Cette fiche vous apprend à confirmer ou à écarter un accès palustre dans les heures qui suivent la consultation, à repérer une forme grave sur un seul critère, puis à décider du lieu et du traitement. Elle suit l'ordre de la prise en charge : le voyage, la demande au laboratoire, la lecture du résultat, la gravité et son traitement, le lieu, la forme simple et ses contrôles, puis ce qui s'explique et ce qui se transmet.
SommaireEnviron 13 min
- Une fièvre au retour fait chercher le voyage, et la prophylaxie ne rassure pas
- Une urgence de laboratoire, et une demande qui dit le voyage
- Lire l'espèce et la parasitémie, et ne pas conclure sur un premier négatif
- Un seul critère de gravité suffit à faire une forme grave
- La forme grave : l'artésunate, sans attendre le transfert
- Le lieu se décide avant le médicament
- Traiter la forme simple, superviser la première prise, dater les contrôles
- Expliquer le traitement, préparer le prochain voyage, et transmettre
- À retenir pour la station
Une fièvre au retour fait chercher le voyage, et la prophylaxie ne rassure pas
Le diagnostic commence par une question qu'il faut penser à poser : avez-vous voyagé, où et quand. Une fièvre ou une notion de fièvre dans les mois qui suivent un retour de zone d'endémie fait évoquer le paludisme, qu'elle soit isolée ou non, et même en cas de chimioprophylaxie. Elle fait alors rechercher le paludisme en urgence, quels que soient les symptômes associés.
Les dates comptent autant que le pays. Plasmodium falciparum survient rarement plus de 3 mois après l'exposition, alors que Plasmodium vivax, Plasmodium ovale et Plasmodium malariae peuvent se déclarer au-delà de 1 an. Le pays et la région, les dates de séjour et de retour, et les escales se demandent donc avec précision.
La prophylaxie se décrit, elle ne rassure pas. Le nom du médicament, la régularité de la prise et sa poursuite après le retour renseignent sur le risque, mais une prophylaxie bien prise n'écarte pas le diagnostic. Un traitement antipaludique déjà pris, sur place ou au retour, se demande aussi.
Le terrain se cherche dès l'entretien. Une grossesse, un jeune âge ou un âge avancé, une rate retirée, une maladie sous-jacente, cardiaque notamment, ou un isolement font craindre une forme compliquée, et ils pèsent sur le lieu de prise en charge.
Les symptômes ne sont pas spécifiques. Les céphalées, les troubles digestifs et la toux sont fréquents, et ils ne doivent pas faire porter un autre diagnostic à la place du paludisme. Écarter le paludisme parce que la personne a pris sa chimioprophylaxie, ou parce qu'un autre foyer a été trouvé, est l'erreur de cet entretien.
« Où êtes-vous allé exactement, et à quelle date êtes-vous rentré ? »
« Aviez-vous un traitement préventif contre le paludisme, et l'avez-vous pris jusqu'au bout après le retour ? »
Une urgence de laboratoire, et une demande qui dit le voyage
La recherche de paludisme est une urgence de laboratoire. Le prélèvement se fait sans attendre un pic de fièvre ni un frisson, et le résultat est rendu dans les 2 heures suivant la réception du prélèvement.
Le diagnostic associe 2 techniques. Une technique sensible, goutte épaisse ou biologie moléculaire rapide, s'associe à un frottis mince, qui donne l'espèce et la parasitémie.
Ce diagnostic dépend du laboratoire, et le laboratoire dépend de la demande. Le prélèvement part avec le pays de séjour, la date de retour et tout traitement antipaludique préventif ou curatif antérieur : ces renseignements orientent la lecture et justifient l'urgence. Écrits sur la demande ou dits au téléphone, ils font partie de l'examen, et un résultat positif est communiqué directement au clinicien.
« Je demande en urgence un frottis et une goutte épaisse, avec l'espèce et la parasitémie, pour un retour du Mali la semaine dernière. »
« Je vous appelle pour une recherche de paludisme urgente : retour de Côte d'Ivoire la semaine dernière, sans prophylaxie. »
Lire l'espèce et la parasitémie, et ne pas conclure sur un premier négatif
Le frottis donne les 2 informations qui décident de la suite. L'espèce, parce que Plasmodium falciparum est responsable de la plupart des formes graves ; la parasitémie, parce qu'elle entre dans la définition de la gravité. Sa quantification est donc requise pour Plasmodium falciparum.
Lisez l'espèce, la parasitémie et les plaquettes avant le reste du bilan. Chez un voyageur fébrile revenu d'une zone d'endémie, une thrombopénie inférieure à 150 G/L sans autre cause connue doit faire rechercher un paludisme. C'est l'anomalie la plus fréquente, et elle oriente le diagnostic.
