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Fiche de révision

Annonce d'un diagnostic de maladie grave au patient et/ou à sa famille

Ce qui décide de la façon dont une annonce est vécue se joue avant elle et après elle, bien plus que pendant : la préparation, le temps laissé, ce qui est vérifié, et ce qui est organisé pour la suite.

Situation de départ 327Catégorie VItem R2C 1Item R2C 7

Entretien et interrogatoire

Ce qui se recueille avant décide de la façon dont l'annonce se déroulera, et cette préparation est la partie la plus enseignable de la situation.

⚠️ Ce que la personne sait déjà se demande avant de dire quoi que ce soit. Beaucoup de patients ont compris, ou pressenti, et une annonce qui ignore ce point recommence quelque chose qui avait déjà eu lieu. La question ouvre l'entretien : ce qu'on vous a dit jusqu'ici, ce que vous en avez compris, ce que vous en pensez.

⚠️ Ce que la personne souhaite savoir se demande également. Le droit de ne pas savoir existe et se respecte, sauf lorsque des tiers sont exposés à un risque de transmission. Il ne se suppose pas, et il ne se traduit pas par le silence : il s'explore et se réévalue, une même personne pouvant vouloir savoir plus tard ce qu'elle refusait d'entendre aujourd'hui.

Qui la personne souhaite avoir auprès d'elle se demande avant, et non au moment d'ouvrir la porte.

Ce qui se recueille sur le contexte : la situation familiale, professionnelle, les personnes à charge, les antécédents psychiatriques, un deuil récent, une expérience antérieure de la même maladie dans l'entourage.

Ce qui se prépare matériellement : un lieu fermé, du temps annoncé, un téléphone silencieux, l'assurance de ne pas être interrompu. Une annonce faite debout dans un couloir ne se rattrape pas.

⚠️ La langue se prépare aussi. Lorsque la personne ne parle pas la même langue, un interprète professionnel s'organise, et un proche ne fait pas office d'interprète dans cette situation : il filtre, il protège, et il porte seul ce qu'il vient d'entendre.

Le piège

Commencer par informer. La première phrase se demande, elle ne s'affirme pas : beaucoup de patients ont déjà compris et attendent une confirmation.

À retenir

  • Demander ce que la personne sait déjà, avant de dire quoi que ce soit.
  • Le droit de ne pas savoir existe, s'explore et se réévalue.
  • La personne que le patient souhaite auprès de lui se demande avant.
  • Une annonce faite debout dans un couloir ne se rattrape pas.
  • L'expérience antérieure de la maladie dans l'entourage change tout ce qui sera entendu.

En pratique

  • Ce que la personne sait déjà
  • Ce qu'elle souhaite savoir
  • Qui elle veut auprès d'elle
  • Contexte familial et professionnel
  • Vulnérabilité psychique et deuils récents
  • Lieu, temps et absence d'interruption

Examen clinique

Sans objet pour cette situation : Cette situation ne comporte pas d'examen clinique. Ce qui s'y joue relève de la communication, de l'information et de l'organisation des soins qui suivent.

Synthèse paraclinique

Sans objet pour cette situation : Aucun examen complémentaire n'intervient dans cette situation. Les résultats qui fondent le diagnostic annoncé appartiennent à la démarche de la maladie concernée.

Iconographie

Sans objet pour cette situation : Aucune imagerie n'intervient dans cette situation. Une imagerie peut être le support d'une annonce, mais son interprétation appartient à la situation de la maladie concernée.

Stratégie diagnostique

Sans objet pour cette situation : Le diagnostic est établi lorsque cette situation commence : elle ne comporte donc aucune démarche diagnostique. Ce qui la précède relève de la situation de la maladie annoncée.

Urgence vitale

Une annonce ne crée pas d'urgence somatique, et elle en crée parfois une autre, moins visible, dont la période qui suit est le moment le plus exposé.

⚠️ Le risque suicidaire est augmenté dans les mois qui suivent l'annonce d'une maladie grave, et il l'est particulièrement dans les premières semaines. Ce fait est documenté et mal connu, et il justifie une vigilance qui ne se limite pas à la consultation d'annonce.

