Fiche de révision
Consultation de suivi d'un patient polymorbide
Plusieurs maladies chez une même personne, des recommandations qui se contredisent, et une seule vie à organiser.
Sommaire
Entretien et interrogatoire
⚠️ La question qui organise toute la consultation est celle qu'on ne pose pas : ⚠️ qu'est-ce qui compte le plus pour vous en ce moment.
⚠️ Ce qui se demande sur les priorités : ce qui gêne le plus, ⚠️ ce que la personne voudrait pouvoir refaire, ⚠️ et ce qu'elle accepterait d'abandonner. ⚠️ La réponse ne correspond presque jamais à la maladie la plus grave, et c'est elle qui doit organiser le plan.
⚠️ Ce qui se recueille sur la charge du suivi : le nombre de consultations par mois, ⚠️ les déplacements, ⚠️ les examens, le nombre de prises quotidiennes, ⚠️ et le temps que tout cela occupe. ⚠️ Un suivi trop lourd est abandonné en entier, et pas par morceaux.
⚠️ Ce qui se cherche sur le retentissement : la fatigue, ⚠️ la douleur, le sommeil, ⚠️ l'humeur, l'isolement, ⚠️ et les difficultés financières.
⚠️ Ce qui se demande sur l'entourage : qui aide, ⚠️ qui accompagne, et comment cette personne va elle-même.
⚠️ Ce qui se demande sur l'avenir : ce que la personne souhaite, ⚠️ et ce qu'elle refuse, ⚠️ avant qu'une décision urgente n'ait à être prise sans elle.
À retenir
- La question qui organise tout : qu'est-ce qui compte le plus pour vous.
- La réponse ne correspond presque jamais à la maladie la plus grave.
- Un suivi trop lourd est abandonné en entier, pas par morceaux.
- La charge du suivi se compte : consultations, trajets, examens, prises.
- Les souhaits pour l'avenir se recueillent avant qu'une décision urgente ne survienne.
En pratique
- Priorité du patient demandée
- Objectif de vie recueilli
- Charge du suivi quantifiée
- Nombre de prises quotidiennes compté
- Retentissement évalué
- Difficultés financières abordées
- Entourage et aidant évalués
- Souhaits pour l'avenir recueillis
Examen clinique
⚠️ L'examen d'un patient polymorbide ne peut pas être l'examen de chaque maladie, ⚠️ il est celui de la personne.
⚠️ Ce qui se mesure à chaque consultation : le poids, ⚠️ et son évolution, ⚠️ la pression artérielle couchée et debout, et l'état nutritionnel. ⚠️ Une perte de poids est le signe le plus informatif de cette situation, et le plus souvent négligé.
⚠️ Ce qui s'évalue et qui prédit mieux que les diagnostics : la marche, ⚠️ l'équilibre, ⚠️ la force de préhension, la capacité à se relever d'une chaise, ⚠️ et l'autonomie pour les actes de la vie.
⚠️ Ce qui se cherche systématiquement : une dénutrition, ⚠️ une atteinte des sens, ⚠️ un trouble cognitif, une dépression, ⚠️ et une douleur chronique, qui aggravent tout le reste et se traitent.
⚠️ Ce qui s'examine sans y penser : la peau, ⚠️ les pieds, la bouche et les dents, ⚠️ souvent le point de départ d'une aggravation.
⚠️ Ce qui se note comme référence : un petit nombre de mesures répétées, ⚠️ plutôt qu'un examen exhaustif jamais reproduit.
À retenir
- L'examen est celui de la personne, pas de chaque maladie.
- Une perte de poids est le signe le plus informatif et le plus négligé.
- La marche et l'équilibre prédisent mieux que la liste des diagnostics.
- Dénutrition, sens, cognition, humeur et douleur aggravent tout le reste.
- Un petit nombre de mesures répétées vaut mieux qu'un examen exhaustif unique.
En pratique
- Poids et évolution notés
- Pression couchée et debout mesurée
- État nutritionnel évalué
- Marche et équilibre testés
- Autonomie évaluée
- Vue, audition et cognition évaluées
- Humeur et douleur évaluées
- Peau, pieds et bouche examinés
Synthèse paraclinique
⚠️ Chez un patient polymorbide, le risque n'est pas de manquer un examen, ⚠️ il est d'en faire trop.
