Cette fiche vous apprend à conduire une consultation sur le mode de vie avec une personne qui a déjà reçu les conseils sans rien changer : partir de ce qui a été essayé et de ce qui l'a interrompu, lever les obstacles un par un, et convenir d'un seul objectif, écrit en actes. Elle suit le fil de la consultation : l'histoire des tentatives, la vie réelle et ses obstacles, l'examen et les examens, le premier pas, ce qui se dit pour débloquer, puis ce qui se transmet aux autres intervenants.
SommaireEnviron 10 min
- Commencer par ce qui a été essayé, et par ce qui l'a interrompu
- Reconstituer une journée réelle, et chercher ce qui l'empêche
- Examiner ce que la personne peut faire, avant de lui dire quoi faire
- Des examens pour choisir le levier, et non pour vérifier la parole
- Lever les obstacles d'abord, puis convenir d'un seul premier pas
- Cesser de répéter : ce qui se dit, et qui débloque
- Le sommeil, l'activité et l'alimentation, et un objectif remis par écrit
- Transmettre l'objectif convenu, et ce qui a fait échouer
- À retenir pour la station
Commencer par ce qui a été essayé, et par ce qui l'a interrompu
La consultation ne commence pas par ce qu'il faudrait faire, mais par ce qui a été essayé. C'est le fil de toute la démarche : on ne change pas un comportement en répétant une consigne, on le change en levant des obstacles, un seul à la fois.
Les tentatives passées se recueillent : leur nombre, leur durée, et ce qui a marché pendant qu'elles duraient. Surtout, ce qui les a interrompues se demande. C'est la question la plus utile de la consultation, et la moins posée : ce qui a fait échouer une tentative vaut plus que la tentative elle-même.
Ce qui a déjà été proposé se reconstitue aussi : par qui, combien de fois, sous quelle forme, et ce que la personne en a retenu. Une consigne déjà répétée n'a pas plus d'effet à la répétition suivante.
Reconstituer une journée réelle, et chercher ce qui l'empêche
Ce qui se reconstitue ensuite est une journée ordinaire, du lever au coucher, et une journée de repos. Les conseils s'appliquent à une vie réelle, et non à une moyenne. Le travail posté rend inapplicable une grande partie des conseils standards.
Les obstacles à rechercher dans les conditions de vie :
- Les horaires de travail, et un travail posté ou de nuit.
- Les trajets et la charge familiale.
- Le budget et l'accès aux commerces.
- Le logement et l'isolement.
Les obstacles de santé se recherchent aussi, avant tout conseil. Une douleur qui limite se cherche avant de conseiller la marche.
Les obstacles de santé à rechercher :
- Une douleur qui limite l'activité.
- Une dyspnée ou une fatigue.
- Un trouble du sommeil.
- Une dépression ou un trouble du comportement alimentaire.
- Les effets des traitements.
L'entourage se demande : qui fait les courses, qui cuisine, ce que la famille mange, et qui soutient ou décourage. La dernière question porte sur ce que la personne serait prête à changer, et sur ce qu'elle ne changera pas, une information aussi utile que la première.
Examiner ce que la personne peut faire, avant de lui dire quoi faire
L'examen sert ici à savoir ce que la personne peut faire, avant de lui dire quoi faire. Se mesurent le poids, la taille, l'indice de masse corporelle, le tour de taille, la pression artérielle avec un brassard adapté, et la fréquence cardiaque.
Avant de prescrire une activité, la capacité réelle s'évalue : le périmètre de marche, la capacité à monter des marches, l'équilibre, les douleurs déclenchées et l'essoufflement. Le périmètre de marche et les douleurs déclenchées conditionnent la prescription, et mesurer le périmètre de marche avant de prescrire une activité donne le point de départ réel.
L'appareil locomoteur s'examine : les articulations douloureuses, leur amplitude, la force, et l'état des pieds, un préalable chez le patient diabétique. Des freins se cherchent aussi : une insuffisance cardiaque, une atteinte respiratoire, une anémie, une atteinte neurologique.
Le sommeil s'apprécie à l'examen : des signes d'apnée, une somnolence, un décalage lié au travail posté. Des signes d'apnée expliquent une fatigue attribuée au mode de vie.
Des repères objectifs et reproductibles se notent pour la suite : le poids, le tour de taille, le périmètre de marche et la pression, qui permettront de mesurer autre chose que le poids. Pendant la consultation s'observent aussi la manière dont la personne s'assoit et se relève, son souffle après le couloir, et sa réaction quand on aborde le sujet, bras croisés ou penchée en avant.
Des examens pour choisir le levier, et non pour vérifier la parole
Les examens servent ici à choisir le levier, et à vérifier qu'aucun obstacle médical n'est laissé derrière. Selon la maladie, les paramètres de suivi habituels se contrôlent à un rythme adapté, et non à chaque consultation.
Une cause médicale de fatigue se cherche avant d'attribuer la fatigue au mode de vie : une anémie, une atteinte de la thyroïde, une carence, une atteinte rénale. Devant une somnolence et des ronflements, une exploration du sommeil est fréquemment indiquée, et elle change souvent tout le reste.
L'absence d'amélioration biologique s'interprète avec prudence. Elle ne prouve pas l'absence de changement : le délai peut être long, et d'autres bénéfices apparaissent plus tôt. Des dosages destinés à vérifier ce que la personne dit ne se prescrivent pas : ils détruisent la relation, et ils ne prouvent rien.