Un résultat négatif n'écarte pas le diagnostic chez une personne qui reste fébrile. L'association d'un frottis et d'un test de diagnostic rapide n'a pas une sensibilité optimale : un premier résultat négatif ou douteux se refait 12 à 24 heures plus tard si le doute persiste. Le négatif conduit à refaire l'examen, pas à clore le diagnostic.
La sérologie ne sert pas au diagnostic d'un accès aigu. La recherche d'anticorps n'a pas sa place dans ce diagnostic, et la prescrire en première intention est une faute.
« Le frottis montre Plasmodium falciparum : je cherche maintenant la parasitémie et les autres critères de gravité. »
« Ce premier examen est négatif, mais la fièvre persiste : je le fais refaire dans 12 à 24 heures. »
Un seul critère de gravité suffit à faire une forme grave
Une forme grave peut s'installer en quelques heures chez une personne qui allait bien. Chez l'adulte, un seul critère la définit, clinique ou biologique, et ce critère suffit à déclencher l'appel du réanimateur.
Les critères de gravité de l'adulte, dont un seul suffit :
- Une défaillance neurologique : un trouble de la conscience même discret, une convulsion ou une prostration.
- Une défaillance respiratoire ou circulatoire : une détresse respiratoire ou un état de choc.
- Une hémorragie ou un saignement anormal.
- Un ictère, ou une bilirubine supérieure à 50 µmol/L.
- Une hémoglobine inférieure à 7 g/dL, ou une glycémie inférieure à 0,40 g/L.
- Une acidose, ou un lactate supérieur à 2 mmol/L.
- Une parasitémie supérieure à 4 %, ou une créatininémie supérieure à 265 µmol/L.
Le reste du bilan cherche cette gravité : l'hémoglobine, les plaquettes, la bilirubine, la créatinine, la glycémie, les bicarbonates et le lactate. Les critères biologiques se lisent dès le premier bilan.
La glycémie se contrôle d'emblée chez une personne grave, une glycémie inférieure à 0,40 g/L étant à elle seule un critère de gravité. L'examen se répète, parce qu'une somnolence, une gêne respiratoire ou un subictère peuvent annoncer l'aggravation.
Chez l'enfant, les seuils changent : la parasitémie qui définit une forme grave dépasse 10 %, et l'anémie profonde s'entend sous 5 g/dL d'hémoglobine. Le neuropaludisme y est la forme grave la plus fréquente, et l'examen neurologique se fait avec attention : prostration, confusion, anomalie du tonus.
« J'appelle le réanimateur : le paludisme de ce patient a un critère de gravité. »
La forme grave : l'artésunate, sans attendre le transfert
Le traitement ne s'attend pas. Une forme grave se traite par artésunate intraveineux, débuté immédiatement et au plus tard dans les 2 heures, chez l'adulte, l'enfant et la femme enceinte quel que soit le terme.
L'évaluation par le réanimateur se fait sans retarder la première dose. Devant un seul critère de gravité, le réanimateur s'appelle, et l'artésunate est nommé et débuté sans attendre le transfert.
La surveillance continue après la guérison apparente. Après artésunate intraveineux, une hémolyse retardée survient chez environ 15 % des patients, la deuxième ou la troisième semaine, et elle se cherche à J7, J14, J21 et J28.
« Je débute l'artésunate maintenant, sans attendre le transfert. »
Le lieu se décide avant le médicament
La première décision est le lieu, pas le médicament. Une forme simple à Plasmodium falciparum ne se traite à domicile que si tous les critères sont réunis, et un seul critère manquant fait hospitaliser. Ces critères se vérifient un par un avant d'autoriser un retour à domicile.
Les critères d'un traitement ambulatoire, tous requis :
- Un diagnostic biologique certain, sans échec d'un premier traitement.
- Aucun signe de gravité, et pas de vomissements.
- Une parasitémie inférieure à 2 % et des plaquettes supérieures à 50 G/L.
- Une hémoglobine supérieure à 10 g/dL et une créatininémie inférieure à 150 µmol/L.
- Pas de grossesse ni de facteur de risque.
- Un entourage présent, une bonne compréhension du traitement et un hôpital proche.
- Une première prise supervisée suivie de 2 heures d'observation.
- Un suivi possible à J3, J7 et J28.
Le terrain décide aussi. Chez la femme enceinte, un accès palustre justifie une hospitalisation ; chez l'enfant, une hospitalisation initiale est le plus souvent recommandée.
Un critère de l'entourage pèse autant qu'un critère biologique. Une personne sans aucun signe de gravité, qui vit seule et loin de l'hôpital, ne remplit pas les critères d'un traitement ambulatoire, et elle s'hospitalise.