⚠️ Ce qui se demande : les examens dont le résultat changera une décision, ⚠️ et eux seuls. ⚠️ Un examen qui ne changera rien produit des découvertes sans conséquence, ⚠️ des examens en cascade, et une inquiétude durable.
⚠️ Ce qui se regroupe : les prélèvements de tous les suivis, ⚠️ sur une même ordonnance et un même jour, ⚠️ pour éviter la multiplication des déplacements.
⚠️ Ce qui se relit : les résultats antérieurs, ⚠️ une valeur isolée n'ayant de sens que comparée, et une dérive lente échappant à chaque lecture séparée.
⚠️ Ce qui se surveille en priorité : la fonction du rein, ⚠️ les sels du sang, l'hémoglobine, ⚠️ l'albumine, et les paramètres commandés par les traitements en cours.
⚠️ Ce qui se discute pour un dépistage : le temps nécessaire pour en tirer un bénéfice, ⚠️ comparé à l'espérance de vie, ⚠️ et les conséquences d'un résultat positif chez cette personne, qui ne serait peut-être pas traitée.
⚠️ Ce qui ne se conclut pas : qu'un bilan complet annuel est une bonne pratique chez tout le monde.
À retenir
- Le risque n'est pas de manquer un examen, il est d'en faire trop.
- Seuls se demandent les examens dont le résultat changera une décision.
- Les prélèvements de tous les suivis se regroupent sur un même jour.
- Un dépistage se discute sur le délai de bénéfice comparé à l'espérance de vie.
- Un bilan complet annuel systématique n'est pas une bonne pratique universelle.
En pratique
- Utilité décisionnelle de chaque examen posée
- Prélèvements regroupés
- Résultats antérieurs relus
- Fonction du rein surveillée
- Sels du sang surveillés
- Paramètres liés aux traitements surveillés
- Dépistages réévalués
- Examens sans conséquence évités
Iconographie
Stratégie diagnostique
⚠️ Devant un symptôme nouveau chez un patient polymorbide, ⚠️ la première hypothèse n'est pas une maladie nouvelle.
⚠️ Ce qui s'envisage en premier : un effet du traitement, ⚠️ la iatrogénie étant la cause la plus fréquente d'un symptôme nouveau dans cette situation, ⚠️ et la plus facile à corriger.
⚠️ Ce qui s'envisage ensuite : la décompensation d'une maladie connue, ⚠️ une cause commune expliquant plusieurs symptômes à la fois, plutôt que plusieurs causes indépendantes.
⚠️ Ce qui s'envisage enfin : une maladie nouvelle, ⚠️ et alors seulement.
⚠️ Ce qui doit être cherché devant toute aggravation globale : une infection, ⚠️ une déshydratation, ⚠️ une rétention d'urine, un fécalome, ⚠️ une douleur non exprimée, et un événement de vie.
⚠️ Ce qui se pèse avant d'explorer : ce que l'on fera du résultat. ⚠️ Une exploration dont aucun résultat ne changerait la conduite se discute avec la personne, et souvent ne se fait pas.
⚠️ Ce qui ne se conclut pas : que tout s'explique par l'âge, ⚠️ ni qu'une plainte nouvelle chez quelqu'un qui a beaucoup de maladies est nécessairement l'une d'entre elles.
À retenir
- La première hypothèse devant un symptôme nouveau est un effet du traitement.
- Une cause commune explique souvent plusieurs symptômes à la fois.
- Infection, déshydratation, rétention et fécalome se cherchent devant toute aggravation.
- Une exploration dont aucun résultat ne changerait la conduite se discute.
- Tout ne s'explique pas par l'âge.
En pratique
- Cause iatrogène envisagée en premier
- Décompensation d'une maladie connue envisagée
- Cause commune recherchée
- Infection recherchée
- Déshydratation recherchée
- Rétention et fécalome recherchés
- Utilité de l'exploration pesée
- Décision partagée
Urgence vitale
Stratégie de prise en charge
⚠️ Les recommandations sont écrites pour une maladie à la fois, ⚠️ et appliquées ensemble elles se contredisent.
