne la cause et date le début
L'interrogatoire fait 2 choses : il rend la douleur typique ou non, et il donne la cause dans la grande majorité des cas. Il se conduit donc avec ces 2 questions en tête.
La douleur se précise point par point. L'heure du début, le siège au creux de l'estomac, l'irradiation dans le dos, le caractère permanent et intense, le soulagement en se penchant en avant et les vomissements qui ne soulagent pas font la description typique.
La cause se cherche ensuite, et 2 causes couvrent la plupart des cas. Des épisodes douloureux antérieurs brefs du même siège orientent d'emblée, comme une lithiase connue. La consommation d'alcool se quantifie et ne s'estime pas, et elle se confronte à l'entourage quand c'est possible.
Les causes moins fréquentes, qui se cherchent dans le même entretien :
- Un traitement récemment introduit.
- Un geste récent sur les voies biliaires.
- Un traumatisme.
- Une anomalie connue des graisses du sang.
- Une anomalie du calcium.
- Des antécédents familiaux.
Le retentissement se demande aussi : la soif, la diminution des urines, l'essoufflement et la confusion. Le retentissement général s'évalue ainsi dès l'entretien.
Une question protège de l'erreur la plus simple : depuis combien d'heures exactement. L'enzyme peut être redevenue normale quelques jours après le début, et le délai dit comment lire son dosage.
L'examen classe la gravité, et se répète
L'examen ne fait pas le diagnostic : il classe la gravité et cherche les complications. Les constantes se mesurent et se répètent : la pression artérielle, le pouls, la fréquence respiratoire, la saturation, la température, la conscience et la diurèse. Ces mesures sont la vraie surveillance, et une seule série ne dit rien de la tendance.
L'abdomen s'examine pour sa souplesse ou sa défense, sa distension, la présence des bruits et une masse. Ailleurs, un ictère, des signes respiratoires avec une diminution du murmure aux bases, des œdèmes et des signes de déshydratation se cherchent, parce qu'ils comptent.
Le patient se pèse, parce que le poids est le meilleur indicateur du remplissage dans les jours qui suivent. C'est lui, avec la diurèse, qui guide le remplissage.
À 48 heures, l'examen se refait en cherchant 4 changements : une aggravation, une fièvre nouvelle, une douleur qui change de caractère et une diminution de la diurèse. Une fièvre nouvelle à 48 heures change la conduite.
Un examen rassurant à l'arrivée n'autorise pas à relâcher la surveillance. L'équipe reçoit donc le rythme des constantes, le suivi de la diurèse et du poids, et le fait que la surveillance est clinique.
Le chiffre ne dit pas la gravité, le bilan d'admission dit la cause
Le niveau atteint par l'enzyme n'a aucune valeur pronostique. Une enzyme très élevée ne désigne pas une forme plus grave, et répéter le dosage ne suit pas l'évolution du patient. La gravité se juge sur les défaillances d'organes, sur le terrain, sur l'évolution des premières 48 heures, et sur des paramètres qui ne sont pas cette enzyme.
Les lignes voisines du même bilan portent la cause : les transaminases, la bilirubine et les enzymes de la cholestase, le calcium et les triglycérides. Elles sont informatives à l'admission, et elles ne le seront plus après : c'est le bilan de la première heure qui se relit, et non celui des jours suivants.
La question de la cause se pose donc sur ce bilan. Une élévation marquée des transaminases à l'admission chez un patient qui ne boit pas oriente fortement vers le passage d'un calcul ; une consommation d'alcool importante oriente vers l'autre cause fréquente. Quand aucune des 2 n'est retrouvée, les causes moins fréquentes se cherchent : un médicament, une anomalie des graisses du sang, une anomalie du calcium, un geste récent, et une lésion obstructive chez un patient plus âgé.
Certaines situations suspendent la conclusion : un dosage tardif, une douleur atypique, une échographie non faite, et une cause non identifiée. Cette dernière impose de poursuivre la recherche après la sortie, et la poursuite s'organise avant que le patient parte.
Une règle tient tout le raisonnement : une cause non trouvée est une cause à chercher, et non une cause absente. Les 3 questions, est-ce cela, est-ce grave, pourquoi, ne sont pas interchangeables, et la réponse à la deuxième ne se trouve pas dans le chiffre.
La forme grave se reconnaît sur le patient, dans les premières 48 heures
Une forme grave se reconnaît sur le patient et non sur le laboratoire, et elle se déclare dans les premières 48 heures. La définissent une pression artérielle basse ou qui baisse, une accélération du pouls, une polypnée ou une désaturation, une baisse de la diurèse, une confusion, et une défaillance qui persiste au-delà de 48 heures. Une polypnée, une désaturation ou une baisse de la diurèse signent une forme grave, quel que soit le chiffre de l'enzyme.
Ce qui se fait sans délai tient en 4 gestes. Un remplissage adapté et surveillé, le traitement de la douleur, qui ne se restreint pas par crainte de masquer un tableau, la surveillance de la diurèse et du poids, et l'appel du réanimateur devant une défaillance. Au réanimateur se transmettent les défaillances et leur évolution horaire, et non le chiffre de l'enzyme.
L'association d'une fièvre, d'un ictère et de frissons est une urgence propre et distincte. Elle évoque une infection des voies biliaires, et elle impose un geste de désobstruction sans attendre.
