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Médecine générale

Fiche de révision

Prise en charge d'une suspicion de thrombophilie

S'entraîner sur cette situation
Situation de départ 275Catégorie IIIItem R2C 226Item R2C 36Item R2C 3

Un bilan de thrombophilie ne se demande que si l'on sait à l'avance ce que chacun de ses résultats changerait, et dans la plupart des situations la réponse est rien. Cette fiche vous apprend à chercher dans l'histoire ce qui décide de son utilité, à reconnaître un bilan prélevé trop tôt ou sous anticoagulant, à fonder la durée du traitement sur le caractère provoqué de l'événement, et à retirer ce qui a contribué. Elle se termine sur ce qui se dit au patient et à sa famille, et sur ce qui s'écrit.

SommaireEnviron 11 min
  1. Ce qui décide de l'utilité du bilan se trouve dans l'histoire
  2. L'examen cherche la cause et les conséquences, pas la thrombophilie
  3. Une seule question avant le bilan : que ferais-je de chaque résultat ?
  4. Prélevé pendant l'épisode ou sous anticoagulant, le bilan ne conclut rien
  5. Ce qui change le risque est plus simple qu'un bilan
  6. Dire avant de prescrire ce que le résultat changera, et ce qu'il ne changera pas
  7. Ce qui protège n'est pas un dosage, c'est la conduite dans certaines situations
  8. Écrire la question posée, et pourquoi un bilan n'a pas été fait
  9. À retenir pour la station

Ce qui décide de l'utilité du bilan se trouve dans l'histoire

Ce qui décide de l'utilité d'un bilan ne se trouve pas dans le bilan, il se trouve dans l'histoire. L'événement se caractérise d'abord : son siège, son ancienneté, son caractère provoqué ou non, et son caractère récidivant. Le caractère provoqué ou non est la donnée centrale.

Les facteurs déclenchants qui se recherchent :

  • Une immobilisation.
  • Une chirurgie récente.
  • Un voyage long.
  • Une grossesse ou un post-partum.
  • Une contraception combinée.
  • Un traitement hormonal.
  • Un cancer.
  • Un plâtre.

Les antécédents familiaux se recueillent avec précision : le nombre d'apparentés atteints, leur degré de parenté, leur âge au moment de l'événement, et son caractère provoqué ou non. Un antécédent familial se qualifie, il ne se compte pas.

Chez une femme se recherchent des fausses couches répétées, des complications de grossesse, et un projet de grossesse. Ce qui se demande enfin, et qui manque le plus souvent, c'est pourquoi ce bilan est demandé, par qui, et ce que le patient en attend.

La demande vient souvent de la famille, et elle mérite une réponse qui n'est pas un examen. Demander pourquoi le bilan est demandé et par qui : la réponse suffit souvent à ne pas le faire.

L'examen cherche la cause et les conséquences, pas la thrombophilie

L'examen ne cherche pas une thrombophilie, il cherche ce qui a pu provoquer la thrombose et ce qu'elle a laissé. Sur le membre atteint s'examinent l'œdème, la douleur, la circulation veineuse superficielle, la coloration, et le périmètre comparé au côté opposé. Le périmètre des 2 mollets se mesure et se note : c'est la référence de toute comparaison ultérieure.

Les complications se cherchent : des signes d'embolie pulmonaire, une gêne respiratoire, une douleur thoracique, une accélération du cœur. Une cause se cherche aussi : une masse abdominale, des ganglions, une anomalie du sein, et des signes généraux, une thrombose sans facteur déclenchant devant faire penser à une maladie sous-jacente.

Les signes évocateurs d'une maladie auto-immune se cherchent chez une femme jeune : des lésions cutanées, une atteinte articulaire, et des antécédents obstétricaux. À distance se surveillent les signes de séquelles veineuses, œdème persistant, lourdeur, troubles cutanés, qui se préviennent par la compression.

Une seule question avant le bilan : que ferais-je de chaque résultat ?

Une seule question précède le bilan : que ferais-je de chaque résultat possible ? Si la réponse est « rien », le bilan ne se demande pas. C'est le cas de la majorité des premiers événements provoqués, où la durée du traitement est déterminée par le contexte.

