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Fiche de révision

Hypoprotidémie

Une baisse qui pose quatre questions, et qui fausse d'autres chiffres du même bilan.

Situation de départ 211Catégorie IIItem R2C 250Item R2C 259Item R2C 279

Entretien et interrogatoire

⚠️ Quatre mécanismes se partagent presque tous les cas, ⚠️ et l'interrogatoire les sépare mieux que n'importe quel examen.

⚠️ On en fabrique moins : une maladie du foie, ⚠️ une consommation d'alcool, un apport insuffisant en protéines, ⚠️ et chez la personne âgée, une perte d'appétit, un isolement, des difficultés à mâcher, ou des courses devenues impossibles.

⚠️ On en perd : par les urines, ⚠️ avec des urines mousseuses et des œdèmes ; par l'intestin, ⚠️ avec une diarrhée chronique et un amaigrissement ; par la peau, devant une brûlure ou une plaie étendue.

⚠️ On la dilue : une perfusion abondante, ⚠️ une insuffisance cardiaque, une prise de poids rapide avec des œdèmes.

⚠️ L'inflammation la fait baisser : une infection prolongée, ⚠️ une maladie inflammatoire, une maladie tumorale, ⚠️ une chirurgie récente.

⚠️ Ce qui se chiffre et ne s'estime pas : le poids d'il y a six mois, ⚠️ le poids actuel, et le nombre de repas réellement pris, ⚠️ la question portant sur hier et avant-hier plutôt que sur les habitudes.

⚠️ Et une question qui vaut pour les quatre mécanismes : depuis quand. ⚠️ Une anomalie apparue en quelques semaines chez une personne qui allait bien n'a pas la même valeur qu'une anomalie stable depuis des années, et les bilans antérieurs répondent souvent mieux que le patient.

Le piège

Conclure à une dénutrition sur une albumine basse. L'inflammation seule suffit à l'expliquer.

À retenir

  • Quatre mécanismes se partagent presque tous les cas.
  • Des urines mousseuses avec des œdèmes orientent vers une perte urinaire.
  • Une diarrhée chronique avec un amaigrissement oriente vers une perte digestive.
  • L'inflammation fait baisser l'albumine sans dénutrition.
  • La question porte sur hier et avant-hier, pas sur les habitudes.

En pratique

  • Maladie du foie recherchée
  • Alcool quantifié
  • Apports alimentaires reconstitués sur deux jours
  • Urines mousseuses et œdèmes recherchés
  • Diarrhée chronique recherchée
  • Perfusions et insuffisance cardiaque recherchées
  • Inflammation et maladie chronique recherchées
  • Poids actuel et poids antérieur chiffrés

Examen clinique

⚠️ L'examen cherche d'abord où va l'eau, ⚠️ parce qu'une albumine basse la laisse sortir des vaisseaux.

Ce qui se cherche comme œdèmes : ⚠️ les chevilles et les jambes, ⚠️ les paupières le matin, le dos chez une personne alitée, ⚠️ et un ventre distendu avec une matité mobile.

Ce qui se cherche comme cause : ⚠️ des signes de maladie ancienne du foie, ⚠️ une grosse rate, des signes d'insuffisance cardiaque, ⚠️ une plaie ou une brûlure étendue, et des signes d'une maladie inflammatoire.

⚠️ Ce qui se mesure et qui vaut mieux que le chiffre d'albumine : le poids, comparé au poids habituel, ⚠️ la taille, le calcul de l'indice de masse corporelle, ⚠️ la circonférence du mollet, et la force de préhension quand elle est disponible.

⚠️ Ce qui s'évalue et qui décide de la conduite : la capacité réelle à s'alimenter, ⚠️ l'état de la bouche et des dents, la déglutition, ⚠️ et l'autonomie pour faire les courses et cuisiner.

⚠️ Ce qui ne se conclut pas d'une albumine basse : une dénutrition. ⚠️ Le diagnostic de dénutrition repose sur le poids, sa perte et la masse musculaire, et non sur un dosage.

⚠️ Ce qui se réexamine à quelques jours : le poids et les œdèmes, ⚠️ une prise de poids rapide avec des œdèmes qui s'installent traduisant une fuite d'eau vers les tissus, et non une amélioration nutritionnelle.

À retenir

Peser et comparer au poids habituel. C'est la mesure qui manque le plus souvent au dossier.

