Cette fiche vous apprend à faire d'une demande de somnifère ou d'anxiolytique une consultation sur le sommeil, et à proposer une diminution que le patient accepte. Elle suit le fil de cette consultation : ce que l'entretien et l'examen cherchent, les 3 questions qui précèdent toute prescription, la date de fin et la diminution, puis ce qui se dit au patient et ce qui s'écrit pour les autres.
SommaireEnviron 11 min
- Une demande de somnifère est une demande de soulagement
- L'examen cherche une cause traitable, et les effets du traitement déjà pris
- 3 questions avant de prescrire ou de renouveler
- La date de fin s'écrit le jour où la prescription commence
- 3 phrases portent la consultation : un malentendu, une croyance, une porte
- Ce que le patient emporte : les risques, les mesures, l'agenda
- Écrire pourquoi le traitement a commencé, et ce qui le fera finir
- À retenir pour la station
Une demande de somnifère est une demande de soulagement
Une demande de somnifère n'est le plus souvent pas une demande de sommeil : c'est une demande de soulagement, et il faut savoir de quoi. L'entretien part donc de la nuit telle qu'elle se passe, puis de la journée, des causes et du traitement déjà pris.
La nuit se fait décrire d'abord : l'heure du coucher, l'heure du lever, le temps passé au lit et le temps réellement dormi. L'écart entre le temps au lit et le temps dormi est le premier élément du diagnostic, et personne ne le mesure. La journée se demande ensuite : les siestes, l'activité, la lumière, l'isolement et l'occupation des soirées.
Les causes se cherchent une à une : une douleur, une envie fréquente d'uriner, des ronflements avec des pauses respiratoires, des jambes agitées, un trouble de l'humeur, une anxiété, un deuil, un médicament. Des pauses respiratoires pendant le sommeil changent complètement la conduite.
Le traitement en cours se recueille comme une histoire : depuis quand, pour quel motif initial, et surtout s'il y a eu une tentative d'arrêt. Comment elle s'est passée et ce que le patient en a conclu se demandent à chaque demande de renouvellement. Beaucoup de patients en ont tiré la conclusion inverse de la bonne, ce que le chapitre des 3 phrases défait.
Les consommations associées se cherchent nommément : l'alcool, d'autres calmants, et des produits achetés seul. L'association à l'alcool est à la fois un signe d'alerte et un risque à expliquer.
Le patient qui demande un anxiolytique se fait raconter son angoisse : ce qui l'angoisse, depuis quand, si elle survient par crises ou en permanence, et ce qu'il a déjà essayé. Une anxiété permanente depuis des mois relève d'une prise en charge de fond, et non d'un calmant à la demande.
L'examen cherche une cause traitable, et les effets du traitement déjà pris
L'examen cherche une cause traitable, et il cherche les effets du traitement déjà pris. Les causes sont une insuffisance cardiaque, une maladie respiratoire, une douleur chronique, un trouble de la prostate, et un gros cou avec une surcharge pondérale, qui évoquent des pauses respiratoires.
Chez la personne âgée, les effets du traitement se cherchent un par un : un trouble de l'équilibre, une lenteur, une somnolence diurne, un trouble de la mémoire récente, des traces de chute. Ces effets sont attribués à l'âge alors qu'ils sont attribuables au médicament, et ils régressent souvent à l'arrêt. Chez une personne âgée qui ralentit sous benzodiazépine, le médicament se suspecte avant l'âge.
Le plan psychique s'évalue aussi : l'humeur, l'anxiété, le retentissement sur la vie, et les idées noires, qui se demandent explicitement. Le poids, la pression artérielle couchée et debout et l'équilibre se mesurent. L'équilibre et la vigilance dans la journée se réexaminent à chaque contrôle.
Le proche présent s'interroge, avec l'accord du patient : ce qu'il observe le soir et au réveil, l'existence de ronflements et de pauses respiratoires, un changement de comportement. Le conjoint voit ce que le patient ne peut pas voir, et c'est souvent lui qui décrit le premier une somnolence anormale.
