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Hématologie

Fiche de révision

Prescription et suivi d'un traitement par anticoagulant et/ou anti-agrégant

S'entraîner sur cette situation
Situation de départ 248Catégorie IIIItem R2C 232Item R2C 330Item R2C 216

Cette fiche vous apprend à lire un bilan d'hémostase en sachant ce qu'il mesure, à en tirer une conduite avant un geste, et à expliquer un anticoagulant à la personne qui va le prendre sans vous limiter à une liste d'interdits. Elle part du choix de la famille, passe par l'entretien, le bilan et les données qui décident avant un geste, le saignement et le suivi, puis finit par la consultation d'éducation.

SommaireEnviron 15 min
  1. 2 familles pour 2 territoires de thrombose
  2. Ce que la personne prend, et ce qu'elle sait de son traitement
  3. Ce que le laboratoire mesure n'est pas ce que la personne prend
  4. Avant un geste, 3 données qui ne sont sur aucune feuille de laboratoire
  5. Devant un saignement, l'ordre des gestes compte plus que le produit
  6. Prescrire est court, suivre est long
  7. Dire pourquoi avant de dire comment
  8. Interdire en remplaçant, et dire ce qui ne change pas
  9. À retenir pour la station

2 familles pour 2 territoires de thrombose

Les 2 familles sont confondues en permanence, et elles ne traitent pas la même chose. Les anti-agrégants empêchent les plaquettes de s'agréger et servent aux thromboses artérielles : après un infarctus, après un accident vasculaire cérébral d'origine artérielle, dans l'artériopathie des membres. Les anticoagulants agissent sur la coagulation et servent aux thromboses veineuses et aux embolies d'origine cardiaque. La famille se choisit donc sur le territoire de la thrombose que l'on prévient, et la famille prescrite se rattache à ce territoire.

Une fibrillation atriale ne se traite pas par de l'aspirine. Un anti-agrégant plaquettaire ne prévient pas l'accident vasculaire cérébral de la fibrillation atriale et ne remplace pas un anticoagulant. L'erreur est classique, et elle cumule les 2 inconvénients : le saignement de l'anti-agrégant sans la protection de l'anticoagulant.

L'indication se pose sur un risque estimé. Les recommandations européennes de 2024 emploient le score CHA2DS2-VA, qui ne compte plus le sexe. Il se calcule à voix haute, élément par élément, et l'indication qui en sort se partage avec la personne.

Ce que compte le score CHA2DS2-VA :

  • Une insuffisance cardiaque.
  • Une hypertension artérielle.
  • Un âge d'au moins 75 ans, qui compte pour 2 points.
  • Un diabète.
  • Un antécédent d'accident vasculaire cérébral, d'accident ischémique transitoire ou de thromboembolie artérielle, qui compte pour 2 points.
  • Une maladie vasculaire.
  • Un âge de 65 à 74 ans.

Dans la fibrillation atriale, l'anticoagulation orale est recommandée à partir d'un score de 2, et elle se discute pour un score de 1, au terme d'une décision partagée. Le risque hémorragique ne se retranche pas du risque embolique : il se mesure pour corriger ce qui est corrigeable, une hypertension, un anti-inflammatoire, un alcool excessif, et il ne sert pas à refuser le traitement.

Associer un anticoagulant et un anti-agrégant est une décision spécialisée, limitée dans le temps, dont la durée est écrite au moment où elle est prise. Devant une association des 2 classes, cherchez sa justification, sa date de début et sa durée : elle est justifiée et datée, ou elle se remet en cause.

« Votre trouble du rythme expose à un caillot qui part vers le cerveau ; c'est cela que le traitement prévient. »

« L'aspirine ne protège pas de ce risque-là : c'est l'anticoagulant qui le fait. »

Ce que la personne prend, et ce qu'elle sait de son traitement

L'interrogatoire cherche d'abord ce qui va faire saigner : les antécédents hémorragiques, digestifs, urinaires ou cérébraux, la façon dont se sont passés les gestes précédents, une anémie connue, une insuffisance rénale. Un antécédent de saignement grave, une anémie ou une insuffisance rénale font partie des éléments qui orientent le choix de la molécule et de la dose.

