Cette fiche vous apprend à prescrire un test allergologique à partir d'une hypothèse née de l'histoire, à le choisir selon le mécanisme suspecté, et à lire son résultat sans confondre sensibilisation et allergie. Elle suit la démarche : l'interrogatoire et l'examen, les 3 familles de tests, le raisonnement sur leur résultat, la sécurité pendant le test, puis la décision écrite, ce qui se dit au patient et ce qui se transmet.
SommaireEnviron 13 min
- L'histoire désigne ce qu'il faut tester
- Décrire la lésion, et chercher ce qui contre-indique un test
- 3 familles de tests, qui ne répondent pas à la même question
- Un test confirme une hypothèse, il ne la fabrique pas
- Un test peut déclencher la réaction qu'il cherche
- Une décision écrite, qui dit aussi ce qui reste possible
- Dire ce que le test montre, et ce qui reste utilisable
- Une information que le patient porte, et que les soignants se transmettent
- À retenir pour la station
L'histoire désigne ce qu'il faut tester
L'interrogatoire désigne les produits à tester, et sans lui les tests se font au hasard. Un test allergologique ne fait pas le diagnostic : il confirme ou infirme une hypothèse née de l'histoire, et sans histoire il ne veut rien dire.
Le délai entre l'exposition et les signes est la question qui oriente le choix du test. Des signes survenus en quelques minutes à quelques heures orientent vers un mécanisme immédiat ; des signes survenus après un ou plusieurs jours orientent vers un mécanisme retardé. Les 2 ne se testent pas de la même façon.
Les signes se décrivent ensuite : leur nature (peau, respiration, digestif, malaise), leur durée, leur évolution à l'arrêt, et ce qui a été fait pour les traiter. La liste complète de ce qui a été pris ou touché se reconstitue : médicaments prescrits et non prescrits, cosmétiques, produits professionnels, gants, aliments.
Le fait qu'un produit ait été toléré depuis se demande, car une tolérance postérieure vaut beaucoup de tests. Le terrain se cherche aussi : un asthme, une dermatite, une exposition professionnelle, et les traitements en cours, certains empêchant la lecture des tests cutanés.
Reste la question de l'enjeu : de quoi ce patient a-t-il besoin. Tester sans que le résultat change quelque chose n'a pas de sens, et un bilan large prescrit sans avoir reconstitué la chronologie rend des positifs ingérables.
La demande au spécialiste reprend ce que l'interrogatoire a établi : la chronologie complète, la liste des produits pris ou touchés, les signes observés, ce qui a été toléré depuis, et la question posée. Une demande qui dit seulement « bilan allergologique » fait tester au hasard.
Décrire la lésion, et chercher ce qui contre-indique un test
L'examen sert à décrire la lésion actuelle, et à chercher ce qui contre-indique un test. Le type de lésion sépare le mécanisme immédiat du mécanisme retardé : plaques fugaces et mobiles d'un côté, lésions fixes, suintantes puis squameuses de l'autre.
La topographie se relève, et surtout le fait qu'elle épouse ou non la zone de contact. Une topographie qui dessine un bracelet ou une monture de lunettes vaut un interrogatoire.
Les signes de gravité se cherchent avant toute question de test : une atteinte des muqueuses, un décollement cutané, une fièvre, des ganglions, une atteinte d'un autre organe. Ces signes changent la conduite.
Avant de tester la peau, 3 conditions se vérifient : qu'il existe une zone de peau saine, qu'aucune lésion active n'occupe le dos ou l'avant-bras, et qu'aucun traitement local n'a été appliqué récemment sur la zone. Du côté respiratoire se cherchent une gêne, des sifflements et une obstruction du nez, un asthme non contrôlé rendant certains tests dangereux.
3 familles de tests, qui ne répondent pas à la même question
3 familles de tests existent, et elles ne répondent pas à la même question. Le test se choisit sur le mécanisme suspecté, que l'interrogatoire a désigné par le délai entre l'exposition et les signes.
Les tests par piqûre superficielle explorent le mécanisme immédiat. La lecture se fait en quelques minutes, en comparant à un témoin positif et à un témoin négatif, et sans ces témoins la lecture ne vaut rien. Certains traitements empêchent la réaction et doivent être arrêtés avant, ce qui se vérifie à la prescription.
Les tests intradermiques explorent le même mécanisme avec une sensibilité supérieure, au prix d'un risque de réaction générale. Ils se font en milieu équipé, et pas au cabinet.
