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Fiche de révision

Dépistage et conseils devant une infection sexuellement transmissible

Une demande de dépistage arrive presque toujours plus étroite que le besoin : ce qui se cherche dépend des pratiques, ce qui se prélève dépend des sites exposés, et rien de tout cela ne se devine.

Situation de départ 305Catégorie IVItem R2C 162

Entretien et interrogatoire

L'interrogatoire est ici l'examen complémentaire principal : c'est lui qui décide de ce qu'on cherche et de l'endroit où on le cherche. Il se conduit sans détour et sans gêne apparente, parce que celle du soignant devient immédiatement celle du patient.

Ce qui se demande sur l'exposition : la date du ou des rapports en cause, leur nombre, et ce qui a motivé la consultation. Un message reçu d'un partenaire, un symptôme, un projet de grossesse, un changement de vie ne conduisent pas au même bilan.

⚠️ Ce qui se demande sur les pratiques, et il n'y a pas de formulation élégante qui remplace la question directe : rapports vaginaux, anaux, par la bouche, protégés ou non, avec des partenaires de quel sexe. Ces réponses commandent les sites à prélever, et rien d'autre ne les donne.

Ce qui se demande sur les partenaires : leur nombre sur la période, la possibilité de les joindre, et ce que le patient sait de leur statut.

Ce qui se demande sur les antécédents : dépistages antérieurs et leurs dates, infections déjà traitées, vaccinations reçues, et pour les femmes, contraception, grossesse et suivi gynécologique.

Ce qui se demande sur les symptômes, sans s'y arrêter : écoulement, brûlures, lésion, douleur, éruption. Leur absence ne change pas le bilan.

Une question de fin ouvre souvent le vrai motif : ce qui inquiète le patient.

Le piège

Demander « avez-vous une partenaire » plutôt que « avec qui avez-vous des rapports ». La première question ferme la consultation en une phrase.

À retenir

  • L'interrogatoire décide de ce qu'on cherche et de l'endroit où on le cherche.
  • Les pratiques se demandent directement : aucune formule détournée ne les remplace.
  • La gêne du soignant devient aussitôt celle du patient.
  • L'absence de symptôme ne réduit pas le bilan.
  • Demander ce qui inquiète découvre souvent le motif réel de la consultation.

En pratique

  • Motif réel de la consultation
  • Date et nombre des rapports en cause
  • Pratiques et sites exposés
  • Sexe et nombre de partenaires
  • Protection utilisée
  • Dépistages antérieurs et vaccinations
  • Ce qui inquiète le patient

Examen clinique

L'examen est le plus souvent normal, et c'est attendu : la plupart de ces infections sont asymptomatiques. Il se fait quand même, parce qu'il change tout lorsqu'il trouve quelque chose.

Sur les organes génitaux : recherche d'un écoulement urétral, spontané ou provoqué, d'une rougeur du méat, d'une lésion cutanée ou muqueuse. Une ulcération se décrit par son caractère unique ou multiple, douloureux ou non, son fond et sa base, éléments qui orientent d'emblée.

Les aires ganglionnaires inguinales se palpent des deux côtés.

⚠️ La peau entière fait partie de l'examen : une éruption du tronc s'étendant aux paumes et aux plantes est une présentation classique d'une infection à un stade secondaire, et elle est facile à ne pas relier au motif de consultation.

La bouche et la gorge s'examinent, comme la marge anale quand les pratiques le justifient.

Chez la femme, l'examen gynécologique cherche une cervicite, des leucorrhées, une douleur à la mobilisation utérine et une douleur annexielle, qui font sortir du cadre du simple dépistage.

Ce qui se documente est ce qui a été vu, y compris la normalité, parce que le résultat du laboratoire s'interprétera avec.

L'intimité et le confort se respectent comme partout ailleurs, et davantage ici : cet examen est vécu comme un jugement s'il est conduit sans explication.

À retenir

Toute ulcération génitale fait rechercher une infection à tréponème, quelle que soit son apparence.

À retenir

  • Un examen normal est le résultat le plus fréquent, et il se fait quand même.
  • Une ulcération se décrit : unique ou multiple, douloureuse ou non, son fond et sa base.
  • Une éruption des paumes et des plantes est une présentation classique à ne pas manquer.
  • Une douleur à la mobilisation utérine fait sortir du cadre du dépistage.
  • Ce qui est normal se documente aussi : le laboratoire s'interprétera avec.