3 questions avant de prescrire ou de renouveler
3 questions se posent avant de prescrire ou de renouveler, et la première suffit souvent. Y a-t-il une insomnie, y a-t-il une cause, et le traitement en cours est-il encore justifié.
Un temps de sommeil normal chez quelqu'un qui reste de longues heures au lit n'est pas une insomnie. Une croyance sur la durée nécessaire de sommeil en est la cause fréquente, et la quantité de sommeil diminue avec l'âge, ce qui est normal. Traiter une insomnie qui n'en est pas une est le piège : le premier outil est un agenda du sommeil, pas une ordonnance.
La cause se cherche ensuite : une douleur, une dépression, une anxiété, un trouble respiratoire du sommeil, un médicament, une consommation d'alcool. Un somnifère donné sur une dépression traite le symptôme et laisse la maladie.
Le traitement en cours est-il encore justifié : c'est la seule question utile lors d'un renouvellement, et celle qui s'y pose le moins. Une insomnie qui persiste malgré le traitement, ou une somnolence dans la journée, doivent faire reconsidérer : elles évoquent un trouble respiratoire du sommeil.
Certains signes doivent alerter : une demande de dose croissante, plusieurs prescripteurs, une prise dans la journée, une association à l'alcool, une anxiété qui ne cède qu'avec le comprimé. Une insomnie de rebond après un arrêt, en revanche, ne prouve pas la nécessité du traitement.
La date de fin s'écrit le jour où la prescription commence
Ces médicaments sont efficaces à court terme et délétères à long terme, et le passage de l'un à l'autre se fait sans que personne ne le décide. Un traitement utile quelques semaines devient un problème dès qu'il devient une habitude. Une prescription se juge donc à sa date de fin, écrite le jour où elle commence : la durée se fixe à la première prescription, parce qu'ensuite elle ne se fixe plus.
Quand la prescription est justifiée, elle se borne : la durée la plus courte, la dose la plus faible, une date d'arrêt écrite et un rendez-vous de réévaluation fixé. Une prescription sans terme devient un traitement chronique en quelques mois. Les mesures de comportement se prescrivent en même temps : elles sont le traitement de fond, et non un accessoire.
Quand le traitement dure déjà, la diminution se propose, elle ne s'impose pas. Elle est progressive, par paliers espacés, avec un calendrier écrit et une possibilité annoncée de revenir en arrière. Un arrêt brutal expose à une insomnie de rebond, à une anxiété majeure et à des convulsions.
3 éléments augmentent les chances : un rendez-vous rapproché, un accord obtenu et non une injonction, et le traitement de la cause. À la place du médicament se proposent une prise en charge de l'anxiété ou de l'humeur, une psychothérapie et des mesures de sommeil. À chaque consultation se réévalue la question du maintien, et non seulement la dose.
Une diminution qui échoue fait revenir au palier précédent, et non abandonner le projet. Un palier trop rapide se corrige, et une nouvelle tentative après quelques semaines réussit souvent. Le renoncement définitif après un échec est plus fréquent que l'échec lui-même.
3 phrases portent la consultation : un malentendu, une croyance, une porte
L'éducation porte la situation, et elle se joue sur 3 phrases. La première défait un malentendu, la deuxième corrige une croyance, la troisième ouvre une porte.
La première phrase défait un malentendu : les mauvaises nuits qui suivent un arrêt brutal sont un effet de l'arrêt, et non la preuve que le médicament est nécessaire. Beaucoup de patients ont fait cette expérience et en ont tiré la conclusion inverse.
La deuxième corrige une croyance : le temps passé au lit n'est pas le temps de sommeil. Rester au lit pour rattraper aggrave l'insomnie, et réduire le temps au lit avec une heure de lever fixe est la mesure la plus efficace.
La troisième ouvre une porte : rien ne se retire de force, et une porte de sortie reste ouverte. Cette phrase obtient un accord qu'aucun argument n'obtient.
