Cette fiche vous apprend à trier une anomalie pelvienne découverte à l'imagerie par une seule question, le statut hormonal, puis à lire les descripteurs qui classent une masse annexielle et à écarter les 2 gestes qui lui nuisent. Elle suit l'ordre de la décision : la question qui trie, l'échographie et son compte rendu, le marqueur, l'entretien et l'examen qui complètent l'image, les urgences, puis l'orientation, ce qui se transmet et ce qui se dit à la patiente.
SommaireEnviron 12 min
- Une question trie toutes les découvertes : la patiente est-elle ménopausée
- L'échographie classe la masse, à condition d'en donner les descripteurs
- Le marqueur sert au suivi, il ne fait pas le diagnostic
- Le statut hormonal d'abord, puis des signes qui passent pour digestifs
- Le toucher pelvien, le temps que les dossiers oublient
- 3 urgences, dont 2 chez la femme jeune
- Ne rien faire, ou adresser au bon endroit avec ce qui décide
- Expliquer à la patiente pourquoi on lui parle d'autre chose
- À retenir pour la station
Une question trie toutes les découvertes : la patiente est-elle ménopausée
Le pelvis produit beaucoup de découvertes, et 3 questions les trient, dont la première décide de la suite : la patiente est-elle ménopausée. Avant la ménopause, une formation simple se contrôle après quelques semaines et disparaît le plus souvent. Après, un kyste fonctionnel n'existe plus, et toute masse annexielle demande une caractérisation.
La deuxième question est de savoir si la masse est simple ou suspecte. Les descripteurs de l'échographie y répondent, et le doute se lève par l'imagerie par résonance magnétique (IRM). La troisième cherche des signes d'extension, un épanchement, des nodules au toucher, une atteinte à distance, qui font passer d'une exploration à une prise en charge de cancer.
Certaines conduites ne se tiennent pas : une ponction, une chirurgie exploratrice hors d'un centre compétent, et une surveillance prolongée d'une masse suspecte chez une femme ménopausée. D'autres situations suspendent la conclusion : une échographie sans descripteurs, un examen clinique incomplet, un marqueur interprété seul.
Une erreur de raisonnement coûte des mois : attribuer les signes à une cause digestive banale. Elle guette chez une femme ménopausée dont le ventre gonfle sans qu'elle grossisse, et le chapitre de l'entretien dit pourquoi ces signes trompent.
L'échographie classe la masse, à condition d'en donner les descripteurs
L'échographie est l'examen de première intention, et elle classe la plupart des masses à elle seule, à condition d'être décrite avec les bons descripteurs. Ces descripteurs classent mieux qu'un dosage, et ils forment 2 séries : ceux qui définissent une formation simple, et ceux qui rendent une masse suspecte.
Une formation simple se définit par 5 critères, qui se vérifient un par un. Une formation qui les réunit tous est bénigne, et elle ne demande le plus souvent aucune surveillance.
Les 5 critères d'une formation simple, à réunir tous :
- Un contenu liquidien pur.
- Une paroi fine.
- L'absence de cloison.
- L'absence de végétation.
- L'absence de vascularisation.
D'autres descripteurs rendent une masse suspecte, et l'un d'eux pèse plus que les autres : l'épanchement libre. Il figure souvent à la fin du compte rendu.
Les descripteurs qui rendent une masse suspecte :
- Des végétations solides.
- Des cloisons épaisses.
- Une composante solide vascularisée.
- Une grande taille.
- Un épanchement libre associé.
La fin d'un compte rendu pelvien se lit donc à chaque fois, parce qu'elle porte 2 mentions : celle d'un épanchement, et celle de l'endomètre. Après la ménopause, l'épaississement de l'endomètre est un signe à part entière.
Quand l'échographie ne conclut pas, l'examen suivant est l'IRM du pelvis, et non un scanner : c'est l'examen de caractérisation de référence. Le scanner du thorax, de l'abdomen et du pelvis vient ensuite, pour le bilan d'extension, quand une tumeur est suspectée.
Le marqueur sert au suivi, il ne fait pas le diagnostic
Le marqueur usuel des tumeurs de l'ovaire est l'examen le plus mal utilisé du champ, parce qu'il n'est pas un test diagnostique. Il s'élève dans un grand nombre de situations bénignes : endométriose, myomes, inflammation du péritoine, insuffisance cardiaque, grossesse. À l'inverse, une valeur normale n'écarte pas une tumeur.
C'est un marqueur de suivi. Sa valeur de départ est utile parce qu'elle servira de référence sous traitement, et elle se note pour cela. L'âge limite encore son interprétation : avant la ménopause, sa spécificité est faible, et son élévation modérée ne signifie presque rien.