Tout ce que la personne prend se recueille, et pas seulement l'ordonnance. Ce qu'elle prend d'elle-même ne figure sur aucune ordonnance et ne se dit que si on le demande nommément, une prise après l'autre : une aspirine commencée sur le conseil d'un proche, un anti-inflammatoire acheté pour le dos, une tisane, une plante, un complément. C'est la première question de la consultation, et c'est celle qui change le plus souvent la prescription.

Les chutes se demandent chez la personne âgée, et elles ne contre-indiquent pas en elles-mêmes une anticoagulation. C'est une idée reçue tenace. Ce qui compte est leur nombre, leur cause et ce que l'on peut corriger : les chutes répétées font chercher et corriger leurs causes, pas renoncer au principe.

La capacité à suivre le traitement se demande sans juger. Elle porte sur le fait de vivre seule ou non, de gérer ou non ses médicaments, sur la mémoire, la vue, la dextérité qu'il faut pour ouvrir une plaquette, et sur la personne qui prépare le pilulier.

La question qui manque le plus souvent est celle de ce que la personne sait de son traitement, et de la raison pour laquelle elle le prend. Demandez ce qu'elle a compris de ce qui lui a été prescrit et ce qui l'inquiète. Un traitement dont la personne ignore le motif s'interrompt au premier désagrément : le lui faire redire, et corriger si besoin, le prévient.

« Qu'est-ce que vous prenez que je n'ai pas sur l'ordonnance : pour dormir, pour le dos, en tisane ? »

« Avez-vous déjà saigné longtemps après une extraction dentaire ou une opération ? »

Ce que le laboratoire mesure n'est pas ce que la personne prend

Nommez la molécule prise avant de commenter le bilan. Elle se cherche sur la feuille de traitement, puis chaque test se lit pour ce qu'il mesure, et pour ce qu'il ne mesure pas. Lire un bilan d'hémostase sans savoir ce que la personne prend revient à lire ce que le laboratoire a mesuré, et non ce que la personne prend.

L'INR est fait pour les antivitamines K, il les mesure bien, et il ne renseigne pas sur les autres classes d'anticoagulants. Le taux de prothrombine et le temps de céphaline activée peuvent être parfaitement normaux chez une personne pleinement anticoagulée par un inhibiteur direct du facteur Xa ou de la thrombine. Un bilan normal n'autorise alors aucun geste.

La mesure de l'effet d'un anticoagulant oral direct repose sur un dosage spécifique de la molécule : l'activité anti-Xa calibrée pour elle, ou le temps de thrombine dilué. Ces dosages disent une concentration, et ils orientent la décision sans la prendre. Ils ne sont pas disponibles partout ni la nuit, et leur résultat ne remplace pas une décision chirurgicale et anesthésique.

Aucun test d'hémostase de pratique courante ne mesure l'effet d'un anti-agrégant plaquettaire. Un bilan normal chez une personne sous anti-agrégant ne dit donc rien de son traitement.

« Le taux de prothrombine et le temps de céphaline sont normaux, mais ils ne mesurent pas ce traitement : ce patient est anticoagulé. »

« Je demande une activité anti-Xa spécifique de la molécule ; elle orientera la décision, elle ne la prendra pas. »

Avant un geste, 3 données qui ne sont sur aucune feuille de laboratoire

Devant un geste, 3 données décident : l'heure de la dernière prise, la fonction rénale du jour et le risque hémorragique du geste prévu. Aucune ne se lit sur la feuille de laboratoire. Les demander prend quelques instants, et c'est ce qui manque dans les dossiers qui arrivent au bloc.

La biologie utile est ailleurs que dans le bilan d'hémostase : la fonction rénale, dont dépendent la dose et le délai d'élimination, l'hémoglobine, les plaquettes selon le contexte, et le poids avant une initiation. Une fonction rénale altérée ralentit l'élimination des anticoagulants oraux directs et allonge d'autant le délai à respecter avant un geste. Vérifiez donc la fonction rénale du jour, et dites ce qu'elle change pour l'élimination du médicament.

Une conclusion déjà écrite au dossier qui tire d'un bilan normal une autorisation de geste ne se suit pas. Elle se contredit, et la raison se dit : le bilan ne mesure pas ce traitement. La transmission à l'anesthésiste reprend ensuite l'heure exacte de la dernière prise, la fonction rénale du jour, le risque du geste, et ce que le bilan ne mesure pas.

