Cette fiche vous apprend à prescrire une canne, un déambulateur, des béquilles, une orthèse ou une compression à partir d'une gêne située dans un lieu précis, et non à partir d'une maladie. Elle suit l'ordre de la consultation : ce que la personne n'arrive plus à faire, le but et la solution la moins restrictive, les mesures, l'ordonnance, le réglage fait devant elle, ce qui se dit pour que l'objet serve, puis ce qui se transmet à ceux qui le délivrent.
SommaireEnviron 10 min
- Demander ce qui ne se fait plus, et à quel endroit
- Raisonner sur une fonction, pas sur une maladie
- L'examen sert à mesurer, et à regarder faire le geste
- Une prescription d'appareil s'écrit comme une ordonnance de médicament
- Le réglage se fait devant la personne, et c'est elle qui refait le geste
- Un appareil n'est utilisé que s'il a un sens pour celui qui le porte
- Ce que la prescription ne dit pas, celui qui délivre ne l'inventera pas
- À retenir pour la station
Demander ce qui ne se fait plus, et à quel endroit
Un appareil ne se prescrit pas pour une maladie : il se prescrit pour une gêne dans un lieu donné, et le lieu compte autant que la gêne. La question utile n'est donc pas « de quoi souffrez-vous », c'est ce que la personne n'arrive plus à faire.
Faites décrire une journée ordinaire, du lever au coucher, et l'endroit exact où quelque chose bloque. La gêne se situe presque chaque fois à un endroit précis : se lever du lit, franchir une marche, entrer dans la douche, porter un sac.
Le lieu de vie se décrit avant de choisir quoi que ce soit : les étages et l'ascenseur, la largeur des portes, la présence de tapis, le type de sol, la baignoire ou la douche, et la hauteur du lit. Un appareil prescrit sans connaître le logement revient inutilisé, et prescrire un déambulateur sans avoir demandé la largeur des portes et le nombre de marches en est l'exemple type. L'entourage se demande dans la foulée : qui est présent, qui peut aider, et qui devra manipuler l'appareil.
Un appareil déjà fourni se recherche, avec l'endroit où il se trouve et la raison pour laquelle il n'est plus utilisé. La réponse contient la contrainte à respecter cette fois.
Ce que la personne accepte se demande enfin. Un appareil visible a un coût social que la prescription ignore souvent.
« Qu'est-ce que vous n'arrivez plus à faire ? »
Raisonner sur une fonction, pas sur une maladie
Ce qui se raisonne ici est une fonction, pas une maladie, et 3 questions organisent la décision. La première porte sur le but : soulager une douleur, compenser une faiblesse, protéger une articulation, prévenir une chute, permettre un déplacement, ou éviter une aggravation.
Un appareil sans but énoncé ne sera pas réévalué, parce que rien ne permettra de dire s'il sert. Les critères de la réévaluation se définissent donc dès la prescription.
La deuxième question est la réversibilité de la gêne. Une aide temporaire pendant une consolidation ne se prescrit pas comme une aide définitive, et confondre les 2 installe une dépendance évitable.
La troisième cherche le moins restrictif qui suffise : une canne avant un déambulateur, un déambulateur avant un fauteuil, chaque étage supplémentaire faisant perdre de la fonction. Les solutions qui ne passent pas par un objet s'envisagent aussi, et la décision se partage avec la personne.
Certains signes font reconsidérer l'appareil : une aggravation rapide, une douleur nouvelle, une chute malgré l'appareil, et un appareil abandonné. Ces signes se donnent à la personne au moment de la prescription.
Un avis spécialisé se demande dans 4 situations. Ce sont un appareillage complexe, une atteinte neurologique évolutive, un enfant en croissance, et toute situation où le choix engage plusieurs années.
L'examen sert à mesurer, et à regarder faire le geste
L'examen sert à mesurer, et une prescription sans mesure produit un appareil inadapté. Une canne trop longue, un déambulateur trop haut ou un fauteuil trop large aggravent ce qu'ils devaient corriger : les mesures se prennent avant de prescrire.
Pour une aide à la marche, la hauteur du poignet, bras le long du corps, donne la hauteur de la canne. Une canne mal réglée fatigue l'épaule ou déséquilibre.
La fonction s'évalue ensuite : la force des membres, l'équilibre debout et à la marche, la capacité à se relever d'une chaise, la vue, et les capacités de compréhension. Une aide à la marche suppose de pouvoir la piloter.
La peau se regarde : les points d'appui, les zones fragiles, et les troubles de la sensibilité, qui changent le choix du matériau et le rythme de surveillance. Pour un appareil de contention veineuse, les circonférences se mesurent aux niveaux prévus, et l'état artériel s'évalue, une compression posée sur une artérite étant dangereuse.
Ce qui s'observe enfin, c'est la personne en train de faire le geste qui pose problème. Quelques minutes d'observation valent mieux qu'un interrogatoire, et elles montrent souvent une solution simple.
Une prescription d'appareil s'écrit comme une ordonnance de médicament
Une prescription d'appareil est une prescription, avec les mêmes exigences qu'une ordonnance de médicament. Elle porte la désignation précise du dispositif, le côté, la taille ou les mesures, la quantité, la durée d'utilisation et l'indication. Une prescription qui dit seulement « canne » laisse le choix à quelqu'un qui n'a pas examiné la personne.
L'apprentissage, l'essai en situation et le réglage se prévoient en même temps. Un appareil délivré sans essai est un appareil rangé dans un placard, et c'est pourquoi l'apprentissage fait partie de la prescription.
