Cette fiche vous apprend à informer avant une endoscopie de façon que le consentement soit réel, puis à organiser ce dont dépend la qualité de l'examen : la préparation, le jeûne, les traitements et le retour. Elle suit la consultation : ce que l'information doit contenir et ce qu'elle doit aller chercher, l'interrogatoire et les examens préalables, le calendrier de préparation et son explication, puis les complications à reconnaître et ce que la demande transmet.
SommaireEnviron 15 min
- Un consentement n'est pas une signature
- Chercher ce qui n'est pas dit, puis faire redire
- Demander les traitements par leur usage, et le retour dès maintenant
- Avant l'endoscopie, savoir quels examens ne pas demander
- Un calendrier construit à l'envers depuis l'heure de l'examen
- Une préparation ratée fait refaire l'examen entier
- Des complications rares, et un moment exposé : le retour à domicile
- Une demande dit ce qu'on cherche, et nomme qui recevra la réponse
- À retenir pour la station
Un consentement n'est pas une signature
Un consentement n'est pas une signature. C'est ce qui reste dans la tête de la personne quand elle sort du bureau, et cela se vérifie. L'information commence donc par ce qu'elle a compris de l'examen proposé, avant toute explication.
Le contenu de l'information est fixé par le texte. Elle porte l'utilité de l'examen, son urgence, son déroulement, ses conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles, les autres solutions possibles, dont celle de ne pas faire l'examen, et les conséquences prévisibles d'un refus.
Le déroulement se décrit concrètement, geste éventuel compris. Une coloscopie permet, dans le même temps, la biopsie et la résection d'une lésion : la personne en est informée avant l'examen, puisqu'elle y consent.
La forme compte autant que le contenu. L'information se délivre au cours d'un entretien individuel : un document remis n'en tient pas lieu, il la complète. Des mots ordinaires, des phrases courtes, un dessin si besoin, et une vérification au fur et à mesure plutôt qu'à la fin.
Une liste de risques récitée d'un trait n'informe personne, et protège seulement celui qui parle. Ce qui informe est le risque replacé dans la conduite : ce que la personne devra surveiller, qui elle appellera, ce qui se passera alors.
« Si nous voyons un polype, nous l'enlèverons pendant le même examen et nous l'enverrons au laboratoire. »
« Il existe d'autres solutions, dont celle de ne pas faire l'examen : voici ce que cela changerait. »
Chercher ce qui n'est pas dit, puis faire redire
Chercher ce qui n'est pas dit est ce qui rend le consentement éclairé. Une personne qui accepte tout sans poser de question n'est pas forcément rassurée : elle peut être persuadée qu'on cherche un cancer, et ne pas oser le demander. Poser la question à sa place lève le silence.
Aucun acte ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne, et ce consentement peut être retiré à tout moment. Ce droit se dit à voix haute pendant l'information, y compris après la signature. L'annoncer ne fragilise pas la décision : cela la rend libre.
Ce qui a été compris se vérifie par une reformulation, et non par « c'est clair ? ». Ce que la personne a retenu s'obtient en lui demandant de le redire.
La traçabilité fait partie de l'information. Ce qui a été expliqué, ce qui a été demandé et la réponse donnée s'écrivent, et cela sert au soignant suivant autant qu'au dossier.
« Beaucoup de gens se demandent si on cherche un cancer : est-ce que vous vous posez cette question ? »
« Vous pouvez revenir sur votre accord à tout moment, même après avoir signé. »
Demander les traitements par leur usage, et le retour dès maintenant
L'interrogatoire qui précède une endoscopie a un objet précis : recueillir ce qui va changer la façon de faire l'examen, ou le contre-indiquer. Ce n'est pas le lieu de refaire l'histoire du symptôme, qui a déjà conduit à poser l'indication.
Les traitements sont la partie la plus rentable, et la plus souvent bâclée. « Prenez-vous des médicaments ? » obtient « non » de quelqu'un qui avale un antiagrégant depuis des années, parce que ce n'est pas un médicament à ses yeux, c'est « juste pour le sang ». Les classes se demandent donc par leur usage, pour le sang, pour le cœur, pour le sucre, et l'automédication se demande à part.
