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Médecine générale

Fiche de révision

Prescription d'un hypolipémiant

Situation de départ 252Catégorie IIIItem R2C 223Item R2C 221Item R2C 330

Cette fiche vous apprend à décider d'un traitement hypolipémiant sur le risque d'une personne plutôt que sur un chiffre, à chercher ce qui explique les chiffres avant de prescrire, et à faire tenir un traitement qui se prend des années. Elle suit l'ordre de la décision : le risque, l'entretien, l'examen, le bilan, la prescription, les douleurs musculaires, puis ce qui s'explique et ce qui s'écrit.

SommaireEnviron 10 min
  1. On ne traite pas un chiffre, on traite un risque
  2. Le chiffre ne dit rien tant qu'on ne sait pas à qui il appartient
  3. L'examen cherche l'athérome déjà constitué et la forme familiale
  4. Le bilan estime le risque et cherche une autre maladie
  5. Prescrire avec la personne, à la dose de l'objectif
  6. Une douleur musculaire ne fait pas arrêter définitivement
  7. Un traitement sans bénéfice ressenti, qui se prend des années
  8. Introduit par les uns, arrêté par les autres : ce qui s'écrit
  9. À retenir pour la station

On ne traite pas un chiffre, on traite un risque

La question n'est pas « le chiffre est-il élevé », elle est « cette personne tirera-t-elle un bénéfice d'un traitement ». Le même chiffre n'appelle pas la même décision selon la personne, et la décision se construit en 3 distinctions.

La première sépare une maladie cardiovasculaire déjà survenue d'une prévention chez une personne sans événement. Dans le premier cas, le bénéfice est établi et la décision simple ; dans le second, la décision se construit sur un risque estimé.

La deuxième repère une situation à haut risque par elle-même : un diabète ancien avec atteinte d'organe, une maladie du rein, ou une forme familiale. Ces situations dispensent d'un calcul de risque.

La troisième est le calcul du risque global, si besoin, par un outil de calcul du risque et non par l'impression que donne le chiffre. La question reste le bénéfice attendu, pas la hauteur du chiffre.

La correction d'une cause et les mesures de mode de vie viennent d'abord, et elles ne dispensent pas du traitement : elles en font partie. Prescrire sur un chiffre isolé, sans avoir cherché une cause de perturbation ni évalué le risque global, est le piège de la situation.

Certains tableaux font reconsidérer la démarche : des chiffres très élevés d'emblée, qui font évoquer une forme familiale, une élévation isolée des triglycérides, qui se traite à part, une aggravation brutale, et un échec inexpliqué du traitement. Ce dernier fait d'abord rechercher une prise irrégulière, et l'observance se vérifie avant de conclure à un échec.

Le chiffre ne dit rien tant qu'on ne sait pas à qui il appartient

Ce qui fait basculer la décision se recueille d'abord : un accident cardiaque ou vasculaire déjà survenu, un diabète, une maladie du rein, une hypertension, le tabac, et l'âge. Un même chiffre chez 2 personnes n'appelle pas le même traitement, et c'est ce recueil qui les sépare.

La famille se demande : un accident cardiaque précoce chez un parent du premier degré, et des chiffres très élevés chez plusieurs membres. Ils évoquent une forme familiale, laquelle change l'âge du traitement et impose de dépister la fratrie.

Une cause de perturbation se cherche avant de prescrire : une maladie de la thyroïde, une maladie du rein ou du foie, une consommation d'alcool, un médicament, une grossesse, et un diabète mal contrôlé. Traiter la cause corrige parfois tout, et suffit alors.

Les habitudes se recueillent : l'alimentation, l'activité physique, le tabac, et ce que la personne est prête à changer, qui conditionne la suite. Ce qui se demande enfin est ce qu'elle a compris de son bilan, et ce qu'elle en craint.

L'examen cherche l'athérome déjà constitué et la forme familiale

L'examen a 2 objets : l'athérome déjà constitué, et les signes qui trahissent une forme familiale. Il note aussi, avant la prescription, ce qui servira de référence sous traitement.

