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Infectiologie

Fiche de révision

Exposition accidentelle aux liquides biologiques

S'entraîner sur cette situation
Situation de départ 336Catégorie VItem R2C 366Item R2C 167Item R2C 169

Cette fiche vous apprend à conduire une exposition accidentelle aux liquides biologiques comme une horloge, où ce qui se décide dans les heures qui suivent ne se rattrape pas, et à distinguer 3 virus qui appellent 3 conduites et une seule prophylaxie. Elle suit l'ordre de la prise en charge : l'heure et l'exposition, la source et la personne exposée, les soins locaux, les prélèvements, la décision et ce qu'un délai dépassé laisse ouvert, puis ce qui s'explique à un soignant devenu patient et ce qui se transmet.

SommaireEnviron 10 min
  1. L'heure exacte d'abord, puis ce qui s'est passé
  2. La personne source, la personne exposée, et ce qu'elle ne dit pas
  3. Les soins locaux dans la minute, et le geste qui ne se fait pas
  4. 2 personnes prélevées, pour 2 raisons différentes
  5. 3 virus, 3 conduites, et une seule prophylaxie
  6. Un délai dépassé ferme une porte, il n'en ferme pas 4
  7. Une personne exposée qui soigne, qui croit savoir, et qui attend
  8. Un soignant devenu patient, et un service qui n'a pas à tout savoir
  9. À retenir pour la station

L'heure exacte d'abord, puis ce qui s'est passé

Tout se décide sur ce qui est recueilli dans les premières minutes, et l'appel arrive souvent tard. La première question est l'heure exacte de l'exposition, et non un moment approximatif : chaque heure pèse sur la décision.

L'exposition se caractérise ensuite : la nature du liquide, le mécanisme (piqûre, coupure, projection sur une muqueuse ou une peau lésée), la profondeur, le type de matériel, le port de gants et l'existence d'un saignement. Le geste auquel le matériel venait de servir fait partie du risque, et il se demande comme le reste.

Les soins réalisés se font détailler : ce qui a été fait, dans quel ordre et avec quoi. La réponse révèle souvent un geste inadapté, que le chapitre des soins locaux décrit.

La personne source, la personne exposée, et ce qu'elle ne dit pas

Sur la personne source se recueillent son identité, son dossier, son statut connu, ses facteurs de risque et sa capacité à consentir. C'est d'elle que dépendra une partie de la décision, et c'est son accord qui rendra ses prélèvements possibles.

Sur la personne exposée se recueillent ses vaccinations et leur contrôle, ses traitements, une grossesse possible, un allaitement et ses antécédents. Ces éléments sont très rarement dits spontanément, et ils changent la décision.

Son statut administratif se demande enfin : salariée, libérale, intérimaire, ou étudiante en stage. Il change le circuit, pas les droits.

Les soins locaux dans la minute, et le geste qui ne se fait pas

Les soins locaux se font dans la minute, et ils sont mal faits parce qu'ils sont mal transmis. Devant une effraction cutanée : arrêter le geste en cours, retirer le matériel, laver immédiatement à l'eau et au savon, rincer. Appliquer ensuite un antiseptique, en respectant le temps de contact indiqué par le fabricant.

Presser la plaie pour la faire saigner ne se fait pas. Ce geste est largement transmis dans les services, par habitude, et il n'est pas recommandé : il majore le passage, sans bénéfice démontré.

Devant une projection sur une muqueuse ou un œil, le rinçage est abondant : au sérum physiologique ou à l'eau, pendant plusieurs minutes. Une projection oculaire se rince ainsi, abondamment et longuement.

La prévention tient au port de gants et au non-recapuchonnage des aiguilles, à un collecteur à portée de main et rempli en dessous de la limite, au matériel sécurisé et à l'organisation des soins. Un collecteur trop rempli et une aiguille recapuchonnée sont les 2 causes classiques.

Après coup, le protocole du service se vérifie : sa disponibilité, la présence d'un numéro joignable la nuit, la date de sa dernière mise à jour, et le fait que les nouveaux arrivants le connaissent. Un protocole sans numéro de nuit ne sert à personne la nuit.

Ce qui se trace : le geste en cause et les soins réalisés. L'heure et le nom de la personne source s'y ajoutent.

2 personnes prélevées, pour 2 raisons différentes

Chez la personne source se cherche son statut vis-à-vis des 3 virus transmissibles par le sang. Cette recherche se fait avec son information et son accord, recueillis par un soignant qui n'est pas la personne exposée, et tracés au dossier. Prélever la source sans l'informer ne se fait pas.

Un test rapide change la décision parce qu'il répond en quelques minutes, et c'est précisément l'enjeu. Les résultats se lisent ligne par ligne : un antigène négatif avec des anticorps témoignant d'un contact ancien n'a pas le même sens qu'une sérologie complètement négative, et une charge virale mesurable change l'évaluation du risque.

Chez la personne exposée se prélève une sérologie de référence, le plus tôt possible, faute de quoi aucune sérologie ultérieure ne sera interprétable. Ce prélèvement se fait le premier jour, quelle que soit la décision thérapeutique. Un dosage documente dans le même temps son statut vaccinal : une mention déclarative de vaccination ne documente aucun statut, et ne suffit pas.

Selon la situation s'y ajoutent une recherche de grossesse, un bilan avant traitement et un dosage des transaminases. Le calendrier de suivi se programme et s'écrit : ses échéances, la recherche directe du virus avant l'apparition des anticorps lorsque le risque le justifie, et la personne qui tient ce calendrier.

3 virus, 3 conduites, et une seule prophylaxie

La première décision est de faire venir la personne, et d'organiser son remplacement si elle est seule, car elle ne le demandera pas. Le risque s'évalue ensuite, au croisement du type d'exposition, de sa profondeur, du matériel, du liquide et du statut de la source.

