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Fiche de révision

Prise en charge d'un patient en décubitus prolongé

Des complications toutes évitables, qui surviennent quand aucune n'a été prescrite.

Situation de départ 276Catégorie IIIItem R2C 120Item R2C 226Item R2C 250

Entretien et interrogatoire

⚠️ Chez un patient alité qui parle peu, l'interrogatoire passe par l'équipe et par l'entourage.

⚠️ Ce qui se demande à l'équipe : ce qui a changé depuis la veille, ⚠️ le comportement, ⚠️ la façon dont il supporte les soins, ce qu'il mange réellement, ⚠️ et l'état de la peau aux points d'appui.

⚠️ Ce qui se recherche systématiquement chez un patient qui s'agite : une douleur, ⚠️ une envie d'uriner ou une rétention, ⚠️ une constipation, une soif, ⚠️ une gêne respiratoire, et une position inconfortable. ⚠️ Ces causes expliquent la majorité des agitations, et elles se traitent.

⚠️ Ce qui se demande sur le transit : la date des dernières selles, ⚠️ question rarement posée et souvent décisive.

⚠️ Ce qui se demande sur l'alimentation : ce qui est réellement consommé, ⚠️ et non ce qui est servi, ⚠️ la quantité étant systématiquement surestimée.

⚠️ Ce qui se demande au patient lui-même, même s'il s'exprime peu : ⚠️ s'il a mal, s'il a soif, ⚠️ et s'il est bien installé.

⚠️ Ce qui se recueille auprès de l'entourage : l'état antérieur, ⚠️ l'autonomie avant l'épisode, et les habitudes.

⚠️ Ce qui se demande sur le moral : si le patient parle, ⚠️ s'il montre de l'intérêt, s'il refuse les soins, ⚠️ et s'il exprime un découragement. ⚠️ Une dépression est fréquente dans cette situation, et elle aggrave la dénutrition et l'immobilité.

À retenir

Demander la date des dernières selles devant toute agitation d'un patient alité.

À retenir

  • Chez un patient qui parle peu, l'interrogatoire passe par l'équipe.
  • Douleur, rétention et constipation expliquent la majorité des agitations.
  • La date des dernières selles est rarement demandée et souvent décisive.
  • Ce qui est consommé se demande, pas ce qui est servi.
  • L'état antérieur se recueille auprès de l'entourage.

En pratique

  • Évolution demandée à l'équipe
  • Comportement et tolérance des soins recueillis
  • Douleur recherchée
  • Rétention urinaire recherchée
  • Date des dernières selles demandée
  • Consommation réelle des repas évaluée
  • Patient interrogé directement
  • État antérieur recueilli auprès de l'entourage

Examen clinique

⚠️ L'examen d'un patient alité est un examen de la peau, du ventre et des jambes, ⚠️ et il se fait patient entièrement découvert.

⚠️ Ce qui s'inspecte à chaque fois : le sacrum, ⚠️ les talons, ⚠️ les trochanters, les malléoles, ⚠️ les coudes, l'occiput, ⚠️ et les zones sous les dispositifs, sonde, masque, attelle.

⚠️ Ce qui se recherche sur une rougeur : si elle s'efface à la pression. ⚠️ Une rougeur qui ne s'efface pas est le premier stade d'une escarre, ⚠️ et non une simple irritation.

⚠️ Ce qui s'examine sur l'abdomen : un globe vésical, ⚠️ un fécalome au toucher rectal, ⚠️ et un ballonnement.

⚠️ Ce qui s'examine sur les membres : une différence de circonférence, ⚠️ une douleur du mollet, des œdèmes, ⚠️ et les amplitudes articulaires, ⚠️ une raideur s'installant en quelques jours.

⚠️ Ce qui s'évalue globalement : le poids, ⚠️ l'état nutritionnel, l'état de conscience, ⚠️ la déglutition, et l'encombrement respiratoire.

⚠️ Ce qui se note : l'état de chaque point d'appui, ⚠️ avec la date, et non « peau sans particularité ».

À retenir

Appuyer sur la rougeur. Si elle ne blanchit pas, l'escarre a commencé.

