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Médecine générale

Fiche de révision

Prise en charge d'un patient présentant une tuberculose bacillifère

S'entraîner sur cette situation
Situation de départ 274Catégorie IIIItem R2C 159Item R2C 177Item R2C 4

Un patient contagieux engage 3 cercles, lui-même, l'équipe qui le soigne et les personnes qu'il a côtoyées, et chacun appelle une décision distincte. Cette fiche vous apprend à dater la toux et recenser l'entourage, à lire les prélèvements, à prescrire l'isolement avec les bons masques, puis à distinguer la déclaration obligatoire du signalement pour l'enquête. Elle se termine sur ce qui se dit au patient : une maladie qui pèse plus que sa gravité, et un traitement de plusieurs mois qui échoue surtout par interruption.

SommaireEnviron 10 min
  1. Dater la toux et recenser l'entourage : l'interrogatoire protège aussi les autres
  2. Évaluer la gravité, chercher les autres localisations, noter le poids de départ
  3. Prélever avant de traiter, et ne rien conclure d'un examen direct négatif
  4. La chambre et les 2 masques, prescrits et transmis à l'équipe
  5. Traiter pendant des mois, et préparer la sortie
  6. Déclarer et signaler : 2 démarches, et l'une ne remplace pas l'autre
  7. Annoncer une maladie qui pèse plus que sa gravité médicale
  8. Un traitement qui échoue par interruption : expliquer la durée avant tout
  9. À retenir pour la station

Dater la toux et recenser l'entourage : l'interrogatoire protège aussi les autres

L'interrogatoire d'un patient contagieux sert autant à le soigner qu'à protéger ceux qui l'entourent. Il reconstitue d'abord les symptômes : la date de début de la toux, la fièvre, les sueurs nocturnes, et l'amaigrissement.

Dater le début de la toux est la donnée qui compte pour l'entourage. Son ancienneté détermine la période pendant laquelle le patient a pu contaminer, et c'est cette période qui s'explore autour de lui.

L'entourage se recense nommément : les personnes vivant sous le même toit, les enfants, les personnes fragiles, les collègues partageant un espace clos, et les lieux collectifs fréquentés. Le contexte se demande aussi : le pays d'origine et les séjours, un contact connu avec une personne malade, les conditions de logement, et la précarité.

Le terrain se recherche : une immunodépression, une infection par le virus de l'immunodéficience humaine, un traitement qui diminue les défenses, un diabète, une consommation d'alcool ou de drogues. Une immunodépression change le tableau et la prise en charge.

Les conditions du traitement se demandent d'emblée : la couverture sociale, qui conditionne l'accès au traitement, le logement, et la capacité à venir aux consultations. Les obstacles prévisibles à une prise quotidienne pendant des mois se cherchent dès ce premier entretien.

Évaluer la gravité, chercher les autres localisations, noter le poids de départ

L'examen évalue la gravité, et il cherche les localisations qui changent la conduite. Se mesurent le poids et sa perte, la température, la fréquence respiratoire, la saturation, et l'état général. Les 2 champs pulmonaires s'auscultent, et l'auscultation est souvent pauvre par rapport aux images. Le poids de départ se note : il est la référence de toute la surveillance du traitement.

Les autres localisations se cherchent chez tout patient : des ganglions, une atteinte neurologique, une raideur de nuque, une douleur du rachis, une atteinte urinaire, une atteinte cutanée. Une atteinte neurologique change complètement la conduite.

Les signes de gravité se recherchent : une détresse respiratoire, une confusion, une dénutrition sévère, une hémoptysie abondante. Chez l'enfant contact s'évaluent la croissance, l'état général et l'existence de symptômes, le jeune enfant pouvant développer une forme grave.

Prélever avant de traiter, et ne rien conclure d'un examen direct négatif

Un examen direct positif change tout, et il ne se conclut pas seul. Plusieurs échantillons respiratoires se prélèvent, sur des jours différents, avant le traitement quand c'est possible, et par une méthode adaptée quand le patient ne crache pas.