« La conclusion écrite hier ne peut pas être suivie, et je vais expliquer pourquoi. »

Devant un saignement, l'ordre des gestes compte plus que le produit

La gravité d'un saignement se juge sur son abondance, sa localisation et sa tolérance. Un saignement intracrânien, un saignement digestif abondant, un hématome compressif ou un saignement mal toléré imposent une prise en charge hospitalière immédiate.

Un saignement sous ces traitements se traite dans un ordre : arrêter le médicament, comprimer ce qui est compressible, prélever avant de transfuser, puis appeler. Le prélèvement biologique précède la transfusion, parce qu'un prélèvement fait après elle ne renseigne plus sur rien.

Pour un anticoagulant oral direct, l'heure de la dernière prise vaut plus que tous les chiffres, parce que c'est elle qui dit où en est la concentration. Elle se demande à la personne ou à son entourage, ou se cherche sur le pilulier, avant tout commentaire des résultats.

L'antagonisation est encadrée, et elle se décide sur la gravité du saignement, non sur la valeur d'un test : vitamine K et concentré de complexe prothrombinique pour les antivitamines K, antidote spécifique pour certains anticoagulants oraux directs, mesures non spécifiques pour les autres. Les plaquettes ne corrigent rien chez une personne sous anti-agrégant qui ne saigne pas.

La reprise du traitement se décide et se date. Sans décision écrite, elle n'a pas lieu, et la personne se retrouve exposée à la thrombose que le traitement prévenait.

« À quelle heure a été prise la dernière dose ? »

« J'arrête le traitement, je comprime, je prélève, et j'appelle le réanimateur. »

Prescrire est court, suivre est long

C'est le suivi qui décide du résultat, et il commence par la dose. À l'initiation, la dose d'un anticoagulant oral direct s'adapte à l'âge, au poids et à la fonction rénale, et une dose réduite se justifie par un critère écrit et nommé, non par une prudence générale. Sous-doser un anticoagulant expose à la thrombose sans supprimer le risque hémorragique.

Le suivi tient en peu de choses : la fonction rénale, l'hémoglobine, la tolérance, l'observance réelle, et la révision des autres traitements à chaque consultation. C'est là que naissent les interactions.

La gestion autour d'un geste est le moment où tout se joue : ce qui s'arrête, quand, et surtout qui décide. Ni la personne ni le dentiste ne décident seuls, la décision d'arrêter ou de poursuivre revenant au prescripteur et à l'opérateur. Le délai d'arrêt dépend de la molécule, de la fonction rénale et du risque hémorragique du geste, beaucoup de gestes se font sans arrêt du traitement, et un arrêt inutile expose à la thrombose.

Personne n'antagonise un anticoagulant pour tenir un horaire de bloc : on diffère le geste. Proposer ce report vaut mieux que d'antagoniser un traitement pour tenir une heure prévue.

La durée se décide et s'écrit. La durée prévue et la date de la prochaine réévaluation s'écrivent sur l'ordonnance avec l'indication et la dose, et cette date s'annonce à la personne. Faute de quoi le traitement se renouvelle par inertie, et la question de son maintien ne se repose pas.

« Cette dose réduite est justifiée par votre âge et par votre fonction rénale, et je l'écris sur l'ordonnance. »

« Pour ce soin dentaire, le traitement se poursuit : c'est le dentiste et moi qui en décidons, pas vous seule. »

Dire pourquoi avant de dire comment

Une éducation part de ce que la personne a compris de ce qui lui a été prescrit, et de ce qui l'inquiète dans ce traitement. Le motif s'explique ensuite, avant les modalités : pourquoi ce traitement est proposé, et ce qu'il évite. Comment il se prend ne vient qu'après.

Les anticoagulants oraux directs se prennent à dose fixe, aux mêmes heures, et ne se surveillent pas par une mesure biologique régulière de leur effet. C'est une différence avec les antivitamines K, que l'INR surveille.

La conduite en cas d'oubli se dit avant qu'elle ne serve, sans doublement de la dose suivante. Elle s'accompagne de la carte de traitement à garder sur soi, et de la consigne de signaler l'anticoagulant avant tout soin, dentaire compris.