À retenir

  • L'examen se fait patient entièrement découvert.
  • Les zones sous les dispositifs sont des points d'appui comme les autres.
  • Une rougeur qui ne s'efface pas est le premier stade d'une escarre.
  • Une raideur articulaire s'installe en quelques jours.
  • Peau sans particularité ne dit pas quels points d'appui ont été regardés.

En pratique

  • Tous les points d'appui inspectés
  • Zones sous dispositifs regardées
  • Test de la pression fait sur les rougeurs
  • Globe vésical recherché
  • Toucher rectal fait si besoin
  • Mollets et circonférences comparés
  • Amplitudes articulaires évaluées
  • État de chaque point noté avec sa date

Synthèse paraclinique

⚠️ Peu d'examens sont utiles, ⚠️ et deux d'entre eux sont systématiquement oubliés.

⚠️ Ce qui se surveille sur l'état nutritionnel : l'albumine, ⚠️ rapportée à un syndrome inflammatoire, ⚠️ et surtout le poids, ⚠️ qui reste la mesure la plus informative et la moins coûteuse.

⚠️ Ce qui se contrôle régulièrement : la fonction du rein, ⚠️ les sels du sang, ⚠️ et l'hémoglobine, chez un patient qui mange peu et boit peu.

⚠️ Ce qui se demande devant une agitation : une bandelette urinaire, ⚠️ une numération, un dosage du calcium, ⚠️ et une glycémie, avant de conclure à une cause neurologique.

⚠️ Ce qui ne se demande pas systématiquement : une imagerie, ⚠️ ni un dosage des marqueurs de coagulation, ⚠️ une différence de circonférence des mollets s'explorant par un examen dédié et non par un dosage isolé.

⚠️ Ce qui se surveille selon les traitements : la numération sous prévention anticoagulante, ⚠️ et la fonction du rein.

⚠️ Ce qui ne se conclut pas : qu'un bilan normal exclut une complication, ⚠️ l'escarre, la raideur et la dénutrition ne se voyant sur aucune analyse.

À retenir

Peser chaque semaine. C'est l'examen le plus utile de cette situation.

À retenir

  • Le poids reste la mesure la plus informative et la moins coûteuse.
  • L'albumine s'interprète avec le syndrome inflammatoire.
  • Devant une agitation, on cherche une cause simple avant une cause neurologique.
  • Un dosage isolé n'explore pas une différence de circonférence des mollets.
  • Escarre, raideur et dénutrition ne se voient sur aucune analyse.

En pratique

  • Poids suivi régulièrement
  • Albumine interprétée avec l'inflammation
  • Fonction du rein contrôlée
  • Sels du sang contrôlés
  • Bandelette urinaire faite devant une agitation
  • Calcium et glycémie contrôlés si besoin
  • Surveillance liée aux traitements assurée
  • Examens inutiles évités

Iconographie

Sans objet pour cette situation : Aucune imagerie n'est propre à la prévention des complications du décubitus. L'exploration d'une thrombose ou d'une infection relève des situations de départ correspondantes.

Stratégie diagnostique

⚠️ Devant un changement chez un patient alité, ⚠️ la cause est presque toujours une complication du décubitus.

⚠️ Devant une agitation : une douleur, ⚠️ une rétention d'urine, ⚠️ un fécalome, une infection, ⚠️ une déshydratation, un trouble des sels du sang, ⚠️ et un médicament. ⚠️ La cause neurologique vient en dernier, et non en premier.

⚠️ Devant une fièvre : une infection urinaire, ⚠️ une pneumopathie d'inhalation, ⚠️ une infection d'escarre, et une thrombose.

⚠️ Devant une gêne respiratoire : un encombrement, ⚠️ une inhalation, ⚠️ et une embolie pulmonaire, dont le tableau est souvent fruste chez ces patients.

⚠️ Devant une aggravation de l'état général : une dénutrition, ⚠️ une infection, une douleur non exprimée, ⚠️ et une dépression, fréquente et rarement recherchée.

⚠️ Ce qui doit être réévalué : la nécessité du décubitus lui-même. ⚠️ Un alitement prescrit pour une raison qui n'existe plus se poursuit par habitude, et chaque jour supplémentaire coûte de la fonction.

⚠️ Ce qui ne se conclut pas : que l'état d'un patient alité se dégrade parce qu'il est âgé.

À retenir

Se demander chaque jour pourquoi ce patient est encore alité. La réponse manque souvent.