Ce qui se cherche à la consultation suivante : le sommeil, l'alimentation, l'isolement, la consommation d'alcool, le désespoir, le sentiment d'être un fardeau, et la question des idées suicidaires, posée explicitement avec le mot. La poser ne provoque rien.

Ce qui doit alerter dans l'immédiat : une sidération prolongée, une agitation majeure, une confusion, un discours de renoncement, l'annonce d'un projet, l'absence totale de réaction chez quelqu'un qui repart seul.

⚠️ Personne ne repart seul après une annonce lourde s'il est possible de l'éviter : proposer d'appeler un proche, de patienter, de revoir la personne rapidement, fait partie du soin.

Une décompensation d'une maladie psychiatrique préexistante est possible, et le traitement en cours se vérifie.

La conduite en cas de détresse aiguë relève de la situation du risque suicidaire, et elle commence par ne pas laisser la personne seule.

Urgence

Sidération prolongée, discours de renoncement ou projet énoncé après une annonce imposent de ne pas laisser la personne seule et d'organiser une évaluation.

À retenir

La période la plus à risque n'est pas la consultation d'annonce mais les semaines qui la suivent, quand l'entourage a repris son cours.

À retenir

  • Le risque suicidaire est augmenté dans les mois qui suivent une annonce grave.
  • La question des idées suicidaires se pose explicitement, avec le mot.
  • Une absence totale de réaction est un signe, pas un soulagement.
  • Personne ne repart seul après une annonce lourde si on peut l'éviter.
  • Une maladie psychiatrique préexistante peut décompenser : le traitement se vérifie.

En pratique

  • Réaction immédiate observée et notée
  • Personne accompagnée à la sortie
  • Consultation rapprochée programmée
  • Sommeil, alimentation, isolement, alcool recherchés
  • Question des idées suicidaires posée
  • Traitement psychiatrique en cours vérifié

Stratégie de prise en charge

Une annonce n'est pas un événement mais un dispositif, et c'est ce que le mot recouvre en France depuis les plans successifs consacrés au cancer.

Le dispositif d'annonce comporte plusieurs temps, dont l'articulation vaut plus que le contenu de chacun : un temps médical consacré à l'annonce et à la proposition thérapeutique, un temps d'accompagnement soignant où la personne peut reformuler, poser les questions qu'elle n'a pas posées et recevoir une information pratique, un accès aux soins de support, psychologiques, sociaux, nutritionnels, et un temps d'articulation avec la médecine de ville.

⚠️ La décision thérapeutique est collégiale : elle est discutée en réunion de concertation pluridisciplinaire avant d'être proposée, et ce qui est annoncé est une proposition, non une sentence. Le patient reste décisionnaire, et son consentement se recueille après information.

Un document écrit formalise le programme de soins et lui est remis.

Ce qui se planifie immédiatement : la date du prochain contact, souvent rapproché, la personne à joindre en cas de question, et l'information du médecin traitant.

⚠️ Ce qui incombe à un étudiant de deuxième cycle est clair : il n'annonce pas seul un diagnostic grave. Il prépare, il assiste, il reformule ensuite avec le patient, il repère ce qui n'a pas été compris, et il transmet. Ce partage n'est pas une prudence, c'est la règle.

À retenir

Le temps soignant qui suit l'annonce médicale existe précisément parce que presque rien n'est retenu pendant l'annonce elle-même.

À retenir

  • Une annonce est un dispositif à plusieurs temps, pas un événement isolé.
  • Le temps d'accompagnement soignant permet les questions qui n'ont pas été posées.
  • La décision est collégiale, et ce qui est annoncé est une proposition.
  • Le patient reste décisionnaire et consent après information.
  • Un étudiant de deuxième cycle n'annonce pas seul un diagnostic grave.

En pratique

  • Décision discutée en réunion pluridisciplinaire
  • Temps médical et temps soignant organisés
  • Soins de support proposés
  • Document écrit remis
  • Médecin traitant informé
  • Prochain contact daté

Procédure et geste technique

Sans objet pour cette situation : Cette situation ne comporte aucun geste technique. Ce qui s'y joue relève entièrement de la communication et de l'organisation des soins.