En pratique

  • Écoulement urétral, spontané ou provoqué
  • Lésion ou ulcération, décrite
  • Aires ganglionnaires inguinales
  • Peau du tronc, paumes et plantes
  • Bouche, gorge, marge anale selon les pratiques
  • Examen gynécologique si indiqué

Synthèse paraclinique

Un bilan de dépistage se compose de deux façons : ce qu'on cherche, et où on le cherche. La seconde question est celle qu'on oublie.

Ce qu'on cherche couvre au minimum l'infection par le virus de l'immunodéficience humaine, la syphilis, l'hépatite B, le gonocoque et le chlamydia. La place de l'hépatite C et d'autres recherches dépend du profil et des recommandations en vigueur.

⚠️ Où on le cherche dépend des pratiques. Une recherche par amplification génique sur le premier jet d'urine ne détecte pas une infection pharyngée ou anale : les écouvillonnages correspondants se font quand les sites ont été exposés. Une recherche faite au mauvais endroit produit un résultat négatif qui ne veut rien dire.

⚠️ Le délai depuis l'exposition fait partie de l'interprétation. Un test réalisé trop tôt peut être négatif alors que l'infection est présente : le patient repart rassuré à tort, et le sujet se referme pour des mois. Un contrôle se programme d'emblée, à la date qui convient. Les délais exacts relèvent des recommandations en vigueur.

Une sérologie de la syphilis s'interprète sur deux tests, l'un qui reste positif à vie et l'autre qui suit l'activité de l'infection. Un seul des deux ne permet ni d'affirmer une infection évolutive, ni de suivre un traitement.

Un résultat positif en fait chercher d'autres : les coinfections sont fréquentes, et une infection trouvée est une raison de compléter, pas de conclure.

Le piège

Rendre un résultat négatif sans dire de quand datait l'exposition. Le négatif porte sur une date, pas sur une personne.

À retenir

  • Un bilan se définit par ce qu'on cherche et par l'endroit où on le cherche.
  • Une recherche sur les urines ne détecte pas une infection pharyngée ou anale.
  • Un test trop précoce rend un négatif ininterprétable : le contrôle se programme d'emblée.
  • La syphilis s'interprète sur deux tests aux significations différentes.
  • Une infection trouvée fait chercher les autres : les coinfections sont fréquentes.

En pratique

  • Virus de l'immunodéficience humaine, syphilis, hépatite B
  • Gonocoque et chlamydia par amplification génique
  • Sites prélevés selon les pratiques déclarées
  • Délai depuis l'exposition pris en compte
  • Contrôle programmé à la bonne date
  • Recherche des autres infections si l'une est trouvée

Iconographie

Sans objet pour cette situation : Aucune imagerie n'intervient dans une consultation de dépistage. Une imagerie ne devient utile que devant une complication, salpingite ou abcès, qui relève alors d'une autre situation de départ.

Stratégie diagnostique

Deux situations très différentes portent le même nom. Un patient asymptomatique qui vient se faire dépister relève d'un bilan défini par ses pratiques. Un patient qui a un symptôme relève d'un raisonnement par syndrome, et le bilan en découle.

Devant un écoulement urétral, les deux germes à rechercher d'emblée sont le gonocoque et le chlamydia, et un traitement peut être institué avant les résultats compte tenu du risque de perte de vue et de transmission.

Devant une ulcération génitale, la syphilis se recherche systématiquement, quelle que soit l'apparence de la lésion, et l'herpès reste la cause la plus fréquente.

Devant des végétations, le diagnostic est clinique, et l'occasion de vérifier le statut vaccinal et le dépistage du col chez les femmes concernées.

Devant des leucorrhées ou une cervicite, la recherche porte sur les mêmes germes, et l'examen cherche les signes qui feraient craindre une atteinte haute.

⚠️ Dans tous les cas, la question suivante est la même : quelles autres infections chercher, et chez qui. Une infection sexuellement transmissible est un diagnostic qui en concerne plusieurs personnes, et le raisonnement ne s'arrête pas au patient assis en face.

Ce qui ne se fait pas : traiter sans avoir prélevé quand le prélèvement est possible, ni conclure sur un bilan incomplet parce que le patient était pressé.

À retenir

Une infection sexuellement transmissible concerne toujours plus d'une personne : le raisonnement inclut les partenaires dès la première consultation.