Un résultat se restitue comparé au précédent, avec ce qu'il change, et sans en faire un jugement moral. Au moment de le rendre se disent ce qu'il mesure, le délai auquel il répond, et ce qu'il ne mesure pas. Un chiffre présenté comme un verdict fait cesser les efforts qu'il ne voyait pas.
D'autres mesures suivent l'effort : le nombre de pas, le périmètre de marche, la durée du sommeil. Le nombre de jours où l'objectif a été tenu est aussi une mesure.
Lever les obstacles d'abord, puis convenir d'un seul premier pas
Ce qui se décide n'est pas un programme, c'est un premier pas. Avant de conseiller se traitent la douleur qui empêche l'activité, le trouble du sommeil, la dépression et les obstacles matériels. Faute de quoi, le conseil est une prescription d'échec.
L'objectif est unique, choisi par la personne, et formulé en actes et non en résultats. Il est précis, daté et écrit. « Perdre du poids », même chiffré en kilogrammes, n'est pas un objectif ; « ne pas acheter de boisson sucrée au distributeur du poste de nuit » en est un. C'est le seul objectif dont on saura s'il a été tenu.
Le travail posté impose des repères par poste, et non un horaire fixe. S'y ajoutent des repas emportés, une activité placée avant le poste, et un rythme de sommeil protégé.
Une orientation vaut par le rendez-vous pris, vers une diététicienne, vers un enseignant en activité physique adaptée ou vers un programme d'éducation thérapeutique. La personne qui fait les courses et qui cuisine est invitée à la consultation suivante, avec l'accord du patient.
La rechute se prévoit : elle s'annonce comme normale, avec une conduite à tenir quand elle survient. La réévaluation se date, rapprochée, et non dans plusieurs mois.
Cesser de répéter : ce qui se dit, et qui débloque
L'éducation est ici la situation elle-même, et elle commence par cesser de répéter. Ce qui débloque se dit explicitement : les échecs passés ne sont pas un manque de volonté, les conditions de vie pèsent plus que la motivation, et le soignant n'est pas là pour juger.
Avant de conseiller, l'autorisation de donner un conseil se demande, avec ce que la personne sait déjà. Cela évite de répéter ce qu'elle a déjà entendu de nombreuses fois.
Le bénéfice attendu s'explique concrètement : son ordre de grandeur et son délai. Des bénéfices apparaissent avant toute perte de poids, sur le sommeil, l'humeur, l'essoufflement et la douleur.
Le sommeil, l'activité et l'alimentation, et un objectif remis par écrit
Le sommeil est un levier au même titre que l'alimentation. Un manque de sommeil augmente l'appétit, et le sommeil se protège même en travail posté.
Réduire le temps assis compte déjà. L'activité est bénéfique même sans perte de poids, et elle se choisit selon les douleurs.
L'alimentation s'enseigne par des repères simples, plutôt que par une liste d'interdits. Ces repères sont compatibles avec le budget, et avec ce que la famille mange.
Ce qui se remet en fin de consultation est l'objectif écrit. Il porte sa date, et la manière de savoir s'il a été tenu.
Transmettre l'objectif convenu, et ce qui a fait échouer
Rien n'use plus un patient que d'entendre le même conseil par plusieurs bouches différentes. À chaque intervenant se transmet l'objectif convenu, et non une consigne générale, avec ce qui a déjà été essayé, ce qui a fait échouer et les obstacles identifiés. Ce qui a fait échouer les tentatives est l'information la plus utile aux autres intervenants.
Au médecin traitant se demandent l'histoire des tentatives, les orientations déjà faites, et ce qui a été proposé sans être suivi. Au service de santé au travail se demandent les horaires réels, les possibilités de restauration, les temps de pause et les aménagements envisageables.
Avec la diététicienne s'organisent un rendez-vous pris et la transmission du contexte : le budget, les horaires, et qui cuisine. Sans quoi le conseil sera hors sol. L'enseignant en activité physique adaptée reçoit les limitations, les douleurs, le périmètre de marche et les contraintes d'horaires.
Se coordonnent aussi le psychologue, le kinésithérapeute, le spécialiste de la maladie et le programme d'éducation thérapeutique. Et s'écrivent l'objectif, sa date, ce qui a été tenu et ce qui a fait échouer : faute de trace écrite, la consultation suivante recommencera à zéro.
À retenir pour la station
Commencez par ce qui a été essayé, et demandez ce qui a interrompu chaque tentative : c'est la question la plus utile, et la moins posée. Reconstituez une journée réelle, horaires de travail, budget, qui cuisine, et cherchez les obstacles de santé, dont une douleur qui limite, le sommeil et une dépression. Dites que les échecs ne sont pas un manque de volonté, et demandez l'autorisation avant de conseiller. Levez les obstacles avant de conseiller, puis convenez d'un seul objectif, choisi par la personne, écrit en actes et daté, avec une réévaluation rapprochée. Le sommeil est un levier au même titre que l'alimentation. Transmettez l'objectif, et ce qui a fait échouer.
S'entraîner sur cette situation
Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.
Sources
Endocrinologie, diabétologie et maladies métaboliques
Collège des enseignants d'endocrinologie, diabète et maladies métaboliques (CEEDMM). 6e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
- Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.
- Éducation thérapeutique du patient. Définition, finalités et organisation (Ouvre un nouvel onglet)
Haute Autorité de santé (HAS). Recommandations.
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