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Médecine générale

Fiche de révision

Gestion du sevrage tabagique contraint

S'entraîner sur cette situation
Situation de départ 242Catégorie IIIItem R2C 75Item R2C 325

Cette fiche vous apprend à conduire la consultation d'un patient à qui un autre soignant a imposé d'arrêter de fumer, et à transformer cette contrainte en un arrêt préparé. Elle suit le fil de cette consultation : nommer la colère et expliquer le lien, mesurer la dépendance, examiner sans juger, nommer l'obstacle, puis les 3 phrases qui portent l'éducation, le traitement à la bonne dose et ce qui se transmet.

SommaireEnviron 11 min
  1. Une décision prise par un autre : nommer la colère, puis expliquer le lien
  2. Mesurer la dépendance, relire les tentatives passées, comprendre la fonction du tabac
  3. L'examen repère ce qui change la conduite, il ne démontre pas les dégâts
  4. Ce qui se raisonne : un niveau de dépendance et un obstacle, pas une maladie
  5. L'arrêt aura lieu de toute façon : le préparer plutôt que le subir
  6. Un substitut dosé sur la dépendance, pendant des semaines, et une croyance à lever
  7. Relever la tentative passée, parler du poids, préparer le premier jour
  8. Une contrainte posée par l'un et gérée par l'autre : dire la même chose
  9. À retenir pour la station

Une décision prise par un autre : nommer la colère, puis expliquer le lien

Un arrêt imposé par une opération, un séjour, une grossesse ou un règlement n'a pas été choisi, et le patient l'entend comme une sanction. Il arrive avec une décision prise par quelqu'un d'autre, et l'arrêt contraint commence par une colère. La première chose à faire est de nommer ce que cela produit.

Ce qui se dit en premier : cette demande peut mettre en colère, et cette colère se comprend. Une phrase suffit, et sans elle rien ne s'obtient : l'entretien se réduit à des oui et des non. Nommer la colère coûte une phrase et ouvre l'entretien.

Ce qui se demande ensuite, c'est ce que le patient a compris de la demande, et qui la lui a faite. Beaucoup n'ont reçu qu'une condition, sans explication, et ils ignorent le lien entre le tabac et ce qui les attend.

Ce lien s'explique alors, parce que personne ne l'a fait : entre le tabac et ce qui est prévu, il y a la cicatrisation, l'infection, les complications respiratoires et la reprise. Une explication vaut mieux qu'une condition, et elle s'adapte au niveau du patient.

Ce qui ne se fait pas : réciter la liste des dangers du tabac. Le patient la connaît, souvent mieux que l'étudiant, et la réciter consomme le temps en fermant la porte. Ce qui ne se fait pas davantage, c'est désavouer le confrère qui a posé la condition, ou la répéter comme un ultimatum : le rôle est de la traduire en démarche, pas de choisir un camp.

Mesurer la dépendance, relire les tentatives passées, comprendre la fonction du tabac

Ce qui mesure la dépendance, c'est le nombre de cigarettes dans une journée, et surtout le délai entre le réveil et la première. Une première cigarette dans les minutes qui suivent le réveil désigne une dépendance forte, et elle commande la dose du traitement.

Les tentatives passées se recueillent une par une : leur nombre, ce qui a été utilisé, la durée, et la raison de l'arrêt du traitement. C'est là que se trouvent les sous-dosages et les croyances fausses, et la raison qui a fait arrêter une tentative passée les contient.

La fonction du tabac dans la journée se cherche ensuite : ce qu'il apporte, une pause, un rythme, la gestion du stress, un lien social. Une proposition qui ignore cette fonction ne tiendra pas.

L'entourage se demande aussi : qui fume à la maison, et ce qui est possible. Un entourage fumeur fait partie des obstacles que le raisonnement devra nommer.

L'examen repère ce qui change la conduite, il ne démontre pas les dégâts

L'examen ne sert pas à convaincre, il sert à repérer ce qui change la conduite. Du côté respiratoire, il recherche une toux ancienne banalisée, une gêne à l'effort, des sifflements et une distension du thorax, et il comporte l'auscultation pulmonaire. Une toux matinale depuis des années n'est pas normale, et beaucoup de patients la présentent comme telle.

