Cette fiche vous apprend à prévenir la douleur d'un soin avant qu'il commence : par une prescription qui porte une heure de prise, et par ce qui entoure le geste, la position, le matériel, le rythme, les mots et un signal d'arrêt convenu. Elle part du soin précédent, cherche la cause mécanique de la douleur, écrit la prescription, prépare puis conduit le geste, et finit par ce qui s'explique au patient et ce qui se transmet à celui qui fera le soin.
SommaireEnviron 10 min
- Commencer par le soin précédent, que le patient connaît mieux que vous
- Chercher la cause mécanique, qui se corrige souvent sans médicament
- Une prescription pour un soin douloureux porte une heure, sinon elle ne sert à rien
- Préparer le geste : des mots vrais, une position choisie, aucune force
- Pendant et après le geste : une seule voix, un signal respecté, une trace
- Expliquer avant le soin, et préparer déjà celui d'après
- Écrire l'ordonnance avec celui qui fera le soin
- À retenir pour la station
Commencer par le soin précédent, que le patient connaît mieux que vous
La question la plus utile avant un soin porte sur le soin précédent. Demandez comment le dernier soin s'est passé, ce qui a fait mal exactement, à quel moment, et ce qui a aidé. Un patient sait mieux que quiconque ce qui a marché, et on le lui demande rarement.
La douleur du soin se distingue de la douleur de fond, entre les soins. Ce sont 2 chiffres différents, et ils appellent 2 traitements différents.
L'appréhension fait partie de la douleur, et elle se cherche, avec le sommeil de la nuit précédente et le souvenir d'un geste raté. Un patient qui appréhende ressent davantage, et cela ne relève pas d'une réassurance mais d'une organisation.
Chez l'enfant, demandez les gestes antérieurs, ce qui a été dit, le nombre de tentatives, et si l'enfant a été tenu. Savoir s'il a été tenu change toute la préparation.
Chez une personne qui ne s'exprime pas, demandez ce que l'entourage et l'équipe observent : grimaces, crispation, refus, agitation. Demandez enfin ce que la personne souhaite : être prévenue ou non, regarder ou non, avoir quelqu'un présent ou non.
Chercher la cause mécanique, qui se corrige souvent sans médicament
L'examen cherche la cause mécanique de la douleur du soin, et elle se corrige souvent sans médicament. Sur une plaie, regardez l'adhérence du pansement, l'état des berges, la peau autour, une inflammation et une infection, qui rendent tout contact douloureux. Un pansement qui adhère explique à lui seul une douleur intense.
Sur le site d'un geste, cherchez une zone déjà ponctionnée, un hématome, un capital veineux pauvre et une lésion cutanée. Avant un geste programmé, le site retenu et un site de remplacement se choisissent à l'avance, et les 2 se préparent quand un anesthésique de surface est utilisé. Un seul site préparé oblige à piquer une zone qui ne l'est pas dès la première difficulté.
La douleur s'évalue pendant le soin, avec un outil qui s'adapte à la personne, et non l'inverse. C'est une échelle numérique chez l'adulte communicant, une échelle de visages chez l'enfant, et une échelle d'observation chez la personne qui ne s'exprime pas. Chez qui ne peut pas dire, s'observent les grimaces, la crispation, le retrait du membre, les cris et l'agitation à l'approche du soignant.
Après le soin se notent le chiffre obtenu, le moment où la douleur a été maximale, et ce qui a été fait. Le moment de la douleur maximale se note, et pas seulement le chiffre : c'est lui qui indique quoi changer la fois suivante.
Une prescription pour un soin douloureux porte une heure, sinon elle ne sert à rien
Une prescription pour un soin douloureux comporte une heure, sinon elle ne sert à rien. S'écrivent le produit, la voie, et le délai entre la prise et le début du soin, calculé sur le temps d'action. « Si besoin » rattrape une douleur, et ne la prévient pas.
Avant d'écrire, vérifiez que l'organisation le permet : une infirmière en tournée ne peut pas attendre l'effet sur place. 2 solutions existent, la prise par le patient avant l'arrivée ou le décalage du passage. Une solution qui ignore la tournée du soignant ne sera pas appliquée.
Ce qui se prescrit dépend du geste : un anesthésique local de surface, appliqué le temps indiqué par la notice, un mélange gazeux inhalé quand la structure le permet, et un antalgique de secours. Avec la personne se décident le moment du soin, sa durée maximale, le nombre de tentatives et un signal d'arrêt.
La stratégie se réévalue après chaque soin : elle tient ou non, et ce qu'il faut changer se décide alors. Un geste qui n'est pas urgent se reporte plutôt que de s'imposer, le temps de le préparer correctement.
Pour une série de soins, un protocole s'écrit une fois pour toutes, valable pour chaque passage, plutôt qu'une décision reprise à chaque fois. Un protocole écrit évite que la qualité du soin dépende de qui passe ce jour-là.
Préparer le geste : des mots vrais, une position choisie, aucune force
Ce qui entoure le geste pèse autant que le produit, et coûte moins cher. Avant le geste, expliquez avec des mots vrais, et ne dites pas que cela ne fera pas mal.