Un traitement antithrombotique en cours change la préparation de l'examen, et le traitement d'un diabète devra s'adapter au jeûne. Les 2 se recueillent ici, et se décident avec le calendrier de préparation.
Les antécédents qui pèsent tiennent en une liste courte : chirurgie digestive ou thoracique, maladie cardiaque ou respiratoire, apnées du sommeil, insuffisance rénale ou hépatique, matériel implanté, grossesse possible. S'y ajoutent une anesthésie antérieure mal tolérée, une difficulté d'intubation connue et les allergies, qui changent la conduite de la sédation et se recueillent avant la consultation d'anesthésie.
Ce qui conditionne le retour se demande pendant la consultation, pas la veille : la personne est-elle accompagnée, quelqu'un peut-il venir la chercher et rester avec elle le soir, comment rentre-t-elle, vit-elle seule, conduit-elle. Découvrir la veille au soir qu'elle n'a personne fait annuler l'examen le matin.
Reste à demander ce qu'elle a compris : pourquoi cet examen lui est proposé, ce qu'elle en attend, ce qu'elle en redoute. Le silence n'est pas de la sérénité.
« Prenez-vous quelque chose pour le sang, pour le cœur, pour le sucre ? »
« Avez-vous déjà été endormi pour un examen ou une opération, et comment cela s'est-il passé ? »
Avant l'endoscopie, savoir quels examens ne pas demander
La question n'est pas quels examens demander avant, mais lesquels ne pas demander. Chez une personne sans antécédent hémorragique, sans maladie hépatique et sans traitement antithrombotique, un bilan d'hémostase avant endoscopie n'apporte rien : il ne prédit pas le saignement, il retarde l'examen, et il produit des anomalies mineures qui déclenchent des explorations sans objet. L'interrogatoire prédit mieux le risque hémorragique que le bilan.
Certains examens se demandent quand une question le justifie. La numération et l'hémostase se demandent devant un antécédent hémorragique personnel ou familial, une maladie hépatique ou un traitement antithrombotique. La fonction rénale se vérifie avant une préparation colique chez une personne âgée, insuffisante rénale ou insuffisante cardiaque.
Les examens déjà faits comptent au moins autant. Une endoscopie récente, un scanner, une imagerie disponible évitent parfois l'examen ou en changent le type, et les rechercher dans le dossier coûte moins qu'une ligne de bilan supplémentaire. Un examen préalable se justifie par une question, pas par une habitude de service.
« Il a eu une coloscopie récente : je récupère le compte rendu avant de redemander l'examen. »
« Je ne demande pas de bilan d'hémostase : il n'y a ni antécédent hémorragique ni traitement du sang. »
Un calendrier construit à l'envers depuis l'heure de l'examen
La préparation décide de la qualité de l'examen autant que l'opérateur, et elle se joue avant que la personne n'arrive. Le calendrier se construit donc à l'envers depuis l'heure de l'examen.
Les étapes, de la plus lointaine à la plus proche de l'examen :
- La consultation d'anesthésie, plusieurs jours avant.
- Le régime pauvre en résidus, les jours qui précèdent.
- La première moitié de la préparation, la veille au soir.
- La seconde moitié, le matin de l'examen.
- Le jeûne, compté à part pour les solides et pour les liquides clairs.
La consultation d'anesthésie est un rendez-vous distinct, réalisé plusieurs jours avant l'acte programmé, et son absence fait annuler l'examen le jour même. La préparation colique se prend en 2 fois, la moitié la veille au soir et l'autre moitié le matin de l'examen, après un régime pauvre en résidus les jours qui précèdent.