Les pouls des membres et la bouche font partie de l'examen d'un fumeur. Du côté vasculaire se recherchent les pouls des membres, un souffle sur un trajet artériel, une douleur de la jambe à la marche, et une pression artérielle élevée, qui se mesure. Dans la bouche se recherchent une lésion de la muqueuse, l'état des dents, et une lésion qui ne guérit pas.

Le poids se mesure et servira de repère. La crainte de la prise de poids est l'un des premiers motifs de reprise, et un chiffre de départ permet d'en parler autrement que par une inquiétude vague.

Ce qui ne se fait pas : transformer l'examen en démonstration des dégâts. Un patient qui se sent jugé arrête de parler, et il n'arrête pas de fumer : il se ferme, et la consultation est perdue. L'examen se conduit sans aucun commentaire culpabilisant.

Ce qui se raisonne : un niveau de dépendance et un obstacle, pas une maladie

Ce qui se raisonne ici n'est pas un diagnostic de maladie, c'est un niveau de dépendance et un obstacle. Aucun examen biologique ni aucune imagerie n'est nécessaire à la conduite d'un sevrage tabagique.

Le niveau de dépendance se lit sur le délai avant la première cigarette et sur le nombre quotidien, sur la survenue de signes de manque lors des arrêts imposés, et sur l'obligation de fumer malgré l'interdiction dans certains lieux. Il détermine la dose du traitement, et un sous-dosage est la première cause d'échec des substituts.

L'obstacle réel se cherche explicitement, avant de proposer quoi que ce soit : la crainte de la prise de poids, le rôle du tabac dans la gestion du stress, un entourage fumeur, une tentative précédente vécue comme un échec, ou une croyance fausse sur le traitement. Il se nomme le plus souvent en une phrase.

Le manque de nicotine se traite, l'habitude gestuelle et sociale se remplace. Traiter l'un en croyant traiter l'autre explique beaucoup de reprises.

Chez chaque fumeur se cherchent un trouble de l'humeur, une consommation d'alcool associée et une autre consommation. Ils changent le calendrier et l'accompagnement.

Ce qui ne se conclut pas, c'est qu'un patient n'est pas motivé. Un patient contraint n'est pas un patient non motivé : il est contraint, et ce n'est pas la même chose.

L'arrêt aura lieu de toute façon : le préparer plutôt que le subir

La contrainte ne se répète pas et ne se désavoue pas : elle se rend utilisable. La situation se joue sur 3 phrases, et la première porte ce chapitre ; les 2 autres, la croyance sur le patch et la tentative passée, ouvrent les 2 chapitres suivants.

Ce qui s'énonce en premier, c'est que l'arrêt aura lieu de toute façon : pendant le séjour, pendant la grossesse, dans le lieu où il est interdit de fumer. Le choix n'est pas entre arrêter et ne pas arrêter, il est entre un arrêt préparé et un arrêt subi, et beaucoup de patients n'y avaient pas pensé. Cette phrase transforme une sanction en décision, et elle ne coûte rien.

Ce qui se décide avec le patient : la date, le rythme et le degré de progressivité. Une date choisie par le patient tient mieux qu'une date imposée. L'objectif qui se fixe avec lui est un objectif atteignable plutôt qu'un objectif exemplaire.

Un substitut dosé sur la dépendance, pendant des semaines, et une croyance à lever

Ce qui se prescrit est un substitut nicotinique dosé sur le niveau de dépendance, et non sur une dose standard. Il associe une forme continue et une forme d'action rapide pour les envies fortes, et sa durée se compte en semaines et non en jours. L'échec des substituts vient le plus souvent d'un sous-dosage et d'une durée trop courte, et non du produit.

La deuxième phrase défait une croyance : fumer une cigarette en portant un patch n'est pas dangereux. Beaucoup de patients croient le contraire, et cette croyance très répandue fait jeter le traitement au premier écart : elle transforme un accident sans conséquence en abandon. Elle se corrige d'emblée, et une phrase la lève.

Le suivi s'organise avant la fin de la consultation : un contact joignable pendant les premiers jours, la période où les reprises sont les plus fréquentes, et un rendez-vous rapproché. Ce qui se réévalue ensuite est la dose : une envie persistante signe un sous-dosage, et non un manque de volonté.