À retenir

  • Une albumine basse laisse l'eau sortir des vaisseaux.
  • Le poids et sa perte valent mieux que le chiffre d'albumine.
  • La circonférence du mollet et la force de préhension évaluent le muscle.
  • L'état de la bouche et l'autonomie décident de la conduite.
  • Le diagnostic de dénutrition repose sur le poids, pas sur un dosage.

En pratique

  • Œdèmes recherchés aux jambes et aux paupières
  • Épanchement abdominal recherché
  • Signes de maladie du foie recherchés
  • Signes d'insuffisance cardiaque recherchés
  • Poids et taille mesurés
  • Indice de masse corporelle calculé
  • Masse musculaire évaluée
  • Bouche, déglutition et autonomie évaluées

Synthèse paraclinique

⚠️ Comme pour l'élévation, la lecture commence par une soustraction : protéines totales moins albumine. ⚠️ Une baisse portant sur l'albumine seule n'a pas la même signification qu'une baisse portant sur les deux.

⚠️ Ce qui oriente vers une perte urinaire : une protéinurie, ⚠️ quantifiée sur un échantillon rapportée à la créatinine urinaire, et une bandelette. ⚠️ Une albumine effondrée avec une protéinurie importante et des œdèmes forme un ensemble qui se nomme et qui s'explore.

⚠️ Ce qui oriente vers le foie : le taux de prothrombine, ⚠️ la bilirubine, les plaquettes, ⚠️ et les enzymes. ⚠️ Une albumine basse avec un taux de prothrombine bas traduit un défaut de fabrication et non un défaut d'apport.

⚠️ Ce qui oriente vers l'inflammation : la protéine C réactive. ⚠️ L'albumine baisse dans tout état inflammatoire, et cette baisse suit l'inflammation et non l'alimentation.

⚠️ Ce qu'une albumine basse fausse dans le même bilan : le calcium, ⚠️ qui doit être corrigé avant d'être interprété, sous peine de retenir une hypocalcémie qui n'existe pas ; ⚠️ et la fraction libre de plusieurs médicaments, qui augmente et expose à un surdosage.

⚠️ Ce qui ne se mesure plus comme un marqueur nutritionnel isolé : l'albumine elle-même. ⚠️ Sa demi vie est longue, elle réagit lentement, ⚠️ et elle bouge pour trop de raisons pour suivre une renutrition.

Le piège

Retenir une hypocalcémie sans avoir corrigé le calcium de l'albumine. Elle n'existe pas.

À retenir

  • La lecture commence par la même soustraction que pour l'élévation.
  • Albumine basse et taux de prothrombine bas traduisent un défaut de fabrication.
  • L'albumine suit l'inflammation et non l'alimentation.
  • Une albumine basse fausse le calcium du même bilan.
  • Elle augmente la fraction libre de plusieurs médicaments et expose au surdosage.

En pratique

  • Soustraction faite
  • Protéinurie quantifiée
  • Taux de prothrombine lu
  • Bilirubine et plaquettes lues
  • Protéine C réactive lue
  • Calcium corrigé
  • Traitements à forte liaison protéique repérés
  • Bilans antérieurs comparés

Iconographie

Sans objet pour cette situation : L'interprétation d'une baisse des protéines ne repose sur aucune imagerie. Les explorations du foie, du rein et de l'intestin relèvent des situations de départ correspondantes.

Stratégie diagnostique

⚠️ Quatre questions, dans cet ordre, et la dernière est la plus souvent oubliée.

⚠️ En perd-on par les urines : une bandelette et une quantification répondent en une journée, ⚠️ et c'est l'examen le plus rentable du champ.

⚠️ En fabrique-t-on moins : le foie, ⚠️ exploré par la coagulation, la bilirubine et les plaquettes plus que par les enzymes, et l'apport alimentaire réel.

⚠️ La dilue-t-on : une prise de poids rapide, des perfusions, une insuffisance cardiaque, ⚠️ et l'anomalie disparaît avec l'eau.

⚠️ L'inflammation la fait-elle baisser : et cette question s'oublie parce qu'elle ne mène à aucun traitement propre. ⚠️ Elle évite pourtant de conclure à tort à une dénutrition, et d'engager une renutrition qui ne corrigera rien tant que l'inflammation dure.

⚠️ Ce qui suspend la conclusion : une valeur isolée, ⚠️ l'absence de protéinurie recherchée, et l'absence de poids au dossier.

