Fiche de révision
Prescrire des anti-inflammatoires non-stéroïdiens (AINS)
Un médicament banal dont le danger ne se lit que sur le terrain de celui qui le prend.
Sommaire
Entretien et interrogatoire
⚠️ Avant de prescrire, il faut savoir ce que la personne prend déjà, ⚠️ et ce qu'elle a déjà pris seule.
⚠️ Ce qui se demande et qu'on oublie : les médicaments achetés sans ordonnance, ⚠️ ceux d'un proche, ceux prescrits par un autre médecin, ⚠️ et les compléments. ⚠️ Beaucoup de patients ne considèrent pas un anti-inflammatoire acheté en pharmacie comme un médicament.
⚠️ Ce qui se cherche comme association dangereuse : un médicament bloquant le système rénine angiotensine, ⚠️ un diurétique, ⚠️ un anticoagulant ou un antiagrégant, un autre anti-inflammatoire, ⚠️ et un corticoïde.
⚠️ Ce qui se cherche comme antécédent : un ulcère ou un saignement digestif, ⚠️ une maladie du rein, une insuffisance cardiaque, ⚠️ un asthme aggravé par ces médicaments, et une allergie.
⚠️ Ce qui se cherche selon le terrain : une grossesse, ⚠️ la question devant être posée systématiquement chez une femme en âge de procréer.
Ce qui se précise sur la douleur : ⚠️ son type, son ancienneté, ⚠️ ce qui a déjà été essayé, et l'effet obtenu.
À retenir
- Beaucoup de patients ne considèrent pas un médicament acheté en pharmacie comme un médicament.
- Les associations dangereuses se cherchent nommément, pas globalement.
- Un ulcère ancien et guéri reste un facteur de risque.
- La question d'une grossesse se pose systématiquement.
- Ce qui a déjà été essayé et son effet oriente le choix.
En pratique
- Traitements prescrits recensés
- Médicaments pris seul recherchés
- Association rénine angiotensine et diurétique recherchée
- Anticoagulant ou antiagrégant recherché
- Antécédent digestif recherché
- Maladie du rein et du cœur recherchées
- Grossesse recherchée
- Traitements déjà essayés recueillis
Examen clinique
⚠️ L'examen sert à vérifier que la douleur relève bien d'un anti-inflammatoire, ⚠️ et que le terrain le permet.
Ce qui s'examine sur la douleur : ⚠️ son siège, ⚠️ l'existence d'un épanchement, d'une rougeur, ⚠️ d'une chaleur locale, et d'une fièvre. ⚠️ Une articulation chaude, rouge et fébrile n'est pas une poussée d'arthrose, et elle relève d'une ponction avant tout traitement.
Ce qui se mesure et qui servira de référence : ⚠️ la pression artérielle, ⚠️ le poids, et la recherche d'œdèmes, ⚠️ ces médicaments élevant la pression et favorisant la rétention.
Ce qui se cherche sur le plan digestif : ⚠️ une douleur de l'estomac, une pâleur, ⚠️ et des signes d'anémie.
⚠️ Ce qui se cherche chez la personne âgée : une déshydratation, ⚠️ une baisse récente des apports, et une perte de poids, ⚠️ un rein déjà en difficulté supportant mal l'ajout.
⚠️ Ce qui se réexamine sous traitement : la pression artérielle, ⚠️ le poids, et les œdèmes.
À retenir
- Une articulation chaude, rouge et fébrile n'est pas une poussée d'arthrose.
- La pression artérielle et le poids servent de référence avant traitement.
- Une pâleur et des signes d'anémie orientent vers un saignement digestif.
- Chez la personne âgée, une déshydratation change tout le risque rénal.
- Les mêmes mesures se refont sous traitement.
En pratique
- Siège et caractère de la douleur examinés
- Épanchement recherché
- Rougeur, chaleur et fièvre recherchées
- Pression artérielle mesurée
- Poids noté
- Œdèmes recherchés
- Signes d'anémie recherchés
- Déshydratation recherchée
Synthèse paraclinique
⚠️ Un bilan n'est pas nécessaire chez un adulte jeune sans antécédent, ⚠️ et il devient indispensable dès qu'un facteur de risque existe.