D'autres dosages se demandent selon le contexte. Chez la femme jeune notamment, certaines tumeurs sécrètent des marqueurs particuliers, qui se dosent en complément, avec un dosage de grossesse. L'état général s'apprécie par une numération, l'albumine, la fonction rénale et la protéine C réactive.
Le diagnostic repose sur l'analyse de la pièce opératoire. Une ponction de la masse pour l'analyser ne se fait pas, et une analyse du liquide d'épanchement ne se présente pas comme suffisante.
Le statut hormonal d'abord, puis des signes qui passent pour digestifs
La première question de l'entretien est le statut hormonal, et elle change la totalité du raisonnement. Avant la ménopause, les formations liquidiennes de l'ovaire sont fréquentes et souvent fonctionnelles, et un contrôle à distance du cycle suffit dans beaucoup de cas. Chez la femme jeune, une grossesse se cherche avant toute autre hypothèse.
Les signes d'une masse de l'ovaire sont trompeurs, et ils se cherchent un par un : un ventre qui gonfle sans prise de poids, une gêne pelvienne sourde, des envies fréquentes d'uriner, un transit ralenti, une satiété rapide, une fatigue. Ils ressemblent à des troubles digestifs banals, et c'est pour cela que le diagnostic est souvent tardif.
Rassurer sur des troubles digestifs est le piège de cet entretien. Un ventre qui gonfle sans prise de poids n'est pas digestif par défaut, et le transit comme les signes urinaires se précisent au lieu de se noter en passant.
Les antécédents complètent le tableau. Un saignement génital après la ménopause est un signe d'alerte à part entière. La date du dernier suivi gynécologique se note, et les antécédents familiaux de cancer du sein et de l'ovaire se demandent avec l'âge de survenue.
Le toucher pelvien, le temps que les dossiers oublient
L'examen d'une masse pelvienne comporte un temps que les dossiers mentionnent rarement : le toucher pelvien. Ce qui va être fait et pourquoi se dit avant l'examen : un toucher annoncé et expliqué est mieux accepté, et le refus de la patiente se respecte et se note.
À l'abdomen se cherchent une distension, une matité mobile des flancs, une masse palpée et sa mobilité, et un ombilic anormal. Le poids, le tour de taille quand il change et l'état général se notent dans le même temps.
Le toucher pelvien apporte la position de la masse, sa mobilité par rapport à l'utérus et sa consistance. Il cherche surtout des nodules dans le cul-de-sac postérieur, qui changent le stade présumé avant toute imagerie.
L'examen se poursuit à distance, une atteinte pelvienne pouvant être secondaire ou associée. Il cherche des ganglions inguinaux et sus-claviculaires, un épanchement de la plèvre, des œdèmes des jambes, et il comporte l'examen des seins. Un examen normal, en revanche, ne permet de rien conclure : le pelvis se palpe mal chez beaucoup de patientes.
3 urgences, dont 2 chez la femme jeune
Une découverte pelvienne devient une urgence dans 3 circonstances, et 2 d'entre elles concernent la femme jeune. La première est la torsion de l'annexe : une douleur brutale, intense, avec des vomissements, chez une femme jeune porteuse d'une masse ovarienne connue ou non. C'est une urgence chirurgicale, et le retard fait perdre l'ovaire.
La deuxième est la grossesse extra-utérine. Devant toute masse annexielle chez une femme en âge de procréer, un dosage de grossesse s'impose avant toute autre hypothèse, et une rupture met la vie en jeu.
La troisième est la complication d'une masse volumineuse : une compression des uretères avec une insuffisance rénale, une occlusion, ou un épanchement abondant qui retentit sur la respiration. La fonction rénale et le retentissement respiratoire s'évaluent donc devant une telle masse.
Devant une douleur brutale, 4 gestes se suivent : un examen, un dosage de grossesse, une échographie en urgence, et un avis chirurgical sans attendre. Le diagnostic de torsion est clinique et opératoire avant d'être échographique. L'heure du début de la douleur se note, comme celle de l'appel.
Ne rien faire, ou adresser au bon endroit avec ce qui décide
2 décisions structurent tout : ne rien faire quand la masse est simple, et adresser au bon endroit quand elle ne l'est pas. Devant une formation simple, écrire qu'aucune surveillance n'est nécessaire, ou fixer un contrôle unique quand il est retenu, et l'expliquer à la patiente. Une formation simple resurveillée à intervalles réguliers pendant des années est un échec de transmission, et c'est la phrase écrite qui arrête la répétition.