À retenir

  • Dépistage et symptôme ne conduisent pas au même raisonnement.
  • Toute ulcération génitale fait rechercher une syphilis, quelle que soit son apparence.
  • Devant un écoulement, un traitement peut précéder les résultats.
  • Une infection trouvée pose aussitôt la question des autres et des partenaires.
  • Un bilan incomplet parce que le patient était pressé conclut faussement.

En pratique

  • Symptomatique ou dépistage : la démarche diffère
  • Prélèvements avant traitement quand c'est possible
  • Syphilis recherchée devant toute ulcération
  • Autres infections cherchées si une est trouvée
  • Partenaires identifiés

Urgence vitale

Sans objet pour cette situation : Une consultation de dépistage ne comporte pas d'urgence vitale. Les complications qui en relèvent, infection génitale haute, forme disséminée ou atteinte neurologique, constituent des tableaux constitués qui appartiennent à d'autres situations de départ.

Stratégie de prise en charge

Une prise en charge complète comporte cinq volets, et le traitement du patient n'en est qu'un.

Traiter, selon le germe et les schémas en vigueur, en tenant compte des résistances pour le gonocoque, et sans attendre les résultats lorsque le tableau et le risque de perte de vue le justifient.

⚠️ Traiter les partenaires, ce qui est la condition pour que le patient ne soit pas réinfecté la semaine suivante. Un traitement du seul patient est un traitement incomplet, et ce point est le plus souvent négligé.

Interrompre la transmission pendant le traitement : abstention ou préservatif jusqu'au terme du traitement du patient et de ses partenaires. Le délai se dit, sans quoi il n'existe pas.

Contrôler, quand le germe ou le site l'exige, et reprogrammer les tests qui avaient été faits trop tôt après l'exposition.

Compléter le dépistage : une infection trouvée fait chercher les autres, et l'occasion sert à vérifier les vaccinations et la contraception.

⚠️ Ce qui relève d'un avis ou d'une orientation : une grossesse, une infection génitale haute, une atteinte neurologique ou oculaire, une infection chez un patient immunodéprimé, un échec de traitement.

Une prise en charge se conclut par une date : celle du contrôle, celle du résultat, celle de la prochaine consultation.

Le piège

Traiter sans organiser le traitement des partenaires. La réinfection survient avant même le contrôle.

À retenir

  • Traiter le seul patient est un traitement incomplet.
  • Le délai d'abstention ou de protection se dit explicitement, sinon il n'existe pas.
  • Un test fait trop tôt se refait : il ne se réinterprète pas.
  • Une infection trouvée est l'occasion de vérifier vaccinations et contraception.
  • Une prise en charge se conclut par des dates, pas par des intentions.

En pratique

  • Traitement adapté au germe et aux recommandations
  • Partenaires traités
  • Abstention ou protection pendant le traitement, avec sa durée
  • Contrôle programmé
  • Tests trop précoces reprogrammés
  • Vaccinations et contraception vérifiées

Procédure et geste technique

Sans objet pour cette situation : Les prélèvements de dépistage sont réalisés au laboratoire ou par le patient lui-même. Ce qui incombe au médecin est d'expliquer comment ils se font, ce qui relève de l'éducation et non d'un geste technique évalué.

Annonce et information

Sans objet pour cette situation : L'annonce d'une maladie grave est explicitement hors du périmètre du deuxième cycle. Ce qui relève de cette situation est l'information avant le test, ce qui sera cherché et ce qui sera fait du résultat, et cette information est traitée avec l'éducation du patient.

Éducation et prévention

Une consultation de dépistage est une consultation de prévention, et ce qui s'y transmet vaut souvent plus que le résultat attendu.

⚠️ Ce qui se dit avant le test : ce qui va être cherché, sur quels sites, ce qu'un résultat négatif signifiera compte tenu de la date de l'exposition, et ce qui sera fait s'il est positif. Un patient prévenu de tout cela revient chercher son résultat ; un patient qui ne l'est pas disparaît.

⚠️ La notification aux partenaires s'enseigne avec des mots concrets. Dire au patient qu'il « doit prévenir ses partenaires » ne suffit pas : il faut lui donner une formulation utilisable, un message qui dit qu'un dépistage est conseillé sans obliger à se justifier, et lui rappeler que des dispositifs anonymes existent quand le contact direct est impossible.

La protection se discute sans morale : préservatif pour tous les rapports, y compris par la bouche, et ses limites se disent, il ne protège pas complètement des infections transmises par contact cutané.

