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Endocrinologie

Fiche de révision

Demande d'amaigrissement

S'entraîner sur cette situation
Situation de départ 270Catégorie IIIItem R2C 253Item R2C 247Item R2C 248

Cette fiche vous apprend à aborder une demande d'amaigrissement par sa chronologie plutôt que par le bilan, à lire ce bilan pour les complications qu'il montre, et à convenir d'un objectif qui n'est pas un chiffre sur la balance. Elle suit l'ordre de la démarche : dater la prise de poids, reconstituer l'histoire, examiner, lire le bilan puis ce qu'il dit sans qu'on le lui demande, traiter, parler du poids et accompagner dans la durée.

SommaireEnviron 12 min
  1. Dater la prise de poids avant de chercher à l'expliquer
  2. Reconstituer la courbe, puis ce qui s'est passé à sa date
  3. Examiner pour les complications, avec le matériel adapté
  4. Le bilan cherche des complications, pas une cause
  5. Ce que le bilan dit, et la question qu'on lui avait posée
  6. Un objectif qui n'est pas un chiffre, et un suivi qui dure
  7. Parler du poids de façon que la personne revienne
  8. Ce qui échoue n'est pas le conseil, c'est sa durée
  9. À retenir pour la station

Dater la prise de poids avant de chercher à l'expliquer

Devant une prise de poids, la chronologie vaut mieux que le bilan. Le raisonnement tient en 3 questions, et la deuxième est le plus souvent sautée. La première demande depuis quand : une prise ancienne et progressive n'appelle pas la même démarche qu'une prise rapide et récente.

La deuxième question demande ce qui a changé à ce moment-là : un médicament, un arrêt du tabac, une grossesse, un travail de nuit, un deuil, une immobilisation. Elle règle une grande part des situations, et elle ne coûte rien. C'est la question la plus rentable de la consultation, et c'est pourquoi l'ordonnance se relit avant tout dosage.

La troisième question cherche des arguments pour une cause hormonale, c'est-à-dire des signes cliniques particuliers, et non la seule existence d'une prise de poids. Une cause hormonale explique une très faible part des prises de poids, et la chercher d'emblée retarde ce qui compte.

Les complications déjà installées se cherchent en parallèle, dès la première consultation : diabète, hypertension, atteinte du foie, apnées du sommeil, atteinte articulaire et retentissement psychique. Elles se recherchent quelle que soit la réponse aux 3 questions.

Un trouble du comportement alimentaire s'évoque devant des crises, une alternance de restrictions et de reprises, une souffrance importante. Le repérer change entièrement la prise en charge.

Conclure qu'une prise de poids est un manque de volonté n'a aucune valeur diagnostique. Cette conclusion ne trie rien, et elle fait perdre le patient.

Reconstituer la courbe, puis ce qui s'est passé à sa date

La première question n'est pas ce que la personne mange, elle est quand le poids a changé. Commencer par le contenu de l'assiette est le piège de cet entretien : la date de la prise de poids en dit plus, et plus vite.

La courbe de poids se reconstitue sur plusieurs années, avec le poids le plus bas, le plus haut et les moments où la prise a commencé. Une prise rapide sans changement d'habitudes a une cause, et cette cause est datable.

À cette date, on cherche d'abord un médicament introduit, certains psychotropes, corticoïdes et traitements hormonaux faisant prendre du poids. On cherche ensuite un arrêt du tabac, une grossesse, un événement de vie, un changement de travail ou de rythme.

Les habitudes se recueillent par une journée type, et non par un jugement. Elle fait apparaître les grignotages, les boissons sucrées, le rythme des repas et le travail de nuit.

Un trouble du comportement alimentaire se cherche dans l'entretien : des crises, une perte de contrôle, des restrictions suivies de reprises, un vécu de honte. Le trouver change entièrement la prise en charge.

Ce qui a déjà été essayé se demande avec sa suite : ce qui a marché, et ce qui s'est passé ensuite. Ces tentatives orientent la suite. L'entretien se termine sur la question de pourquoi maintenant, et sur ce que la personne attend.

Examiner pour les complications, avec le matériel adapté

L'examen sert à évaluer les complications, et à repérer les rares causes qui se voient. Il mesure le poids, la taille et le tour de taille. Le tour de taille informe sur la répartition et sur le risque, davantage que l'indice de masse corporelle seul.