Tous les pouls se palpent, et l'abdomen à la recherche d'une masse battante. Les trajets artériels du cou, de l'abdomen et des membres s'auscultent : un souffle signe une atteinte ailleurs que là où on la cherchait. Se mesurent enfin la pression artérielle aux 2 bras, le tour de taille, le poids et la taille.

Les dépôts jaunâtres sur les tendons font le diagnostic d'une forme familiale, notamment au talon et au dos des mains. Un anneau blanchâtre au bord de la cornée avant un certain âge oriente aussi, comme des dépôts autour des paupières.

Une douleur et une faiblesse musculaires se cherchent avant de prescrire. Une douleur préexistante se note, information qui servira de référence. Sous traitement, les muscles se réexaminent à chaque contrôle, avec la tolérance rapportée par la personne.

Le bilan estime le risque et cherche une autre maladie

Le bilan sert à 2 choses : estimer le risque, et vérifier qu'aucune autre maladie n'explique les chiffres. Pour le risque, c'est le bilan lipidique complet qui se dose, et non le seul cholestérol total : la fraction qui compte n'est pas la même que celle qui protège.

Les triglycérides s'évaluent séparément. Très élevés, ils relèvent d'une prise en charge propre, et ils exposent à une atteinte du pancréas.

Pour chercher une cause, se dosent la thyroïde, la glycémie, la fonction du rein, la protéinurie et le bilan du foie. Ils se font avant de prescrire, puisqu'une cause traitée corrige parfois tout.

Avant de prescrire se dosent aussi les transaminases, et la créatine kinase quand il existe une douleur musculaire ou un facteur de risque, et non chez tous. Sous traitement, le bilan lipidique se recontrôle à distance de l'introduction, pour vérifier l'efficacité et l'observance, et les transaminases selon le contexte.

Ce qui ne se fait pas : répéter le bilan à intervalle rapproché chez une personne stable et observante. Un tel bilan n'apporte rien.

Prescrire avec la personne, à la dose de l'objectif

La décision se prend avec la personne : un traitement qu'elle n'a pas choisi ne se prend pas des années. Les mesures de mode de vie s'installent d'abord et se poursuivent ensuite : l'alimentation, l'activité physique, l'arrêt du tabac, la réduction de l'alcool et la prise en charge du poids.

Ces mesures ne remplacent pas le médicament chez une personne à haut risque, et elles ne s'abandonnent pas quand il est prescrit. Ce qui se prescrit est la classe de première intention, à une dose adaptée à l'objectif, et non à la valeur de départ.

Avant la première prise se vérifient les interactions et une grossesse. Certaines associations augmentent fortement le risque musculaire, et une grossesse en cours ou envisagée contre-indique le traitement.

Ce qui se programme : un contrôle à distance de l'introduction, puis un suivi espacé. L'observance se vérifie régulièrement, et la conduite en cas de douleur musculaire se donne dès la prescription.

En cas de forme familiale, la famille se dépiste, enfants compris. Un diagnostic posé tôt change l'histoire de plusieurs personnes.

Une douleur musculaire ne fait pas arrêter définitivement

Les douleurs musculaires se recherchent activement sous traitement, et la plupart ne contre-indiquent pas la poursuite. Celle qui existait avant la prescription a été notée comme référence, et c'est à elle que se compare la plainte nouvelle.

Devant une plainte musculaire, la créatine kinase se dose. Son interprétation dépend de l'activité physique récente, et une valeur très élevée impose l'arrêt.

Devant une intolérance, la conduite tient en 3 temps : arrêter temporairement, vérifier la créatine kinase, puis réintroduire à dose plus faible ou changer de molécule. La plupart des personnes tolèrent une reprise, et une reprise à dose plus faible réussit souvent.

Un arrêt définitif sur une seule plainte prive d'un bénéfice durable. La plainte se gère, elle ne clôt pas la question du traitement.