« Votre paludisme n'a aucun signe de gravité, mais vous vivez seul et loin de l'hôpital : je préfère vous hospitaliser. »
Traiter la forme simple, superviser la première prise, dater les contrôles
Le traitement se choisit selon l'espèce, la gravité, le terrain et les traitements en cours. Une forme simple à Plasmodium falciparum de l'adulte se traite en première intention par une combinaison à base de dérivé de l'artémisinine, artéméther-luméfantrine ou arténimol-pipéraquine ; l'atovaquone-proguanil est l'alternative. Le traitement se nomme en dénomination commune.
Ces combinaisons peuvent allonger l'intervalle QT : leurs contre-indications cardiaques et les interactions se vérifient avant la prescription. La première prise se fait devant le soignant, suivie de 2 heures d'observation, parce qu'un vomissement précoce compromet le traitement entier.
Les contrôles vérifient l'efficacité, et leurs dates se fixent avant la sortie. À J3, la parasitémie doit être inférieure à 25 % de la valeur initiale ; à J7, elle doit être négative ; un dernier contrôle se fait à J28.
Pour Plasmodium vivax et Plasmodium ovale, un traitement des formes dormantes du foie par primaquine suit l'accès, après recherche d'un déficit en glucose-6-phosphate déshydrogénase. Une chimioprophylaxie ne se reprend pas après un traitement curatif complet, sauf nouveau séjour en zone d'endémie.
« Vous prenez le premier comprimé ici, et nous vous gardons 2 heures pour vérifier que vous le gardez. »
Expliquer le traitement, préparer le prochain voyage, et transmettre
Le traitement s'explique : comment le prendre, et quoi faire en cas de vomissement. Les dates des contrôles et les signes qui font revenir sans attendre se donnent dans la même consultation. Les consignes se disent en mots simples, et se vérifient en demandant à la personne de les redire.
Signaler le voyage devant une fièvre est la consigne qui compte le plus. Elle vaut pendant plusieurs mois, et plus longtemps pour les espèces qui se déclarent tard.
La consultation du retour prépare le voyage suivant. Plus de 90 % des paludismes d'importation surviennent chez des voyageurs qui n'ont pas suivi, ou ont mal suivi, la prévention : la protection contre les piqûres, la chimioprophylaxie quand le risque la justifie, et la connaissance du risque au retour. Les personnes originaires d'Afrique subsaharienne qui y retournent représentent la majorité des cas d'importation en France, et la consultation est l'occasion de parler de leur prochain séjour.
La protection contre les piqûres repose d'abord sur la moustiquaire imprégnée, la mesure la plus efficace, puis sur les vêtements couvrants et les répulsifs cutanés. Les bracelets, les ultrasons et les huiles essentielles n'ont pas fait la preuve de leur efficacité.
2 transmissions suivent le diagnostic. Le médecin traitant reçoit le traitement, les dates de contrôle et la conduite à suivre en cas de nouvelle fièvre. Ce qui se déclare dépend du lieu : en France métropolitaine, seul le paludisme autochtone est à déclaration obligatoire auprès de l'agence régionale de santé, et les cas d'importation font l'objet d'une surveillance par le réseau de correspondants du centre national de référence. Dans les départements d'outre-mer, le paludisme d'importation se déclare aussi.
« Pendant plusieurs mois, si vous avez de la fièvre, dites à tout médecin que vous avez voyagé. »
« La nuit, la moustiquaire imprégnée est ce qui vous protège le mieux des piqûres. »
À retenir pour la station
Devant une fièvre au retour d'une zone d'endémie, demandez le voyage, ses dates et la prophylaxie, et cherchez le paludisme en urgence, même sous prophylaxie. Le frottis donne l'espèce et la parasitémie dans les 2 heures suivant la réception ; un premier résultat négatif chez une personne qui reste fébrile se refait 12 à 24 heures plus tard. Un seul critère de gravité suffit : appelez le réanimateur et débutez l'artésunate intraveineux sans attendre le transfert. Une forme simple ne rentre à domicile que si tous les critères ambulatoires sont réunis, après une première prise supervisée et avec des contrôles datés. Et dites à la personne de signaler son voyage devant une fièvre, pendant plusieurs mois.
Sources
- Prise en charge et prévention du paludisme d'importation. Mise à jour 2017 des RPC 2007 (Ouvre un nouvel onglet)
Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF). Mise à jour 2017 des recommandations de pratique clinique de 2007.
- Déclaration/Surveillance (Ouvre un nouvel onglet)
Centre national de référence du paludisme. Page en ligne.
- PILLY Étudiant 2023 (Ouvre un nouvel onglet)
Collège des universitaires de maladies infectieuses et tropicales (CMIT). 2e édition, réforme R2C (Alinéa Plus).