Fiche de révision
Première consultation d'addictologie
Un chiffre qu'il faut arracher à son contenant, des marqueurs mal hiérarchisés, et un objectif qui appartient au patient.
Sommaire
Entretien et interrogatoire
⚠️ Rien ne se décide avant d'avoir quantifié, ⚠️ et rien ne se quantifie si le patient s'est refermé.
⚠️ Ce qui s'annonce avant tout : qu'on ne vient pas juger. ⚠️ Un reproche ferme cet entretien et tous les suivants, ⚠️ et le patient répondra alors par oui ou par non.
⚠️ Ce qui se quantifie : la consommation en verres standard. ⚠️ « 2 verres le soir » ne veut rien dire tant que le contenant n'a pas été décrit, ⚠️ et un verre à pied rempli à la maison n'est pas un verre standard. ⚠️ Les occasions se détaillent, apéritif, repas, coucher, ⚠️ et le week-end se demande séparément.
⚠️ Ce qui se recherche comme signes d'un trouble de l'usage : une perte de contrôle sur la quantité, ⚠️ un besoin impérieux de consommer, ⚠️ la poursuite malgré les conséquences, ⚠️ le temps consacré, et l'abandon d'activités.
⚠️ Ce qui change la conduite immédiatement : des signes de sevrage au réveil, ⚠️ tremblements, sueurs, nausées, ⚠️ presque jamais reliés par le patient.
⚠️ Ce qui se recense : les autres consommations, ⚠️ tabac, ⚠️ médicaments prescrits pour dormir ou pour l'angoisse, que le patient ne compte pas.
⚠️ Ce qui se demande enfin : le retentissement, ⚠️ travail, conduite, famille, ⚠️ les tentatives d'arrêt passées, ⚠️ l'entourage, et ce que le patient souhaiterait changer.
À retenir
- Un chiffre sans unité n'est pas un chiffre : le contenant se décrit.
- Le week-end se demande séparément du reste de la semaine.
- Des tremblements matinaux jamais reliés changent immédiatement la conduite.
- Ce qui est prescrit n'est pas compté par le patient comme une consommation.
- L'objectif du patient se demande : c'est lui qui commande la suite.
En pratique
- Absence de jugement annoncée
- Consommation quantifiée en verres standard
- Contenant décrit
- Occasions et week-end détaillés
- Perte de contrôle et besoin impérieux recherchés
- Signes de sevrage matinal recherchés
- Autres consommations recensées
- Retentissement, tentatives et objectif explorés
Examen clinique
⚠️ L'examen cherche le retentissement d'une consommation ancienne, ⚠️ et il est souvent le premier depuis longtemps.
⚠️ Ce qui se mesure : le poids, ⚠️ sa variation, ⚠️ la pression artérielle, la fréquence cardiaque, ⚠️ et un tremblement des mains tendues.
⚠️ Ce qui se cherche sur le foie : une hépatomégalie, ⚠️ un bord inférieur ferme, ⚠️ une splénomégalie, ⚠️ une circulation veineuse abdominale, ⚠️ des angiomes cutanés, ⚠️ une rougeur des paumes, et un ictère.
⚠️ Ce qui se cherche sur les nerfs : une diminution de la sensibilité des pieds, ⚠️ une abolition des réflexes, ⚠️ un trouble de l'équilibre, et une amyotrophie des cuisses.
⚠️ Ce qui se cherche comme signes de gravité immédiate : une confusion, ⚠️ des troubles de la marche, ⚠️ une anomalie des mouvements des yeux, triade qui impose un traitement sans attendre.
⚠️ Ce qui s'apprécie sur la nutrition : la fonte musculaire, ⚠️ l'état de la bouche, et l'état cutané.
⚠️ Ce qui se note : le poids et la pression du jour, ⚠️ qui serviront de référence à la consultation suivante.
À retenir
- L'examen d'un patient en addictologie est souvent le premier depuis longtemps.