⚠️ Ce qui se constate : un traitement recommandé dans une maladie est déconseillé dans une autre, ⚠️ un objectif strict dans l'une expose dans l'autre, ⚠️ et l'addition des recommandations produit une ordonnance dangereuse.
⚠️ Ce qui se fait alors : hiérarchiser. ⚠️ Ce qui menace la vie ou l'autonomie à court terme d'abord, ⚠️ ce qui apporte un bénéfice ressenti ensuite, ⚠️ ce dont le bénéfice apparaît après plusieurs années en dernier, et parfois pas du tout.
⚠️ Ce qui se révise : les cibles. ⚠️ Un objectif strict de tension ou de glycémie devient dangereux chez une personne fragile, ⚠️ et une cible plus large est un choix argumenté, et non un renoncement.
⚠️ Ce qui se décide avec la personne : l'ordre, ⚠️ à partir de ce qu'elle a dit compter le plus, et ce choix s'écrit.
⚠️ Ce qui s'allège : la charge du suivi, ⚠️ en regroupant les consultations et les examens, ⚠️ en simplifiant les prises, et en supprimant ce qui n'apporte plus rien.
⚠️ Ce qui se prévoit : une consultation dédiée, ⚠️ plus longue et programmée, ⚠️ et non un traitement de la polymorbidité au fil des motifs.
À retenir
- L'addition des recommandations produit une ordonnance dangereuse.
- On hiérarchise : le court terme, puis le ressenti, puis le long terme.
- Une cible plus large est un choix argumenté, pas un renoncement.
- L'ordre se décide avec la personne, à partir de ce qui compte pour elle.
- La polymorbidité se traite en consultation dédiée, pas au fil des motifs.
En pratique
- Contradictions entre recommandations identifiées
- Priorités hiérarchisées
- Cibles révisées et justifiées
- Choix partagé avec la personne
- Charge du suivi allégée
- Consultations et examens regroupés
- Prises simplifiées
- Consultation dédiée programmée
Procédure et geste technique
Annonce et information
⚠️ Expliquer qu'on ne va pas tout traiter est plus difficile qu'ajouter un médicament.
⚠️ Ce qui se dit sur la hiérarchie : qu'on ne peut pas tout mener de front, ⚠️ ce qui est traité en priorité, ⚠️ et pourquoi. ⚠️ Une priorité expliquée est acceptée, une priorité imposée est vécue comme un abandon d'une partie de soi.
⚠️ Ce qui se dit sur une cible révisée : qu'il ne s'agit pas de baisser les bras, ⚠️ mais d'un objectif adapté à la personne, ⚠️ et que viser trop bas expose davantage qu'il ne protège.
⚠️ Ce qui se dit sur ce qu'on arrête : la raison, ⚠️ ce qui reste surveillé, et le fait que l'arrêt d'un examen ou d'un traitement n'est pas l'arrêt du suivi.
⚠️ Ce qui s'aborde progressivement : l'avenir, ⚠️ les souhaits, la personne de confiance, ⚠️ et les directives anticipées, en plusieurs consultations plutôt qu'en une.
⚠️ Ce qui se dit à l'entourage, avec l'accord de la personne : le plan, ⚠️ les priorités, et ce qui doit alerter.
Ce qui se remet : ⚠️ un écrit court, ⚠️ avec la priorité retenue, le plan, et la date du prochain rendez-vous.
À retenir
- Expliquer qu'on ne va pas tout traiter est plus difficile qu'ajouter un médicament.
- Une priorité imposée est vécue comme l'abandon d'une partie de soi.
- Une cible révisée n'est pas un renoncement, et viser trop bas expose.
- Arrêter un traitement n'est pas arrêter le suivi, et il faut le dire.
- L'avenir s'aborde en plusieurs consultations, pas en une.