Ce qui se prépare aussi avant le geste :
- L'anesthésique de surface appliqué le temps nécessaire.
- Le matériel préparé hors de la vue.
- Un matériel choisi pour ne pas adhérer, et adapté à la taille de la personne.
- Une installation confortable.
La position se choisit : assise plutôt qu'allongée quand c'est possible, et un enfant sur les genoux de son parent. Aucune contention de force. Tenir quelqu'un obtient le geste et perd la personne pour les suivants.
Pendant et après le geste : une seule voix, un signal respecté, une trace
Pendant le geste, une seule personne parle. Une distraction adaptée à l'âge, des pauses et un rythme lent accompagnent le soin, et un pansement adhérent s'humidifie avant d'être retiré.
La personne devient actrice du soin quand on lui laisse un choix sur un détail, et quand son signal d'arrêt est respecté à la lettre. Un signal non respecté une fois ne fonctionne plus.
Après, remerciez ou félicitez, quel que soit le comportement, y compris s'il y a eu des pleurs. Cotez ensuite la douleur, et notez ce qui a fonctionné.
Quand le soin a mal tourné, arrêtez-vous et dites-le, sans faire comme si de rien n'était, puis convenez avec la personne de ce qui changera la fois suivante. Un soin interrompu et repris autrement vaut mieux qu'un soin terminé de force.
Expliquer avant le soin, et préparer déjà celui d'après
Ce qui se passe lors d'un soin décide de ce qui se passera lors des suivants, et ce n'est nulle part plus vrai que chez l'enfant. Expliquez à l'avance ce qui va être fait, ce que cela va faire ressentir, combien de temps, et ce qui est prévu pour que cela fasse moins mal. Une information vraie diminue la douleur ressentie, une information rassurante et fausse l'augmente.
Le patient qui recevra des soins répétés apprend à prendre son antalgique à l'heure convenue, et non au moment du soin, et à signaler s'il ne l'a pas pris. Aux parents s'expliquent leur rôle pendant le geste, la position qu'ils prennent et ce qu'ils peuvent dire. Ils ne doivent pas promettre qu'il n'y aura pas de douleur.
Dites qu'un geste non urgent peut attendre, et qu'attendre pour bien le préparer n'est pas un renoncement. La peur des soins se prévient en notant dans le carnet ou le dossier ce qui a fonctionné, et en le transmettant à celui qui fera le geste suivant. Écrire ce qui a marché est la condition pour que le geste suivant se passe mieux.
À un patient qui a déjà eu un soin très douloureux, dites que cela a été reconnu, que ce n'était pas normal, et ce qui sera fait différemment cette fois. Nommer l'épisode précédent vaut mieux que faire comme s'il n'avait pas eu lieu, et c'est ce qui permet au patient d'accepter le soin suivant.
Écrire l'ordonnance avec celui qui fera le soin
Le soin est fait par quelqu'un d'autre que celui qui prescrit, et la prévention de la douleur se joue entre les 2. Avant d'écrire, demandez au soignant son horaire de passage et ce qui est faisable chez ce patient. Une prescription incompatible avec une tournée ne sera pas appliquée, et personne ne le dira.
Ce qui s'écrit sur l'ordonnance :
- Le produit.
- Le délai avant le soin.
- La conduite à tenir si cela ne suffit pas.
- Le seuil qui doit faire rappeler.
Ce qui ne s'écrit pas : « antalgique si douleur avant le soin ». Cette ligne laisse le soignant décider seul de l'heure, et la douleur est déjà là quand il arrive.
À l'équipe se transmettent l'outil de cotation retenu, les moments de cotation, le signal d'arrêt convenu et le nombre de tentatives autorisées. En retour se demandent le chiffre obtenu au dernier soin et ce qui a été efficace. À la structure qui accueillera la personne se transmettent ce qui a fonctionné, et ce qu'il ne faut pas refaire.
À retenir pour la station
La douleur d'un soin se prévient avant le soin. Commencez par demander comment s'est passé le soin précédent, ce qui a fait mal et ce qui a aidé, et distinguez la douleur du soin de la douleur de fond. Une prescription pour un soin douloureux porte une heure de prise, décidée après avoir demandé l'horaire de passage du soignant : « si besoin » rattrape une douleur et ne la prévient pas. Des mots vrais, une position choisie, un matériel qui n'adhère pas, une seule voix et un signal d'arrêt respecté pèsent autant que le produit ; la contention de force perd la personne pour les gestes suivants. Notez ce qui a fonctionné et transmettez-le.
S'entraîner sur cette situation
Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.
Sources
Douleur Soins palliatifs et accompagnement
Collège des enseignants de médecine de la douleur (CEMD) ; Collège national des enseignants pour la formation universitaire en soins palliatifs (CNEFUSP). 7e édition actualisée (Éditions Med-Line, collection Référentiels EDN, R2C).
- Pédiatrie (Ouvre un nouvel onglet)
Collège national des pédiatres universitaires (CNPU) ; Collège national hospitalier et universitaire de chirurgie pédiatrique (CNHUCP). 9e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
- Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.
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