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Fiche de révision

Consultation de suivi en cancérologie

Entre deux cures, le patient est chez lui. Ce qui arrive de grave arrive à ce moment-là, et il arrive par téléphone à quelqu'un qui n'a pas le dossier. Une fièvre sous chimiothérapie est une urgence tant qu'on n'a pas prouvé le contraire.

Situation de départ 297Catégorie IIIItem R2C 295

Entretien et interrogatoire

Une consultation de suivi cherche trois choses, et la maladie n'est que la première.

Ce que le traitement a fait, toxicité par toxicité, en les nommant plutôt qu'en demandant « ça va ». Nausées, diarrhée, aphtes, fourmillements des mains et des pieds, mains et pieds rouges ou fendillés, essoufflement, palpitations. Une neuropathie qui s'installe ne se rattrape pas : elle se cherche à chaque cure et elle fait modifier la dose avant d'être irréversible.

Ce que la maladie fait, en cherchant les signes propres au site et les signes généraux : poids, appétit, douleur, fatigue mesurée à ce qu'elle empêche.

Ce que la vie fait, parce que le traitement se poursuit chez quelqu'un qui a un travail, des enfants, un trajet à faire et parfois plus de revenus. La question du transport et celle de qui vit à la maison sont médicales, ici : elles décident de ce qui est faisable.

⚠️ Demander ce qui a été pris entre les deux cures, y compris ce qui a été acheté seul ou conseillé par un proche. Le millepertuis, le pamplemousse et plusieurs compléments modifient l'exposition aux anticancéreux, dans les deux sens.

Retenir que les toxicités se demandent en les nommant : personne ne déclare spontanément des fourmillements qu'il attribue au froid.

Le piège

« Est-ce que ça va ? » obtient « ça va » de presque tout le monde. Un patient qui veut que sa cure ait lieu minimise, et un patient épuisé n'a pas la force de dérouler la liste. C'est au soignant de la dérouler.

À retenir

  • Les toxicités se demandent en les nommant, une par une.
  • Une neuropathie qui s'installe ne se rattrape pas : elle se cherche à chaque cure.
  • Le transport et l'entourage sont des données médicales dans ce suivi.
  • Le millepertuis et plusieurs compléments modifient l'exposition aux anticancéreux.

En pratique

  • Toxicités nommées une par une
  • Neuropathie
  • Poids, appétit, douleur, fatigue
  • Fièvre depuis la dernière cure
  • Automédication et compléments
  • Transport, travail, entourage

Examen clinique

Le poids et l'état général valent, à eux deux, la moitié de l'examen. Le poids se compare à celui de la cure précédente et sert au calcul des doses ; l'état général se cote sur une échelle, parce qu'une appréciation en mots ne se compare pas d'une consultation à l'autre et qu'elle conditionne la poursuite du traitement.

La bouche s'examine à chaque fois, et personne ne le fait. Une mucite débutante change l'alimentation, la douleur et le risque infectieux, et elle se voit en dix secondes.

Le dispositif veineux implantable s'inspecte : rougeur, douleur, œdème du bras ou du cou. Une infection de chambre implantable se présente parfois par une simple fièvre, sans rien de local.

S'y ajoutent l'examen du site tumoral et de ses relais, la palpation des aires ganglionnaires, l'examen des zones douloureuses, et la recherche de signes de compression selon la localisation : déficit, troubles sphinctériens, œdème en pèlerine, dyspnée.

⚠️ Un déficit neurologique ou des troubles sphinctériens chez un patient qui a un cancer se traitent comme une urgence jusqu'à preuve du contraire, quelle que soit leur intensité.

Retenir que la bouche et le poids sont les deux gestes que l'on saute et qui rapportent le plus.

Urgence

Une infection de chambre implantable peut n'avoir aucun signe local et se présenter comme une fièvre isolée. Le dispositif s'inspecte, et son absence de rougeur n'élimine rien.

À retenir

  • Le poids se compare et sert au calcul des doses.
  • L'état général se cote, il ne s'apprécie pas en mots.
  • La bouche s'examine à chaque consultation, et personne ne le fait.
  • Un déficit ou des troubles sphinctériens sont une urgence jusqu'à preuve du contraire.

