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Biologie médicale

Fiche de révision

Interprétation d'un myélogramme

Situation de départ 221Catégorie IIItem R2C 315Item R2C 316Item R2C 320

Cette fiche s'adresse au clinicien qui pose l'indication d'un prélèvement de moelle, en informe le patient et en reçoit le compte rendu. Elle part de la question à laquelle l'examen doit répondre, passe par ce qui se recueille et se prépare avant un geste douloureux, puis apprend à lire un compte rendu qui compte des cellules sans voir l'architecture. Elle finit sur ce qui se dit au patient et sur ce que le biologiste doit recevoir pour ne pas faire recommencer le geste.

SommaireEnviron 11 min
  1. À quoi doit répondre le prélèvement de moelle
  2. Quand l'examen devient une urgence, le délai devient le sujet
  3. Recueillir ce qui justifie l'indication et ce qui sécurise le geste
  4. Un examen qui prépare le geste et documente ce que le résultat expliquera
  5. Préparer le geste, et d'abord son antalgie
  6. Lire le compte rendu en 4 temps, en commençant par la qualité
  7. Dire la vérité sur la douleur, et donner une échéance à l'attente
  8. Ce que le biologiste peut faire dépend de ce qu'on lui a dit
  9. À retenir pour la station

À quoi doit répondre le prélèvement de moelle

La question n'est pas « faut-il faire un prélèvement de moelle », mais « à quoi doit-il répondre ». Elle s'écrit sur la demande, et elle se pose au prescripteur lui-même : que fera-t-on du résultat. Un examen dont aucune décision ne dépend ne se demande pas, et celui-ci fait mal.

Plusieurs situations le justifient : une atteinte de plusieurs lignées inexpliquée, des cellules anormales sur le frottis sanguin, une suspicion de maladie de la moelle, le bilan d'une maladie déjà connue, et certaines situations où seul cet examen répond. Une anomalie isolée qu'un examen du sang peut caractériser ne le justifie pas. C'est notamment le cas d'une élévation persistante des lymphocytes, que l'étude des marqueurs de surface sur le sang suffit à préciser.

La question posée décide aussi entre ponction et prélèvement de tissu. Compter des cellules et décrire leur aspect relève de la ponction ; évaluer l'architecture, la fibrose ou une infiltration relève de la biopsie. Les 2 se demandent parfois dans le même temps.

Le piège est de demander l'examen sans avoir formulé la question à laquelle il doit répondre. Il ne remplace pas ce qu'un examen du sang peut donner, et l'alternative sur le sang s'envisage avant lui.

Quand l'examen devient une urgence, le délai devient le sujet

Certaines situations font de cet examen une urgence, et le délai d'obtention devient alors le sujet. Imposent un examen sans délai la présence de cellules immatures sur le frottis sanguin, une atteinte profonde de plusieurs lignées, une fièvre avec des polynucléaires effondrés, et des signes de mauvaise circulation liés à une élévation majeure des leucocytes.

Le spécialiste s'appelle en même temps que la demande se fait, et il ne reçoit pas un courrier : le délai se compte en heures. La protection du patient se met en place avant le résultat : hydratation, surveillance, éviction des gestes à risque, et traitement d'une infection s'il en existe une.

L'attente du compte rendu définitif ne retarde pas la prise en charge, une orientation immédiate étant souvent donnée par le biologiste au téléphone. Avant le geste en urgence, la coagulation et les plaquettes se vérifient, sans que cette vérification serve de prétexte à retarder : le geste reste réalisable même à plaquettes basses, avec une compression adaptée. Se notent l'heure de l'appel, l'heure du geste et l'heure du premier résultat.

Recueillir ce qui justifie l'indication et ce qui sécurise le geste

Avant de demander cet examen, 2 choses se recueillent : ce qui justifie l'indication, et ce qui conditionne la sécurité du geste. Ce qui justifie, ce sont l'anomalie de l'hémogramme et son ancienneté, les valeurs successives, les signes généraux, les infections répétées, les saignements et les douleurs osseuses. Le contexte complète ce recueil : une exposition professionnelle, une chimiothérapie ou une radiothérapie antérieure, une maladie auto-immune et les traitements en cours.

