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Fiche de révision

Identification, prise en soin et suivi d'un patient en situation palliative

Une situation palliative se reconnaît avant la phase terminale, et c'est tout l'enjeu. Ce qui se joue ensuite tient en quatre choses : traiter les symptômes, anticiper ce qui va arriver, coordonner ceux qui interviennent, et respecter ce que la personne a dit vouloir.

Situation de départ 337Catégorie VItem R2C 141

Entretien et interrogatoire

Une situation palliative ne commence pas à la phase terminale, et la confondre avec elle est l'erreur qui coûte le plus : elle fait perdre des mois pendant lesquels on aurait pu soulager, anticiper et organiser.

Ce qui la fait reconnaître tient à l'évolution plutôt qu'à un chiffre : une maladie grave, évolutive, dont le traitement ne vise plus la guérison, avec des hospitalisations rapprochées, un état général qui se dégrade, une dépendance qui s'installe. La question qui aide est simple : serait-on surpris que cette personne meure dans l'année ?

Le recueil porte d'abord sur les symptômes, un par un et nommés : douleur, essoufflement, nausées, constipation, bouche sèche, angoisse, sommeil. Aucun ne se déclare spontanément, et chacun a un traitement.

Il porte ensuite sur ce que la personne veut, ce qu'elle a compris, ce qu'elle redoute, et où elle souhaite être soignée. ⚠️ Ces souhaits se recueillent tôt, quand la personne peut encore les exprimer, et ils se notent au dossier : c'est ce qui permettra d'y répondre la nuit où elle ne pourra plus parler.

Il porte enfin sur l'entourage : qui vit là, qui aide, qui s'épuise, et qui décidera d'appeler à trois heures du matin.

Retenir que la question de l'année à venir change la conduite bien avant que la fin ne soit proche, et qu'elle se pose à voix haute entre soignants.

Le piège

Attendre la phase terminale pour parler de soins palliatifs revient à n'en proposer aucun. Ce qui se joue dans les mois qui précèdent, le soulagement, l'anticipation et l'organisation, ne se rattrape pas en trois jours.

À retenir

  • Une situation palliative ne commence pas à la phase terminale : les confondre fait perdre des mois.
  • « Serait-on surpris que cette personne meure dans l'année ? » est la question qui aide.
  • Les symptômes se demandent un par un et nommés : aucun ne se déclare seul.
  • Les souhaits se recueillent tôt et se notent : c'est ce qui servira la nuit où la personne ne parlera plus.
  • Qui s'épuise à la maison est une donnée médicale.

En pratique

  • Évolution de la maladie et des hospitalisations
  • Symptômes nommés un par un
  • Ce qui a été compris et ce qui est redouté
  • Lieu de soin souhaité
  • Entourage, aidants, épuisement

Examen clinique

L'examen sert ici à mesurer des symptômes, pas à faire un diagnostic, et ce déplacement change tout.

La douleur se cote, avec la même échelle d'une fois à l'autre, au repos et au mouvement. Une douleur non chiffrée ne se compare pas, et ce qui ne se compare pas ne s'ajuste pas. Chez la personne qui ne peut plus parler, ce sont des échelles d'hétéro-évaluation qui prennent le relais, et elles s'utilisent aussi.

Chercher ce que la douleur cache : une rétention d'urine, un fécalome, une escarre, une mycose buccale. Ces quatre causes sont fréquentes, muettes, et elles se traitent en quelques heures.

La bouche s'examine à chaque visite. Une bouche sèche ou mycosique empêche de boire, de parler et de recevoir des proches, et son traitement est immédiat.

L'essoufflement s'évalue sur ce qu'il empêche, pas sur la saturation : un patient à 92 % qui parle sans gêne va mieux qu'un patient à 96 % qui ne peut plus finir sa phrase.

Chercher les signes qui annoncent une complication : globe, occlusion, encombrement, confusion nouvelle. Chacune a une conduite simple si elle est anticipée, et aucune si elle est découverte la nuit.

Retenir que la moitié des souffrances vues en situation palliative viennent de quatre causes banales que personne n'a cherchées.

Moyen mnémotechnique

Devant une agitation ou une douleur nouvelle : vessie, selles, peau, bouche. Quatre gestes de trente secondes qui évitent la moitié des prescriptions inutiles.

À retenir

  • La douleur se cote avec la même échelle, au repos et au mouvement.
  • Rétention, fécalome, escarre, mycose : quatre causes fréquentes, muettes et vite traitables.
  • La bouche s'examine à chaque visite.
  • L'essoufflement s'évalue sur ce qu'il empêche, pas sur la saturation.

