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Fiche de révision

Suivi d'un patient en insuffisance rénale chronique

Une maladie rénale chronique ne fait pas souffrir et progresse sous des ordonnances que personne ne relit ensemble. Ce qui la fait basculer est presque toujours extérieur : une déshydratation, un anti-inflammatoire, une dose jamais corrigée.

Situation de départ 290Catégorie IIIItem R2C 264

Entretien et interrogatoire

Une consultation de suivi commence par ce qui a changé depuis la dernière, et la question la plus rentable est celle des épisodes aigus : gastro-entérite, fièvre, vomissements, canicule. Ce sont eux qui déshydratent, et la déshydratation est le premier mécanisme de dégradation aiguë sur un rein déjà malade.

Reprendre l'ordonnance entière, et pas seulement la sienne. Un patient suivi en néphrologie voit aussi un rhumatologue, un cardiologue, un dentiste. Les lignes s'ajoutent sans que personne n'ait la liste complète sous les yeux, et c'est le rôle de cette consultation de la reconstituer.

⚠️ Demander ce qui s'achète sans ordonnance, en toutes lettres et sans jugement. « Prenez-vous des médicaments ? » n'obtient jamais l'ibuprofène du placard : « qu'est-ce que vous prenez quand vous avez mal ? » l'obtient. C'est la question la plus utile de tout l'entretien.

Chercher les signes qui disent le stade : essoufflement, œdèmes, crampes, prurit, dégoût de la viande, sommeil. Aucun n'est spécifique et leur apparition marque un tournant.

Demander ce qui a été compris de la maladie. Beaucoup de patients savent qu'ils ont « les reins fatigués » sans savoir ce que cela engage, et un suivi qui ne repose sur rien de compris ne tient pas dix ans.

Retenir que la question qui rapporte le plus est celle de l'automédication, et qu'elle ne se pose jamais en question fermée.

Le piège

L'anti-inflammatoire acheté sans ordonnance est la cause évitable la plus fréquente d'aggravation, et la moins souvent recherchée. Il ne figure sur aucune ordonnance, donc sur aucun dossier, donc dans aucune synthèse.

À retenir

  • Ce qui a changé depuis la dernière fois, et surtout les épisodes de déshydratation.
  • L'ordonnance entière, y compris ce que les autres prescripteurs ont ajouté.
  • « Qu'est-ce que vous prenez quand vous avez mal ? » obtient ce que « prenez-vous des médicaments ? » n'obtient jamais.
  • Un suivi qui ne repose sur rien de compris ne tient pas dix ans.

En pratique

  • Épisodes aigus depuis la dernière consultation
  • Ordonnance complète, tous prescripteurs
  • Automédication, en question ouverte
  • Signes du stade avancé
  • Ce qui a été compris de la maladie

Examen clinique

Trois mesures font l'essentiel du suivi et se prennent à chaque fois.

La pression artérielle, mesurée dans les conditions, après quelques minutes assis, aux deux bras la première fois, puis au bras qui donne le chiffre le plus élevé. Elle est le principal levier de néphroprotection, et une mesure faite debout et couché ajoute ce que l'automesure ne dit pas chez le patient âgé ou traité.

Le poids, comparé au précédent. Une prise rapide de plusieurs kilogrammes est une rétention hydrosodée avant d'être une prise de poids, et une perte lente est une dénutrition avant d'être un régime réussi.

Les œdèmes, cherchés aux membres inférieurs chez le patient qui marche et en région lombaire chez celui qui reste alité, avec la recherche du godet.

S'y ajoutent selon le stade : l'auscultation cardiaque et pulmonaire, la recherche de signes de surcharge, l'examen de l'abord vasculaire quand il existe, avec le thrill et le souffle, et l'inspection des points de ponction.

⚠️ Un bras porteur de fistule ne se prend pas pour mesurer la pression, ne se pique pas, ne se garrotte pas. C'est une consigne qui se dit au patient et qui s'écrit dans le dossier, parce que la personne qui prendra la tension la prochaine fois ne sera pas la même.

Retenir que le poids et la pression valent, à eux deux, plus que le reste de l'examen dans cette maladie.

À retenir

La consigne sur le bras de la fistule ne protège que si elle est écrite. Elle s'adresse à toutes les personnes qui verront ce patient, et la plupart ne liront jamais le compte rendu de néphrologie.

À retenir

  • Pression artérielle, poids, œdèmes : les trois mesures de chaque consultation.
  • Une prise de poids rapide est une rétention avant d'être une prise de poids.
  • Un bras porteur de fistule ne se mesure pas, ne se pique pas, ne se garrotte pas.