- Confusion, troubles de la marche et anomalie des mouvements oculaires imposent un traitement sans attendre.
- Les signes cutanés d'atteinte du foie se cherchent sur tout le corps.
- La sensibilité des pieds et les réflexes se testent systématiquement.
- Le poids et la pression du jour servent de référence à la fois suivante.
En pratique
- Poids et variation notés
- Pression et fréquence mesurées
- Tremblement des mains recherché
- Signes cutanés d'atteinte du foie cherchés
- Foie et rate palpés
- Sensibilité et réflexes testés
- Triade neurologique recherchée
- État nutritionnel apprécié
Synthèse paraclinique
⚠️ Dans ce bilan, ce qui est le plus anormal n'est pas ce qui est le plus grave.
⚠️ Ce qui témoigne d'une consommation : un volume globulaire moyen élevé, ⚠️ une gamma glutamyl transférase élevée, ⚠️ et un rapport entre les deux transaminases en faveur de la première. ⚠️ Ces marqueurs disent l'exposition, et rien de la sévérité.
⚠️ Ce qui témoigne d'une atteinte avancée : des plaquettes basses, ⚠️ un taux de prothrombine abaissé, ⚠️ une albumine basse, ⚠️ et une bilirubine élevée. ⚠️ Ces marqueurs disent la fonction, et ce sont eux qui commandent.
⚠️ Ce qui se calcule : un score de fibrose non invasif, ⚠️ et une mesure de l'élasticité du foie quand elle est disponible.
⚠️ Ce qui ne s'interprète pas seul : une ferritine élevée, ⚠️ que l'inflammation, la dénutrition et l'atteinte du foie élèvent aussi, ⚠️ et qui impose la mesure du coefficient de saturation de la transferrine avant toute conclusion.
⚠️ Ce qui se cherche sur le terrain : une carence en folates et en vitamines du groupe B, ⚠️ une baisse du sodium, ⚠️ dont la correction doit être lente, et une baisse du potassium et du magnésium.
⚠️ Ce qui se recherche toujours : les autres causes d'atteinte du foie, ⚠️ virales, métaboliques et auto-immunes, qui coexistent souvent.
À retenir
- Les enzymes disent la souffrance, les facteurs de coagulation disent la fonction.
- Une ferritine élevée n'est pas une surcharge en fer tant que la saturation est inconnue.
- Une correction trop rapide du sodium peut faire plus de mal que l'anomalie.
- Un score de fibrose non invasif se calcule avec les données déjà disponibles.
- Les autres causes d'atteinte du foie coexistent souvent et se cherchent toujours.
En pratique
- Marqueurs d'exposition identifiés
- Marqueurs de fonction identifiés
- Hiérarchie explicitée
- Score de fibrose calculé
- Saturation de la transferrine demandée
- Carences vitaminiques recherchées
- Sels contrôlés
- Autres causes d'atteinte du foie recherchées
Iconographie
Stratégie diagnostique
Urgence vitale
⚠️ Un arrêt brutal non accompagné peut tuer, ⚠️ et le patient croit souvent que c'est la bonne méthode.
⚠️ Ce qui se reconnaît comme sevrage compliqué : une confusion, ⚠️ une agitation, ⚠️ des hallucinations, ⚠️ des sueurs profuses, ⚠️ une fièvre, ⚠️ une déshydratation, et une crise convulsive.
⚠️ Ce qui prédit ce risque : des signes de sevrage matinal habituels, ⚠️ un antécédent de sevrage compliqué, ⚠️ une crise convulsive antérieure, ⚠️ une maladie associée, et l'isolement.
⚠️ Ce qui se fait sans attendre devant une confusion : un apport de vitamine B1, ⚠️ avant tout apport de sucre, ⚠️ car un apport de glucose chez un patient carencé peut déclencher une atteinte neurologique grave.