La durée du traitement dépend du caractère provoqué ou non de l'événement, du siège de la thrombose, du risque de récidive, du risque de saignement, et de la préférence du patient. Le résultat d'un bilan de thrombophilie n'y figure pas dans la plupart des situations.

Une recherche ciblée peut se justifier devant des événements récidivants sans facteur déclenchant, un événement de siège inhabituel, des antécédents obstétricaux évocateurs, ou une histoire familiale évocatrice chez plusieurs apparentés jeunes. Un syndrome des antiphospholipides se cherche à part : son diagnostic obéit à des critères propres, impose une confirmation à distance, et modifie réellement la conduite.

2 conclusions ne se tirent pas : qu'un bilan normal exclut un risque, et qu'une anomalie mineure explique l'événement. Devant une thrombose sans facteur déclenchant, ce qui se demande est la recherche d'une maladie sous-jacente, selon l'âge et le contexte, et non un bilan de thrombophilie de principe.

Prélevé pendant l'épisode ou sous anticoagulant, le bilan ne conclut rien

Le bilan de thrombophilie a 2 défauts : le moment où il est prélevé, et l'usage qu'on en fait. Prélevé pendant l'épisode ou sous anticoagulant, il est ininterprétable, et ses anomalies sont produites par la situation elle-même.

La phase aiguë de la thrombose abaisse plusieurs paramètres par consommation. Le traitement anticoagulant en cours abaisse certains dosages, et il fausse la recherche d'un anticoagulant circulant. Un bilan prélevé dans ces conditions ne conclut ni dans un sens ni dans l'autre.

Un délai se respecte après l'épisode, et un autre après l'arrêt du traitement, variables selon les paramètres et selon le traitement utilisé. Le commentaire sous les résultats est ce que le laboratoire écrit et que personne ne lit : il signale souvent lui-même la limite du prélèvement.

La composition du bilan varie, et un bilan « complet » demandé sans réflexion produit des anomalies mineures sans conséquence, et des inquiétudes durables dans une famille. Un résultat non conclusif s'identifie comme tel, en tenant compte du moment du prélèvement et du traitement en cours.

Ce qui change le risque est plus simple qu'un bilan

Ce qui change le risque est, dans la grande majorité des cas, plus simple qu'un bilan : retirer ce qui a contribué à l'événement. Une contraception combinée, par exemple, s'arrête, et l'arrêter change davantage le risque que tout le bilan. Une alternative se propose en même temps que l'arrêt.

La durée du traitement anticoagulant se décide selon le contexte, avec le patient, en pesant le risque de récidive contre le risque de saignement. La réévaluation se programme avant l'arrêt du traitement.

Les situations à risque futures s'organisent : une prévention lors d'une chirurgie, d'une immobilisation, d'un voyage long et d'une grossesse, et une conduite à tenir écrite pour chacune. Cette information protège davantage qu'un dosage.

Une compression veineuse se prescrit pour les séquelles, selon l'évolution et après vérification de l'état artériel. Un projet de grossesse se prépare par un avis spécialisé à distance, qui décidera d'une éventuelle prévention, et non par un bilan demandé dans l'urgence.

Dire avant de prescrire ce que le résultat changera, et ce qu'il ne changera pas

Un résultat de thrombophilie change la façon dont une personne se voit, et parfois celle de toute une famille. Ce qui se dit avant de prescrire, c'est ce que le résultat changera, et ce qu'il ne changera pas. Un patient qui attend une explication de son accident sera déçu par un bilan normal, et inquiété à tort par une anomalie mineure.

Devant un bilan non conclusif, il se dit clairement qu'il ne permet pas de conclure, pourquoi, et à quel moment il pourrait être refait. Cela se dit sans disqualifier la démarche de celui qui l'a demandé.

Devant une anomalie confirmée se disent ce qu'elle signifie réellement, le risque en termes compréhensibles, et surtout ce qu'elle ne signifie pas. Beaucoup de patients se croient condamnés à une récidive certaine.

La question familiale s'aborde avec précaution. Une annonce mal faite conduit des apparentés à demander des examens sans indication, et parfois à des décisions contraceptives inadaptées : un résultat transmis sans explication fait consulter la famille entière dans le mois. Un écrit se remet, avec ce qui a été retenu, la conduite pour les situations à risque, et ce qui reste à faire.