La sécurité dépend de quelques questions précises. Un traitement anticoagulant ou antiagrégant se recherche, avec sa dernière prise, ainsi qu'une maladie de la coagulation connue. Se demandent aussi une allergie aux anesthésiques locaux ou aux antiseptiques, et une infection cutanée au site prévu.

Ce qui conditionne le vécu se demande rarement : une expérience antérieure du geste, et ce qu'elle a laissé. Beaucoup de patients gardent un souvenir précis d'un prélèvement mal accompagné.

Un examen qui prépare le geste et documente ce que le résultat expliquera

L'examen prépare le geste et documente ce que le résultat devra expliquer. Il cherche une pâleur, des signes hémorragiques cutanés et muqueux, des ganglions, une grosse rate, un gros foie, des douleurs provoquées du squelette et une atteinte des gencives.

Au site prévu, se vérifient l'état de la peau, l'absence d'infection locale et les repères anatomiques. Une infection locale contre-indique la ponction à cet endroit. Le sternum et les crêtes du bassin n'ont ni les mêmes contre-indications ni le même vécu.

Chez la personne âgée ou fragile, se vérifie la capacité à tenir la position pendant le geste. Une douleur au dos ou aux hanches peut faire préférer un autre site.

Avant le geste, se notent la pression artérielle, le pouls et l'état d'anxiété, qui conditionne la prémédication éventuelle. Après, se notent l'aspect du point de ponction et la douleur résiduelle, une surveillance courte étant nécessaire chez un patient à risque de saignement.

Préparer le geste, et d'abord son antalgie

C'est un geste spécialisé, et le rôle du médecin qui le demande n'est pas de le faire mais de le préparer. Avant, se vérifient l'identité et l'indication, la coagulation et les plaquettes, les traitements antiagrégants et anticoagulants, les allergies et l'état de la peau au site prévu.

L'antalgie est ce qui se prépare et qui change tout pour le patient. Elle repose sur une anesthésie locale correctement faite avec un délai d'action respecté, sur une prémédication quand l'anxiété le justifie, et sur un gaz analgésique quand il est disponible. Un geste fait sans attendre l'effet de l'anesthésique reste dans la mémoire du patient pendant des années.

Le déroulement s'explique avant. Le patient apprend comment le geste se passe, que l'aspiration provoque une douleur brève et intense, combien de temps il dure, et qu'il peut demander une pause. Le lui dire évite le sentiment d'être trompé.

Pendant le geste, l'installation est confortable et l'accompagnement verbal. Les tubes prévus pour toutes les analyses demandées se recueillent à ce moment. Après viennent une compression, une surveillance du point de ponction, une évaluation de la douleur et une consigne écrite en cas de saignement ou de fièvre.

Lire le compte rendu en 4 temps, en commençant par la qualité

Un compte rendu se lit en 4 temps, et le premier porte sur la qualité du prélèvement. Une moelle décrite comme pauvre pose une question avant d'en résoudre une. Il peut s'agir d'une vraie pauvreté, d'un prélèvement dilué par le sang, ou d'un échec technique : cette distinction ne se tranche pas sur le seul étalement, et elle conduit souvent à une biopsie.

La proportion des différentes lignées et leur maturation sont ce que l'examen fait le mieux. Il compte les cellules, décrit leur aspect, et il peut affirmer un excès de cellules jeunes. Les anomalies de forme orientent vers un défaut de fabrication, et elles se lisent avec le sang du même jour.

Cet examen ne voit ni l'architecture de la moelle, ni la fibrose, ni l'infiltration organisée, qui relèvent d'un prélèvement de tissu et non d'un étalement de cellules. Un examen normal n'écarte donc pas certaines maladies.

