Cette fiche vous apprend à faire d'une consultation de suivi autre chose qu'un renouvellement : une consultation qui a un ordre du jour, qui reprend ce qui avait été décidé et qui se termine sur un objectif choisi par le patient. Elle suit le déroulé de la consultation : l'ordre du jour, ce que la maladie et le traitement font à la vie, l'examen, le calendrier des examens, le symptôme nouveau, les décisions, ce qui s'apprend pour l'intervalle, puis la coordination.
SommaireEnviron 10 min
- Un ordre du jour, et les décisions de la dernière fois
- Ce que la maladie fait à la vie, et ce que le patient fait du traitement
- Un examen court, qui vaut par sa répétition
- Le calendrier des examens, et la ligne qui saute
- Un symptôme nouveau : 3 hypothèses, dans cet ordre
- Un objectif choisi, une décision écrite, une date fixée
- Tout se joue entre 2 consultations
- Coordonner, et repérer celui qui ne vient plus
- À retenir pour la station
Un ordre du jour, et les décisions de la dernière fois
Une consultation de suivi commence par ce que le patient apporte, et non par ce que le médecin a prévu. C'est ce qui en fait une consultation, et non un renouvellement.
Ce qui se demande en premier, c'est ce dont le patient veut parler aujourd'hui. Un ordre du jour partagé en début de consultation évite la question posée au moment d'ouvrir la porte, qui est souvent la plus importante. Cette liste se recueille en peu de temps, et elle se demande dès l'ouverture.
Ce qui se reprend ensuite, c'est ce qui avait été décidé la fois précédente : ce qui a été fait, et ce qui ne l'a pas été. Une décision qui n'est pas reprise à la consultation suivante n'est pas appliquée, et le patient l'a compris.
Ce que la maladie fait à la vie, et ce que le patient fait du traitement
Sur la maladie, se recueillent les symptômes et leur retentissement sur la vie. S'y ajoutent les résultats d'autosurveillance et les épisodes intercurrents survenus depuis la dernière consultation.
L'observance ne se suppose pas, elle se demande : le nombre de prises oubliées dans la semaine, les effets ressentis, et ce qui gêne. Ce qui gêne la prise se cherche nommément, qu'il s'agisse du coût, des horaires, des effets ou des croyances.
Ce qui change tout se cherche aussi : un événement de vie, une difficulté financière, un isolement, une détresse psychologique. Ces éléments sont plus déterminants que la plupart des paramètres biologiques.
La représentation de la maladie se demande : ce que le patient croit qu'elle va devenir, ce qu'il en a lu, ce qu'il en craint. Une croyance erronée sur l'évolution explique souvent une observance imparfaite, et elle ne se corrige que si elle est entendue.
Un examen court, qui vaut par sa répétition
L'examen d'une consultation de suivi est court et répété, et sa valeur vient de sa répétition. Il mesure à chaque fois un petit nombre de paramètres, les mêmes d'une consultation à l'autre, dans les mêmes conditions, reportés sur une courbe. Une mesure isolée n'informe pas, une série informe, et ce sont les conditions identiques qui rendent la courbe lisible.
Selon la maladie, l'examen porte sur les organes cibles et sur les complications que le suivi doit dépister : les pieds, la vue, la peau, les souffles, les œdèmes, selon le cas. Ce dépistage suit un calendrier propre à chaque maladie. Indépendamment de la maladie, se cherchent le poids, l'état nutritionnel, l'humeur et les capacités fonctionnelles.
Ce qui compte et qui n'est pas un examen, c'est le fait d'examiner. Un patient chronique qui repart sans avoir été examiné a le sentiment d'un renouvellement, et non d'une consultation.
Les mêmes items se notent, dans le même ordre et avec leurs dates. C'est ce qui rend la comparaison possible pour tous ceux qui suivront le patient.
Le calendrier des examens, et la ligne qui saute
Le suivi biologique d'une maladie chronique est un calendrier, et son défaut est qu'une ligne saute sans que personne ne le voie. À chaque consultation se vérifient ce qui était prévu, ce qui a été fait, et ce qui a été prescrit sans être réalisé.
Se demandent les examens dont le résultat change une décision, selon le rythme recommandé, et non un bilan large à chaque visite. La tolérance des traitements se surveille en plus, selon les molécules, et la fonction du rein chez presque tous les patients.
Ce qui se lit est la tendance, et non la valeur isolée : une dérive lente échappe à chaque lecture prise séparément. Les résultats se confrontent ensuite à la clinique.
Les prélèvements se regroupent sur une même ordonnance et un même jour, pour limiter les déplacements. Et un bilan normal ne permet pas de conclure que la prise en charge est bonne : le retentissement sur la vie ne figure sur aucune analyse.
Un symptôme nouveau : 3 hypothèses, dans cet ordre
Devant un symptôme nouveau chez un patient chronique, 3 hypothèses s'envisagent, dans cet ordre. La première est un effet du traitement : une cause fréquente, facile à corriger, et la plus souvent oubliée.
La deuxième est une évolution ou une complication de la maladie connue, attendue, et que le suivi dépiste. La troisième est une maladie nouvelle, sans rapport avec la première : le risque est ici de tout rattacher à la maladie chronique, et de manquer une pathologie banale.