La vaccination contre le papillomavirus et contre l'hépatite B se propose selon l'âge et le profil, et les rattrapages existent.

La prophylaxie préexposition s'évoque devant une exposition répétée, et se prescrit dans un cadre défini.

⚠️ La confidentialité se dit explicitement, surtout chez un patient jeune vivant chez ses parents. L'existence de lieux de dépistage gratuits et anonymes fait partie de l'information.

Un dépistage régulier vaut mieux qu'un dépistage événementiel chez les patients à exposition répétée.

À retenir

Des lieux de dépistage gratuits, anonymes et sans avance de frais existent : les nommer lève l'obstacle principal chez un patient jeune.

Le piège

Faire la morale. Un patient qui se sent jugé ne revient pas chercher son résultat et ne prévient personne.

À retenir

  • Ce qui se dit avant le test décide si le patient revient chercher son résultat.
  • Prévenir un partenaire s'enseigne avec une phrase utilisable, pas avec un principe.
  • Le préservatif se propose avec ses limites, sinon le conseil se retourne au premier échec.
  • La confidentialité se dit explicitement, en particulier chez un patient jeune.
  • Chez un patient à exposition répétée, le dépistage devient régulier et non événementiel.

En pratique

  • Information avant le test : ce qui est cherché et sur quels sites
  • Signification d'un négatif selon la date d'exposition
  • Formulation concrète pour prévenir un partenaire
  • Préservatif, avec ses limites
  • Vaccinations proposées
  • Confidentialité et lieux gratuits nommés
  • Rythme de dépistage convenu

Communication interprofessionnelle

Ce qui n'est pas écrit sur l'ordonnance du laboratoire ne sera pas cherché.

⚠️ Au laboratoire se transmettent les recherches demandées et les sites à prélever, explicitement. Une demande qui dit seulement « recherche de gonocoque et chlamydia » sera honorée sur les urines, et l'infection pharyngée passera au travers. Le contexte utile, date de l'exposition et pratiques, s'indique sans détail superflu.

Aux centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic s'orientent les patients pour qui l'anonymat, la gratuité ou l'absence de médecin traitant sont des obstacles. Les connaître et savoir en donner l'adresse fait partie de la consultation.

Aux dispositifs de notification peuvent être confiées les situations où le patient ne peut pas prévenir lui-même. Ils existent, ils sont anonymes, et beaucoup de patients ignorent leur existence.

Au médecin traitant, l'information ne se transmet qu'avec l'accord du patient, et cet accord se demande. Chez un patient jeune, le supposer est la faute qui rompt la confiance.

Les obligations de déclaration de certaines infections relèvent des textes en vigueur et s'appliquent au biologiste comme au clinicien.

Une transmission utile tient dans un ordre fixe : qui est le patient, ce qui est demandé, pourquoi, ce qui reste à faire et par qui, et ce qui doit alerter.

Le piège

Écrire « bilan IST » sur une ordonnance de laboratoire. Personne ne sait ce que cela recouvre, et le résultat rendu ne sera pas celui qu'on croit avoir demandé.

À retenir

  • Les sites à prélever s'écrivent sur la demande : sans cela ils ne sont pas faits.
  • Les centres gratuits et anonymes lèvent les obstacles que la consultation ne lève pas.
  • Des dispositifs anonymes de notification existent quand le patient ne peut pas prévenir.
  • L'information du médecin traitant suppose l'accord du patient, qui se demande.
  • Une transmission suit un ordre fixe : patient, demande, motif, à faire, alerte.

En pratique

  • Recherches nommées une par une sur la demande
  • Sites de prélèvement précisés
  • Date d'exposition indiquée
  • Orientation vers un centre gratuit proposée
  • Accord du patient avant toute transmission

S'entraîner sur cette situation

Sources

  • R2C, item 162 : Infections sexuellement transmissibles (IST) : gonococcies, chlamydioses, syphilis, papillomavirus humain (HPV), trichomonose
  • Collège des enseignants de maladies infectieuses et tropicales, chapitre « Infections sexuellement transmissibles »
  • Recommandations en vigueur sur le dépistage des infections sexuellement transmissibles, sur les sites de prélèvement selon les pratiques, sur les délais de fiabilité des tests, sur le traitement des partenaires, sur la vaccination et sur la prophylaxie préexposition. La date de la version consultée fait partie de la source