Fiche de révision
Consultation de suivi et traitement de fond d'un patient souffrant d'un trouble psychiatrique chronique (hors dépression)
Un suivi où l'observance se mesure et où le corps du patient n'est regardé par personne.
Sommaire
Entretien et interrogatoire
⚠️ Une consultation de suivi qui se contente des symptômes manque l'essentiel.
⚠️ Ce qui se demande sur le traitement : le nombre de comprimés oubliés dans la semaine, ⚠️ et non « prenez-vous bien votre traitement ». ⚠️ Une question qui appelle « oui » obtient « oui », et une question qui appelle un nombre oblige à compter.
⚠️ Ce qui se demande ensuite : ce que le traitement fait ressentir. ⚠️ Prise de poids, ⚠️ somnolence, lenteur, ⚠️ tremblement, ⚠️ retentissement sexuel, et sensation d'être « éteint ». ⚠️ Ces effets sont la première cause d'arrêt, et ils ne se disent pas spontanément.
⚠️ Ce qui se recherche sur l'évolution : le sommeil, ⚠️ premier signe à se modifier, ⚠️ le retrait social, la perte d'intérêt, ⚠️ et les perceptions inhabituelles.
⚠️ Ce qui se demande toujours : les idées noires, ⚠️ explicitement, le risque restant élevé dans ces troubles.
⚠️ Ce qui se recueille sur la vie : le logement, ⚠️ les revenus, le travail, ⚠️ les relations, et les consommations.
⚠️ Ce qui se demande enfin : ce que le patient attend du suivi, ⚠️ et ce qu'il redoute.
À retenir
- L'observance se mesure par un nombre, elle ne se demande pas par oui ou non.
- Les effets indésirables ressentis sont la première cause d'arrêt.
- Le sommeil est le premier signe à se modifier.
- Les idées noires se demandent explicitement à chaque consultation.
- Ce que le patient redoute explique souvent ce qu'il ne dit pas.
En pratique
- Nombre de comprimés oubliés demandé
- Effets ressentis explorés
- Prise de poids abordée
- Retentissement sexuel abordé
- Sommeil évalué
- Perceptions inhabituelles recherchées
- Idées noires demandées
- Situation sociale et consommations recueillies
Examen clinique
⚠️ Le corps de ces patients n'est examiné par personne, ⚠️ et c'est de là que vient l'écart d'espérance de vie.
⚠️ Ce qui se mesure à chaque consultation : le poids, ⚠️ le tour de taille, ⚠️ la pression artérielle, et la fréquence cardiaque. ⚠️ Une prise de poids sous traitement s'installe en quelques mois et ne se rattrape pas ensuite.
⚠️ Ce qui se cherche comme effet du traitement : un tremblement, ⚠️ une raideur, ⚠️ une lenteur, une impossibilité de rester en place, ⚠️ des mouvements anormaux de la bouche, et une hypotension au lever.
⚠️ Ce qui se cherche comme conséquence somatique : des signes de diabète, ⚠️ une atteinte dentaire, une pathologie respiratoire liée au tabac, ⚠️ et une plaie négligée, ⚠️ la douleur étant parfois peu exprimée.
⚠️ Ce qui s'examine sans attendre une plainte : la bouche, ⚠️ les pieds, la peau, ⚠️ et le cœur, ces patients consultant peu pour eux-mêmes.
⚠️ Ce qui se note : le poids à chaque fois, ⚠️ sur une courbe, et non un chiffre isolé tous les 2 ans.
À retenir
- Le corps de ces patients n'est examiné par personne.
- Une prise de poids sous traitement s'installe vite et ne se rattrape pas.
- Les effets moteurs se cherchent, ils ne sont pas signalés.
- La douleur est parfois peu exprimée, et une plaie passe inaperçue.
- Le poids se note à chaque consultation, sur une courbe.
