Cette fiche vous apprend à lire un temps de céphaline activée (TCA) en commençant par le tube, à le rapporter à la cible d'un traitement par héparine plutôt qu'aux valeurs usuelles, et à surveiller ce que ce chiffre ne mesure pas. Elle suit l'ordre de la lecture : le prélèvement, la cible, la dose et le choix de l'héparine, les plaquettes, le saignement, puis l'allongement découvert hors de tout traitement.
SommaireEnviron 9 min
- Un temps de coagulation se lit d'abord sur son tube
- Sous héparine, la référence devient la fourchette du protocole
- La dose suit le protocole, et le choix de l'héparine suit le rein
- Les plaquettes se surveillent pour une autre raison que le saignement
- Un résultat dans la cible ne dispense pas de regarder le patient
- Hors traitement, refaire le prélèvement, puis faire le mélange
- À retenir pour la station
Un temps de coagulation se lit d'abord sur son tube
Un temps de coagulation se lit d'abord sur son tube. Un tube citraté rempli sous le trait, un prélèvement fait sur le bras perfusé ou un acheminement trop lent allongent le temps sans qu'aucune maladie n'existe. Les conditions se vérifient donc avant le chiffre : le tube rempli au trait, le bras opposé à la perfusion, l'acheminement rapide.
Le temps se rend en rapport au témoin, et le temps du malade, celui du témoin et leur rapport s'énoncent ensemble. Chaque réactif et chaque appareil répondent différemment à l'héparine : la même héparinémie donne des rapports très différents d'un laboratoire à l'autre.
Un rapport ne se compare donc pas d'un laboratoire à l'autre. C'est la raison pour laquelle la fourchette thérapeutique se fixe pour chaque établissement, et c'est elle, et non les valeurs usuelles, qui sert de référence sous traitement.
« Tube citraté rempli au trait, bras opposé à la perfusion, acheminé dans l'heure : le résultat est interprétable. »
Sous héparine, la référence devient la fourchette du protocole
Sous héparine, la question n'est plus de savoir si le temps est normal, mais s'il est dans la fourchette visée. La conclusion compare le rapport à la fourchette du protocole, et non aux valeurs usuelles.
L'héparine non fractionnée à dose curative se surveille par le TCA, et sa fourchette thérapeutique dépend du réactif du laboratoire et du protocole de l'établissement. Un rapport de 1,5 à 2,5 a historiquement correspondu à une activité anti-Xa de 0,3 à 0,7 unité par mL, mais les réactifs ne répondent pas tous de la même façon.
La valeur d'avant la mise en route prouve que l'allongement vient du traitement, et non d'une anomalie antérieure. Le rapport du jour se compare donc à celui d'avant, comme les plaquettes.
Ce temps mesure un effet de l'héparine sur la coagulation, et il ne mesure pas la protection contre l'extension du caillot. Il ne mesure pas non plus une héparine de bas poids moléculaire : celle-ci ne demande pas en général de surveillance biologique, et quand elle se discute, chez l'obèse, la femme enceinte ou l'insuffisant rénal, elle se fait par l'activité anti-Xa.
« Le rapport du malade au témoin tient dans la fourchette du protocole, et il était normal avant la mise en route : l'allongement est celui du traitement. »
« Ce temps mesure un effet de l'héparine sur la coagulation, pas la protection contre l'extension du caillot. »
La dose suit le protocole, et le choix de l'héparine suit le rein
La dose suit le protocole. Un rapport dans la fourchette fait maintenir le débit ; en dehors, la table du protocole dit de combien le modifier et quand contrôler. Modifier la dose devant un résultat dans la cible, c'est ne pas avoir lu le protocole.
Le choix de l'héparine dépend du rein. Les héparines de bas poids moléculaire s'accumulent quand la clairance de la créatinine est inférieure à 30 mL/min : si elles sont choisies, leur dose se réduit ou leur activité anti-Xa se surveille.
L'héparine non fractionnée, dont l'élimination dépend peu du rein aux doses thérapeutiques, se surveille et s'ajuste heure par heure. Chez une personne dont la clairance est inférieure à 30 mL/min, c'est ce qui justifie son choix.
Le résultat s'écrit : le rapport et la fourchette, la décision, et l'heure du prochain contrôle, programmé selon le protocole. Il ne se perd ainsi pas au changement d'équipe.
« Le rapport est dans la fourchette : je maintiens le débit, contrôle quotidien et plaquettes selon le protocole. »
« La clairance est inférieure à 30 mL/min : une héparine non fractionnée évite l'accumulation d'une héparine de bas poids moléculaire. »
Les plaquettes se surveillent pour une autre raison que le saignement
Les plaquettes se surveillent pour une autre raison que le saignement : la thrombopénie induite par l'héparine, qui expose à la thrombose. Elle survient habituellement entre le 5e et le 14e jour, et en quelques heures après une héparine reçue dans les 30 jours.