⚠️ Ce qui se retient quand plusieurs mécanismes coexistent : ils s'additionnent souvent chez le même patient, ⚠️ une personne âgée hospitalisée pouvant cumuler inflammation, apports insuffisants et perfusions, et corriger l'un ne suffit pas.

À retenir

Perd-on, fabrique-t-on moins, dilue-t-on, l'inflammation joue-t-elle. Quatre questions, souvent plusieurs réponses.

À retenir

  • La bandelette urinaire est l'examen le plus rentable du champ.
  • Le foie s'explore par la coagulation plus que par les enzymes.
  • La question de l'inflammation s'oublie parce qu'elle ne mène à aucun traitement.
  • Une renutrition ne corrige rien tant que l'inflammation dure.
  • Plusieurs mécanismes s'additionnent chez le même patient.

En pratique

  • Bandelette urinaire faite
  • Protéinurie quantifiée
  • Fonction du foie évaluée
  • Apports alimentaires évalués
  • Dilution envisagée
  • Inflammation recherchée
  • Poids relevé et comparé
  • Coexistence de mécanismes envisagée

Urgence vitale

Sans objet pour cette situation : Une baisse des protéines ne constitue pas une urgence en soi. Les urgences associées, décompensation d'une maladie du foie, anasarque et complications du syndrome néphrotique, relèvent des situations de départ correspondantes.

Stratégie de prise en charge

⚠️ On ne remonte pas une albumine, on traite ce qui la fait baisser.

⚠️ Devant une perte urinaire : une prise en charge néphrologique, ⚠️ un traitement qui réduit la fuite, et la surveillance des complications.

⚠️ Devant une maladie du foie : le traitement de la cause, ⚠️ et une prise en charge nutritionnelle adaptée, qui n'est pas une simple restriction.

⚠️ Devant une insuffisance d'apport : une évaluation nutritionnelle chiffrée, ⚠️ des objectifs d'apport écrits, une aide concrète aux repas, ⚠️ et un suivi du poids une fois par semaine, la mesure la plus utile et la moins coûteuse.

⚠️ Devant une inflammation : le traitement de la cause, ⚠️ et la patience, l'albumine remontant quand l'inflammation cède et pas avant.

⚠️ Ce qui se réévalue immédiatement : les traitements fortement liés aux protéines du sang, ⚠️ dont l'effet augmente quand l'albumine baisse, et dont la dose se rediscute.

⚠️ Ce qui se documente : le mécanisme retenu, ce qui a été mis en place, ⚠️ et le rythme de la surveillance du poids, qui suit mieux l'évolution que le dosage lui-même.

⚠️ Et ce qui se décide avant la sortie : qui poursuit, ⚠️ avec quels objectifs chiffrés, et à quelle date le premier point est fait, ⚠️ une prise en charge nutritionnelle sans échéance s'arrêtant à la sortie.

Le piège

Prescrire des compléments nutritionnels sans traiter l'inflammation. Le chiffre ne bougera pas.

À retenir

  • On ne remonte pas une albumine, on traite ce qui la fait baisser.
  • L'albumine remonte quand l'inflammation cède, et pas avant.
  • Le suivi du poids est la mesure la plus utile et la moins coûteuse.
  • Les traitements fortement liés aux protéines voient leur effet augmenter.
  • Le poids suit mieux l'évolution que le dosage lui-même.

En pratique

  • Mécanisme retenu
  • Prise en charge néphrologique si perte urinaire
  • Cause hépatique traitée
  • Objectifs d'apport écrits
  • Aide concrète aux repas organisée
  • Inflammation traitée
  • Traitements à forte liaison réévalués
  • Suivi du poids programmé

Procédure et geste technique

Sans objet pour cette situation : Cette situation ne comporte pas de geste technique évalué. La pose d'une sonde d'alimentation et les ponctions d'épanchement relèvent des situations de départ correspondantes.

Annonce et information

Sans objet pour cette situation : Cette situation ne comporte pas d'annonce propre. L'information porte sur la maladie identifiée à l'issue de la démarche, et relève des situations de départ correspondantes.

Éducation et prévention

⚠️ Le message le plus efficace ne porte pas sur les protéines, ⚠️ il porte sur ce que la personne mange réellement et sur ce qui l'en empêche.