En pratique
- Poids et tour de taille mesurés
- Pression artérielle mesurée
- Effets moteurs recherchés
- Hypotension au lever recherchée
- Signes de diabète recherchés
- Bouche et dents examinées
- Peau et pieds examinés
- Poids reporté sur une courbe
Synthèse paraclinique
⚠️ Le bilan de tolérance d'un traitement de fond est un rendez-vous, ⚠️ et il se manque comme un rendez-vous.
⚠️ Ce qui se contrôle régulièrement : la glycémie, ⚠️ le bilan des lipides, ⚠️ la fonction du rein, le bilan du foie, ⚠️ et la numération pour certaines molécules.
⚠️ Ce qui se contrôle en plus selon la molécule : le dosage sanguin quand il existe, ⚠️ la fonction de la thyroïde, ⚠️ et un électrocardiogramme, ⚠️ certains traitements allongeant un intervalle de conduction.
⚠️ Ce qui se surveille de près à l'instauration : la numération pour les molécules qui l'exigent, ⚠️ selon un calendrier strict, dont le non-respect contre-indique la poursuite.
⚠️ Ce qui se compare : les résultats aux précédents, ⚠️ une dérive lente de la glycémie ou des lipides passant inaperçue sur une lecture isolée.
⚠️ Ce qui explique la plupart des bilans manquants : l'absence d'ordonnance remise le jour de la décision, ⚠️ et l'absence de personne chargée de les récupérer.
⚠️ Ce qui ne se conclut pas : qu'un patient stable n'a pas besoin de bilan. ⚠️ La stabilité psychique ne dit rien du métabolisme.
À retenir
- Un bilan de tolérance se manque comme un rendez-vous.
- Certaines molécules imposent un calendrier strict dont le non-respect arrête le traitement.
- Une dérive lente de la glycémie passe inaperçue sur une lecture isolée.
- La plupart des bilans manquants n'ont jamais eu d'ordonnance.
- La stabilité psychique ne dit rien du métabolisme.
En pratique
- Glycémie et lipides contrôlés
- Fonction du rein et du foie contrôlées
- Numération selon la molécule
- Dosage sanguin si disponible
- Électrocardiogramme selon la molécule
- Résultats comparés aux précédents
- Ordonnance remise le jour même
- Destinataire du résultat nommé
Iconographie
Stratégie diagnostique
⚠️ Devant un changement chez un patient stabilisé, ⚠️ trois hypothèses, et la première n'est pas la rechute.
⚠️ La première : un arrêt ou une irrégularité du traitement, ⚠️ cause la plus fréquente d'un changement, ⚠️ et le patient ne le signalera pas.
⚠️ La deuxième : une cause somatique ou toxique, ⚠️ une infection, une douleur, ⚠️ un trouble métabolique, une consommation, ⚠️ ou un autre médicament introduit.
⚠️ La troisième : une rechute du trouble, ⚠️ et alors seulement.
⚠️ Ce qui annonce une rechute : une modification du sommeil, ⚠️ un retrait social, ⚠️ une baisse de l'activité, une négligence de soi, ⚠️ et le retour de signes déjà connus du patient, qu'il faut lui avoir demandés une fois.
⚠️ Ce qui doit faire évaluer le risque immédiat : des idées suicidaires, ⚠️ une agitation, une désorganisation, ⚠️ et une rupture de l'alimentation ou du sommeil.
⚠️ Ce qui ne se conclut pas : qu'un patient qui « va bien » depuis 4 consultations va bien, ⚠️ quand la même phrase est recopiée à chaque fois.
À retenir
- Devant un changement, la première hypothèse est l'arrêt du traitement.
- Une cause somatique ou toxique vient avant la rechute.
- Les signes annonciateurs propres au patient se recueillent une fois pour toutes.
- Le sommeil et le retrait social précèdent la rechute.
- Quatre consultations qui portent la même phrase n'ont rien évalué.
En pratique
- Observance vérifiée en premier
- Cause somatique recherchée
- Consommations recherchées
- Médicaments récents revus
- Signes annonciateurs personnels connus
- Sommeil et retrait social évalués
- Risque suicidaire évalué
- Notes précédentes relues
Urgence vitale
Stratégie de prise en charge
⚠️ Devant un arrêt de traitement, ⚠️ la première décision n'est pas de le reprendre à l'identique.