Le délai se dit aussi. Le sommeil met plusieurs semaines à se réorganiser après une diminution, les premières nuits sont les plus difficiles, et ce n'est pas un échec. Un patient prévenu de cette difficulté la traverse, un patient surpris reprend le comprimé dès la deuxième nuit.
Ce que le patient emporte : les risques, les mesures, l'agenda
Les risques s'expliquent : les chutes, la mémoire, la somnolence, la conduite automobile et l'association à l'alcool. Ils n'ont souvent été expliqués par personne.
Les mesures de sommeil se proposent concrètement, puisqu'elles sont le traitement de fond. Elles se remettent au patient, comme les 2 documents qui suivent.
Les mesures qui se proposent concrètement :
- Des horaires réguliers.
- La suppression ou le raccourcissement de la sieste.
- Une activité en journée.
- Le lever en cas de réveil prolongé.
- La lumière du matin.
2 documents se remettent : un agenda du sommeil, et le calendrier de diminution. L'agenda est aussi le premier outil du diagnostic, avant toute ordonnance.
Écrire pourquoi le traitement a commencé, et ce qui le fera finir
Ces traitements se reconduisent parce que personne n'a écrit pourquoi ils avaient commencé. La première prescription écrit le motif, la durée prévue, la date d'arrêt et la date de réévaluation. Un renouvellement écrit la raison du maintien, ou le plan de diminution avec ses paliers et ses dates.
Ce qui ne s'écrit pas, c'est « renouvellement à l'identique ». Cette ligne est la raison pour laquelle ces traitements durent des années, et elle engage celui qui la signe.
Lors d'une hospitalisation, le traitement en cours se transmet, avec le fait qu'un arrêt brutal expose à un sevrage. Sans cette information, il est interrompu à l'admission.
Le pharmacien et le psychiatre ou le psychologue sont des relais. Au pharmacien se demandent le repérage d'un renouvellement anticipé ou d'une délivrance par plusieurs prescripteurs, et l'accompagnement de la diminution. Au psychiatre ou au psychologue se transmettent le motif initial, ce qui a été essayé et l'objectif convenu avec le patient.
À retenir pour la station
Une demande de somnifère est une demande de soulagement : faites décrire les horaires, le temps passé au lit et le temps réellement dormi, et cherchez la cause, des pauses respiratoires à la dépression. Demandez s'il y a eu une tentative d'arrêt, et ce que le patient en a conclu. Expliquez que les mauvaises nuits d'un arrêt brutal sont un effet de l'arrêt, que le temps au lit n'est pas le temps de sommeil, et qu'une heure de lever fixe est la mesure la plus efficace. Proposez une diminution progressive, par paliers, sans rien retirer de force, en disant que le patient pourra revenir en arrière. Et écrivez la date d'arrêt dès la première ordonnance.
S'entraîner sur cette situation
Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.
Sources
EDN Référentiel de Psychiatrie et addictologie
Collège national des universitaires de psychiatrie (CNUP) ; Collège universitaire national des enseignants d'addictologie (CUNEA) ; Association pour l'enseignement de la sémiologie psychiatrique (AESP). 4e édition conforme à la R2C (Presses universitaires François-Rabelais, collection L'officiel EDN).
- Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.
Les mêmes items du programme
- Humeur triste / douleur moraleSituation de départ 123 / items communs 66, 74
- Troubles du sommeil, insomnie ou hypersomnieSituation de départ 135 / items communs 74, 110
- Consultation de suivi et traitement de fond d'un patient dépressifSituation de départ 288 / items communs 74, 66
- AgitationSituation de départ 114 / item commun 74
- AnxiétéSituation de départ 116 / item commun 66
- ApathieSituation de départ 117 / item commun 66
- HallucinationsSituation de départ 122 / item commun 74
- Idées ou conduites suicidaires / lésions auto-infligéesSituation de départ 125 / item commun 66