Le jeûne se compte séparément : 6 heures pour les solides, 2 heures pour les liquides clairs. Il se dit pourtant en horaires plutôt qu'en durées : « plus rien à manger après votre dîner, et de l'eau possible jusqu'à 2 heures avant » est suivi, alors que « à jeun 6 heures » se traduit mal et fait arriver des personnes qui n'ont rien bu depuis la veille. Le traitement du diabète s'adapte à ce jeûne, sous peine d'hypoglycémie le matin de l'examen.
Les antithrombotiques sont la décision la plus délicate, parce qu'elle met en balance le risque hémorragique du geste et le risque thrombotique de la personne. Elle se prend avec le prescripteur et l'endoscopiste, et non par principe. La présence ou l'absence d'un tel traitement se vérifie d'abord sur l'ordonnance.
Le retour fait partie de la prescription. Après une sédation, un accompagnant est nécessaire, la conduite est exclue, et une personne qui vit seule doit avoir organisé sa nuit. L'apprendre la veille au soir fait annuler l'examen le matin, et c'est pourquoi cela se dit dès la consultation.
« Je vais appeler votre cardiologue avant de décider ce qu'on fait de votre traitement du sang. »
« Quelqu'un doit venir vous chercher : vous ne pourrez pas conduire après la sédation. »
Une préparation ratée fait refaire l'examen entier
Ce qui est demandé à la personne n'est pas simple, et la plupart des échecs de préparation viennent d'une explication, non d'un manque de volonté. Une préparation insuffisante ne donne pas un examen moins bon : elle fait manquer des lésions et donne un examen à refaire, avec une nouvelle préparation, un nouveau jeûne, un nouveau délai et parfois une nouvelle consultation d'anesthésie. C'est le vrai coût d'une explication bâclée, et ce qui justifie d'y consacrer du temps.
Faire faire plutôt que dire. Montrez le sachet, dites dans combien d'eau il se dilue, à quelle heure commencer (en début de soirée, par exemple), en combien de temps le boire, et ce qui est permis à côté. Une préparation se rate parce qu'elle a été bue trop vite, trop lentement, ou pas en entier.
Ce qui va se passer physiquement s'annonce sans détour : le goût, le volume, les diarrhées, la nécessité de rester près de toilettes. Une personne prévenue va au bout ; une personne surprise s'arrête à la moitié.
Les horaires s'écrivent, adaptés à l'heure de l'examen. Une notice générique demande à la personne de faire elle-même le calcul, la veille au soir, alors qu'elle est déjà inquiète. Les consignes écrites complètent l'information orale, elles ne la remplacent pas.
Les obstacles réels s'anticipent : travail, garde d'enfants, transport, toilettes accessibles, difficulté à lire, langue. Une préparation impossible à réaliser dans la vie de la personne ne sera pas réalisée, et l'examen sera refait.
Reste à dire pourquoi cela compte, puis à faire redire. Rattaché à l'examen qu'il faudrait refaire, l'effort a un sens ; énoncé comme une consigne, il n'en a pas. Le déroulé de la veille et du matin se fait ensuite reformuler par la personne, heure par heure.
« Ça a un goût salé et ça donne des diarrhées : restez près des toilettes, c'est normal. »
« Racontez-moi ce que vous allez faire demain soir, puis le matin, heure par heure. »
Des complications rares, et un moment exposé : le retour à domicile
Les complications sont rares et elles existent : c'est pour cela qu'elles s'expliquent avant, et qu'on apprend à les reconnaître après. Du côté digestif, la perforation et l'hémorragie dominent, et le risque hémorragique augmente après une résection ; une infection est plus rare. Elles surviennent pendant l'examen ou dans les jours qui suivent, ce qui déplace la surveillance au domicile.
Du côté bronchique, ce sont l'hypoxémie, le saignement, le bronchospasme, et le pneumothorax après biopsie transbronchique. La sédation a ses propres risques : dépression respiratoire, inhalation, hypotension, troubles du rythme. Ce sont eux qui justifient le jeûne, la surveillance après l'acte et la présence d'un anesthésiste selon les cas.
Le moment le plus exposé est celui où la personne est rentrée chez elle. Elle est seule, la sédation se dissipe, et personne ne surveille. Les consignes de sortie ne sont donc pas une formalité.