Relever la tentative passée, parler du poids, préparer le premier jour

La troisième phrase relève une tentative passée : elle n'était pas un échec, elle était mal accompagnée, sous-dosée ou trop courte. Un patient qui entend cela accepte de réessayer, et un patient qui entend l'inverse ne réessaie pas. C'est souvent la phrase qui fait réessayer.

La prise de poids s'aborde sans attendre la question. Elle est réelle, limitée, et elle se travaille plutôt qu'elle ne se nie, le poids noté à l'examen servant de repère.

Ce qui se propose concrètement porte sur l'habitude : remplacer le geste et le moment, prévoir la première pause sans cigarette, et prévenir l'entourage fumeur. C'est la part du tabac qui se remplace, à côté du manque qui se traite.

La consultation se ferme sur ce que le patient a retenu, reformulé avec ses mots, et sur ce qu'il fera concrètement le premier jour. Il repart avec un écrit qui porte la date choisie, le traitement et le contact.

Une contrainte posée par l'un et gérée par l'autre : dire la même chose

Une contrainte posée par un soignant et gérée par un autre ne tient que si les 2 disent la même chose. Au confrère qui a posé la condition se répond par écrit ce qui a été mis en place : la date d'arrêt convenue, le traitement et le suivi prévu, plutôt qu'un simple accusé de réception.

Quand l'arrêt n'est pas obtenu, cela se signale honnêtement, avec ce qui a été fait. La question de maintenir ou non l'intervention appartient à celui qui opère, et non au médecin traitant.

À l'équipe qui accueillera le patient se transmettent le traitement en cours et la nécessité de le poursuivre pendant le séjour. Une interruption au moment de l'admission est fréquente, et elle suffit à faire reprendre. Au pharmacien se demandent la disponibilité des formes et l'accompagnement à la délivrance.

Ce qui s'écrit dans le dossier : le niveau de dépendance, la dose choisie et sa raison, les tentatives antérieures et ce qui les a fait échouer. Cette information évitera de reproduire le même sous-dosage. Ce qui ne s'écrit pas, c'est « patient non motivé », un jugement qui suivra le dossier et fermera les portes suivantes.

À retenir pour la station

Nommez la colère avant tout : la demande d'un autre soignant peut mettre en colère, et sans cette phrase l'entretien se réduit à des oui et des non. Mesurez la dépendance sur le délai avant la première cigarette, et demandez pourquoi la tentative passée s'est arrêtée. Puis 3 phrases : l'arrêt aura lieu de toute façon, et le seul choix est de le préparer ; fumer en portant un patch n'est pas dangereux ; la tentative passée n'était pas un échec, elle était sous-dosée ou trop courte. Dosez le substitut sur la dépendance, associez une forme d'action rapide, fixez la date avec le patient, et répondez au confrère avec ce qui a été mis en place.

S'entraîner sur cette situation

Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.

Sources

  1. 1

    EDN Référentiel de Psychiatrie et addictologie

    Collège national des universitaires de psychiatrie (CNUP) ; Collège universitaire national des enseignants d'addictologie (CUNEA) ; Association pour l'enseignement de la sémiologie psychiatrique (AESP). 4e édition conforme à la R2C (Presses universitaires François-Rabelais, collection L'officiel EDN).

    Passages utilisés : Item 75

    Appuie : Annonce et information, Éducation et prévention, Entretien et interrogatoire, Stratégie diagnostique, Stratégie de prise en charge, Communication interprofessionnelle

  2. 2
    Référentiel du Collège des enseignants de pneumologie (Ouvre un nouvel onglet)

    Collège des enseignants de pneumologie (CEP). 9e édition, pour la préparation des épreuves dématérialisées nationales (S-Editions).

    Passages utilisés : Item 75

    Appuie : Annonce et information, Éducation et prévention, Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Stratégie de prise en charge

  3. 3
    Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)

    Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.

    Passages utilisés : Item 75 ; Item 325

    Appuie : Stratégie diagnostique, Stratégie de prise en charge, Éducation et prévention, Communication interprofessionnelle