Cette fiche vous apprend à lire des protéines totales élevées en leur retirant d'abord l'albumine, à reconnaître la concentration banale d'un manque d'eau, et à ne pas manquer l'excès de globulines qui demande une électrophorèse. Elle suit la démarche : la soustraction, l'entretien et l'examen qui tranchent entre l'eau et les protéines, la forme de l'excès et son retentissement, la conduite, puis ce qui se dit au patient et ce qui se transmet.
SommaireEnviron 10 min
- Retirer l'albumine avant de lire le chiffre
- Chercher l'eau qui manque et la protéine en trop, au même entretien
- L'examen tranche en quelques gestes, et un examen normal ne conclut pas
- Un écart large : sa forme d'abord, son retentissement ensuite
- On ne traite pas un chiffre, on traite ce que la soustraction a révélé
- Expliquer une anomalie à quelqu'un qui ne se plaint de rien
- Transmettre la différence, et non le chiffre seul
- À retenir pour la station
Retirer l'albumine avant de lire le chiffre
Le chiffre des protéines totales ne veut rien dire tant qu'on ne lui a pas retiré l'albumine. La lecture tient en une soustraction que presque personne ne fait : protéines totales moins albumine. Le résultat est la masse des autres protéines, et c'est lui qui porte l'information.
La première question, est-ce une vraie élévation, coûte une ligne de calcul. Si l'albumine est élevée elle aussi, tout est concentré, et il s'agit d'un manque d'eau : l'hématocrite, le sodium, l'urée et la créatinine vont dans le même sens, et la correction de l'eau normalise tout. Une élévation modérée est le plus souvent une concentration de ce type, et l'anomalie disparaîtra avec l'eau.
Si l'albumine est normale ou basse et que les protéines totales sont élevées, l'écart est large, et il désigne un excès de globulines. C'est l'anomalie à ne pas manquer, et elle impose une électrophorèse des protéines du sang, dont le chapitre 4 dit la lecture.
La mesure elle-même peut tromper. Un garrot maintenu longtemps concentre localement le sang du bras et élève les protéines mesurées, sans que le patient soit déshydraté. La conclusion se suspend donc devant une élévation isolée sans albumine, un prélèvement fait avec un garrot prolongé, ou une valeur unique sans antécédent de comparaison.
Une déshydratation supposée ne se traite pas sans vérifier que les autres paramètres vont dans le même sens. Attribuer toute élévation à un manque d'eau est vrai souvent, et faux au mauvais moment.
Chercher l'eau qui manque et la protéine en trop, au même entretien
2 directions opposées se cherchent au même entretien : un manque d'eau, banal, et une production anormale de protéines, rare et sérieuse. La première explique le plus souvent une élévation modérée ; la seconde se cherche parce qu'on y pense.
Du côté du manque d'eau se cherchent les pertes et les apports : des vomissements, une diarrhée, une forte chaleur, un traitement qui fait uriner, une fièvre. Chez une personne âgée, c'est une baisse des apports qui se cherche, parce qu'elle ne ressent plus la soif et se concentre sans le dire.
Du côté d'une production anormale se cherchent des douleurs du squelette, notamment du rachis et des côtes, une fatigue, une perte de poids chiffrée, des infections répétées et des fourmillements des extrémités. Une soif inhabituelle avec des urines abondantes peut venir d'un excès de calcium.
Les causes chroniques d'un excès de globulines se cherchent aussi : une maladie du foie, une maladie inflammatoire au long cours, une infection chronique. L'ordonnance se relit, avec les bilans antérieurs et leurs dates : une élévation ancienne n'a pas la même valeur qu'une élévation apparue depuis le dernier contrôle.
Le poids d'il y a quelques semaines se demande enfin, et il décide de l'interprétation. Une variation rapide oriente vers l'eau plutôt que vers les protéines.
L'examen tranche en quelques gestes, et un examen normal ne conclut pas
L'examen tranche entre les 2 hypothèses en quelques gestes. Vers le manque d'eau vont un pli cutané persistant, une sécheresse des muqueuses, une baisse de la pression en se levant, une accélération du pouls, une diminution des urines, et une perte de poids récente et rapide.
Vers une production anormale vont une douleur provoquée à la pression du rachis ou des côtes, qui change la direction, une pâleur, des ganglions, une grosse rate et des lésions cutanées inhabituelles. Ce qui se mesure tient en 4 points : le poids comparé au poids habituel, la pression couchée et debout, la diurèse et la conscience.
Les conséquences graves se cherchent au même examen : une confusion, des œdèmes, et des signes de compression de la moelle épinière devant une douleur du dos avec un déficit. Cette compression est une urgence, quel que soit le bilan.
Un examen normal ne conclut pas. Une production anormale de protéines s'accompagne souvent d'un examen strictement normal, et c'est la biologie qui la révèle. Quand une déshydratation est retenue, le même examen se refait quelques jours plus tard, après correction des apports, et la disparition de l'anomalie vaut démonstration.