⚠️ Ce qui se traite d'abord : la raison de l'arrêt. ⚠️ Un effet indésirable qui a fait arrêter une fois fera arrêter à nouveau, ⚠️ et reprendre la même molécule à la même dose répète l'échec.
⚠️ Ce qui se discute : un changement de molécule, ⚠️ une adaptation de la dose, ⚠️ une forme à libération prolongée quand elle existe, et le traitement de l'effet lui-même.
⚠️ Ce qui se décide avec le patient : l'objectif, ⚠️ ce qu'il accepte, ⚠️ et ce qu'il refuse, une décision imposée n'étant pas appliquée.
⚠️ Ce qui se maintient toujours : le lien, ⚠️ et une consultation rapprochée plutôt qu'un renvoi à 3 mois.
⚠️ Ce qui s'organise pour le corps : le suivi du poids, ⚠️ l'aide à l'arrêt du tabac, ⚠️ l'activité physique adaptée, et un médecin traitant identifié, ⚠️ beaucoup de ces patients n'en ayant pas.
⚠️ Ce qui se réévalue : l'indication et la dose du traitement de fond, ⚠️ à intervalles réguliers, et non par reconduction automatique.
À retenir
- La première décision est de traiter la raison de l'arrêt.
- Reprendre la même molécule à la même dose répète l'échec.
- Une décision imposée n'est pas appliquée.
- Une consultation rapprochée vaut mieux qu'un renvoi à trois mois.
- Beaucoup de ces patients n'ont pas de médecin traitant identifié.
En pratique
- Raison de l'arrêt identifiée
- Effet indésirable traité ou molécule changée
- Forme prolongée envisagée
- Objectif décidé avec le patient
- Consultation rapprochée programmée
- Suivi du poids organisé
- Aide au sevrage tabagique proposée
- Médecin traitant identifié
Procédure et geste technique
Annonce et information
⚠️ Ce que le patient redoute d'entendre décide de ce qu'il accepte de dire.
⚠️ Ce qui se dit tôt dans l'entretien : qu'aucune hospitalisation n'est décidée aujourd'hui, ⚠️ quand la question se pose, ⚠️ cette crainte étant le principal obstacle à l'aveu d'un arrêt.
⚠️ Ce qui se dit sur un effet indésirable : qu'il est fréquent, ⚠️ qu'il n'est pas une faute, ⚠️ et qu'il existe des solutions. ⚠️ Cette phrase transforme un patient qui se tait en patient qui parle.
⚠️ Ce qui se dit sur le traitement : son rôle dans la prévention des rechutes, ⚠️ la durée envisagée, et le fait que la décision sera prise ensemble.
⚠️ Ce qui ne se dit jamais : un reproche sur l'arrêt. ⚠️ Il ferme l'entretien, et il ferme les suivants.
⚠️ Ce qui se dit à l'entourage, avec l'accord du patient : les signes annonciateurs, ⚠️ la conduite à tenir, et le numéro à appeler.
Ce qui se remet : ⚠️ un écrit avec le plan convenu, ⚠️ la date du prochain rendez-vous, et le contact en cas de difficulté.
À retenir
- Ce que le patient redoute décide de ce qu'il accepte de dire.
- Dire qu'aucune hospitalisation n'est décidée lève le principal obstacle.
- Un effet indésirable nommé comme fréquent transforme un silence en parole.
- Un reproche sur l'arrêt ferme cet entretien et les suivants.
- L'entourage reçoit les signes annonciateurs avec l'accord du patient.
En pratique
- Crainte d'hospitalisation levée si elle existe
- Effet indésirable nommé comme fréquent
- Solutions présentées
- Rôle du traitement expliqué
- Aucun reproche formulé
- Décision présentée comme partagée
- Entourage informé avec accord
- Écrit remis avec le plan et le contact
Éducation et prévention
⚠️ L'écart d'espérance de vie de ces patients se joue sur des sujets qu'on n'aborde jamais avec eux.