En pratique

  • Poids comparé au précédent
  • État général coté
  • Examen de la bouche
  • Inspection du dispositif implantable
  • Site tumoral et aires ganglionnaires
  • Signes de compression

Synthèse paraclinique

Le bilan qui précède une cure répond à une seule question : peut-on la faire aujourd'hui, et à quelle dose. Il comporte la numération, les polynucléaires neutrophiles et les plaquettes, la fonction rénale et le bilan hépatique selon les molécules.

Le chiffre qui décide le plus souvent est celui des neutrophiles, et il ne se lit jamais seul : la date du dernier bilan compte autant que sa valeur, parce que le creux survient à distance de la cure et qu'un chiffre de la veille de la cure peut être remonté.

Les marqueurs tumoraux ne se lisent que dans leur cinétique, et jamais comme un diagnostic. Une valeur isolée ne conclut rien ; une remontée franche et répétée relance une réévaluation.

L'imagerie de réévaluation se lit contre la précédente, avec les mêmes coupes et les mêmes mesures, et sa conclusion se confronte aux données cliniques : une réponse en imagerie chez quelqu'un qui se dégrade appelle une explication.

⚠️ Devant une fièvre sous chimiothérapie, la numération est urgente, et son résultat ne conditionne pas le début de la prise en charge quand il y a des signes de gravité.

Retenir que la biologie d'avant-cure autorise ou reporte : elle ne surveille rien à elle seule.

À retenir

Le creux des neutrophiles survient à distance de la cure. Un bilan fait trop tôt ou trop tard rassure à tort, et la date de prélèvement fait partie du résultat.

À retenir

  • Le bilan d'avant-cure répond à une question : peut-on la faire aujourd'hui, et à quelle dose.
  • Un chiffre de neutrophiles se lit avec la date à laquelle il a été prélevé.
  • Un marqueur tumoral ne se lit que dans sa cinétique.
  • Devant une fièvre, la numération est urgente et n'attend pas le lendemain.

En pratique

  • Numération avec polynucléaires et plaquettes
  • Date du prélèvement
  • Fonction rénale et bilan hépatique
  • Cinétique des marqueurs
  • Imagerie comparée à la précédente

Iconographie

Sans objet pour cette situation : La lecture d'une imagerie de réévaluation relève de la situation du bilan d'extension et de la réponse tumorale, où elle se lit contre l'examen antérieur avec ses critères propres. Le suivi en utilise la conclusion, il ne la produit pas.

Stratégie diagnostique

Sans objet pour cette situation : Le diagnostic est posé, le stade établi et la stratégie décidée en réunion de concertation pluridisciplinaire : c'est ce qui définit un suivi. La démarche diagnostique appartient aux situations d'appel du cancer.

Urgence vitale

Une fièvre chez un patient sous chimiothérapie est une urgence tant qu'on n'a pas prouvé le contraire. C'est la règle qui sauve le plus de vies dans cette situation, et elle est simple à énoncer : une température au-dessus du seuil du protocole impose une numération en urgence, des hémocultures, et une antibiothérapie probabiliste à large spectre sans attendre le résultat quand il existe des signes de gravité ou une neutropénie connue. Le délai compte en heures, pas en jours.

⚠️ Ce qui tue n'est pas la fièvre, c'est l'attente. « On verra demain », « il n'a que 38,2 », « il n'a pas l'air malade » sont les phrases qui précèdent les formes graves. Un patient neutropénique peut se dégrader en quelques heures avec un examen initial rassurant.

Trois autres urgences se reconnaissent sur peu de signes. La compression médullaire : douleur rachidienne, déficit, troubles sphinctériens, et un délai qui décide de la marche. Le syndrome cave supérieur : œdème du visage et du cou, circulation collatérale, dyspnée. L'hypercalcémie maligne : confusion, constipation, déshydratation, sur un tableau qu'on met volontiers sur le compte du traitement.

S'y ajoutent les urgences du dispositif : infection de chambre implantable, thrombose du membre porteur.

Retenir que la conduite tient en une phrase apprise par cœur : fièvre sous chimiothérapie, numération en urgence, hémocultures, et on ne renvoie pas à la maison.

Urgence

« Il n'a que 38,2 et il n'a pas l'air malade » est la phrase qui précède les formes graves. L'aspect clinique initial d'une neutropénie fébrile est trompeur, et c'est précisément pourquoi la règle est mécanique.