La pression artérielle se mesure avec un brassard adapté. Un brassard trop petit surestime fortement le chiffre.

Les signes d'une cause se cherchent : une répartition particulière de la graisse, des vergetures larges et colorées, une fonte musculaire, une peau fine, des signes d'atteinte de la thyroïde. Ces signes sont rares, et leur absence rend une cause hormonale très improbable.

Les complications se cherchent ensuite, une à une. Les signes d'apnées du sommeil se recherchent chez toute personne. Puis une atteinte articulaire, une insuffisance veineuse, des lésions cutanées des plis, et un foie augmenté de volume, qui se palpe.

La façon dont l'examen est conduit compte autant que son contenu : un matériel adapté, une pesée sans commentaire, une intimité respectée. La stigmatisation est un déterminant de santé : elle éloigne des soins, et elle commence dans la salle d'attente.

Le bilan cherche des complications, pas une cause

Le bilan ne cherche pas une cause, il cherche des complications. Il se demande d'emblée, chez toute personne : une glycémie à jeun, un bilan des lipides, un bilan du foie et la fonction du rein. Ces examens trouvent bien plus souvent quelque chose que les dosages hormonaux.

Les dosages hormonaux se demandent devant des points d'appel seulement. Une cause endocrinienne explique une très faible part des situations. Un dosage demandé sans point d'appel produit surtout des anomalies mineures.

Selon le contexte, le bilan recherche aussi une atteinte du foie liée au surpoids, et un trouble respiratoire du sommeil. Ce dernier se recherche par un examen dédié.

Le bilan des complications se répète, à intervalles réguliers. La raison tient au risque lui-même, qui évolue avec le temps.

Ce que le bilan dit, et la question qu'on lui avait posée

Une thyréostimuline modérément élevée avec une thyroxine normale se lit avec prudence. Elle n'explique pas une prise de poids importante, et elle se contrôle à distance. La retenir comme cause fait manquer la vraie.

Une glycémie élevée se confronte aux critères du diabète. Quand ils sont réunis, le diagnostic est fait, et il s'énonce, même si l'examen avait été demandé pour autre chose. Vérifier ces critères et les énoncer fait partie de la lecture du bilan.

Une demande mal posée à un correspondant oriente sa réponse, et parfois toute la prise en charge. La demande d'examen porte la question précise, et non « bilan à la recherche d'une cause ». Une demande vague fait chercher ce qui n'est pas là, et fait passer à côté de ce qui y est.

Un objectif qui n'est pas un chiffre, et un suivi qui dure

L'objectif n'est pas un chiffre sur la balance, et le dire d'emblée change toute la suite. La perte de poids n'est pas l'objectif principal, la réduction des complications l'est. Un objectif atteignable se fixe avec la personne : une perte modeste maintenue est plus bénéfique qu'une perte importante reprise. Les objectifs de comportement valent mieux que les objectifs de poids.

La cause se traite en priorité quand elle existe. Un médicament responsable se rediscute avec son prescripteur, et il ne s'arrête pas seul : on lui transmet la chronologie, l'ampleur de la prise de poids et la question d'une alternative, la décision lui revenant. Un trouble du comportement alimentaire relève d'une prise en charge propre.

Le plan associe une modification progressive de l'alimentation, une activité physique adaptée et durable, et un accompagnement dans la durée par un professionnel formé. Il se coordonne avec le diététicien, l'enseignant en activité physique adaptée, le psychologue, et l'équipe spécialisée quand un recours est envisagé.

Les complications se traitent en parallèle : diabète, hypertension, apnées du sommeil. Leur traitement apporte un bénéfice immédiat, indépendamment du poids.

Un traitement médicamenteux ou une chirurgie se discutent dans certaines situations, selon des critères précis, après une évaluation pluridisciplinaire, et pas en première intention. L'équipe spécialisée reçoit alors l'histoire du poids, ce qui a été essayé, les complications et le vécu de la personne, plutôt qu'un chiffre.

Le suivi se programme régulier et long, la reprise étant la règle sans accompagnement. Le retour du correspondant se demande, avec ce qu'il a mis en place, faute de quoi les conseils se contredisent. Et « patient non compliant » ne s'écrit pas : ce jugement suit le dossier, et il ferme les portes suivantes.