En pratique

  • Pression artérielle dans les conditions
  • Poids comparé au précédent
  • Œdèmes et godet
  • Signes de surcharge
  • Abord vasculaire, thrill et souffle

Synthèse paraclinique

Deux chiffres définissent la maladie et son stade : le débit de filtration glomérulaire estimé, et l'albuminurie rapportée à la créatininurie. L'un dit combien il reste, l'autre dit à quelle vitesse cela s'en va. Un débit stable avec une albuminurie forte n'est pas une maladie stable.

Le débit se lit dans son évolution, jamais isolément. Une baisse lente et régulière est l'histoire naturelle ; une cassure sur quelques semaines est un événement, et cet événement a une cause qui se cherche.

Le reste du bilan surveille les conséquences, chacune apparaissant à un stade : la kaliémie, les bicarbonates pour l'acidose, l'hémoglobine avec le bilan martial pour l'anémie, le calcium, le phosphore et la parathormone pour l'atteinte minérale et osseuse.

⚠️ L'anémie de la maladie rénale ne se traite pas sans avoir vérifié le fer. Un agent stimulant l'érythropoïèse donné sur des réserves vides ne fonctionne pas, et la carence martiale est fréquente.

Ce qui doit alerter dans une biologie de suivi : une kaliémie qui monte alors que le traitement n'a pas changé, des bicarbonates qui baissent, une hémoglobine qui décroche, un débit qui casse. Chacun de ces quatre signes appelle une explication, et l'explication est souvent sur l'ordonnance.

Retenir que la surveillance ne sert à rien si personne ne compare : un bilan lu seul, sans les précédents, ne dit ni la pente ni la cassure.

Le piège

Une albuminurie forte avec un débit encore normal se lit souvent comme rassurante. C'est l'inverse : l'albuminurie est le meilleur marqueur du risque d'évolution, et elle est aussi la cible que le traitement fait baisser.

À retenir

  • Débit de filtration et albuminurie : l'un dit combien il reste, l'autre à quelle vitesse cela s'en va.
  • Une cassure du débit est un événement, et un événement a une cause.
  • L'anémie rénale ne se traite pas sans avoir vérifié les réserves en fer.
  • Un bilan lu sans les précédents ne dit ni la pente ni la cassure.

En pratique

  • Débit de filtration et sa pente
  • Albuminurie sur créatininurie
  • Kaliémie et bicarbonates
  • Hémoglobine et bilan martial
  • Calcium, phosphore, parathormone

Iconographie

Sans objet pour cette situation : Le suivi d'une maladie rénale chronique ne repose sur aucune imagerie itérative. L'échographie rénale a sa place au bilan initial, où elle appartient à la situation du diagnostic de la maladie et non à celle de son suivi.

Stratégie diagnostique

Sans objet pour cette situation : Le diagnostic est posé et la cause connue : c'est la définition d'un suivi. La démarche étiologique appartient aux situations de la découverte d'une élévation de la créatinine et de la protéinurie, où elle est traitée pour elle-même.

Urgence vitale

Deux urgences sortent d'un suivi de routine, et toutes deux se lisent sur un bilan ou sur un poids.

L'hyperkaliémie est la première, parce qu'elle tue vite et sans prévenir. Elle est favorisée par le stade avancé, par les bloqueurs du système rénine-angiotensine, par les diurétiques épargneurs de potassium, par les anti-inflammatoires et par les substituts de sel. Sa gravité ne se juge pas sur le chiffre seul : l'électrocardiogramme fait partie de l'évaluation, et des ondes T amples, un allongement du PR puis un élargissement du QRS marquent l'urgence.

La surcharge hydrosodée est la seconde : prise de poids rapide, œdèmes qui remontent, orthopnée, crépitants. Elle relève des diurétiques de l'anse à dose adaptée, et d'une réduction des apports.

⚠️ Une dégradation aiguë sur une maladie chronique se cherche d'abord en dehors du rein : déshydratation, obstacle sur les voies urinaires, médicament introduit. Le globe vésical se cherche à l'examen, et l'obstacle est la seule cause qui se lève en quelques minutes.

La conduite qui prévient la plupart de ces épisodes tient en une phrase et s'enseigne au patient : en cas de diarrhée, de vomissements ou de fièvre prolongée, certains traitements se suspendent le temps de l'épisode. Cette consigne se donne à l'avance et par écrit, jamais au téléphone le jour venu.

Retenir que la première cause d'aggravation aiguë d'une maladie rénale chronique n'est pas rénale.

Urgence

Devant une kaliémie élevée, l'électrocardiogramme ne se demande pas « pour compléter » : il fait partie de l'évaluation de la gravité, et il change la minute suivante.