À retenir

  • Une fièvre sous chimiothérapie est une urgence tant qu'on n'a pas prouvé le contraire.
  • Le délai compte en heures : ce qui tue est l'attente, pas la température.
  • Un patient neutropénique se dégrade en quelques heures avec un examen initial rassurant.
  • Compression médullaire, syndrome cave supérieur, hypercalcémie : trois urgences à peu de signes.

En pratique

  • Température et son seuil
  • Numération en urgence
  • Hémocultures avant antibiotique
  • Antibiothérapie sans attendre si gravité
  • Aucun retour à domicile sans avis
  • Recherche des trois urgences de compression et d'hypercalcémie

Stratégie de prise en charge

Le suivi d'un cancer se conduit sur un programme écrit, décidé en réunion de concertation pluridisciplinaire, et remis au patient. Il dit ce qui est fait, à quel rythme, par qui, et jusqu'à quand.

La surveillance après un traitement à visée curative repose sur peu de choses et se retient par sa logique : un examen clinique régulier, plus rapproché les premières années où le risque de récidive est le plus élevé, l'imagerie et les examens propres au site, et l'entretien de ce qui reste modifiable, tabac, alcool, activité physique.

⚠️ Ce qui ne se fait pas est aussi structurant : multiplier les examens hors programme n'améliore pas le pronostic, produit des découvertes sans conséquence, et transforme un suivi en attente permanente.

Les soins de support ne sont pas un supplément. La douleur, la nutrition, l'accompagnement psychologique, le social, l'activité physique adaptée : chacun a un effet démontré et chacun se propose activement, parce que personne ne les réclame.

La toxicité qui persiste se traite pour elle-même : une neuropathie séquellaire, une fatigue durable, un lymphœdème, une ménopause induite. Elles ne sont pas le prix à payer, elles sont des maladies qui ont un traitement.

Devant une toxicité sévère ou une progression, la décision revient à la réunion, pas à la consultation. Ce qui se décide seul est ce qui ne peut pas attendre.

Retenir que le suivi est un programme, pas une suite de consultations, et qu'un patient qui ne sait pas ce qui est prévu pour lui n'est pas suivi, il est convoqué.

À retenir

Un patient qui ne sait pas ce qui est prévu pour lui n'est pas suivi, il est convoqué. Le programme se remet, se relit, et se corrige quand la vie du patient change.

À retenir

  • Le suivi se conduit sur un programme écrit, décidé en réunion et remis au patient.
  • Multiplier les examens hors programme n'améliore pas le pronostic.
  • Les soins de support se proposent activement, personne ne les réclame.
  • Une toxicité qui persiste est une maladie qui a un traitement, pas un prix à payer.
  • Ce qui se décide seul est ce qui ne peut pas attendre la réunion.

En pratique

  • Programme personnalisé remis et expliqué
  • Rythme de surveillance et examens du site
  • Soins de support proposés activement
  • Toxicités persistantes traitées
  • Facteurs modifiables
  • Retour en réunion si toxicité sévère ou progression

Procédure et geste technique

Sans objet pour cette situation : La consultation de suivi ne comporte aucun geste technique. La pose et l'utilisation d'une chambre implantable appartiennent aux situations de l'abord veineux, où elles se décrivent avec leurs complications propres.

Annonce et information

Sans objet pour cette situation : L'annonce d'une maladie grave et celle d'une aggravation sont hors du périmètre du corpus (D44). Ce qui relève du suivi est l'information répétée et l'éducation, traitées dans la section correspondante.

Éducation et prévention

Ce qu'un patient doit emporter d'une consultation de suivi tient en une carte qu'il garde sur lui, et cette carte porte peu de choses.

Le seuil de température et le numéro à appeler, écrits. Un patient sous chimiothérapie doit savoir qu'une fièvre se mesure, que le chiffre compte, qu'il appelle le jour même et qu'il ne prend pas de paracétamol avant d'avoir pris sa température. Cette consigne seule change des pronostics.

Les signes qui font appeler sans attendre : fièvre, frissons, diarrhée qui ne s'arrête pas, aphtes qui empêchent de boire, essoufflement, douleur nouvelle, déficit, rougeur autour du dispositif.

Ce qui ne se prend pas sans en parler : anti-inflammatoires, millepertuis, compléments alimentaires, produits conseillés en dehors du parcours.

Ce qui aide et qu'il faut proposer : l'activité physique adaptée, dont le bénéfice sur la fatigue est démontré, l'aide diététique, l'accompagnement psychologique, et les dispositifs sociaux, souvent méconnus.