⚠️ Ce qui s'assure aussi : l'hydratation, ⚠️ la correction prudente des sels, ⚠️ la recherche d'une infection, d'un traumatisme crânien, ⚠️ et d'une hémorragie digestive.
⚠️ Ce qui décide du lieu : un sevrage se fait à l'hôpital en cas d'antécédent compliqué, ⚠️ de maladie sévère associée, ⚠️ de trouble psychiatrique, ou d'isolement.
⚠️ Ce qui ne se fait jamais : conseiller un arrêt immédiat et complet à un patient dépendant, sans accompagnement.
À retenir
- Un arrêt brutal non accompagné peut être dangereux chez un patient dépendant.
- La vitamine B1 précède tout apport de sucre chez un patient carencé.
- Des signes de sevrage matinal habituels prédisent un sevrage compliqué.
- L'isolement suffit à faire choisir l'hôpital.
- Une confusion impose de chercher aussi une infection, un traumatisme, une hémorragie.
En pratique
- Risque de sevrage compliqué évalué
- Antécédents de sevrage recherchés
- Crise convulsive antérieure recherchée
- Vitamine B1 avant tout apport de sucre
- Hydratation assurée
- Sels corrigés prudemment
- Causes associées de confusion cherchées
- Lieu du sevrage décidé
Stratégie de prise en charge
⚠️ La première consultation ne décide pas de l'arrêt, ⚠️ elle décide de la suite.
⚠️ Ce qui fonde le plan : l'objectif du patient. ⚠️ Abstinence ou réduction, ⚠️ les deux sont des objectifs légitimes, ⚠️ et un objectif imposé n'est pas tenu.
⚠️ Ce qui se décide ensuite : le lieu, ⚠️ ambulatoire ou hospitalier, selon le risque de sevrage compliqué, ⚠️ les maladies associées, ⚠️ le trouble psychiatrique, et l'entourage.
⚠️ Ce qui accompagne tout sevrage : une hydratation, ⚠️ une supplémentation en vitamines du groupe B, ⚠️ et un traitement du sevrage adapté et décroissant, prescrit et surveillé.
⚠️ Ce qui se traite en même temps : le trouble du sommeil, ⚠️ l'anxiété, ⚠️ la dépression, sans ajouter une dépendance à une autre, ⚠️ et en réévaluant les traitements déjà prescrits.
⚠️ Ce qui se prescrit à part entière : un accompagnement psychologique, ⚠️ et l'orientation vers un groupe d'entraide, dont l'effet est démontré.
⚠️ Ce qui se traite aussi : les autres consommations, ⚠️ le tabac notamment, dont l'arrêt ne compromet pas le sevrage.
⚠️ Ce qui se date : la consultation suivante, ⚠️ rapprochée, et le contact en cas de difficulté.
À retenir
- Abstinence et réduction sont deux objectifs légitimes ; c'est le patient qui choisit.
- Le lieu du sevrage se décide sur le risque, pas sur la préférence.
- Aucun sevrage sans hydratation ni vitamines du groupe B.
- Traiter l'anxiété et l'insomnie sans ajouter une dépendance à une autre.
- Le tabac se traite en même temps : son arrêt ne compromet pas le sevrage.
En pratique
- Objectif du patient recueilli
- Lieu du sevrage décidé
- Hydratation prévue
- Vitamines prescrites
- Traitement de sevrage décroissant prévu
- Comorbidités psychiatriques traitées
- Accompagnement et groupe proposés
- Consultation suivante datée
Procédure et geste technique
Annonce et information
Éducation et prévention
⚠️ Ce qui se dit ici décide de la venue à la consultation suivante.
⚠️ Ce qui se dit en premier : que le trouble de l'usage est une maladie, ⚠️ que la rechute en fait partie, et qu'elle ne met pas fin au suivi.
⚠️ Ce qui s'explique sur le danger : qu'un arrêt brutal et seul peut être dangereux, ⚠️ et que l'accompagnement n'est pas une précaution excessive.