À retenir

  • L'hyperkaliémie tue vite, et sa gravité ne se juge pas sur le chiffre seul.
  • Une dégradation aiguë se cherche d'abord hors du rein : déshydratation, obstacle, médicament.
  • Le globe vésical est la seule cause qui se lève en quelques minutes.
  • La consigne de suspension en cas d'épisode aigu se donne à l'avance et par écrit.

En pratique

  • Kaliémie et électrocardiogramme
  • Poids, œdèmes, orthopnée
  • Recherche d'une déshydratation
  • Recherche d'un obstacle et d'un globe
  • Médicament récemment introduit

Stratégie de prise en charge

La néphroprotection est un petit nombre de gestes répétés longtemps, et leur effet ne se voit jamais dans la consultation où on les décide.

Contrôler la pression artérielle est le levier principal, avec une cible plus basse en présence d'albuminurie. Bloquer le système rénine-angiotensine quand il y a une albuminurie, en acceptant une baisse initiale du débit de filtration qui n'est pas un échec et se surveille. Contrôler le diabète quand il existe, et connaître les traitements dont le bénéfice rénal est démontré au-delà de la glycémie.

⚠️ Adapter les posologies au débit de filtration, ligne par ligne, à chaque changement de stade. C'est le travail le moins gratifiant du suivi et celui qui évite le plus d'accidents. Certains médicaments se réduisent, d'autres s'arrêtent en dessous d'un seuil.

Écarter les néphrotoxiques : anti-inflammatoires, y compris en gel et y compris achetés seuls ; produits de contraste iodés hors précautions ; aminosides.

Préparer la suite avant d'en avoir besoin. L'information sur les méthodes de suppléance, la création d'un abord vasculaire plusieurs mois avant d'en avoir l'usage, l'inscription sur la liste de greffe quand elle est possible : chacune de ces étapes prend du temps, et l'urgence les fait toutes mal.

Vacciner, et le faire tôt, la réponse vaccinale diminuant avec le stade.

⚠️ Une décision de suivi n'est prise que si elle est écrite à ceux qui suivront. Le médecin traitant, le pharmacien et les proches qui accompagnent appliquent ce qu'ils ont compris, pas ce qui a été décidé : un avis qui tranche sans répondre à la question posée laisse le confrère devant la même hésitation au renouvellement suivant.

Retenir que le suivi consiste à décider tôt des choses dont l'effet est lointain, et qu'un patient qui arrive en suppléance sans y avoir été préparé a été mal suivi, quelle que soit la qualité de ses bilans.

À retenir

Les anti-inflammatoires en gel comptent. Ils sont perçus comme locaux et sans conséquence, ils s'achètent seuls, et ils s'appliquent parfois plusieurs fois par jour sur de grandes surfaces.

À retenir

  • La néphroprotection est un petit nombre de gestes répétés longtemps.
  • La baisse initiale du débit sous bloqueur du système rénine-angiotensine n'est pas un échec.
  • Adapter les posologies au débit est le travail le moins gratifiant et le plus utile.
  • Un abord vasculaire se crée des mois avant d'en avoir l'usage.
  • Un patient qui arrive en suppléance sans préparation a été mal suivi.

En pratique

  • Cible de pression artérielle
  • Bloqueur du système rénine-angiotensine si albuminurie
  • Posologies adaptées au débit
  • Néphrotoxiques écartés
  • Vaccinations à jour
  • Préparation de la suppléance

Procédure et geste technique

Sans objet pour cette situation : Le suivi ne comporte aucun geste technique. La ponction d'un abord vasculaire et la pose d'un cathéter de dialyse appartiennent aux situations de la suppléance, où elles se décrivent avec leurs indications et leurs complications propres.

Annonce et information

Sans objet pour cette situation : L'annonce de la maladie et celle du passage en suppléance sont des consultations dédiées, qui appartiennent à d'autres situations de départ. Ce qui relève du suivi est l'information répétée et l'éducation, traitées dans la section correspondante.

Éducation et prévention

Ce qu'un patient doit emporter tient en quatre choses, et aucune n'est un chiffre de biologie.

La liste de ce qui ne se prend pas, en tête de laquelle les anti-inflammatoires, sous toutes leurs formes et y compris achetés sans ordonnance. Cette liste se donne écrite, parce qu'elle sera lue par quelqu'un d'autre, à la pharmacie ou aux urgences.

La consigne des jours de maladie : en cas de diarrhée, de vomissements ou de fièvre prolongée, certains traitements se suspendent le temps de l'épisode et se reprennent après. Donnée à l'avance et par écrit, elle évite des hospitalisations ; donnée le jour venu au téléphone, elle arrive trop tard.

Dire son état rénal à tout soignant, médecin, pharmacien, dentiste, radiologue. Un patient qui sait dire « j'ai une maladie des reins, mon débit est autour de tel chiffre » protège ses reins mieux qu'un compte rendu que personne ne lira.