« Qu'est-ce que le cardiologue vous a expliqué, et qu'est-ce qui vous gêne dans ce traitement ? »

« Si vous oubliez une prise, vous ne doublez pas la suivante : voici ce que vous faites. »

Interdire en remplaçant, et dire ce qui ne change pas

Interdire sans remplacer ne tient pas. Un anti-inflammatoire non stéroïdien associé à un anticoagulant augmente le risque hémorragique, et il se remplace par un antalgique proposé au moment où il est écarté. Écarter les anti-inflammatoires chez quelqu'un qui a mal au dos sans proposer autre chose revient à la laisser choisir seule, et elle choisira ce qui la soulage : l'interdit et le remplacement se disent dans la même phrase.

Un anti-agrégant poursuivi sans indication à côté d'un anticoagulant ajoute un risque de saignement sans bénéfice démontré. C'est le cas de l'aspirine commencée seule, que l'entretien a fait apparaître.

Ce qui ne change pas se dit aussi. Aucun régime alimentaire n'accompagne les anticoagulants oraux directs, les activités habituelles se poursuivent, et les voyages se font avec les comprimés sur soi. Une éducation qui n'énonce que des contraintes fait arrêter le traitement.

Les signes qui font consulter sans attendre se nomment avec les mots de la personne : des urines rouges, des selles noires, un hématome qui grossit sans choc, tout saignement qui ne s'arrête pas. C'est ainsi que l'hématurie et le méléna se disent dans les mots que la personne emploie.

La consultation se conclut sur un accord. Ce que la personne est prête à mettre en place dès le lendemain matin se convient avec elle, et la carte de traitement se remet à ce moment.

« Pour votre dos, les anti-inflammatoires sont à écarter ; je vous propose autre chose à la place. »

« Rien ne change dans votre alimentation, ni dans le jardin, ni dans vos voyages, avec vos comprimés sur vous. »

À retenir pour la station

Nommez la molécule avant de lire le bilan : l'INR suit les antivitamines K, et un taux de prothrombine ou un temps de céphaline normaux n'écartent pas une anticoagulation orale directe. Avant un geste, demandez l'heure de la dernière prise, la fonction rénale du jour et le risque du geste, et contredisez une conclusion qui tire d'un bilan normal une autorisation. Devant un saignement, arrêtez, comprimez, prélevez avant de transfuser, et appelez ; le plasma ne corrige pas un anticoagulant oral direct. Dans la fibrillation atriale, c'est l'anticoagulant qui protège, pas l'aspirine. En consultation, dites pourquoi avant de dire comment, remplacez l'anti-inflammatoire au moment où vous l'écartez, interdisez le doublement après un oubli, et dites ce qui ne change pas.

S'entraîner sur cette situation

Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.

Sources

  1. 1

    Hématologie

    Société française d'hématologie (SFH). 5e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Item 330, Traitements antithrombotiques

    Appuie : Synthèse paraclinique, Éducation et prévention, Urgence vitale, Stratégie de prise en charge, Entretien et interrogatoire

  2. 2
    2024 ESC Guidelines for the management of atrial fibrillation (Ouvre un nouvel onglet)

    European Society of Cardiology (ESC). European Heart Journal, vol. 45, numéro 36, pages 3314 et suivantes.

    Passages utilisés : Table 10, Updated definitions for the CHA2DS2-VA score

    Appuie : Stratégie diagnostique

  3. 3

    Médecine cardiovasculaire

    Collège national des enseignants de cardiologie (CNEC) ; Société française de cardiologie (SFC). 3e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Item 232, Fibrillation atriale

    Appuie : Stratégie diagnostique, Éducation et prévention, Entretien et interrogatoire

  4. 4

    Le bon usage du médicament et des thérapeutiques non médicamenteuses

    Collège national de pharmacologie médicale (CNPM) ; Collège national des enseignants de thérapeutique (CNET). 6e édition actualisée, R2C (Éditions Med-Line, collection Référentiels EDN, R2C).

    Passages utilisés : Item 330, Prescription et surveillance des classes de médicaments les plus courantes ; Item 325, Risque iatrogène et interactions médicamenteuses

    Appuie : Éducation et prévention, Stratégie de prise en charge, Entretien et interrogatoire