Cette fiche vous apprend à lire une anomalie du rachis découverte à l'imagerie en séparant 2 questions qu'un même examen ne tranche pas : la lésion est-elle bénigne, et est-elle récente ? Elle suit le raisonnement : ces questions et leur ordre, l'entretien, l'examen, ce que disent la radiographie et l'imagerie par résonance magnétique, la biologie, l'urgence neurologique, puis le traitement de l'os et ce qui se transmet.
SommaireEnviron 12 min
- Bénigne, récente : 2 questions qu'un même examen ne tranche pas
- L'entretien dit si l'image explique quelque chose, et ce qui doit inquiéter
- Un examen neurologique refait à chaque consultation, et daté
- La radiographie décrit une forme, l'IRM décrit un état
- Une biologie qui oriente entre 3 familles, et la densitométrie qui manque
- Un signe neurologique fait de la découverte une urgence
- Traiter l'os, et pas seulement la douleur
- Une découverte faite pour autre chose, et une date à écrire
- À retenir pour la station
Bénigne, récente : 2 questions qu'un même examen ne tranche pas
Une anomalie du rachis découverte à l'imagerie pose 2 questions indépendantes : est-elle bénigne, et est-elle récente ? Répondre à la première ne répond pas à la seconde. Une troisième les précède, et les 3 ne se posent pas dans l'ordre où l'on regarde l'image : existe-t-il une atteinte neurologique ?
La question neurologique décide du tempo avant toute autre considération, et elle se cherche à l'examen, pas sur l'image. Une atteinte neurologique transforme une découverte en urgence chirurgicale.
La bénignité se lit en grande partie sur les signes radiologiques : le mur postérieur, les pédicules, la lyse, les parties molles. Le doute se lève par l'imagerie par résonance magnétique.
Ce qui fait basculer vers une cause tumorale ou infectieuse :
- Une douleur non mécanique.
- Un cancer connu.
- Une fièvre.
- Une atteinte du mur postérieur ou des pédicules.
- Une atteinte des parties molles.
- Plusieurs lésions.
L'ancienneté est une question distincte, et seule l'imagerie par résonance magnétique y répond. C'est d'elle que dépend le fait que la lésion explique ou non le symptôme. La conclusion reste suspendue tant qu'une image ancienne n'a pas été retrouvée, que l'examen neurologique n'a pas été fait ou que la lésion n'est pas datée.
L'entretien dit si l'image explique quelque chose, et ce qui doit inquiéter
L'interrogatoire sert à savoir si l'image explique quelque chose, et à repérer ce qui doit inquiéter. Quand il y a une douleur, se précisent sa date d'apparition, son horaire, son caractère mécanique ou non, un réveil nocturne, et un traumatisme déclenchant ou son absence. Une douleur qui réveille la nuit et qui ne cède pas au repos n'est pas mécanique, et elle change la démarche.
Les signes d'alerte se cherchent un par un : une fièvre, une perte de poids chiffrée, un cancer connu, une immunodépression, une corticothérapie prolongée, une infection récente, une consommation de drogues par voie veineuse. Un cancer ancien et considéré comme guéri compte comme antécédent.
L'atteinte neurologique se cherche aussi, et c'est elle qui décide de tout : une faiblesse des jambes, des troubles de la sensibilité, une difficulté à uriner ou une incontinence, une anesthésie de la région périnéale, une marche modifiée. Une faiblesse des jambes, un trouble pour uriner ou une anesthésie du périnée changent immédiatement la démarche.
La fragilité osseuse a ses propres questions : l'âge de la ménopause, une fracture antérieure après une chute de sa hauteur, une perte de taille, des antécédents familiaux, un tabagisme et une consommation d'alcool. Une fracture antérieure après une chute de sa hauteur est un signal.
Un examen neurologique refait à chaque consultation, et daté
L'examen neurologique n'est pas une option devant une anomalie du rachis, et il se refait à chaque consultation. Il teste la force des membres inférieurs segment par segment, les réflexes et leur symétrie, la sensibilité. La sensibilité de la région périnéale et le tonus du sphincter s'y ajoutent quand la situation le demande.
Son résultat se note et se date, avec l'heure : c'est le seul moyen de reconnaître une aggravation. Un examen neurologique normal, lui, ne permet pas de conclure que la lésion est bénigne.