À distance de la phase initiale, une infection des lésions du pancréas se cherche devant une aggravation ou une fièvre nouvelle après la première semaine. En revanche, un antibiotique ne se donne pas par principe en l'absence d'infection documentée ou fortement suspectée.
4 données se notent au fil de la prise en charge. Ce sont l'heure du début, les constantes horaires, la diurèse, et l'heure de chaque décision.
L'échographie tôt pour la cause, l'imagerie en coupes plus tard
L'imagerie ne sert pas à affirmer le diagnostic : elle sert à trouver la cause et, plus tard, à chercher les complications. Chacune de ces 2 questions a son examen et son moment.
L'échographie de l'abdomen se fait tôt, et c'est elle qui se programme trop tard. Elle cherche des calculs de la vésicule et une dilatation des voies biliaires. Une échographie repoussée à un créneau lointain ne change plus rien à la décision initiale, et cette décision peut comporter un geste : le délai d'obtention se discute donc avec le radiologue, et un créneau lointain se discute plutôt qu'il ne s'accepte.
Le pancréas lui-même est souvent mal exploré par l'échographie, ce qui n'est pas un problème puisque le diagnostic est déjà fait. En cas de doute sur un calcul de la voie biliaire principale, une exploration dédiée des voies biliaires se demande, selon l'orientation.
L'imagerie en coupes vient plus tard. Son intérêt est faible dans les premières heures et devient réel après les premiers jours, pour évaluer l'étendue des lésions et chercher les complications. La demander trop tôt sous-estime les lésions et expose sans bénéfice.
La demande dit ce qui permet de répondre : le diagnostic, l'heure du début des signes, la question posée par écrit et en clair, calculs et dilatation des voies biliaires, et la fonction rénale. Le compte rendu se confronte ensuite à la question posée.
3 lignes de traitement, et une quatrième qui décide de la suite
Le traitement initial tient en 3 lignes. Le remplissage, adapté et surveillé sur la diurèse et le poids, n'est ni insuffisant ni excessif, les 2 excès étant délétères. Le traitement de la douleur est efficace et réévalué, sans restriction de principe. L'alimentation reprend tôt, dès que la douleur le permet et que les vomissements ont cessé, la mise à jeun prolongée n'apportant rien.
La quatrième ligne décide de la suite : le traitement de la cause. Devant une origine biliaire, l'ablation de la vésicule est proposée, et son délai dépend de la forme : rapide dans les formes non graves, différé dans les formes graves. Sortir un patient sans avoir programmé ce geste l'expose à une récidive dans les semaines qui suivent : il se programme avant la sortie, et non après la récidive.
Devant une cause alcoolique, l'accompagnement du sevrage se prévoit dès l'hospitalisation. Il ne se renvoie pas à la sortie.
Cette maladie se joue sur des délais, et les délais se négocient au téléphone. Au chirurgien se transmettent la forme, grave ou non, la cause retenue, les résultats de l'imagerie, et la question du délai du geste, qui n'est pas le même selon la forme.
La sortie se documente, et le courrier au médecin traitant reprend la cause retenue, le geste programmé avec sa date, ce qui reste à explorer, et les signes d'alerte donnés au patient. Au dossier s'écrivent la cause retenue et son argument, ou le fait qu'aucune cause n'a été trouvée et ce qui reste à faire. Sans cette ligne, le patient revient avec la même maladie, et personne ne sait ce qui a déjà été cherché.
À la sortie, la récidive se prévient différemment selon la cause
La question qui compte à la sortie est celle de la récidive, et elle se prévient différemment selon la cause. La cause s'explique donc au patient avant tout conseil.
Devant une origine biliaire, le patient apprend que sa vésicule contient des calculs et que le risque de récidive est réel tant qu'elle est en place. Il reçoit la date du geste, et ce qu'il doit faire si la douleur revient avant. Un patient qui comprend le lien entre son calcul et sa douleur ne reporte pas son intervention.
Devant une origine alcoolique, l'arrêt se présente comme le seul traitement qui empêche la récidive, sans reproche et sans marchandage. Un accompagnement se propose et se date, avec un rendez-vous rapproché, parce que les premières semaines sont celles où l'aide compte le plus.
Quelle que soit la cause, les signes qui imposent de revenir se donnent avec le délai : une douleur identique, une fièvre, une jaunisse, des vomissements. Ce sont les mêmes que ceux du courrier au médecin traitant.
L'alimentation reprend de façon progressive et normale, sans régime restrictif inutile, qui appauvrit sans protéger. Le tabac aggrave l'évolution des maladies du pancréas, et son arrêt se propose au même moment.
À retenir pour la station
Une douleur typique et une enzyme au-dessus de 3 fois la limite supérieure suffisent au diagnostic ; au-dessous, l'élévation n'affirme rien, et un dosage tardif peut être normal. Le niveau de l'enzyme ne prédit pas la gravité, et répéter le dosage n'apporte rien. La gravité se juge sur le patient, ses défaillances et son évolution dans les premières 48 heures, et se surveille sur les constantes, la diurèse et le poids. Une élévation marquée des transaminases à l'admission, chez un patient qui ne boit pas, oriente fortement vers un calcul : l'échographie se fait tôt, et le geste se programme avant la sortie, avec sa date.
S'entraîner sur cette situation
Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.
Sources
- Cours en ligne officiels R2C HGE (Ouvre un nouvel onglet)
Collégiale des universitaires en hépato-gastroentérologie (CDU-HGE). Plateforme pédagogique en ligne du deuxième cycle, accès payant.
- Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.