⚠️ Ce qui se regarde sur le rein : la créatinine, ⚠️ et surtout le débit de filtration estimé, ⚠️ la créatinine seule sous-estimant l'atteinte chez une personne âgée ou peu musclée.
⚠️ Ce qui se regarde sur les sels du sang : le potassium, ⚠️ qu'un anti-inflammatoire élève, ⚠️ d'autant plus qu'un médicament du système rénine angiotensine est associé.
⚠️ Ce qui se regarde sur la numération : l'hémoglobine, ⚠️ une valeur basse prenant tout son sens à côté d'un antécédent digestif ou d'un anticoagulant.
Ce qui se regarde selon le contexte : ⚠️ le bilan du foie, ⚠️ et le suivi biologique d'un anticoagulant en cours.
⚠️ Ce qui se recontrôle sous traitement prolongé : la fonction du rein et le potassium, ⚠️ à distance de l'introduction, et devant tout événement intercurrent, ⚠️ une diarrhée, une fièvre ou une canicule suffisant à faire basculer un rein limite.
⚠️ Ce que le bilan ne dit pas : le risque digestif, ⚠️ qui se lit sur l'histoire et non sur une analyse.
À retenir
- La créatinine seule sous-estime l'atteinte du rein chez une personne âgée.
- Un anti-inflammatoire élève le potassium, surtout en association.
- Une hémoglobine basse prend son sens à côté d'un antécédent digestif.
- Une diarrhée ou une forte chaleur suffit à faire basculer un rein limite.
- Le risque digestif se lit sur l'histoire, pas sur une analyse.
En pratique
- Créatinine et débit de filtration lus
- Potassium lu
- Hémoglobine lue
- Bilan du foie selon le contexte
- Suivi de l'anticoagulant vérifié
- Contrôle après introduction programmé
- Consigne en cas d'événement intercurrent donnée
- Risque digestif évalué sur l'histoire
Iconographie
Stratégie diagnostique
⚠️ Deux questions se posent avant de prescrire, ⚠️ et la seconde décide.
⚠️ La première : la douleur relève-t-elle d'un anti-inflammatoire. ⚠️ Une douleur inflammatoire, une poussée articulaire, une colique néphrétique ou une douleur dentaire en relèvent, ⚠️ une douleur mécanique banale répond souvent aussi bien à un antalgique simple.
⚠️ La seconde : ce patient peut-il le recevoir. ⚠️ Le raisonnement additionne l'âge, la fonction du rein, ⚠️ les antécédents digestifs, l'insuffisance cardiaque, ⚠️ la grossesse, et les médicaments associés. ⚠️ Un seul de ces éléments suffit parfois à trancher.
⚠️ Ce qui doit faire renoncer : une insuffisance rénale, ⚠️ un antécédent d'ulcère ou de saignement digestif non protégé, ⚠️ une grossesse à partir du deuxième trimestre, une insuffisance cardiaque non contrôlée, ⚠️ et l'association à un anticoagulant.
⚠️ Ce qui doit faire reconsidérer un diagnostic : une douleur qui ne cède pas, ⚠️ une fièvre, une articulation chaude, ⚠️ et une douleur qui réveille la nuit. ⚠️ Un anti-inflammatoire qui masque une infection retarde son diagnostic.
⚠️ Ce qui ne se conclut pas : qu'un médicament vendu sans ordonnance est sans danger.
À retenir
- Une douleur mécanique banale répond souvent aussi bien à un antalgique simple.
- Le raisonnement additionne âge, rein, digestif, cœur, grossesse et associations.
- Un seul facteur suffit parfois à renoncer.
- Un anti-inflammatoire qui masque une infection retarde son diagnostic.
- Un médicament vendu sans ordonnance n'est pas un médicament sans danger.