Un traitement sans bénéfice ressenti, qui se prend des années

Un traitement de prévention n'apporte aucun bénéfice ressenti, et c'est pour cela qu'il s'arrête. L'observance décide de son effet plus que le choix de la molécule.

Le but se dit en termes de risque : il ne s'agit pas de corriger un chiffre, mais de diminuer un risque d'accident, exprimé de façon compréhensible et sur une durée longue. La durée s'annonce aussi : le traitement se prend des années, l'arrêt fait remonter les chiffres, et un bilan normal signe l'efficacité et non la guérison.

Les douleurs musculaires s'annoncent avant que la personne ne les découvre : fréquentes, le plus souvent bénignes, avec ce qu'il faut faire si elles surviennent. Une personne prévenue appelle, une personne surprise arrête.

L'alimentation se conseille de façon précise et réalisable, plutôt que par un régime. L'activité physique régulière s'encourage, son bénéfice dépassant les chiffres.

Les informations lues ailleurs se corrigent. Ces traitements font l'objet d'une controverse publique, et une personne inquiète doit pouvoir en parler sans être disqualifiée.

La prise réelle se vérifie à chaque consultation, sans reproche, avec ce qui la gêne. Un échec inexpliqué du traitement fait d'abord rechercher une prise irrégulière.

Introduit par les uns, arrêté par les autres : ce qui s'écrit

Ce traitement est introduit par les uns et arrêté par les autres, souvent sans que personne ne l'écrive. Le dossier porte la raison de la prescription, le niveau de risque retenu, l'objectif visé et la date d'introduction. Sans l'objectif écrit, le prochain prescripteur ne saura pas si la dose doit changer.

Après une hospitalisation, le médecin traitant reçoit l'introduction, sa raison et le contrôle attendu. Un traitement introduit sans explication est fréquemment arrêté au premier renouvellement.

Le pharmacien vérifie les interactions et repère la personne qui ne renouvelle plus. Le cardiologue ou le spécialiste reçoit le bilan, la tolérance et les molécules déjà essayées, information qui évite de reproposer ce qui a échoué.

Après une intolérance s'écrivent la molécule, la nature du symptôme et ce qui a été fait, faute de quoi la même sera represcrite. L'existence d'une forme familiale, et la nécessité d'un dépistage, se signalent à la famille avec l'accord de la personne.

À retenir pour la station

Ne traitez pas un chiffre, traitez un risque : cherchez d'abord un accident cardiovasculaire déjà survenu ou une situation à haut risque par elle-même, puis estimez le risque global si besoin. Cherchez une cause de perturbation avant de prescrire, une hypothyroïdie en particulier, et une forme familiale devant des chiffres très élevés ou des dépôts sur les tendons. Décidez avec la personne, à la dose de l'objectif. Notez une douleur musculaire avant le traitement, annoncez-la, et n'arrêtez pas définitivement sur une seule plainte. Un bilan normal sous traitement signe l'efficacité, pas la guérison. Écrivez la raison, le niveau de risque et l'objectif visé.

Sources

  1. 1

    Médecine cardiovasculaire

    Collège national des enseignants de cardiologie (CNEC) ; Société française de cardiologie (SFC). 3e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Item 223, Dyslipidémies ; Item 221, Athérome

    Appuie : Stratégie diagnostique, Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Synthèse paraclinique, Stratégie de prise en charge, Éducation et prévention, Communication interprofessionnelle

  2. 2

    Endocrinologie, diabétologie et maladies métaboliques

    Collège des enseignants d'endocrinologie, diabète et maladies métaboliques (CEEDMM). 6e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Item 223, Dyslipidémies

    Appuie : Stratégie diagnostique, Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Synthèse paraclinique, Stratégie de prise en charge

  3. 3
    Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)

    Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.

    Passages utilisés : Item 223 ; Item 221 ; Item 330

    Appuie : Stratégie diagnostique, Examen clinique, Synthèse paraclinique, Stratégie de prise en charge