Les signes qui font consulter sans attendre, dits en langage ordinaire, écrits et accompagnés d'un numéro joignable :
- Une douleur abdominale forte et durable.
- Une fièvre.
- Un saignement abondant.
- Des selles noires.
- Un essoufflement.
- Un malaise.
Une douleur intense qui persiste après une endoscopie demande une conduite, pas une réassurance, parce qu'elle fait suspecter une perforation. Cette conduite tient en 4 gestes, et l'avis chirurgical se prend sans attendre le résultat de l'imagerie.
« Si vous avez une douleur du ventre forte qui ne passe pas, de la fièvre ou un saignement abondant, vous appelez ce numéro. »
« Cette douleur qui dure depuis l'examen n'est pas attendue : j'arrête l'alimentation et je demande un scanner. »
Une demande dit ce qu'on cherche, et nomme qui recevra la réponse
La demande et la réponse circulent par écrit, et une question absente donne un examen mal ciblé. « Coloscopie » n'est pas une demande ; « anémie ferriprive chez un homme de la soixantaine, recherche d'une lésion colique » en est une. L'endoscopiste adapte le geste, les prélèvements et la durée à la question posée.
La demande porte l'identité, l'indication précise, les antécédents pertinents et la liste des traitements, dont les antithrombotiques. S'y ajoutent les allergies, l'autonomie et le contexte, les examens antérieurs disponibles, les résultats biologiques récents, le degré d'urgence, et les coordonnées d'un interlocuteur joignable.
Le retour d'information se prépare avant l'examen. Le résultat anatomopathologique des biopsies arrive plusieurs jours après le compte rendu d'endoscopie, et par un autre canal : qui reçoit l'un, qui reçoit l'autre, qui l'annonce et qui organise la suite se nomment dès la demande. Un compte rendu sans destinataire nommé attend dans un logiciel.
La transmission se limite à ce qui est nécessaire aux soins. Le secret couvre l'ensemble des informations concernant la personne, et l'échange entre professionnels qui la prennent en charge n'est légitime que dans cette limite.
Rendre compte à la personne fait partie de la transmission : ce qui a été transmis, à qui, et ce qu'elle doit faire si le rendez-vous ne lui parvient pas. Elle sait ainsi qui lui donnera les résultats.
« Il est sous anticoagulant oral direct : je vous laisse mes coordonnées pour en discuter. »
« Le compte rendu me revient, et le résultat des biopsies aussi : c'est moi qui vous rappellerai. »
À retenir pour la station
Un consentement n'est pas une signature : demandez d'abord ce que la personne a compris, donnez l'utilité, le déroulement, les risques, les autres solutions et les conséquences d'un refus, nommez vous-même la crainte qu'elle n'ose pas dire, et faites redire. Dites qu'elle peut revenir sur son accord à tout moment. Demandez les traitements par leur usage : pour le sang, pour le cœur, pour le sucre. Programmez la consultation d'anesthésie, la préparation en 2 fois et un jeûne dit en horaires, et expliquez qu'une préparation insuffisante fait refaire l'examen. Annoncez l'accompagnant et l'interdiction de conduire dès la consultation. Écrivez sur la demande ce que vous cherchez, et nommez qui recevra les résultats des prélèvements.
S'entraîner sur cette situation
Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.
Sources
- Cours en ligne officiels R2C HGE (Ouvre un nouvel onglet)
Collégiale des universitaires en hépato-gastroentérologie (CDU-HGE). Plateforme pédagogique en ligne du deuxième cycle, accès payant.
- Référentiel d'Anesthésie-réanimation et de médecine péri-opératoire (Ouvre un nouvel onglet)
Collège national des enseignants d'anesthésie et de réanimation (CNEAR). 2e édition (Presses universitaires François-Rabelais, collection L'Officiel ECN).
- Code de la santé publique (Ouvre un nouvel onglet)
République française (Légifrance). Version consolidée en vigueur au 15 septembre 2026.
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