Autour de l'objet s'organise ce qu'il ne fait pas : la rééducation quand elle est indiquée, l'intervention d'un professionnel pour adapter le logement, et l'aide humaine quand elle est nécessaire. Un appareil ne remplace pas une aide.
La réévaluation se programme, avec sa date et avec l'objectif qui permettra de dire que l'appareil sert. Certains appareils doivent être retirés dès que possible. Pour une aide temporaire, la date d'arrêt et le retrait effectif se prévoient d'emblée : une aide temporaire non retirée devient définitive par inertie.
La prise en charge financière se dit au moment de prescrire : ce qui reste à charge, et les démarches. Un reste à charge non anticipé est une cause fréquente de non-acquisition.
Le réglage se fait devant la personne, et c'est elle qui refait le geste
Le réglage fait partie de la prescription, et il se fait devant la personne. Quel que soit l'appareil, c'est la personne qui fait le geste devant vous, et non l'inverse.
Pour une canne, la poignée arrive à la hauteur du poignet, bras le long du corps, le coude légèrement fléchi à l'appui. La canne se tient du côté opposé au membre douloureux, et c'est le point le plus souvent inversé.
Un déambulateur se règle en hauteur de la même façon, la personne se tenant à l'intérieur du cadre et non derrière, et le franchissement des marches se montre. Pour des béquilles, l'appui se fait sur les mains et non sous les aisselles, la longueur se règle, et la montée et la descente d'escalier s'apprennent séparément.
Une attelle ou une orthèse s'essaie peau nue, ses points d'appui se vérifient après quelques minutes, et le retrait s'apprend autant que la pose. Pour une compression veineuse, l'enfilage se montre, le matin avant le lever, et un moyen d'aide à l'enfilage se propose quand les mains sont faibles.
Un appareil n'est utilisé que s'il a un sens pour celui qui le porte
Un appareil n'est utilisé que s'il a un sens pour celui qui le porte, et ce sens se construit pendant la consultation. Le but se dit en actes de la vie, ce que l'appareil permet de refaire, et non en termes de fonction : « cela améliore votre équilibre » n'est pas une raison.
Le refus s'entend sans être jugé, avec sa raison, souvent le regard des autres ou l'aveu d'un vieillissement. Une canne refusée pour cette raison ne se represcrit pas avec plus d'insistance : elle se discute.
L'entretien de l'appareil s'explique : le nettoyage, la vérification des embouts et des freins, et le remplacement des pièces d'usure. Un embout usé transforme une canne en danger, et les embouts et les freins se vérifient à chaque consultation, le contrôle le plus souvent oublié.
Ce que l'appareil ne fait pas se dit aussi : il ne suffit pas sur sol mouillé, dans un escalier ou dans l'obscurité. La prévention des chutes accompagne l'aide à la marche, par le retrait des tapis, l'éclairage du chemin de nuit et le chaussage, qui s'évalue. Un écrit se remet enfin, avec le réglage, l'entretien et la date de réévaluation.
« Vous pourrez ressortir seul. »
Ce que la prescription ne dit pas, celui qui délivre ne l'inventera pas
Un appareil est délivré par quelqu'un d'autre, et ce que la prescription ne dit pas, personne ne l'inventera correctement. Pour le fournisseur s'écrivent la désignation exacte, le côté, les mesures relevées, la taille et l'usage prévu : une prescription imprécise conduit à une délivrance standard.
Au kinésithérapeute ou à l'ergothérapeute se demandent l'apprentissage, l'adaptation du logement et un retour sur ce qui est réellement utilisé. Ce retour est l'information la plus utile et la moins demandée, car le professionnel qui accompagne sait si l'appareil sert.
À l'infirmière ou à l'aide à domicile se transmet ce qu'il faut vérifier, avec la consigne de signaler un appareil non utilisé. Ce signalement vaut consultation.
Après une hospitalisation, le médecin traitant reçoit la liste des appareils prescrits, leur caractère temporaire ou durable, et la date de réévaluation. Avec les services sociaux se coordonnent les aides financières, les délais, et le relais quand le besoin dépasse le matériel.
Ce qui ne s'écrit pas : une prescription sans mesure ni durée. Elle reporte la décision sur celui qui délivre.
À retenir pour la station
Demandez ce que la personne n'arrive plus à faire et à quel endroit de sa journée, puis décrivez son logement avant de choisir. Énoncez le but de l'appareil, demandez-vous si la gêne est réversible, et retenez le moins restrictif qui suffise : une canne avant un déambulateur, un déambulateur avant un fauteuil. Mesurez avant de prescrire, et vérifiez l'état artériel avant toute compression. Écrivez la désignation, le côté, les mesures, la durée et l'indication, puis datez la réévaluation. Réglez l'appareil devant la personne, la canne du côté opposé au membre douloureux, et faites-lui refaire le geste. Demandez un retour à celui qui l'accompagne : il sait si l'appareil sert.
Sources
Médecine physique et de réadaptation
Collège français des enseignants universitaires de médecine physique et de réadaptation (COFEMER) ; AJMER. 8e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
- Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.
Les mêmes items du programme
- Prescription d'une rééducationSituation de départ 247 / items communs 122, 118
- Chute de la personne âgéeSituation de départ 27 / item commun 133
- Perte d'autonomie progressiveSituation de départ 31 / item commun 133
- Troubles de l'équilibreSituation de départ 130 / item commun 133
- Troubles de mémoire / déclin cognitifSituation de départ 131 / item commun 133
- Mise en place et suivi d'un appareil d'immobilisationSituation de départ 243 / item commun 122
- Mise en place et suivi d'une contention mécaniqueSituation de départ 244 / item commun 133
- Prescription d'un soin ambulatoireSituation de départ 246 / item commun 133