Annonce et information

Ce qui se dit compte moins que le rythme auquel c'est dit, et presque rien n'est retenu au delà des premières phrases.

La séquence : vérifier ce qui est déjà su, prévenir qu'une nouvelle difficile va être donnée, annoncer en une phrase simple et sans euphémisme, puis se taire. Le silence qui suit appartient au patient, et il est le moment le plus utile de l'entretien.

⚠️ Les mots se choisissent et ne se contournent pas. Nommer la maladie évite que la personne l'apprenne ailleurs, en cherchant ce que le mot évité recouvrait. Les formulations vagues protègent celui qui parle, pas celui qui écoute.

Ce qui vient ensuite : accueillir la réaction, quelle qu'elle soit, sans la corriger, et répondre aux questions posées plutôt qu'à celles qu'on attendait.

⚠️ Ce qui ne se donne jamais, c'est un pronostic chiffré non demandé. Lorsqu'il est demandé, la réponse dit ce que l'on sait, l'incertitude qui l'entoure, et ce qui dépend de la personne. Une durée annoncée est retenue au mot près et devient une échéance.

Ce qui se termine toujours par une perspective : ce qui va être fait, quand, avec qui, et le fait que la personne ne sera pas laissée seule. Il n'y a pas de situation où il n'y a plus rien à faire, et le dire est faux autant que dévastateur.

Enfin, la reformulation : demander ce qui a été compris, et convenir de ce qui sera redit à la prochaine consultation.

⚠️ La demande d'un proche de ne rien dire au patient est fréquente et se traite sans conflit. Elle part d'une intention de protection et elle se heurte à un principe : l'information est due à la personne elle-même, et le proche n'a pas de droit de décider à sa place. Ce qui se fait est d'entendre ce que le proche redoute, d'expliquer que le souhait du patient sera demandé et respecté, y compris s'il choisit de ne pas savoir.

Le piège

Combler le silence. C'est le moment où la personne prend la mesure de ce qui vient d'être dit, et le seul qui lui appartienne.

À retenir

Un pronostic ne se donne que s'il est demandé, avec son incertitude, et jamais sous la forme d'une durée unique.

À retenir

  • Presque rien n'est retenu au delà des premières phrases.
  • Annoncer, puis se taire : le silence appartient au patient.
  • Les formulations vagues protègent celui qui parle, pas celui qui écoute.
  • Une durée annoncée est retenue au mot près et devient une échéance.
  • Dire qu'il n'y a plus rien à faire est faux autant que dévastateur.

En pratique

  • Ce qui est déjà su, vérifié
  • Avertissement avant l'annonce
  • Phrase simple, maladie nommée
  • Silence respecté
  • Réaction accueillie sans correction
  • Perspective donnée et prochain rendez-vous fixé
  • Reformulation demandée

Éducation et prévention

L'information ne s'épuise pas dans l'annonce : elle se donne par étapes, au rythme des questions, et se reprend à chaque consultation.

⚠️ Ce qui a été compris se vérifie à chaque fois, et l'écart est souvent considérable. Une personne peut redire correctement le nom de sa maladie et ignorer complètement ce qui est prévu pour elle. Faire reformuler n'est pas une méfiance, c'est la seule vérification qui existe.

Les supports écrits aident lorsqu'ils sont remis avec un temps d'explication, et desservent lorsqu'ils remplacent la parole. Les associations de patients apportent une information et un contact que le médecin ne remplace pas.

Ce qui se prépare avec la personne : ce qu'elle dira à ses proches, à ses enfants, à son employeur, et ce qu'elle ne souhaite pas dire. Beaucoup de patients redoutent davantage ce moment que l'annonce elle-même, et y réfléchir avec eux est un soin.

⚠️ La question des enfants revient constamment : les tenir à l'écart les laisse seuls avec ce qu'ils devinent. Un accompagnement existe, et son existence se mentionne.