En pratique
- Hiérarchie expliquée
- Priorité justifiée
- Cible révisée expliquée
- Arrêts expliqués
- Continuité du suivi affirmée
- Souhaits pour l'avenir abordés
- Entourage informé avec accord
- Écrit court remis
Éducation et prévention
⚠️ Un patient polymorbide reçoit des consignes de plusieurs médecins, ⚠️ et elles se contredisent parfois dans sa cuisine.
⚠️ Ce qui se vérifie : ce que la personne a compris de chaque consigne, ⚠️ et si deux d'entre elles s'opposent, ⚠️ un régime prescrit ici et un autre là-bas, une activité recommandée et une limitation ailleurs.
⚠️ Ce qui se simplifie : le nombre de règles, ⚠️ et l'on retient les 2 ou 3 qui comptent, plutôt qu'une liste que personne ne suit.
⚠️ Ce qui se protège en priorité : l'activité physique adaptée, ⚠️ l'alimentation suffisante, ⚠️ plus importante qu'un régime restrictif chez une personne fragile, et le lien social.
⚠️ Ce qui se prévient : les chutes, ⚠️ la dénutrition, les infections évitables par la vaccination, ⚠️ et la déshydratation lors des épisodes aigus.
⚠️ Ce qui s'apprend et qui protège le plus : les signes qui doivent faire appeler, ⚠️ et la conduite les jours où l'on ne mange plus ou l'on perd de l'eau.
⚠️ Ce qui se remet : une consigne écrite courte, ⚠️ et un numéro joignable.
À retenir
- Les consignes de plusieurs médecins se contredisent parfois dans la cuisine du patient.
- Deux ou trois règles retenues valent mieux qu'une liste que personne ne suit.
- Chez une personne fragile, manger suffisamment prime sur un régime restrictif.
- Les signes qui doivent faire appeler sont ce qui protège le plus.
- La conduite les jours de perte d'eau s'apprend à l'avance.
En pratique
- Compréhension des consignes vérifiée
- Contradictions repérées et tranchées
- Nombre de règles réduit
- Activité physique adaptée encouragée
- Alimentation suffisante privilégiée
- Vaccinations à jour
- Signes d'alerte donnés
- Consigne écrite et numéro remis
Communication interprofessionnelle
⚠️ Un patient polymorbide est suivi par plusieurs spécialistes, ⚠️ et personne ne regarde l'ensemble sauf s'il est désigné.
⚠️ Ce qui doit exister : un coordonnateur identifié, ⚠️ connu du patient et des autres intervenants, et un document de synthèse.
Ce qui figure dans la synthèse : ⚠️ la liste des maladies, ⚠️ la priorité retenue et sa raison, les cibles révisées, ⚠️ les traitements avec leur indication, et ce qui a été volontairement arrêté.
⚠️ Ce qui se transmet à chaque spécialiste : la priorité retenue, ⚠️ et les contraintes des autres maladies, ⚠️ faute de quoi chacun optimise la sienne, et l'addition devient dangereuse.
Ce qui se coordonne : ⚠️ les rendez-vous, ⚠️ les examens, et les transports, regroupés autant que possible.
Ce qui s'organise autour : ⚠️ l'infirmière, le kinésithérapeute, ⚠️ le pharmacien, l'assistante sociale, ⚠️ et le service d'aide à domicile.
⚠️ Ce qui se transmet en cas d'hospitalisation : la synthèse, ⚠️ les souhaits exprimés, ⚠️ et le nom de la personne de confiance, informations qui manquent presque toujours au moment où elles comptent.
À retenir
- Personne ne regarde l'ensemble sauf s'il est désigné.
- Sans priorité transmise, chaque spécialiste optimise la sienne.
- Les rendez-vous et les examens se regroupent pour alléger la charge.
- La synthèse porte aussi ce qui a été volontairement arrêté.
- Les souhaits et la personne de confiance manquent au moment où ils comptent.
En pratique
- Coordonnateur identifié
- Document de synthèse rédigé
- Priorité et cibles transmises
- Traitements et indications transmis
- Arrêts volontaires signalés
- Rendez-vous regroupés
- Intervenants du domicile coordonnés
- Synthèse et souhaits transmis en cas d'hospitalisation
S'entraîner sur cette situation
Aucune station ne couvre encore cette situation.