Certaines analyses se demandent au moment du prélèvement, et elles ne se rattrapent pas : les analyses complémentaires sur les cellules prélevées (marqueurs de surface, étude des chromosomes, analyses moléculaires) et la mise en réserve d'un échantillon. Ne pas les avoir demandées oblige à recommencer le geste : elles s'écrivent donc sur la demande.

Plusieurs situations suspendent la conclusion : un prélèvement dilué, une richesse insuffisante, et l'absence des analyses complémentaires nécessaires. Un résultat non concordant avec la clinique et l'hémogramme se rediscute avec le biologiste avant de refaire le geste, un nouvel examen des lames répondant souvent à la question.

Dire la vérité sur la douleur, et donner une échéance à l'attente

Ce geste est demandé quand on craint une maladie grave, et le patient le sait avant qu'on le lui dise. Faire comme si de rien n'était n'apaise personne. En le proposant, se disent ce que l'on cherche, pourquoi le sang ne suffit pas, ce que le geste implique et le délai du résultat.

Sur la douleur, se dit la vérité. Annoncer une douleur brève et intense au moment de l'aspiration ne fait pas fuir les patients. La minimiser produit un sentiment de trahison qui abîme la relation.

Sur l'attente, se disent combien de temps, qui rappellera et par quel moyen. Une attente sans échéance est plus difficile que la nouvelle elle-même. Le patient repart avec un écrit qui porte la date du résultat et un numéro.

Quand le résultat n'est pas concluant, se dit que l'examen doit être refait ou complété, et pourquoi. Le patient doit comprendre qu'il ne s'agit pas d'une négligence. Quand une maladie grave est retenue, le dispositif d'annonce prévoit un temps médical dédié, un accompagnement et la possibilité d'être accompagné.

Ce que le biologiste peut faire dépend de ce qu'on lui a dit

Ce que le biologiste peut faire dépend de ce qu'on lui a demandé et de ce qu'on lui a dit, et un prélèvement mal accompagné se perd. La demande porte la question posée en clair, l'hémogramme du jour et la description du frottis, les valeurs successives, les signes cliniques, les traitements, et la liste des analyses complémentaires souhaitées.

Le nombre de tubes, leur nature et le circuit d'acheminement se conviennent avant le geste. Certaines analyses exigent un envoi rapide ou vers un autre laboratoire, et un tube manquant oblige à recommencer.

Quand le compte rendu ne suffit pas, le biologiste s'appelle avec une question précise. Elle permet souvent un nouvel examen des lames sans nouveau geste. L'équipe reçoit la surveillance après le geste et ce qui doit faire appeler ; le médecin traitant reçoit le résultat, la conduite et ce que le patient a compris.

Le dossier porte la question posée et la réponse obtenue. Un compte rendu classé sans conclusion écrite fera refaire le geste, et celui-ci n'est pas anodin.

À retenir pour la station

Formulez par écrit la question à laquelle le prélèvement de moelle doit répondre, et demandez-vous ce que vous ferez du résultat : une anomalie que le sang peut caractériser ne le justifie pas. Des cellules immatures sur le frottis font appeler le spécialiste sans attendre. Recherchez les anticoagulants et les antiagrégants, vérifiez la peau au site prévu, et respectez le délai d'action de l'anesthésie locale. Lisez le compte rendu en commençant par la qualité du prélèvement : l'examen compte des cellules, il ne voit pas l'architecture, et les analyses complémentaires se demandent au moment du geste. Dites la vérité sur la douleur, donnez une échéance à l'attente, et écrivez au dossier la question et la réponse.

Sources

  1. 1

    Hématologie

    Société française d'hématologie (SFH). 5e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Item 315 ; Item 316 ; Item 320

    Appuie : Stratégie diagnostique, Urgence vitale, Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Procédure et geste technique, Synthèse paraclinique, Annonce et information, Communication interprofessionnelle

  2. 2
    Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)

    Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.

    Passages utilisés : Item 315 ; Item 316 ; Item 320

    Appuie : Stratégie diagnostique, Urgence vitale, Synthèse paraclinique