Devant une masse suspecte, la patiente est adressée à un centre spécialisé, où la chirurgie et l'analyse peuvent être conduites complètement. La première intervention détermine le pronostic : une exploration complète de l'abdomen, des prélèvements faits de principe et une chirurgie sans rupture de la masse en font partie. Ce qui ne se fait pas en découle : une ponction, une cœlioscopie exploratrice qui romprait la masse, une chirurgie partielle qui obligerait à réopérer.
D'autres soins s'organisent en parallèle : le traitement des symptômes, la ponction d'un épanchement gênant quand elle soulage, et l'évaluation nutritionnelle. Chez une femme jeune, la question de la fertilité se pose avant la chirurgie, et non après. Le dossier porte les descripteurs, la conclusion, le centre contacté et la date.
Ce qui se transmet au centre spécialisé :
- Le statut hormonal de la patiente.
- Les descripteurs de la masse, et non la conclusion du compte rendu.
- La présence ou l'absence d'un épanchement.
- Le résultat du toucher pelvien.
- Le marqueur, avec la date du dosage.
- L'état général de la patiente.
L'orientation initiale décide du pronostic, et elle se joue au téléphone dans les jours qui suivent l'échographie. Au centre se demande explicitement si une imagerie complémentaire doit être faite avant le rendez-vous ou par l'équipe elle-même. La question évite un examen redondant, et la réponse fait parfois gagner des jours.
Au radiologue se demandent une description en descripteurs quand le compte rendu n'en comporte pas, et une comparaison avec les examens antérieurs. Au médecin traitant se transmettent la conclusion, le circuit engagé, ce qui a été dit à la patiente, et ce qu'il ne faut pas faire dans l'intervalle.
Une ligne écrite au dossier dit la conduite : « Formation simple, aucune surveillance », ou « Masse suspecte, adressée à tel centre le tant ». Cette ligne évite, dans un cas, une surveillance perpétuelle, et dans l'autre, une perte de temps.
Expliquer à la patiente pourquoi on lui parle d'autre chose
La patiente a fait une échographie pour des envies d'uriner, et elle va entendre parler d'une masse. Ce déplacement de la question s'explique avant tout le reste.
Quand la découverte est simple, elle se dit clairement : c'est une formation banale, elle ne demande rien, et il n'y aura pas de contrôle. Une phrase claire vaut mieux qu'une prudence qui laisse un doute.
Quand la masse est suspecte, l'annonce dit ce qui est su et ce qui va suivre : une anomalie a été trouvée, elle demande des examens complémentaires, un centre spécialisé va la prendre en charge, et dans quel délai. Elle ne prononce pas le mot de la maladie avant confirmation, ne donne pas de pronostic, et aucune phrase ne présente la chirurgie comme réglée.
Le marqueur s'explique quand il a été dosé : un chiffre élevé ne fait pas le diagnostic, et un chiffre normal ne l'écarte pas. Beaucoup de patientes ont cherché sa signification avant la consultation, et le piège est de laisser l'une d'elles repartir avec le nom d'un marqueur sans explication de ce qu'il vaut.
La présence d'un proche, une consultation de reprise et un interlocuteur nommé se proposent. Un écrit se remet ensuite, avec le rendez-vous, le lieu et un numéro.
À retenir pour la station
Demandez d'abord si la patiente est ménopausée : après la ménopause, un kyste fonctionnel n'existe plus, et toute masse annexielle se caractérise. Lisez l'échographie par ses descripteurs : liquide pur, paroi fine, ni cloison, ni végétation, ni vascularisation font une formation simple ; des végétations, des cloisons épaisses, une composante solide vascularisée et un épanchement libre rendent la masse suspecte. Lisez la fin du compte rendu, où figurent l'épanchement et l'endomètre. Le marqueur ne fait ni n'écarte le diagnostic, il sert au suivi. Devant une masse suspecte, ne ponctionnez pas et adressez à un centre spécialisé : la première intervention détermine le pronostic. Devant une formation simple, écrivez qu'aucune surveillance n'est nécessaire.
S'entraîner sur cette situation
Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.
Sources
Gynécologie Obstétrique
Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF). 6e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
- Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.
Les mêmes items du programme
- Masse pelvienneSituation de départ 106 / item commun 306
- Saignement génital durant la grossesseSituation de départ 111 / item commun 300
- Saignement génital anormal (hors grossesse connue)Situation de départ 112 / item commun 300
- Interprétation d'un compte-rendu d'anatomopathologieSituation de départ 180 / item commun 292
- Tumeurs malignes sur pièce opératoire / biopsieSituation de départ 181 / item commun 292