En pratique
- Nature de la douleur évaluée
- Indication réelle vérifiée
- Fonction du rein prise en compte
- Antécédent digestif pris en compte
- Insuffisance cardiaque prise en compte
- Grossesse écartée
- Associations vérifiées
- Signes faisant reconsidérer recherchés
Urgence vitale
⚠️ Trois complications amènent aux urgences, ⚠️ et toutes trois surviennent chez des patients qui allaient bien.
⚠️ Le saignement digestif : une douleur de l'estomac, ⚠️ des selles noires, un vomissement de sang, ⚠️ un malaise, une pâleur. ⚠️ Il peut survenir sans douleur préalable, surtout chez la personne âgée.
⚠️ L'insuffisance rénale aiguë : une diminution des urines, ⚠️ des œdèmes, une prise de poids rapide, ⚠️ une somnolence. ⚠️ Elle survient souvent lors d'un événement banal, une diarrhée, une fièvre, une forte chaleur, ⚠️ chez un patient qui prend déjà 2 autres médicaments agissant sur le rein.
⚠️ La réaction allergique : une éruption, ⚠️ un gonflement du visage, une gêne respiratoire, ⚠️ et un asthme déclenché par la prise.
⚠️ Ce qui se fait devant l'une d'elles : arrêter le médicament, ⚠️ arrêter aussi les autres médicaments agissant sur le rein le temps de l'épisode, ⚠️ réhydrater, et doser la fonction du rein.
⚠️ Ce qui se dit au patient dès la prescription : la conduite à tenir en cas de diarrhée ou de fièvre, ⚠️ et le fait qu'il faut arrêter et appeler.
À retenir
- Un saignement digestif peut survenir sans douleur préalable.
- L'insuffisance rénale aiguë survient souvent lors d'un événement banal.
- Devant une réaction, on arrête aussi les autres médicaments agissant sur le rein.
- La conduite en cas de diarrhée ou de fièvre se dit dès la prescription.
- Une gêne respiratoire après la prise fait arrêter définitivement.
En pratique
- Signes de saignement digestif connus du patient
- Signes d'atteinte du rein expliqués
- Signes allergiques expliqués
- Consigne d'arrêt donnée
- Conduite en cas de diarrhée ou fièvre donnée
- Autres médicaments à suspendre nommés
- Numéro d'appel donné
- Bilan de contrôle prévu
Stratégie de prise en charge
⚠️ Quand la prescription est possible, ⚠️ elle se fait à la dose la plus faible efficace et pour la durée la plus courte.
⚠️ Ce qui s'écrit : la molécule, ⚠️ la dose, le nombre de prises, ⚠️ et surtout la date d'arrêt. ⚠️ Une prescription sans terme devient un traitement de fond, et personne ne réinterroge son utilité.
⚠️ Ce qui s'ajoute selon le terrain : une protection de l'estomac, ⚠️ chez la personne âgée, en cas d'antécédent digestif, ⚠️ ou d'association à un anticoagulant, un antiagrégant ou un corticoïde.
⚠️ Ce qui se suspend : rien de ce que le patient prend déjà ne se suspend sans raison, ⚠️ mais la conduite en cas de perte d'eau se donne explicitement, arrêter l'anti-inflammatoire et les médicaments du rein le temps de l'épisode.
⚠️ Ce qui se propose avant ou à côté : un antalgique simple, ⚠️ un traitement local, ⚠️ la rééducation, la perte de poids quand elle est en jeu, ⚠️ et une aide technique. ⚠️ Aucun de ces moyens n'a été essayé dans la plupart des demandes.
⚠️ Ce qui se programme : la réévaluation à la date d'arrêt, ⚠️ et le bilan de contrôle chez les patients à risque.
À retenir
- La dose la plus faible, la durée la plus courte, et une date d'arrêt écrite.
- Une prescription sans terme devient un traitement de fond.
- La protection de l'estomac s'ajoute selon le terrain, pas systématiquement.
- La conduite en cas de perte d'eau se donne explicitement.
- Les moyens non médicamenteux n'ont presque jamais été essayés.