Les tests épicutanés explorent le mécanisme retardé. Les substances restent en place plusieurs dizaines d'heures, et la lecture se fait en plusieurs temps, une lecture unique manquant des réactions tardives.
Le dosage sanguin des anticorps spécifiques ne remplace aucun de ces tests : il mesure une sensibilisation, pas une allergie. Un dosage large sans hypothèse produit des positifs sans conséquence, et il se demande donc ciblé. Le test de réintroduction reste, lui, la référence pour affirmer ou écarter, et il se fait en milieu surveillé.
Un test confirme une hypothèse, il ne la fabrique pas
Le raisonnement tient en une phrase : un test confirme une hypothèse, il ne la fabrique pas. L'hypothèse se formule donc avant le test, et 3 questions conduisent la lecture du résultat.
La première est celle de la probabilité avant le test. Un produit pris pour la première fois quelques heures avant les signes, et pas repris depuis, a une probabilité élevée ; un produit pris depuis des années sans incident a une probabilité faible.
La deuxième est la distinction entre sensibilisation et allergie. Un test positif chez quelqu'un qui tolère le produit désigne une sensibilisation sans conséquence, et non une allergie. Confondre les 2 fait supprimer un aliment ou un médicament utile, et beaucoup de régimes d'éviction inutiles naissent là.
La troisième est la valeur du test négatif, qui dépend du mécanisme. Un test négatif devant une histoire très évocatrice ne clôt pas le dossier.
Plusieurs situations suspendent la démarche : une réaction grave récente, un traitement empêchant la lecture, une lésion active sur la zone à tester, et une grossesse pour les tests exposant à une réaction générale. Elles se vérifient avant de prescrire.
3 erreurs sont à éviter : tester une liste de produits sans hypothèse, conclure sur un seul test, et retenir une allergie sur la seule déclaration du patient. Beaucoup d'allergies déclarées ne se confirment pas, et une étiquette existante se réexamine.
Un test peut déclencher la réaction qu'il cherche
Certains tests peuvent déclencher la réaction qu'ils cherchent, et c'est la raison de leur encadrement. Ils se font là où on sait la traiter, et rien ne commence sans que le nécessaire soit prêt.
Ce qui est prêt avant de commencer :
- Le traitement de l'anaphylaxie.
- Le matériel d'oxygénation.
- Une voie veineuse disponible.
- Une personne formée, présente pendant toute la durée du test.
Plusieurs signes font interrompre le test immédiatement. Ce sont une gêne respiratoire, une chute de la pression artérielle, un malaise, une éruption qui s'étend au-delà de la zone testée, et une atteinte de la gorge.
Le premier geste devant une réaction générale est l'adrénaline par voie intramusculaire, sans attendre l'aggravation, avec l'allongement du patient jambes surélevées. Le retard à l'adrénaline est le facteur de gravité le mieux établi.
La surveillance après une réaction est prolongée, une seconde réaction pouvant survenir à distance de la première, et le patient ne repart pas seul. Toute réaction est suivie d'un compte rendu écrit, d'une carte d'allergie, et d'une prescription du traitement d'urgence avec son apprentissage.
Une décision écrite, qui dit aussi ce qui reste possible
Le résultat d'un test ne vaut que par la décision qu'il permet, et cette décision s'écrit. Un résultat ne se rend pas par courrier sans explication : une liste de positifs sans interprétation est plus dangereuse que pas de test du tout.
Quand l'allergie est confirmée, la décision comporte l'éviction du produit responsable, nommé, la liste des produits apparentés à éviter, et surtout la liste de ce qui reste possible. Une éviction sans alternative écrite conduit à un renoncement aux soins. Le pharmacien aide à l'établir : il connaît la composition exacte d'une spécialité, les produits apparentés et les alternatives disponibles.
Quand l'allergie est écartée, l'étiquette est retirée, et retirée partout : dossier, ordonnances, courrier au médecin traitant. Une étiquette fausse survit des années.
Quand le résultat est intermédiaire, une réintroduction surveillée se discute, et la décision se prend avec le patient, selon le bénéfice attendu du produit. Quel que soit le résultat, le traitement de secours s'organise si le risque de réaction grave existe, avec son apprentissage effectif et une carte portée en permanence. Se programment enfin la consultation de rendu, les tests complémentaires, et le suivi si une désensibilisation est envisagée.