Les 3 hypothèses devant un symptôme nouveau, dans l'ordre où elles se posent :
- Un effet du traitement, fréquent et facile à corriger.
- Une évolution ou une complication de la maladie connue.
- Une maladie nouvelle, sans rapport avec la première.
Certains signes font reconsidérer le diagnostic initial : une évolution atypique, une absence de réponse à un traitement bien conduit, l'apparition de signes non expliqués. Le raisonnement ne s'autorise ici aucun raccourci diagnostique.
Le diagnostic lui-même se réévalue périodiquement, comme l'indication de chaque traitement. Une maladie chronique n'est pas forcément définitive, et certains traitements deviennent inutiles. Tout symptôme d'un patient chronique n'appartient pas à sa maladie.
Un objectif choisi, une décision écrite, une date fixée
Un objectif que le patient n'a pas choisi n'est pas poursuivi. Les objectifs se fixent donc ensemble, peu nombreux, concrets, mesurables et datés. Un objectif de comportement se tient mieux qu'un objectif de chiffre, parce que la personne le contrôle.
Sur le traitement, 4 décisions sont possibles : poursuivre, adapter, arrêter, ou ne rien changer. Chacune s'écrit avec sa raison, et ne rien changer est une décision, pas une absence de décision.
Les cibles se révisent selon le patient : son âge, ses autres maladies, le risque du traitement et ses préférences. La charge du suivi s'allège en même temps, en regroupant consultations et examens, en simplifiant les prises et en supprimant ce qui n'apporte plus rien.
La consultation suivante se programme, à une date fixée, une consultation programmée valant mieux qu'une consultation de crise. La conduite en cas d'aggravation s'organise et s'écrit, avec les signes qui doivent alerter et le numéro à appeler.
Tout se joue entre 2 consultations
Le patient vit avec sa maladie tous les jours, et il voit son médecin quelques dizaines de minutes par an. Tout ce qui compte se joue entre les 2, et c'est lui qui décide de ce qui se fait le reste du temps.
3 choses s'apprennent en priorité : reconnaître une aggravation, savoir quoi faire, et savoir qui appeler. Ces 3 compétences protègent plus que n'importe quel ajustement de dose, et le reste vient ensuite.
L'autosurveillance s'apprend ensuite, quand elle est utile : son rythme, ce qu'on fait des chiffres, et le seuil qui fait agir. Une autosurveillance dont les résultats ne servent à rien est abandonnée. Le mode de vie se travaille sur la durée, par des objectifs peu nombreux et choisis, et non par une liste de recommandations.
Un programme d'éducation thérapeutique, une association de patients et un soutien psychologique se proposent, sans attendre que le patient les demande. Se préviennent aussi l'épuisement du patient et de l'aidant, le renoncement aux soins pour raison financière et la perte de vue : l'épuisement de l'aidant se prévient comme une complication.
La compréhension se vérifie par une reformulation, et non par une question fermée. Un document écrit court se remet et se met à jour, avec les objectifs convenus, la conduite en cas d'aggravation et la date du prochain rendez-vous : un document qui ne change pas cesse d'être lu.
Coordonner, et repérer celui qui ne vient plus
Une maladie chronique est suivie par plusieurs personnes, et le patient est le seul à toutes les voir. Il faut donc un professionnel identifié comme coordonnateur, connu du patient, et un document de synthèse à jour.
Ce qui figure dans le document de synthèse :
- Le diagnostic.
- Les objectifs convenus avec le patient.
- Les traitements, chacun avec son indication.
- Le calendrier de suivi.
- La conduite en cas d'aggravation.
Après chaque avis spécialisé, se transmettent ce qui a été modifié et pourquoi, faute de quoi la modification sera défaite. Aux correspondants se demandent un retour, et leur avis avant toute modification d'un traitement qu'ils ont introduit.
Les transitions s'organisent. L'entrée et la sortie d'hospitalisation, le passage d'un service à un autre et le passage de la médecine de l'enfant à celle de l'adulte sont les moments où les suivis se perdent.
Un patient qui ne vient plus se repère, et se rappelle avant d'être perdu de vue. Un rendez-vous non honoré est une information clinique, et non une simple absence.
À retenir pour la station
Ouvrez la consultation sur ce dont le patient veut parler, puis reprenez ce qui avait été décidé la dernière fois. Demandez les prises oubliées et ce qui gêne : l'observance ne se suppose pas. Examinez, en mesurant les mêmes paramètres dans les mêmes conditions. Vérifiez ce qui a été prescrit et non réalisé, et lisez la tendance plutôt que la valeur isolée. Devant un symptôme nouveau, pensez d'abord au traitement, et ne rattachez pas tout à la maladie connue. Fixez avec le patient un objectif qu'il a choisi, écrivez chaque décision avec sa raison, et donnez la date du prochain rendez-vous avant qu'il ne parte.
Sources
Médecine générale
Collège national des généralistes enseignants (CNGE). 1re édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
- Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.
Les mêmes items du programme
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- Mouvements anormauxSituation de départ 126 / item commun 326
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