En pratique
- Indication confirmée
- Dose la plus faible choisie
- Durée la plus courte fixée
- Date d'arrêt écrite
- Protection gastrique décidée selon le terrain
- Conduite en cas de perte d'eau donnée
- Moyens non médicamenteux proposés
- Réévaluation programmée
Procédure et geste technique
Annonce et information
Éducation et prévention
⚠️ Ce médicament s'achète sans ordonnance, ⚠️ et c'est ce qui rend l'explication indispensable.
⚠️ Ce qui se dit devant un refus : la raison, ⚠️ nommée précisément, ⚠️ et ce qui est proposé à la place. ⚠️ Un refus non expliqué est suivi d'un achat, et le patient prendra le médicament sans que personne ne le surveille.
⚠️ Ce qui se dit sur les autres formes : que le même produit existe sous des noms différents, ⚠️ dans des médicaments contre le rhume ou contre la douleur, ⚠️ et qu'il ne faut pas les cumuler.
⚠️ Ce qui se dit sur la durée : le nombre de jours, ⚠️ et le fait qu'il ne faut pas prolonger sans avis, même si cela soulage.
⚠️ Ce qui se dit sur les situations à risque : une diarrhée, ⚠️ une fièvre, une forte chaleur, ⚠️ un jeûne, où le médicament s'arrête et où il faut boire.
⚠️ Ce qui se dit sur les signes qui font arrêter : une douleur de l'estomac, ⚠️ des selles noires, une diminution des urines, ⚠️ des œdèmes, une éruption.
⚠️ Ce qui se dit aux femmes en âge de procréer : que ces médicaments sont contre-indiqués à partir d'un certain terme de grossesse, ⚠️ et qu'il faut le signaler.
À retenir
- Un refus non expliqué est suivi d'un achat sans surveillance.
- Le même produit se cache dans des médicaments contre le rhume.
- On ne prolonge pas sans avis, même si cela soulage.
- Diarrhée, fièvre, forte chaleur et jeûne font arrêter et boire.
- Les femmes en âge de procréer doivent connaître la contre-indication de grossesse.
En pratique
- Raison du refus expliquée
- Alternative proposée
- Risque de cumul expliqué
- Durée précisée
- Situations à risque nommées
- Signes d'arrêt donnés
- Consigne d'hydratation donnée
- Information sur la grossesse donnée
Communication interprofessionnelle
⚠️ Ce médicament est prescrit par plusieurs et surveillé par personne, ⚠️ et c'est ainsi qu'il devient dangereux.
Ce qui s'écrit sur l'ordonnance : ⚠️ la durée, ⚠️ la date d'arrêt, la protection associée le cas échéant, ⚠️ et l'indication, qui permet à un autre prescripteur de comprendre.
Ce qui se dit au pharmacien : ⚠️ la durée prévue, ⚠️ et la vigilance sur les délivrances sans ordonnance, le dossier pharmaceutique permettant de repérer un cumul.
Ce qui se transmet au médecin traitant : ⚠️ l'introduction, ⚠️ la raison, le terrain, ⚠️ et le bilan de contrôle demandé.
⚠️ Ce qui se demande avant de prescrire chez un patient suivi ailleurs : l'accord du spécialiste, ⚠️ quand un traitement de fond ou une maladie du rein est en jeu.
Ce qui se signale : ⚠️ un effet indésirable grave, ⚠️ à la pharmacovigilance, et l'épisode dans le dossier.
⚠️ Et ce qui s'écrit dans le dossier après un accident : le lien, ⚠️ explicitement, faute de quoi le même médicament sera represcrit ailleurs, ⚠️ et la contre-indication qui en découle.
À retenir
- Ce médicament est prescrit par plusieurs et surveillé par personne.
- L'indication écrite permet à un autre prescripteur de comprendre.
- Le dossier pharmaceutique repère les cumuls sans ordonnance.
- Un effet indésirable grave se signale à la pharmacovigilance.
- Un accident non écrit fera represcrire le même médicament ailleurs.
En pratique
- Durée et date d'arrêt écrites
- Protection associée mentionnée
- Indication portée
- Pharmacien informé
- Médecin traitant informé
- Spécialiste consulté si besoin
- Effet indésirable grave signalé
- Contre-indication écrite au dossier