⚠️ Ce qui se propose et se propose vraiment : l'arrêt du tabac, ⚠️ avec la même aide qu'à n'importe qui, ⚠️ ces patients étant beaucoup plus souvent fumeurs et beaucoup moins souvent aidés.
⚠️ Ce qui s'organise : une activité physique adaptée, ⚠️ régulière, ⚠️ et accessible, dont le bénéfice porte sur le corps et sur l'humeur.
⚠️ Ce qui se travaille : l'alimentation, ⚠️ avec des conseils simples et réalisables, et non un régime.
⚠️ Ce qui s'apprend au patient : ses propres signes annonciateurs, ⚠️ ce qu'il fait quand ils apparaissent, ⚠️ et qui il appelle.
⚠️ Ce qui se dit sur le traitement : ce qu'il faut faire en cas d'oubli, ⚠️ ce qu'il ne faut pas faire, et le fait de signaler un effet gênant plutôt que d'arrêter.
⚠️ Ce qui se vérifie : l'accès aux soins somatiques, ⚠️ le dentiste, le dépistage des cancers, ⚠️ et les vaccinations, souvent tous en retard.
À retenir
- Ces patients sont plus souvent fumeurs et beaucoup moins souvent aidés.
- L'activité physique agit sur le corps et sur l'humeur.
- Le patient apprend ses propres signes annonciateurs et qui appeler.
- Signaler un effet gênant plutôt que d'arrêter le traitement.
- Dentiste, dépistages et vaccinations sont souvent tous en retard.
En pratique
- Sevrage tabagique proposé
- Activité physique organisée
- Conseils alimentaires simples donnés
- Signes annonciateurs identifiés avec le patient
- Conduite en cas d'oubli expliquée
- Consigne de signaler un effet gênant donnée
- Accès aux soins somatiques vérifié
- Dépistages et vaccinations mis à jour
Communication interprofessionnelle
⚠️ Ces patients ont un psychiatre et souvent personne d'autre, ⚠️ et le corps tombe dans l'espace entre les deux.
⚠️ Ce qui doit exister : un médecin traitant identifié, ⚠️ et un échange écrit entre lui et le psychiatre, ⚠️ précisant qui surveille quoi.
Ce qui se transmet au médecin traitant : ⚠️ le traitement, ⚠️ ses effets à surveiller, le bilan à réaliser et son rythme, ⚠️ et les signes annonciateurs d'une rechute.
Ce qui se demande au pharmacien : ⚠️ l'historique des délivrances, ⚠️ information la plus fiable sur l'observance, et le signalement d'un renouvellement interrompu.
Ce qui se coordonne : ⚠️ l'infirmière du secteur, ⚠️ l'équipe mobile, l'assistante sociale, ⚠️ et les dispositifs de réhabilitation.
⚠️ Ce qui se transmet à l'entourage, avec l'accord du patient : ce qui doit alerter, ⚠️ et le numéro à appeler, plutôt que des explications générales.
⚠️ Et ce qui ne s'écrit pas : « va bien, traitement poursuivi ». ⚠️ Répétée à chaque consultation, cette ligne est le signe qu'aucune n'a rien évalué.
À retenir
- Ces patients ont un psychiatre et souvent personne pour le corps.
- L'échange écrit précise qui surveille quoi.
- L'historique des délivrances est l'information la plus fiable sur l'observance.
- L'entourage reçoit ce qui doit alerter et un numéro, pas des généralités.
- Va bien, traitement poursuivi répété est le signe qu'on n'a rien évalué.
En pratique
- Médecin traitant identifié
- Répartition de la surveillance écrite
- Traitement et effets transmis
- Bilan et rythme transmis
- Signes de rechute transmis
- Historique pharmaceutique demandé
- Intervenants du secteur coordonnés
- Entourage informé avec accord