Chez un patient médical sous héparine non fractionnée, à risque intermédiaire de thrombopénie induite, les plaquettes se contrôlent tous les 2 à 3 jours de J4 à J14, ou jusqu'à l'arrêt. Elles se surveillent dès J0 si une héparine a été reçue dans les 30 jours.
Les plaquettes du jour se comparent à celles d'avant la mise en route, comme le rapport. Une chute franche, un délai compatible et une thrombose nouvelle sous traitement font calculer le score 4T, qui estime la probabilité d'une thrombopénie induite et compte la chute des plaquettes, son délai, une thrombose et l'absence d'autre cause.
Un résultat dans la cible ne dispense pas de regarder le patient
Un résultat dans la cible ne dispense pas de regarder le patient. Les points de ponction, la couleur des urines, les selles et l'hémoglobine du jour disent s'il saigne, et l'absence de saignement se vérifie même quand le rapport est dans la cible.
Devant un saignement grave sous héparine non fractionnée, l'arrêt de la perfusion est le premier geste, parce que la demi-vie de l'héparine en perfusion est de 60 à 90 minutes. La protamine neutralise rapidement l'héparine, 1 mg pour environ 100 unités, et sa dose se calcule sur la seule héparine reçue au cours des dernières heures.
« Il saigne sous héparine : j'arrête la perfusion et je calcule la protamine sur l'héparine des dernières heures. »
Hors traitement, refaire le prélèvement, puis faire le mélange
Avant d'explorer un allongement inattendu, découvert hors de tout traitement, 2 causes se vérifient : une héparine en cours et un prélèvement mal fait. Un allongement inattendu sur un tube douteux se refait avant toute exploration.
Le mélange avec un plasma témoin partage la suite, et il se demande avant tout dosage de facteur. S'il corrige un TCA allongé isolé, un facteur de la voie intrinsèque manque, et les facteurs VIII, IX, XI et XII se dosent. S'il ne corrige pas, un inhibiteur empêche la coagulation, et l'anticoagulant circulant de type lupique est le plus fréquent.
L'anticoagulant circulant de type lupique allonge le TCA de façon isolée, avec un taux de prothrombine normal. Il n'est pas corrigé par le plasma témoin, mais il l'est par un excès de phospholipides.
L'anticoagulant lupique ne fait pas saigner, il fait thromboser. Il appartient au syndrome des antiphospholipides quand il s'associe à des thromboses ou à des événements obstétricaux. Ce syndrome associe ces événements à au moins un type d'anticorps antiphospholipides, dont l'anticoagulant lupique, retrouvé à 2 reprises espacées de 12 semaines.
« Je refais le prélèvement, puis je demande le mélange avec un plasma témoin : s'il corrige, il manque un facteur ; sinon, c'est un inhibiteur. »
À retenir pour la station
Lisez le tube avant le chiffre : tube citraté rempli au trait, bras opposé à la perfusion, acheminement rapide. Énoncez ensemble le temps du malade, celui du témoin et leur rapport, et comparez ce rapport à la fourchette du protocole, pas aux valeurs usuelles ; la valeur d'avant la mise en route prouve que l'allongement vient du traitement. Un rapport dans la cible fait maintenir le débit. Comparez les plaquettes du jour à celles d'avant le traitement, et regardez le patient même dans la cible. Ce temps ne mesure ni la protection contre le caillot ni une héparine de bas poids moléculaire. Hors traitement, refaites le prélèvement, puis demandez le mélange avec un plasma témoin.
S'entraîner sur cette situation
Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.
Sources
- Parenteral Anticoagulants: Antithrombotic Therapy and Prevention of Thrombosis, 9th ed: American College of Chest Physicians Evidence-Based Clinical Practice Guidelines (Ouvre un nouvel onglet)
American College of Chest Physicians (ACCP). 9e édition, Chest, 2012, vol. 141, n° 2 suppl., p. e24S et suivantes (doi:10.1378/chest.11-2291).
- American Society of Hematology 2018 guidelines for management of venous thromboembolism: heparin-induced thrombocytopenia (Ouvre un nouvel onglet)
American Society of Hematology (ASH). Blood Advances, 2018, vol. 2, n° 22, p. 3360 et suivantes (doi:10.1182/bloodadvances.2018024489).
- Manuel de néphrologie (Ouvre un nouvel onglet)
Collège universitaire des enseignants de néphrologie (CUEN). 11e édition, 2025 à 2026 (Ellipses, collection Les référentiels EDN).
Hématologie
Société française d'hématologie (SFH). 5e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
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