Sur chaque prélèvement se demandent l'examen direct, la culture, et un test moléculaire rapide. Ce test identifie l'espèce et recherche une résistance en quelques heures, et son résultat change la conduite le jour même. La culture donne l'espèce et la sensibilité, mais elle arrive après plusieurs semaines, ce qui n'empêche pas de traiter.

Avant de traiter se demandent un bilan du foie, la fonction du rein, une numération, et un examen ophtalmologique selon les molécules. Une sérologie du virus de l'immunodéficience humaine se propose à tout patient.

Sous traitement se surveillent le bilan du foie, la tolérance, le poids, et la négativation des prélèvements. 2 conclusions ne se tirent pas d'un examen direct négatif : qu'il écarte le diagnostic, et que le patient n'est pas contagieux du tout.

La chambre et les 2 masques, prescrits et transmis à l'équipe

3 décisions se prennent le même jour : isoler, traiter, et déclencher l'enquête. Un patient contagieux engage 3 cercles, lui-même, l'équipe et les personnes qu'il a côtoyées, et chacun demande une décision distincte.

L'isolement se fait en chambre individuelle, porte fermée, avec une signalisation, une limitation des déplacements, et une aération selon la procédure. La prescription porte sa durée prévisible et ses conditions de levée.

Le masque du patient et celui des soignants ne sont pas les mêmes. Le patient porte un masque chirurgical lors de tout déplacement ; les soignants et les visiteurs portent un appareil de protection respiratoire à l'entrée de la chambre. L'inversion des 2 est fréquente, et elle protège le mauvais.

Ce qui se transmet à l'équipe : les mesures prescrites, leur durée, leurs conditions de levée, et la conduite pour les visites. L'équipe est elle-même l'un des 3 cercles : les soignants exposés se recensent, s'orientent vers le service de santé au travail, et un suivi s'organise pour eux.

Traiter pendant des mois, et préparer la sortie

Le traitement associe plusieurs antituberculeux, débutés après les prélèvements, pour une durée de plusieurs mois, en une prise quotidienne. Il ne se réduit pas à une seule molécule.

L'observance est le facteur principal de succès et d'échec, et elle s'organise dès le début : un accompagnement adapté, une supervision quand elle est nécessaire, et la gratuité du traitement. Se programment aussi les consultations de surveillance, les prélèvements de contrôle, et l'évaluation de la tolérance.

La sortie se prépare : le logement, les conditions de vie, et la poursuite des mesures au domicile. Quand le patient veut sortir avant, on explique, on ne retient pas de force, et on cherche ce qui motive la demande : un emploi menacé, des enfants à garder, une inquiétude financière. Régler cela obtient plus qu'un refus.

Déclarer et signaler : 2 démarches, et l'une ne remplace pas l'autre

2 démarches administratives sont distinctes, et confondre l'une avec l'autre laisse un entourage non dépisté. La déclaration obligatoire est adressée à l'autorité sanitaire, à visée de surveillance épidémiologique, et elle est sans effet direct sur l'entourage.

Le signalement pour l'enquête autour du cas est destiné au service compétent, qui organise le dépistage des personnes exposées. C'est cette démarche qui protège l'entourage, et l'une ne remplace pas l'autre.

Ce qui ne se fait pas : informer un employeur de l'identité et du diagnostic. Le secret s'applique, et l'enquête en collectivité est conduite par le service compétent, avec l'accord et l'information du patient.

Le médecin traitant reçoit le diagnostic, le traitement et sa durée, et la surveillance prévue. La transmission qui lui est faite prépare aussi le relais après la sortie.

Annoncer une maladie qui pèse plus que sa gravité médicale

Cette maladie porte une charge qui dépasse largement sa gravité médicale, et l'annonce en tient compte. Se disent son nom, qu'elle se guérit, que le traitement dure plusieurs mois, et qu'il doit être pris en entier.

Sur la contagiosité, il faut dire qu'elle diminue rapidement sous traitement. Se disent aussi la durée pendant laquelle les mesures s'appliquent, et ce qui permettra de les lever.