Un écart large : sa forme d'abord, son retentissement ensuite
Devant un écart large, la deuxième question est celle de sa forme, et l'électrophorèse y répond. Une augmentation large de toutes les globulines oriente vers une inflammation chronique, une infection au long cours ou une maladie du foie. Un pic étroit oriente vers la production d'une seule protéine par un seul clone de cellules : il change entièrement la démarche, et il demande une exploration spécialisée.
La troisième question est celle du retentissement. Le calcium, la créatinine, la numération et la protéine C réactive accompagnent la lecture, et se cherchent avec eux une anémie, un calcium élevé, une créatinine élevée et une douleur osseuse. L'association d'une anémie, d'un calcium élevé et d'une créatinine élevée avec un écart protéique large est un ensemble qui se nomme.
Ces 4 éléments, réunis à un pic étroit, imposent un avis sans attendre, et non un simple contrôle à distance. Un écart protéique large se documente : il ne se surveille pas au long cours sans avoir été caractérisé une fois.
On ne traite pas un chiffre, on traite ce que la soustraction a révélé
On ne traite pas un chiffre de protéines, on traite ce que la soustraction a révélé. Devant une concentration, corriger l'eau, par la bouche quand c'est possible, ne suffit pas : il faut surtout corriger ce qui l'a provoquée. Cela veut dire arrêter ou réduire un traitement qui fait uriner, traiter des pertes digestives, organiser les apports chez une personne âgée, puis vérifier que le contrôle revient à la normale.
Une augmentation large des globulines n'a pas de traitement propre. Se cherche et se traite la maladie chronique en cause, et non l'anomalie elle-même.
Devant un pic étroit, adresser. La conduite dépend de la nature du pic, de sa quantité et du retentissement, et elle se décide en milieu spécialisé. Ce qui relève du médecin qui a découvert l'anomalie est de la caractériser, d'évaluer le retentissement et de ne pas la perdre de vue.
Un contrôle daté se programme quelle que soit la cause, avec les mêmes paramètres. Les protéines totales et l'albumine se redosent ensemble : un contrôle des protéines totales sans l'albumine rend le calcul impossible. Se documentent le résultat de la soustraction, la cause retenue et la date du contrôle.
Quand un pic étroit est confirmé sans retentissement, la surveillance se décide avec le spécialiste : un rythme de contrôle qu'il définit, et un patient qui sait pourquoi on le revoit. Faute de quoi il ne revient pas.
Expliquer une anomalie à quelqu'un qui ne se plaint de rien
Une anomalie découverte sur un bilan de routine met le patient dans une position particulière : il ne se plaint de rien, et on lui demande des examens. Sans explication, il conclut au pire.
Devant une concentration, se dit que le chiffre traduit un manque d'eau et non une maladie du sang, et que le contrôle après correction le confirmera. Devant un écart large, se dit qu'un examen complémentaire est nécessaire pour préciser la nature des protéines en excès, que plusieurs causes bénignes existent, et que le résultat prendra quelques jours. L'hypothèse bénigne se mentionne quand elle existe, et un nom de maladie du sang ne se prononce pas avant l'électrophorèse.
Quand un avis spécialisé est demandé, se disent son motif, ce que le spécialiste va chercher, et le fait qu'un avis n'est pas un diagnostic. Se conviennent ensuite qui rappelle avec le résultat, et sous quel délai : une anomalie annoncée sans rendez-vous de retour est la principale source d'inquiétude évitable. Un écrit se remet, avec les valeurs, la démarche et la date.
Transmettre la différence, et non le chiffre seul
Ce chiffre voyage seul, et il ne veut rien dire seul, puisque toute son information tient dans une différence. Se transmettent donc ensemble les protéines totales et l'albumine, l'électrophorèse quand elle a été faite, le calcium, la créatinine, la numération, et l'état d'hydratation du patient au moment du prélèvement.
Au biologiste se demandent 2 choses. D'abord si l'électrophorèse peut être faite sur le tube déjà prélevé, ce qui est souvent possible ; ensuite si les conditions du prélèvement pourraient expliquer une valeur limite.
À l'hématologue se transmet le tracé complet, et non la conclusion, avec les valeurs antérieures et leurs dates, le retentissement recherché et son résultat, l'âge et l'état général. Au médecin traitant se transmettent la conclusion, la conduite et la date du prochain contrôle.
Au dossier s'écrit la différence calculée, avec son interprétation. Une ligne de protéines totales seule au dossier ne sera pas lue comme une anomalie, et un pic étroit découvert et non caractérisé se perd pendant des années.
À retenir pour la station
Avant de lire des protéines totales élevées, retirez-leur l'albumine : c'est l'écart qui porte l'information. Si l'albumine monte avec le reste, c'est une concentration, que l'hématocrite, le sodium, l'urée et la créatinine confirment et que la correction de l'eau efface. Si l'écart est large, demandez une électrophorèse et cherchez le retentissement : anémie, calcium, créatinine, douleur osseuse. Un pic étroit avec ce retentissement impose un avis sans attendre. Méfiez-vous du garrot prolongé, cherchez la compression de la moelle devant une douleur du dos avec un déficit, ne nommez aucune maladie du sang avant l'électrophorèse, et écrivez la différence au dossier.
Sources
Hématologie
Société française d'hématologie (SFH). 5e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
- Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.
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