⚠️ Ce qui se cherche avant de conseiller : ce qui bloque, ⚠️ des dents douloureuses ou absentes, une bouche sèche, ⚠️ une perte du goût, des difficultés à avaler, ⚠️ l'impossibilité de faire les courses, et le fait de manger seul, qui fait manger moins.

⚠️ Ce qui se propose concrètement : enrichir les plats habituels plutôt que de les remplacer, ⚠️ fractionner les prises, et ajouter une collation, ⚠️ les compléments industriels venant après et non à la place.

⚠️ Ce qui se dit sur les régimes : qu'un régime restrictif suivi depuis des années se réévalue, ⚠️ et que chez une personne âgée fragile, il fait souvent plus de mal que de bien.

Ce qui s'organise autour : ⚠️ le portage des repas, l'aide aux courses, ⚠️ une consultation dentaire, et l'entourage.

⚠️ Ce qui se remet : des objectifs simples et un carnet de poids, ⚠️ une pesée une fois par semaine, le même jour, dans les mêmes conditions, qui vaut mieux qu'un dosage mensuel.

À retenir

Une pesée par semaine, le même jour, dans les mêmes conditions. C'est le meilleur suivi disponible.

À retenir

  • Chercher ce qui bloque avant de conseiller.
  • Manger seul fait manger moins.
  • Enrichir les plats habituels plutôt que les remplacer.
  • Un régime restrictif ancien se réévalue chez la personne âgée.
  • Une pesée hebdomadaire vaut mieux qu'un dosage mensuel.

En pratique

  • Obstacles à l'alimentation recherchés
  • État dentaire évalué
  • Déglutition évaluée
  • Isolement pris en compte
  • Enrichissement des plats proposé
  • Fractionnement et collation proposés
  • Régime restrictif réévalué
  • Carnet de poids remis

Communication interprofessionnelle

⚠️ Cette anomalie concerne plusieurs métiers à la fois, ⚠️ et c'est celle où la coordination change le plus le résultat.

Ce qui se transmet au diététicien : ⚠️ le poids actuel, le poids habituel et la date de chacun, ⚠️ les obstacles identifiés, les apports réellement pris, ⚠️ et les objectifs déjà fixés.

Ce qui se transmet à l'infirmière : ⚠️ le rythme des pesées, ⚠️ la surveillance des apports, et ce qui doit faire alerter.

Ce qui se transmet au néphrologue : ⚠️ la protéinurie quantifiée avec sa méthode, ⚠️ la fonction rénale, l'albumine et sa date.

Ce qui se transmet au pharmacien : ⚠️ la baisse de l'albumine, quand le patient reçoit un traitement fortement lié aux protéines.

Ce qui se transmet au médecin traitant et à l'entourage : ⚠️ le mécanisme retenu, ce qui a été mis en place, ⚠️ et le carnet de poids.

⚠️ Et ce qui s'écrit dans le dossier : le poids. ⚠️ C'est la donnée la plus utile de tout ce champ et celle qui manque le plus souvent, ⚠️ une albumine sans poids ne permettant ni de conclure ni de suivre.

À retenir

Écrire le poids au dossier. C'est la donnée la plus utile du champ et celle qui manque le plus.

À retenir

  • C'est l'anomalie où la coordination change le plus le résultat.
  • Le poids habituel et sa date se transmettent avec le poids actuel.
  • Le pharmacien est informé quand un traitement est fortement lié aux protéines.
  • Le carnet de poids circule avec le patient.
  • Une albumine sans poids ne permet ni de conclure ni de suivre.

En pratique

  • Poids actuel et antérieur datés
  • Obstacles transmis au diététicien
  • Objectifs d'apport partagés
  • Rythme des pesées transmis à l'équipe
  • Protéinurie transmise au néphrologue
  • Pharmacien informé si besoin
  • Médecin traitant informé du mécanisme
  • Poids écrit au dossier

S'entraîner sur cette situation

Aucune station ne couvre encore cette situation.

Sources

  • R2C, item 250 : Dénutrition chez l'adulte et l'enfant
  • R2C, item 259 : Protéinurie et syndrome néphrotique de chez l'adulte et de l'enfant
  • R2C, item 279 : Cirrhose et complications
  • Collège des enseignants de nutrition et Collège universitaire des enseignants de néphrologie, chapitres sur la dénutrition et le syndrome néphrotique
  • Recommandations en vigueur sur le diagnostic de la dénutrition et sur la prise en charge du syndrome néphrotique. La date de la version consultée fait partie de la source