Parler du poids de façon que la personne revienne

La façon dont on parle du poids détermine si la personne reviendra. Avant d'en parler, on demande l'autorisation de le faire, et ce que la personne souhaite en dire. Beaucoup viennent pour autre chose, et ont déjà entendu à de nombreuses reprises qu'elles devraient maigrir.

Sur les mécanismes, on dit que le poids ne dépend pas seulement de la volonté. Des facteurs biologiques, médicamenteux et sociaux interviennent, et le corps résiste activement à la perte de poids. Cette information soulage, et elle est vraie.

Sur l'objectif, on dit qu'il n'est pas un chiffre, mais la santé et ce que la personne peut refaire. Le conseil général de manger moins et de bouger plus ne se dit pas : la personne l'a déjà entendu, et il signe qu'on ne l'a pas écoutée.

Quand un diagnostic apparaît, il s'annonce clairement, même quand la personne venait pour autre chose. Le temps nécessaire se prévoit pour cette annonce.

La consultation se termine par un plan écrit, remis à la personne. Il porte un objectif de comportement et la date du prochain rendez-vous.

Ce qui échoue n'est pas le conseil, c'est sa durée

Ce qui échoue le plus souvent n'est pas le conseil, c'est sa durée. La reprise se prévient en prévoyant dès le début un accompagnement long. On annonce aussi que des paliers et des reprises font partie du parcours : les annoncer avant qu'ils n'arrivent évite l'abandon.

Sur l'alimentation, on construit des modifications progressives, peu nombreuses, choisies par la personne et compatibles avec sa vie. Un régime restrictif produit au contraire une perte suivie d'une reprise plus importante. Les régimes très restrictifs proposés ailleurs sont suivis d'une reprise dans la grande majorité des cas, et ils aggravent la situation à long terme.

Sur l'activité, on construit une pratique régulière et durable, adaptée aux articulations et aux capacités. Son bénéfice porte sur le risque cardiovasculaire et sur l'humeur, même sans perte de poids.

Le sommeil, le stress, le grignotage émotionnel et le rythme des repas se travaillent aussi. Ces facteurs sont souvent plus déterminants que le contenu de l'assiette.

Aux personnes concernées par la stigmatisation, on dit que le regard porté sur le poids éloigne des soins, et que ce cabinet n'est pas un lieu de jugement. Affirmer cette absence de jugement fait partie de l'éducation.

À retenir pour la station

Datez la prise de poids avant de lire le bilan, et ouvrez l'ordonnance avant de demander un dosage : la question de ce qui a changé à cette date règle une grande part des situations. Prenez la pression artérielle avec un brassard adapté. Le bilan cherche des complications, pas une cause : énoncez un diabète quand ses critères sont réunis, même si l'examen visait autre chose, et ne retenez pas une thyréostimuline modérément élevée comme cause d'une prise de poids importante. Un médicament en cause se rediscute avec son prescripteur, il ne s'arrête pas seul. Demandez l'autorisation de parler du poids, fixez des objectifs de comportement plutôt que de kilos, et annoncez les paliers avant qu'ils n'arrivent.

S'entraîner sur cette situation

Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.

Sources

  1. 1

    Endocrinologie, diabétologie et maladies métaboliques

    Collège des enseignants d'endocrinologie, diabète et maladies métaboliques (CEEDMM). 6e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Item 253 ; Item 247

    Appuie : Stratégie diagnostique, Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Synthèse paraclinique, Communication interprofessionnelle, Stratégie de prise en charge, Annonce et information, Éducation et prévention

  2. 2

    Nutrition

    Collège des enseignants de nutrition (CEN). 5e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Item 248 ; Item 253

    Appuie : Stratégie de prise en charge, Éducation et prévention

  3. 3
    Prise en charge de l'hypertension artérielle de l'adulte (Ouvre un nouvel onglet)

    Haute Autorité de santé (HAS). Fiche mémo, septembre 2016, élaborée avec la SFHTA.

    Passages utilisés : Technique de mesure de la pression artérielle

    Appuie : Examen clinique

  4. 4
    Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)

    Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.

    Passages utilisés : Item 253 ; Item 247 ; Item 248

    Appuie : Stratégie diagnostique, Synthèse paraclinique, Stratégie de prise en charge, Éducation et prévention