Ce qui se mange et ce qui se boit, avec mesure : le sel se réduit, les substituts de sel s'écartent parce qu'ils contiennent du potassium, et les restrictions ne se multiplient pas au risque de la dénutrition, qui grève le pronostic autant que la maladie.

⚠️ Un objectif à la fois, choisi par le patient. Quatre consignes données ensemble n'en font appliquer aucune.

Retenir que l'éducation d'une maladie sans symptôme repose entièrement sur ce que le patient accepte de faire sans en ressentir le bénéfice.

Moyen mnémotechnique

Ce que le patient doit savoir dire en une phrase : sa maladie, son ordre de grandeur de débit de filtration, et le fait qu'il ne prend pas d'anti-inflammatoire. Trois éléments, et ils suffisent à protéger la plupart des situations.

À retenir

  • La liste des médicaments à éviter se donne écrite : elle sera lue par quelqu'un d'autre.
  • La consigne des jours de maladie se donne à l'avance, jamais le jour venu.
  • Savoir dire son état rénal protège mieux qu'un compte rendu que personne ne lit.
  • Les substituts de sel contiennent du potassium.
  • Un objectif à la fois, choisi par le patient.

En pratique

  • Liste écrite de ce qui ne se prend pas
  • Consigne des jours de maladie
  • Savoir dire son état rénal
  • Sel et substituts de sel
  • Prévention de la dénutrition
  • Un objectif choisi par le patient

Communication interprofessionnelle

Un patient en maladie rénale chronique est suivi par plusieurs personnes qui ne se parlent pas, et l'ordonnance est le seul endroit où leurs décisions se rencontrent. Le pharmacien la voit en entier, souvent le seul ; le néphrologue voit ce qu'il a prescrit ; le médecin traitant voit ce qu'on lui a écrit.

Un appel d'un pharmacien se traite comme une information clinique, pas comme une formalité. Il faut l'écouter jusqu'au bout, reformuler ce qui a été compris, et surtout demander ce qu'il voit d'autre, parce qu'il a la liste complète et que personne d'autre ne l'a.

⚠️ Un signalement qui porte sur une ligne n'exonère pas de relire les autres. Celui qui appelle a vu ce qui l'a alerté ; il n'a pas nécessairement vu ce qui est le plus dangereux, et il ne connaît pas toujours le dernier débit de filtration.

Ce qui doit repartir de l'échange : la décision prise pour chaque ligne en cause, qui la met en œuvre, ce que le patient doit faire dès aujourd'hui, et par quel moyen l'ordonnance corrigée parviendra. Une décision qui n'est pas assortie de son exécutant n'est pas une décision.

⚠️ On ne parle du dossier qu'à un professionnel identifié. Un appel entrant ne prouve pas qui appelle, et la vérification de la qualité de l'interlocuteur se fait avant de donner un chiffre ou un nom de médicament, pas après. Elle prend cinq secondes quand la personne se nomme d'elle-même, et elle est la seule protection du secret dans un échange qu'on n'a pas initié.

Écrire au prescripteur concerné quand la ligne en cause vient d'ailleurs. Arrêter sans le dire fait réapparaître la même ligne au renouvellement suivant, et le patient se retrouve entre deux avis contraires.

Retenir que le pharmacien est le seul professionnel qui voit l'ordonnance entière, et qu'une consultation de suivi qui ne l'interroge jamais se prive de sa meilleure source.

À retenir

Demander à l'autre professionnel de reformuler ce qu'il a noté est la seule vérification qui existe au téléphone. Elle attrape les erreurs de dose, de nom et de délai en dix secondes.

À retenir

  • Le pharmacien est le seul à voir l'ordonnance entière.
  • Un signalement qui porte sur une ligne n'exonère pas de relire les autres.
  • Une décision sans exécutant désigné n'est pas une décision.
  • Arrêter une ligne sans écrire au prescripteur la fait réapparaître au renouvellement.

En pratique

  • Qualité de l'interlocuteur vérifiée avant tout échange
  • Écouter jusqu'au bout et reformuler
  • Demander ce qu'il voit d'autre
  • Décision pour chaque ligne en cause
  • Qui exécute, et quand
  • Ce que le patient fait dès aujourd'hui
  • Écrire au prescripteur concerné

Sources

  • R2C, item 264 : Insuffisance rénale chronique chez l'adulte et l'enfant
  • Collège universitaire des enseignants de néphrologie, chapitre « Maladie rénale chronique »
  • Recommandations en vigueur sur la néphroprotection, l'adaptation posologique au débit de filtration glomérulaire et la préparation à la suppléance. La date de la version consultée fait partie de la source