Le rachis se palpe et se percute, à la recherche d'une douleur provoquée à la pression d'une épine, d'une déformation, d'une raideur et d'une contracture. La fragilité se documente par des mesures : la taille, comparée à la taille antérieure, la distance entre le mur et l'occiput, et le poids.
Devant un doute, l'examen cherche ailleurs un cancer. Une lésion du rachis pouvant être secondaire, il examine les seins, la prostate, la thyroïde, les poumons et le rein, et palpe les ganglions.
La radiographie décrit une forme, l'IRM décrit un état
2 examens répondent à 2 questions différentes, et les confondre fait perdre du temps. La radiographie décrit une forme : la hauteur du corps vertébral, un aspect cunéiforme ou en galette, l'état du mur postérieur, la visibilité et la symétrie des pédicules, une lyse ou une condensation.
Un mur postérieur respecté, des pédicules visibles et l'absence de lyse sont des arguments de bénignité. Ce que la radiographie ne peut pas faire, c'est dater : une vertèbre affaissée a la même forme un mois après comme plusieurs années après.
L'imagerie par résonance magnétique décrit un état : un œdème de l'os, qui signe une lésion récente ou évolutive, une atteinte des parties molles, l'état du canal et de la moelle, l'existence d'autres lésions. C'est l'examen qui date, et qui distingue quand le doute persiste.
Le scanner apporte le détail de l'os : la corticale, la lyse, la matrice de la lésion. Il guide aussi un prélèvement.
Une biologie qui oriente entre 3 familles, et la densitométrie qui manque
La biologie sert à orienter entre 3 familles : fragilité osseuse, infection, tumeur. Devant toute anomalie vertébrale inexpliquée se demandent une numération, une protéine C réactive et une vitesse de sédimentation, le calcium et la phosphorémie, la fonction rénale, les enzymes du foie, et une électrophorèse des protéines du sang. Une anomalie de cette électrophorèse oriente vers une maladie du sang.
Le bilan d'une fragilité osseuse ajoute la vitamine D, le calcium urinaire et la thyréostimuline, et selon le contexte les explorations d'une cause secondaire. Ce qui doit être demandé, et qui manque, est une densitométrie osseuse : une fracture antérieure après un traumatisme mineur l'indiquait déjà, souvent des années plus tôt.
Devant une suspicion d'infection, les hémocultures se prélèvent avant tout antibiotique, et le germe s'identifie. Quand les hémocultures sont négatives, l'identification passe par un prélèvement de la lésion.
Un bilan large demandé par principe ne se fait pas. Il produit des anomalies mineures et retarde l'examen qui compte.
Un signe neurologique fait de la découverte une urgence
Une découverte vertébrale devient une urgence dès qu'un signe neurologique apparaît, et le délai décide de la récupération. Imposent une prise en charge immédiate une faiblesse des membres inférieurs, des troubles de la sensibilité en niveau, une rétention ou une incontinence urinaire, une anesthésie de la région périnéale, et une douleur qui s'aggrave rapidement.
Ce qui se fait sans délai est une imagerie par résonance magnétique de tout le rachis, et non du seul segment douloureux, plusieurs niveaux pouvant être atteints. S'y ajoutent l'appel du neurochirurgien ou de l'équipe compétente, et le transfert.
En même temps, un examen neurologique daté et répété sert de référence, et une surveillance se met en place. L'heure de l'examen, l'heure de l'appel et l'heure de l'imagerie se notent.
Attendre le rendez-vous d'imagerie ordinaire ne se fait pas, pas plus que différer l'appel au motif que les signes sont discrets. Un déficit installé récupère mal, et la fenêtre se compte en heures.
L'infection de la vertèbre et du disque est une urgence d'un autre ordre. Elle s'évoque devant une fièvre et une douleur non mécanique, et elle impose des hémocultures avant tout antibiotique.
Traiter l'os, et pas seulement la douleur
Le traitement de la douleur n'est pas le traitement de la maladie, et c'est là que la prise en charge s'arrête le plus souvent. Devant un tassement par fragilité osseuse, le plan associe le traitement de la douleur, la reprise de la marche, et surtout le traitement de la maladie de l'os : un apport en calcium et en vitamine D adapté, un traitement spécifique quand il est indiqué, et la prévention des chutes. Un tassement annonce le suivant, et le risque de la fracture suivante est maximal dans l'année qui suit.
Les traitements qui favorisent les chutes se réévaluent, comme ceux qui fragilisent l'os, une corticothérapie prolongée en particulier. Réviser les médicaments qui endorment ou font baisser la tension est la mesure antichute la plus rentable.