Ce qui protège n'est pas un dosage, c'est la conduite dans certaines situations

Ce qui protège une personne à risque n'est pas un dosage, c'est ce qu'elle fera dans certaines situations. Les situations qui augmentent le risque s'apprennent et se remettent par écrit, avec la conduite à tenir dans chacune : la chirurgie, l'immobilisation, le plâtre, le voyage long, la grossesse et le post-partum.

Sur la contraception, il se dit que les formes combinées augmentent le risque, et qu'il existe des alternatives. Le choix se fait avec la personne, et non par un interdit.

Le traitement en cours s'explique : la régularité, les interactions, les signes de saignement, et la conduite en cas d'oubli. Les signes de récidive s'apprennent aussi, avec la conduite immédiate : une douleur ou un gonflement d'un membre, une gêne respiratoire, une douleur thoracique.

Pour les voyages s'expliquent la mobilisation, l'hydratation, et la compression selon le contexte. À la famille se dit que le dépistage des apparentés n'a d'intérêt que dans des situations précises, et qu'il ne se demande pas par principe.

Écrire la question posée, et pourquoi un bilan n'a pas été fait

Un bilan mal demandé engage plusieurs personnes, et ses résultats circulent longtemps. La demande écrit la question posée, la date de l'épisode, le traitement en cours et sa date d'introduction, et le contexte : sans ces éléments, le biologiste ne peut pas commenter utilement.

Au biologiste se demandent les paramètres interprétables dans ces conditions, et le moment où un contrôle serait valable. Au spécialiste se transmettent l'histoire complète, les facteurs déclenchants, les antécédents familiaux qualifiés, et la question précise posée.

Le dossier porte le caractère provoqué ou non de l'événement, la durée de traitement retenue et sa raison, et le fait qu'un bilan a été ou non réalisé, et pourquoi. Le médecin traitant reçoit la conduite pour les situations à risque, et ce qui doit déclencher un avis.

Ce qui ne s'écrit pas : « thrombophilie », sans préciser laquelle, sur quels critères, et à quelle date. Cette mention suit un patient toute sa vie.

À retenir pour la station

Avant de demander un bilan de thrombophilie, demandez-vous ce que chacun de ses résultats changerait : dans la plupart des situations, rien. Prélevé pendant l'épisode ou sous anticoagulant, il ne conclut ni dans un sens ni dans l'autre, et le commentaire du laboratoire le signale souvent. La durée du traitement dépend du caractère provoqué de l'événement, de son siège et des risques de récidive et de saignement, pas du bilan. Arrêtez ce qui a contribué, une contraception combinée par exemple, en proposant une alternative au même moment. Un antécédent familial se qualifie, il ne se compte pas. Écrivez pourquoi un bilan n'a pas été fait.

S'entraîner sur cette situation

Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.

Sources

  1. 1

    EDN référentiel de médecine vasculaire et de chirurgie vasculaire

    Collège des enseignants de médecine vasculaire (CEMV) ; Collège français de chirurgie vasculaire et endovasculaire (CFCVE). 4e édition conforme à la R2C (Presses universitaires François-Rabelais, collection L'officiel EDN).

    Passages utilisés : Item 226

    Appuie : Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Stratégie diagnostique, Synthèse paraclinique, Stratégie de prise en charge, Annonce et information, Éducation et prévention, Communication interprofessionnelle

  2. 2

    Hématologie

    Société française d'hématologie (SFH). 5e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Chapitres sur la maladie thromboembolique et la thrombophilie

    Appuie : Entretien et interrogatoire, Stratégie diagnostique, Synthèse paraclinique, Communication interprofessionnelle

  3. 3

    Gynécologie Obstétrique

    Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF). 6e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Item 36

    Appuie : Stratégie de prise en charge, Éducation et prévention

  4. 4
    Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)

    Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.

    Passages utilisés : Item 226 ; Item 36 ; Item 3

    Appuie : Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Stratégie diagnostique, Synthèse paraclinique, Stratégie de prise en charge, Annonce et information, Éducation et prévention