⚠️ Ce qui se restitue : les résultats du bilan, ⚠️ expliqués ligne par ligne, ⚠️ en distinguant ce qui témoigne de la consommation de ce qui témoigne d'une atteinte, car la peur mal informée fait fuir.
⚠️ Ce qui s'apprend au patient : les signes qui doivent faire consulter sans attendre, ⚠️ vomissements de sang, ⚠️ confusion, ⚠️ jaunisse, ⚠️ fièvre, et gonflement du ventre.
⚠️ Ce qui se conseille sur les autres consommations : la réduction du tabac, ⚠️ la prudence avec les médicaments du sommeil, et l'absence d'automédication.
⚠️ Ce qui se rappelle : la conduite automobile, ⚠️ les obligations professionnelles, et la protection des proches.
⚠️ Ce qui se conclut : un objectif unique, ⚠️ choisi par le patient, ⚠️ reformulé par lui, et une date.
À retenir
- La rechute fait partie de la maladie et ne met pas fin au suivi.
- Un arrêt brutal et seul peut être dangereux : cela se dit explicitement.
- Un bilan se restitue ligne par ligne : la peur mal informée fait fuir.
- Les signes qui imposent de consulter s'apprennent nommément.
- Un objectif unique, choisi et reformulé par le patient, et une date.
En pratique
- Nature de la maladie expliquée
- Place de la rechute dite
- Danger de l'arrêt brutal expliqué
- Bilan restitué ligne par ligne
- Signes d'alerte appris
- Autres consommations abordées
- Conduite et obligations rappelées
- Objectif et date convenus
Communication interprofessionnelle
⚠️ Une prise en charge d'addictologie tient par un réseau, ⚠️ et un patient perdu de vue l'est très vite.
Ce qui se demande au médecin traitant : ⚠️ l'historique des prescriptions, ⚠️ notamment celles du sommeil et de l'anxiété, et la chronologie des bilans antérieurs.
⚠️ Ce qui se transmet au médecin traitant : l'objectif convenu avec le patient, ⚠️ le plan de sevrage, ⚠️ la surveillance biologique prévue, et la date de revoyure.
Ce qui se demande au pharmacien : ⚠️ le relevé des délivrances, ⚠️ et le signalement d'un renouvellement anticipé, information qu'aucun interrogatoire n'obtient.
⚠️ Ce qui s'organise : le lien avec une structure spécialisée, ⚠️ un rendez-vous pris pendant la consultation plutôt qu'un numéro remis, ⚠️ et le contact avec un groupe d'entraide.
⚠️ Ce qui se transmet à l'hépato-gastro-entérologue : le bilan complet, ⚠️ le score de fibrose, et la demande de dépistage des complications.
⚠️ Ce qui se traite avec l'accord du patient seulement : l'information du médecin du travail, ⚠️ et la place d'un proche, ⚠️ le secret professionnel valant ici comme ailleurs.
⚠️ Et ce qui s'écrit : le chiffre de consommation, ⚠️ en verres standard, et sa date, ⚠️ seul repère utilisable à la consultation suivante.
À retenir
- Un rendez-vous pris pendant la consultation vaut mieux qu'un numéro remis.
- Le relevé des délivrances dit ce qu'aucun interrogatoire n'obtient.
- Le médecin du travail n'est informé qu'avec l'accord du patient.
- Le chiffre écrit en verres standard est le seul repère de la fois suivante.
- Un patient d'addictologie est perdu de vue très vite : le lien s'organise d'emblée.
En pratique
- Historique des prescriptions demandé
- Objectif transmis au médecin traitant
- Plan et surveillance transmis
- Délivrances suivies avec le pharmacien
- Rendez-vous spécialisé pris
- Groupe d'entraide proposé
- Bilan transmis au spécialiste du foie
- Chiffre et date écrits au dossier