À retenir

  • Devant une agitation, la cause neurologique vient en dernier.
  • Le tableau d'une embolie pulmonaire est souvent fruste chez ces patients.
  • La dépression est fréquente et rarement recherchée.
  • Un alitement dont la raison n'existe plus se poursuit par habitude.
  • Chaque jour d'alitement supplémentaire coûte de la fonction.

En pratique

  • Causes simples d'agitation recherchées
  • Foyers infectieux recherchés devant une fièvre
  • Embolie pulmonaire évoquée devant une gêne respiratoire
  • Dénutrition évaluée
  • Dépression recherchée
  • Médicaments revus
  • Nécessité du décubitus réévaluée
  • Aucune conclusion par l'âge

Urgence vitale

Sans objet pour cette situation : Le décubitus prolongé ne constitue pas en soi une urgence vitale. L'embolie pulmonaire et le sepsis sur escarre relèvent des situations de départ correspondantes.

Stratégie de prise en charge

⚠️ La prévention du décubitus se prescrit ligne par ligne, ⚠️ avec une fréquence pour chaque ligne.

⚠️ Pour la peau : un support adapté au niveau de risque, ⚠️ des changements de position à intervalle écrit, ⚠️ une inspection quotidienne des points d'appui, le maintien d'une peau propre et sèche, ⚠️ et la suppression des appuis sous les dispositifs.

⚠️ Pour le risque de caillot : une évaluation du risque, ⚠️ une prévention prescrite quand elle est indiquée, ⚠️ et une réévaluation régulière.

⚠️ Pour la fonction : la mobilisation quotidienne, ⚠️ passive puis active, ⚠️ la verticalisation dès que possible, et une prescription de kinésithérapie avec sa fréquence, ⚠️ une prescription sans fréquence donnant 3 séances en 3 semaines.

⚠️ Pour la nutrition : une évaluation des apports réels, ⚠️ une adaptation des textures, des compléments si nécessaire, ⚠️ et l'aide au repas.

⚠️ Pour le transit et les urines : une prévention de la constipation, ⚠️ et la recherche régulière d'une rétention.

⚠️ Pour le confort : une prescription antalgique avant les mobilisations, ⚠️ et non à la demande.

⚠️ Ce qui se réévalue : la nécessité de l'alitement, ⚠️ à chaque visite.

⚠️ Ce qui s'organise pour la suite : le lieu de vie après l'épisode, ⚠️ le matériel nécessaire, ⚠️ les aides humaines, et la rééducation, ⚠️ anticipés dès les premiers jours, les délais d'obtention dépassant souvent la durée du séjour.

À retenir

Écrire la fréquence de chaque mesure. Une prévention sans fréquence n'est pas appliquée.

À retenir

  • Chaque ligne de prévention porte une fréquence.
  • Une prescription de kinésithérapie sans fréquence donne trois séances en trois semaines.
  • La prévention du risque de caillot s'évalue et se réévalue.
  • L'antalgique se prescrit avant les mobilisations, pas à la demande.
  • La nécessité de l'alitement se réévalue à chaque visite.

En pratique

  • Support adapté prescrit
  • Fréquence des changements de position écrite
  • Inspection quotidienne prescrite
  • Risque de caillot évalué et prévention prescrite
  • Kinésithérapie prescrite avec sa fréquence
  • Apports nutritionnels évalués et adaptés
  • Prévention de la constipation prescrite
  • Antalgique avant mobilisation prescrit

Procédure et geste technique

Sans objet pour cette situation : Les soins de plaie et les techniques de mobilisation relèvent des situations de départ correspondantes et des professionnels concernés.

Annonce et information

Sans objet pour cette situation : Cette situation ne comporte pas d'annonce diagnostique. L'information du patient et de l'entourage est traitée dans la section éducation.

Éducation et prévention

⚠️ Une grande partie de la prévention se fait par des personnes qui ne sont pas soignantes.

⚠️ Ce qui s'apprend à l'entourage : comment installer, ⚠️ comment aider à changer de position sans traîner la peau, ⚠️ où regarder chaque jour, et ce qui doit être signalé.

⚠️ Ce qui s'explique sur la peau : qu'une rougeur qui ne s'efface pas doit être signalée le jour même, ⚠️ et qu'elle est réversible à ce stade.