Devant une lésion tumorale ou infectieuse, la prise en charge relève du spécialiste. La question du prélèvement se discute avant tout geste, certaines lésions se prélevant selon des règles précises.
Un contrôle se programme quelle que soit la cause, avec une réévaluation de la douleur et de la marche : la perte d'autonomie après un tassement est fréquente et évitable. Le dossier documente le diagnostic, l'ancienneté retenue, le traitement de l'os et la date de la densitométrie.
Un tassement vertébral est une occasion d'agir, le plus souvent manquée, et ce qui se dit au patient en fait partie. Une vertèbre s'est affaissée parce que l'os est fragile : ce n'est pas une usure normale de l'âge, et cela se traite. Une fracture en annonce une autre, et le risque est le plus élevé dans l'année qui suit, ce qui justifie d'agir maintenant et non plus tard.
Ce qui se met en place contre les chutes :
- Un bilan de la vue.
- Une révision des médicaments qui endorment ou font baisser la tension.
- Un travail de l'équilibre et du renforcement musculaire.
- L'aménagement du domicile : tapis, éclairage, barres d'appui.
Le repos prolongé aggrave, et la reprise de la marche fait partie du traitement. Les apports en calcium et en protéines, souvent insuffisants chez la personne âgée, s'abordent avec le rôle de la vitamine D. Un écrit est remis, avec le diagnostic, le traitement et la date du contrôle.
Une découverte faite pour autre chose, et une date à écrire
Une découverte vertébrale circule mal parce qu'elle apparaît sur un examen fait pour autre chose, et personne ne se sent responsable de la suite. La transmission s'organise donc interlocuteur par interlocuteur.
Au radiologue, la demande d'imagerie par résonance magnétique transmet la date d'apparition de la douleur, la question posée, dater et caractériser, les antécédents de cancer et l'existence de signes neurologiques, qui changent l'urgence et l'étendue de l'examen. Elle lui demande aussi la comparaison avec des clichés antérieurs et un avis sur le caractère bénin ou non : une question directe obtient une réponse directe.
Au rhumatologue ou au spécialiste de l'os vont le bilan fait, les facteurs de fragilité, les traitements en cours et la densitométrie si elle existe. Au médecin traitant vont le diagnostic, l'ancienneté retenue, le traitement de l'os et le plan de prévention des chutes.
Le dossier porte la date retenue du tassement. Sans elle, le prochain épisode douloureux sera de nouveau attribué à la même vertèbre, et personne ne cherchera plus loin.
À retenir pour la station
Une anomalie du rachis pose 2 questions indépendantes, bénigne et récente, et une troisième les précède : l'atteinte neurologique, qui se cherche à l'examen et décide du tempo. La radiographie décrit une forme : un mur postérieur respecté, des pédicules visibles et l'absence de lyse vont vers la bénignité, mais elle ne date pas. L'imagerie par résonance magnétique date, par l'œdème de l'os, et une douleur récente ne s'attribue pas à une lésion dont l'ancienneté n'a pas été vérifiée. Devant un signe neurologique, elle porte sur tout le rachis, sans délai. Un tassement par fragilité appelle le traitement de l'os, la prévention des chutes et une densitométrie, pas seulement un antalgique. Écrivez au dossier la date retenue du tassement.
S'entraîner sur cette situation
Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.
Sources
Rhumatologie
Collège français des enseignants en rhumatologie (COFER). 8e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
- Neurologie (Ouvre un nouvel onglet)
Collège des enseignants de neurologie (CEN). 7e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
Imagerie médicale. Radiologie et médecine nucléaire
Collège des enseignants de radiologie de France (CERF) ; Collège national des enseignants de biophysique et de médecine nucléaire (CNEBMN). 3e édition, Réussir son DFASM, Connaissances clés (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
- Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.
Les mêmes items du programme
- Douleur du rachisSituation de départ 72 / items communs 93, 128, 307
- Découverte d'une anomalie osseuse et articulaire à l'examen d'imagerie médicaleSituation de départ 228 / items communs 307, 128
- Apparition d'une difficulté à la marcheSituation de départ 66 / item commun 93
- Rétention aiguë d'urinesSituation de départ 97 / item commun 93
- Traumatisme rachidienSituation de départ 175 / item commun 93
- Consultation de suivi d'une femme ménopauséeSituation de départ 278 / item commun 128
- Dépistage et prévention ostéoporoseSituation de départ 306 / item commun 128