⚠️ Un objectif à la fois, choisi par le patient, et vérifié à la consultation suivante. Une consultation qui délivre huit consignes n'en fait appliquer aucune.

Retenir que la consigne de la fièvre est la plus rentable de toute la cancérologie ambulatoire, et qu'elle se donne par écrit à chaque patient.

Moyen mnémotechnique

Ce que le patient doit savoir dire au téléphone : je suis sous chimiothérapie, ma dernière cure était il y a tant de jours, ma température est de tant. Trois phrases, et elles suffisent à déclencher la bonne conduite chez qui décroche.

À retenir

  • Le seuil de température et le numéro à appeler, écrits, sur une carte que le patient garde.
  • Appeler le jour même, et ne pas prendre de paracétamol avant d'avoir pris sa température.
  • Ce qui ne se prend pas sans en parler : anti-inflammatoires, millepertuis, compléments.
  • L'activité physique adaptée a un effet démontré sur la fatigue.
  • Un objectif à la fois, vérifié à la consultation suivante.

En pratique

  • Carte avec le seuil et le numéro
  • Appeler le jour même
  • Signes qui font appeler
  • Ce qui ne se prend pas seul
  • Activité physique adaptée proposée
  • Un objectif choisi par le patient

Communication interprofessionnelle

Entre deux cures, le patient appartient à la ville. L'infirmière libérale le voit plusieurs fois par semaine, le médecin traitant le connaît depuis des années, le pharmacien délivre tout. Aucun des trois n'a le protocole, la date de la dernière cure ni le dernier bilan, et c'est l'hôpital qui les leur doit.

Ce qui doit partir de l'hôpital vers la ville : le protocole et son rythme, la date de la prochaine cure, ce qu'il faut surveiller, les signes qui doivent faire appeler, et un numéro joignable qui aboutit à quelqu'un qui a le dossier. Un numéro qui sonne dans le vide transforme chaque incident en passage aux urgences.

Ce qui doit remonter de la ville vers l'hôpital : la fièvre, la diarrhée, les vomissements, le poids qui baisse, ce que le patient a arrêté de lui-même.

⚠️ Un appel de la ville ne se traite pas comme un compte rendu. Celui qui appelle donne ce qui l'a frappé, dans l'ordre où cela lui vient, et le point important arrive souvent au milieu d'autre chose. La fièvre se glisse entre une question sur le pansement et une question sur le rendez-vous. Il faut écouter jusqu'au bout, reformuler, et demander ce qu'il a constaté d'autre.

Ce qui repart d'un appel : la conduite pour aujourd'hui, qui l'exécute, et ce que le patient doit faire dans l'heure. Une conduite sans exécutant n'est pas une conduite.

Retenir que la personne qui appelle a vu le patient et pas le dossier, et que celle qui répond a le dossier et pas le patient. C'est l'échange qui fait la décision, pas l'un des deux.

Le piège

Une fièvre annoncée entre deux questions pratiques passe inaperçue de qui attend une urgence annoncée comme telle. Elle ne sera pas répétée : celui qui appelle a le sentiment de l'avoir dite.

À retenir

  • Entre deux cures, le patient appartient à la ville, qui n'a ni le protocole ni le dernier bilan.
  • Un numéro qui sonne dans le vide transforme chaque incident en passage aux urgences.
  • Le point important d'un appel arrive souvent au milieu d'autre chose.
  • Une conduite sans exécutant désigné n'est pas une conduite.
  • Celui qui appelle a vu le patient, celui qui répond a le dossier.

En pratique

  • Écouter jusqu'au bout et reformuler
  • Demander ce qui a été constaté d'autre
  • Protocole, date de cure, dernier bilan transmis
  • Signes qui doivent faire rappeler
  • Numéro joignable qui aboutit au dossier
  • Conduite du jour, et qui l'exécute

Sources

  • R2C, item 295 : Prise en charge et accompagnement d'un malade atteint de cancer en abordant les problématiques techniques, relationnelles, sociales et éthiques. Traitements symptomatiques. Modalités de surveillance.
  • Collège national des enseignants de cancérologie, chapitre « Prise en charge et accompagnement du malade atteint de cancer »
  • Recommandations en vigueur sur la conduite à tenir devant une neutropénie fébrile et sur les modalités de surveillance après traitement. La date de la version consultée fait partie de la source