La nécessité de dépister l'entourage s'annonce avec précaution. Le patient entend souvent qu'il a mis les siens en danger : il faut dire que le dépistage protège, et qu'il ne s'agit pas d'une faute.

Les démarches s'expliquent : une déclaration est obligatoire, une enquête sera organisée, et son identité n'est pas communiquée à son employeur par le service. La recherche d'une infection par le virus de l'immunodéficience humaine se propose à tout patient, expliquée dans son motif.

Ce qui s'anticipe : la peur du regard, l'isolement social, et les conséquences professionnelles. Ils font partie de la maladie.

Un traitement qui échoue par interruption : expliquer la durée avant tout

Le traitement échoue par interruption, dans la grande majorité des cas, et non par une résistance initiale : l'éducation porte donc d'abord sur la durée. Les symptômes disparaissent bien avant la fin du traitement, et l'arrêt à ce moment est la cause principale des rechutes et des résistances. L'annoncer d'avance est ce qui empêche l'arrêt précoce.

Les prises s'expliquent : le nombre de comprimés, le moment, la conduite en cas d'oubli, et le fait qu'aucune molécule ne se prend seule. La coloration des urines par l'un des traitements s'annonce avant que le patient ne la découvre : elle inquiète beaucoup quand elle n'a pas été dite.

Les signes qui doivent faire consulter sous traitement :

  • Un ictère.
  • Des nausées et des douleurs abdominales.
  • Des troubles de la vue.
  • Des fourmillements.
  • Une éruption.

Les mesures au domicile s'expliquent : leur durée, l'aération, la limitation des contacts avec les jeunes enfants et les personnes fragiles, et le moment où elles s'arrêtent. À l'entourage se disent l'intérêt du dépistage, où il se fait, et sa gratuité. Se vérifient enfin que le patient a compris la durée, et qu'il a les moyens matériels de venir aux consultations.

À retenir pour la station

Datez le début de la toux : il fixe la période à explorer autour du patient. Le même jour, isolez en chambre individuelle porte fermée, traitez après les prélèvements, et déclenchez l'enquête. Le patient porte un masque chirurgical lors de ses déplacements, les soignants et les visiteurs un appareil de protection respiratoire : l'inversion protège le mauvais. Écrivez la durée prévisible de l'isolement et ses conditions de levée. La déclaration obligatoire ne remplace pas le signalement pour l'enquête, la démarche qui protège l'entourage, et l'employeur n'est pas informé par le service. Annoncez que les symptômes partiront avant la fin du traitement, et que l'arrêt à ce moment fait les rechutes.

S'entraîner sur cette situation

Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.

Sources

  1. 1
    PILLY Étudiant 2023 (Ouvre un nouvel onglet)

    Collège des universitaires de maladies infectieuses et tropicales (CMIT). 2e édition, réforme R2C (Alinéa Plus).

    Passages utilisés : Item 159 ; Item 177

    Appuie : Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Synthèse paraclinique, Stratégie de prise en charge, Communication interprofessionnelle, Annonce et information, Éducation et prévention

  2. 2
    Recommandations pour la Prévention de la transmission par voie respiratoire (Ouvre un nouvel onglet)

    Société française d'hygiène hospitalière (SF2H). Octobre 2024, publiées dans Hygiènes, volume XXXII, n° 4.

    Passages utilisés : Tableau I, niveaux de précautions complémentaires respiratoires ; Cas particulier de la tuberculose, R23 à R25

    Appuie : Stratégie de prise en charge

  3. 3
    Enquête autour d'un cas de tuberculose. Recommandations pratiques (Ouvre un nouvel onglet)

    Haut Conseil de la santé publique (HCSP). Rapport adopté le 25 octobre 2013, collection Avis et Rapports.

    Passages utilisés : Définitions des contacts et de la durée d'exposition ; 3.1.3 Qui décide de l'enquête, et encadré Signalement

    Appuie : Entretien et interrogatoire, Stratégie de prise en charge, Communication interprofessionnelle

  4. 4
    Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)

    Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.

    Passages utilisés : Item 159 ; Item 177 ; Item 4

    Appuie : Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Synthèse paraclinique, Stratégie de prise en charge, Éducation et prévention