⚠️ Ce qui s'explique sur l'alimentation : qu'un apport suffisant protège la peau autant qu'un matelas, ⚠️ et que manger peu pendant plusieurs jours a des conséquences visibles.

⚠️ Ce qui s'explique sur la mobilisation : que rester au lit un jour de plus coûte de la force, ⚠️ et que le lever, même bref, protège plusieurs fonctions à la fois.

⚠️ Ce qui se dit sur les signes à signaler : une fièvre, ⚠️ une douleur d'un mollet, ⚠️ une gêne respiratoire, une agitation nouvelle, ⚠️ et l'absence de selles.

⚠️ Ce qui se prépare pour le retour à domicile : le matériel, ⚠️ les aides, ⚠️ le passage infirmier, et la formation des proches, ⚠️ anticipés bien avant la sortie.

À retenir

Montrer à l'entourage où regarder chaque jour. C'est la surveillance la plus fréquente.

À retenir

  • Une grande partie de la prévention est faite par des non-soignants.
  • Une rougeur qui ne s'efface pas se signale le jour même.
  • Un apport suffisant protège la peau autant qu'un matelas.
  • Un lever même bref protège plusieurs fonctions à la fois.
  • Le matériel et les aides s'anticipent bien avant la sortie.

En pratique

  • Installation montrée à l'entourage
  • Technique de changement de position expliquée
  • Zones à surveiller montrées
  • Signification d'une rougeur expliquée
  • Importance des apports expliquée
  • Bénéfice du lever expliqué
  • Signes à signaler donnés
  • Retour à domicile anticipé

Communication interprofessionnelle

⚠️ Une observation infirmière qui ne devient pas une prescription ne change rien, ⚠️ et c'est là que se perdent les préventions.

⚠️ Ce qui doit exister : un circuit clair entre l'observation et la prescription, ⚠️ et une réponse à toute transmission signalée, ⚠️ même pour dire qu'on ne change rien.

Ce qui s'écrit dans la prescription : ⚠️ chaque mesure, ⚠️ avec sa fréquence, sa durée, ⚠️ et le seuil qui doit faire appeler.

Ce qui se coordonne : ⚠️ le kinésithérapeute, ⚠️ la diététicienne, l'ergothérapeute, ⚠️ l'infirmière, et l'assistante sociale pour le retour.

Ce qui se demande en retour : ⚠️ l'état des points d'appui, ⚠️ les apports réellement consommés, et la tolérance des mobilisations.

⚠️ Ce qui se signale : une escarre constituée, ⚠️ selon la procédure de l'établissement, ⚠️ et l'analyse de ce qui a manqué, qui n'est pas la recherche d'un coupable.

⚠️ Et ce qui ne s'écrit pas : « nursing », ⚠️ mot qui ne prescrit rien, et qui laisse chacun décider de ce qu'il fait.

Le piège

Laisser une transmission signalée trois fois sans réponse. Le problème devient organisationnel.

À retenir

  • Une observation qui ne devient pas une prescription ne change rien.
  • Toute transmission signalée mérite une réponse, même négative.
  • Chaque mesure prescrite porte sa fréquence, sa durée et son seuil d'appel.
  • L'analyse d'une escarre constituée n'est pas la recherche d'un coupable.
  • Nursing ne prescrit rien et laisse chacun décider.

En pratique

  • Réponse apportée à chaque transmission
  • Mesures écrites avec leur fréquence
  • Durée et seuils d'appel précisés
  • Kinésithérapeute sollicité
  • Diététicienne sollicitée
  • Retour d'information demandé
  • Escarre constituée signalée
  • Analyse en équipe organisée

Sources

  • R2C, item 120 : Complications de l'immobilité et du décubitus. Prévention et prise en charge
  • R2C, item 226 : Thrombose veineuse profonde (TVP) et embolie pulmonaire (EP)
  • R2C, item 250 : Dénutrition chez l'adulte et l'enfant
  • Collège national des enseignants de gériatrie et Collège français des enseignants de médecine physique et de réadaptation, chapitres sur les complications du décubitus
  • Recommandations en vigueur sur la prévention des escarres et la prophylaxie thromboembolique chez le patient alité. La date de la version consultée fait partie de la source