Dire ce que le test montre, et ce qui reste utilisable
Le mot allergie a une portée que le patient entend autrement que le médecin, et l'annonce se prépare. Elle commence avant les tests : ce qu'on cherche exactement, le déroulement et sa durée, le fait qu'une lecture différée est nécessaire pour certains tests, le risque de réaction, et ce qui sera fait si elle survient. Le consentement porte sur ce risque.
Devant un test positif, se disent ce que le produit contient, où il se trouve dans la vie courante, et ce que le patient peut continuer à utiliser. Une éviction énoncée sans liste d'alternatives est vécue comme une privation sans fin, et une liste de positifs rendue sans dire lesquels comptent fait tout supprimer. Ce qui se remet est un écrit nommant le produit, les alternatives et la conduite en cas de réaction.
Devant un test positif sans allergie, l'explication se donne explicitement : le test montre une réaction du laboratoire ou de la peau, et non une maladie, et le produit reste utilisable. Cette explication demande du temps et évite des années d'éviction inutile.
Devant un bilan négatif, se disent que l'allergie n'est pas retenue, ce qui explique alors les signes, et ce qu'il faut surveiller. Un bilan négatif demande ainsi une explication des signes, pas seulement un retrait.
Une information que le patient porte, et que les soignants se transmettent
Une allergie confirmée devient une information que le patient devra porter toute sa vie, et personne d'autre ne la portera à sa place. Il apprend le nom de la substance et non celui d'une marque, où la chercher sur une étiquette ou une notice, et le fait de la signaler avant tout soin, y compris dentaire et radiologique.
L'usage du traitement de secours s'apprend en pratique, avec un dispositif d'entraînement, par le patient lui-même et par un proche, et non par une explication orale. Un dispositif prescrit et resté sans manipulation ne sera pas utilisé le jour venu. À chaque consultation se vérifient qu'il est disponible, qu'il n'est pas périmé, et que le patient sait encore s'en servir.
Le lieu de vie se prépare : l'information de l'école ou de l'employeur, le protocole d'accueil quand il s'agit d'un enfant, et la conduite à tenir écrite. Ce qui n'est pas une allergie se dit aussi : une réaction attendue d'un médicament n'en est pas une, et l'appeler ainsi prive parfois d'un traitement nécessaire.
Une allergie mal transmise se transforme en accident des années plus tard, et la transmission est ici un acte de soin. Après les tests se transmettent la conclusion et non la liste des résultats, les produits interdits nommés en dénomination commune, les alternatives autorisées et la conduite en cas de réaction. Une liste de positifs transmise seule sera lue comme une liste d'interdits.
Le dossier du patient, le dossier pharmaceutique et le médecin traitant se mettent à jour, une allergie écartée devant être retirée avec le même soin qu'une allergie confirmée est ajoutée. Une réaction grave à un médicament se signale au centre de pharmacovigilance, et ce signalement ne relève pas du choix du médecin.
À retenir pour la station
Un test allergologique confirme une hypothèse née de l'histoire, il ne la fabrique pas : demandez le délai entre l'exposition et les signes, la liste complète de ce qui a été pris ou touché, et ce qui a été toléré depuis. Le mécanisme immédiat se teste par piqûre ou par intradermique, le mécanisme retardé par des tests épicutanés lus en plusieurs temps. Un test positif chez quelqu'un qui tolère le produit désigne une sensibilisation, pas une allergie. Les tests qui exposent à une réaction générale se font avec le traitement de l'anaphylaxie prêt, et l'adrénaline intramusculaire se donne sans attendre l'aggravation. Écrivez ce qui reste possible, et retirez partout une allergie écartée.
Sources
Dermatologie
Collège des enseignants en dermatologie de France (CEDEF). 8e édition, Réussir son DFASM, Connaissances clés (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
- Référentiel du Collège des enseignants de pneumologie (Ouvre un nouvel onglet)
Collège des enseignants de pneumologie (CEP). 9e édition, pour la préparation des épreuves dématérialisées nationales (S-Editions).
- Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.
Les mêmes items du programme
- Consultation post-événement allergiqueSituation de départ 299 / items communs 186, 325
- Vésicules, éruption vésiculeuse (cutanéomuqueuse)Situation de départ 93 / item commun 187
- Sensation de brûlure oculaireSituation de départ 141 / item commun 187
- Oedème de la face et du couSituation de départ 151 / item commun 186
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- Prescrire des anti-inflammatoires non-stéroïdiens (AINS)Situation de départ 249 / item commun 325
- Adaptation des traitements sur un terrain particulier (insuffisant rénal, insuffisant hépatique, grossesse, personne âgée, etc.)Situation de départ 264 / item commun 325