Pour le VIH, la décision porte sur une prophylaxie antirétrovirale, d'autant plus efficace qu'elle est débutée tôt, et discutée en heures. Elle est prescrite par un médecin habilité, réévaluée rapidement, et interrompue si le statut de la source l'autorise. Une seule des 3 expositions relève de cette prophylaxie.

Pour l'hépatite B, la conduite se fonde sur le statut vaccinal. Elle comprend l'immunoglobuline et la vaccination selon les cas, avec un délai également court.

Pour l'hépatite C, aucune prophylaxie n'existe, et ce n'est pas une absence de conduite. La conduite est une surveillance rapprochée, parce qu'une infection dépistée tôt peut être traitée.

Un délai dépassé ferme une porte, il n'en ferme pas 4

Quand le délai est dépassé, 4 choses restent vraies : la surveillance, le statut vaccinal, la déclaration et l'accompagnement. Le délai discute une prophylaxie ; il ne discute pas le reste.

L'hépatite C en donne l'exemple : pas de prophylaxie, donc une surveillance, parce qu'un traitement précoce existe. L'absence de traitement préventif n'est pas une absence de conduite.

La déclaration se met en place : son délai, son circuit selon le statut de la personne, et le suivi tracé. Elle s'engage même hors délai, car un retard se signale, il ne s'efface pas.

Une personne exposée qui soigne, qui croit savoir, et qui attend

La personne exposée est souvent un soignant, elle croit savoir, et c'est ce qui la met en danger. Avant d'expliquer se demandent ce qu'elle a compris, ce qu'elle a lu, et ce qu'elle a conclu seule. Une personne qui a cherché sur internet a déjà tranché, et une explication donnée sans le savoir passe à côté de sa conclusion.

Le risque s'explique sans le nier ni l'aggraver : il existe, il est faible, il n'est pas nul, et il dépend de ce qui vient d'être évalué. Le suivi s'explique aussi, avec ses échéances, ce que chaque prélèvement cherche, ce qu'un résultat négatif signifie à ce stade, et pourquoi le calendrier va jusqu'à son terme.

Les précautions pendant la surveillance se disent avec leur durée : le don du sang, et selon la situation les mesures concernant la vie sexuelle et l'allaitement. Une précaution donnée « par précaution », sans terme, devient définitive.

Lorsqu'un traitement est prescrit, il s'explique. Sa durée, ses effets indésirables, les interactions et la conduite en cas d'oubli se disent, comme le fait qu'il puisse être arrêté.

Le retentissement psychologique s'aborde, et c'est ce qui se néglige : l'attente, la culpabilité, la peur de contaminer un proche. L'attente d'un résultat pèse plus que le risque lui-même, et chez un étudiant exposé, l'idée d'abandonner sa formation se cherche activement. Un rendez-vous rapproché et un interlocuteur nommé se prévoient.

Un soignant devenu patient, et un service qui n'a pas à tout savoir

Une exposition met en présence un soignant devenu patient, et un service qui n'a pas à tout savoir. L'appel se structure : qui parle, ce qui s'est passé, quand, ce qui a été fait, ce qui est décidé, et ce qui est attendu de l'autre. Une transmission qui n'énonce pas sa demande n'obtient pas de réponse.

Le médecin référent ou le service spécialisé reçoit ce qui décide : l'heure, le mécanisme, le matériel, le statut de la source, les vaccinations et les éléments propres à la personne. Quand une information manque, le complément se demande explicitement, plutôt que de décider sur une donnée absente.

Le cadre et l'encadrement apprennent qu'un remplacement est nécessaire, et rien du contenu médical. Le remplacement se demande sans donner de motif médical.

Restent confidentiels les résultats, les traitements, une grossesse, un allaitement et le statut de la source. Le statut de la source se transmet au médecin qui décide, et il ne se communique à aucun autre tiers, fût-il l'équipe.

En fin d'échange, la compréhension se vérifie en faisant redire la conduite à tenir, et non en demandant si c'est clair. L'événement remonte ensuite au collectif, avec sa cause matérielle, les défauts du circuit et ce qui doit être corrigé. Le protocole du service, vérifié après coup, en fait partie.

À retenir pour la station

Obtenez l'heure exacte de l'exposition : la décision se joue en heures. Faites laver à l'eau et au savon, rincer, puis appliquer un antiseptique, sans presser la plaie. Demandez ce que la personne ne dira pas d'elle-même : une grossesse, un allaitement, le contrôle de ses vaccinations. Recherchez le statut de la source avec son accord, par un autre soignant, et prélevez la sérologie de référence de la personne exposée dès le premier jour. 3 virus, 3 conduites : une prophylaxie discutée en heures pour le VIH, le statut vaccinal pour l'hépatite B, une surveillance pour l'hépatite C. Un délai dépassé ne ferme qu'une porte. Faites venir la personne, faites-la remplacer, gardez son secret.

S'entraîner sur cette situation

Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.

Sources

  1. 1
    PILLY Étudiant 2023 (Ouvre un nouvel onglet)

    Collège des universitaires de maladies infectieuses et tropicales (CMIT). 2e édition, réforme R2C (Alinéa Plus).

    Passages utilisés : Item 366 ; Item 167 ; Item 169

    Appuie : Entretien et interrogatoire, Procédure et geste technique, Synthèse paraclinique, Stratégie de prise en charge, Éducation et prévention, Communication interprofessionnelle

  2. 2
    Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)

    Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.

    Passages utilisés : Item 366 ; Item 167 ; Item 169

    Appuie : Procédure et geste technique, Synthèse paraclinique, Stratégie de prise en charge, Éducation et prévention