Les droits se disent : personne de confiance, directives anticipées, protection sociale, arrêt de travail, dispositifs d'aide. Les évoquer tôt n'anticipe rien de sinistre, cela évite d'avoir à les découvrir dans l'urgence.

Ce qui se réévalue : le souhait d'information, qui change avec le temps.

À retenir

Tenir les enfants à l'écart ne les protège pas : cela les laisse seuls avec ce qu'ils ont deviné.

Le piège

Remettre une brochure à la place d'une explication. Le document sert de trace, jamais de parole.

À retenir

  • L'information se donne par étapes et se reprend à chaque consultation.
  • Faire reformuler est la seule vérification qui existe.
  • Un support écrit aide s'il accompagne la parole, il dessert s'il la remplace.
  • Beaucoup redoutent plus le moment de le dire aux proches que l'annonce elle-même.
  • Évoquer tôt la personne de confiance évite d'avoir à la désigner dans l'urgence.

En pratique

  • Compréhension vérifiée à chaque consultation
  • Support écrit remis et expliqué
  • Associations de patients mentionnées
  • Ce qui sera dit aux proches, préparé
  • Question des enfants abordée
  • Personne de confiance et droits évoqués
  • Souhait d'information réévalué

Communication interprofessionnelle

Ce qui a été dit doit être connu de tous ceux qui verront la personne ensuite, faute de quoi elle réentendra la nouvelle de la bouche de quelqu'un qui croyait qu'elle savait, ou devra la redire elle-même.

⚠️ Ce qui se transmet est double : ce qui a été annoncé, et ce qui a été compris. Les deux diffèrent presque toujours, et c'est la seconde information qui manque dans les comptes rendus.

Au médecin traitant revient une place centrale : il verra la personne entre les consultations spécialisées, il recevra les questions qui n'ont pas été posées, et il doit être informé avant que le patient ne l'appelle. Un appel téléphonique le jour de l'annonce vaut mieux qu'un courrier qui arrivera dans dix jours.

Aux équipes soignantes se transmettent les mots employés, ce que la personne souhaite ou non savoir, qui est au courant dans la famille, et ce qui a été convenu.

⚠️ Le secret s'applique à l'entourage : la famille n'a pas de droit d'information propre du vivant du patient et contre sa volonté. Ce que le patient accepte de partager se note, et se demande explicitement.

Aux soins de support et au service social se transmet ce qui les concerne, avec l'accord de la personne.

Ce qui s'écrit : la date, les personnes présentes, ce qui a été dit, ce qui a été compris, et ce qui a été convenu pour la suite.

À retenir

Un appel au médecin traitant le jour de l'annonce vaut mieux qu'un courrier qui arrivera après le premier appel du patient.

À retenir

  • On transmet ce qui a été annoncé et, surtout, ce qui a été compris.
  • Le médecin traitant est informé avant que le patient ne l'appelle.
  • Les mots employés se transmettent, pas seulement le diagnostic.
  • La famille n'a pas de droit d'information propre contre la volonté du patient.
  • Ce que le patient accepte de partager se demande et se note.

En pratique

  • Médecin traitant prévenu le jour même
  • Ce qui a été compris, transmis
  • Souhait d'information de la personne noté
  • Périmètre de partage avec la famille précisé
  • Soins de support informés avec accord
  • Compte rendu daté et complet

S'entraîner sur cette situation

Aucune station ne couvre encore cette situation.

Sources

  • R2C, item 1 : La relation médecin-malade. La communication avec le patient et son entourage. L'annonce d'une maladie grave ou létale ou d'un dommage associé aux soins. La formation du patient. La personnalisation de la prise en charge médicale.
  • R2C, item 7 : Les droits individuels et collectifs du patient
  • Collège national des enseignants de sciences humaines et sociales en médecine et santé, chapitre « Annonce d'une maladie grave »
  • Textes et recommandations en vigueur sur le dispositif d'annonce, sur les soins de support, sur le droit à l'information et le droit de ne pas savoir, et sur la personne de confiance. La date de la version consultée fait partie de la source