En pratique

  • Douleur cotée, repos et mouvement
  • Recherche d'un globe vésical
  • Recherche d'un fécalome
  • Examen de la peau et des points d'appui
  • Examen de la bouche
  • Retentissement de l'essoufflement

Synthèse paraclinique

La question à poser devant chaque examen est la même : que ferai-je de son résultat ? Si la réponse est « rien », l'examen ne se demande pas, quelle que soit l'habitude.

Ce qui garde un sens est ce qui change une conduite de confort : une glycémie devant une confusion, une calcémie devant une somnolence et une constipation qui s'aggravent, une numération avant une transfusion qui soulagerait un essoufflement, une radiographie devant une suspicion d'occlusion qui changera la voie d'administration.

Ce qui n'en a plus : les bilans de surveillance systématiques, les marqueurs, l'imagerie de réévaluation tumorale quand aucun traitement spécifique n'est envisagé, et les contrôles répétés d'anomalies qu'on a décidé de ne pas corriger.

⚠️ Un examen n'est pas anodin ici. Il suppose un déplacement, une attente, une piqûre, parfois une nuit ailleurs, et il coûte du temps que la personne ne récupérera pas. Le rapport bénéfice sur inconvénient se calcule en heures de vie et en fatigue, pas seulement en information gagnée.

Ce qui doit figurer au dossier : la décision de ne pas prescrire, et sa raison. Sans elle, le suivant redemandera le bilan, et personne n'osera l'arrêter.

Retenir que prescrire un examen dont le résultat ne changera rien n'est pas neutre : c'est déplacer une personne fatiguée pour rassurer un soignant.

À retenir

Écrire « pas de bilan systématique, décision partagée le tant, motif : aucun résultat ne modifierait la conduite » prend dix secondes et évite six prises de sang.

À retenir

  • Devant chaque examen : que ferai-je de son résultat ?
  • Gardent un sens ceux qui changent une conduite de confort.
  • N'en ont plus : surveillance systématique, marqueurs, réévaluation sans traitement envisagé.
  • Un examen coûte un déplacement, une attente et de la fatigue.
  • La décision de ne pas prescrire s'écrit, sinon le suivant represcrira.

En pratique

  • Que ferai-je du résultat
  • Examen qui change une conduite de confort
  • Coût en déplacement et en fatigue
  • Décision de ne pas prescrire écrite et motivée

Iconographie

Sans objet pour cette situation : Aucune imagerie n'appartient en propre à cette situation, et son intérêt s'y juge sur ce qu'elle changerait au confort. Les clichés demandés se lisent dans la situation de l'organe concerné, avec leurs critères propres.

Stratégie diagnostique

Sans objet pour cette situation : Le diagnostic est posé et la stratégie décidée : ce qui se joue ici est la prise en soin. La démarche diagnostique appartient aux situations d'appel de la maladie causale.

Urgence vitale

Les urgences d'une situation palliative sont peu nombreuses, elles se prévoient, et c'est ce qui les rend supportables.

La douleur incontrôlée est la première. Elle se traite par des interdoses prescrites à l'avance, dont la dose est calculée à partir du traitement de fond, et qui se répètent selon un intervalle écrit. Une interdose qu'il faut appeler pour obtenir n'est pas une interdose.

La détresse respiratoire se traite avant d'être expliquée : position, air sur le visage, morphine titrée, anxiolytique si l'angoisse domine. L'oxygène n'aide que celui qui est hypoxémique, et pas celui qui étouffe d'angoisse.

L'hémorragie extériorisée est la plus impressionnante et la plus vite gérée si elle a été anticipée : des serviettes sombres à portée, quelqu'un qui reste, et un traitement de l'angoisse prêt.

L'occlusion et la confusion aiguë complètent la liste, et toutes deux commencent par les quatre causes banales : vessie, selles, peau, bouche.

⚠️ Ce qui transforme chacune de ces situations, c'est l'ordonnance anticipée : produit, dose, voie, intervalle, et qui l'administre. Sans elle, la seule réponse disponible à trois heures du matin est l'appel au 15 et un passage aux urgences que personne ne voulait, et qui ne soulagera pas plus vite.

Ce qui doit être prêt au domicile avant que l'urgence n'arrive : les produits eux-mêmes, dans l'armoire de la personne et non à la pharmacie de garde ; le matériel de la voie de secours ; et le numéro qui aboutit à quelqu'un qui a le dossier. Une prescription anticipée dont le produit n'a pas été délivré ne sert à rien, et c'est le défaut le plus fréquent : elle a été écrite, elle n'a pas été suivie d'effet.

⚠️ Une urgence anticipée cesse d'être une urgence. La même détresse, chez la même personne, se vit très différemment selon qu'il existe ou non une ligne écrite qui dit quoi faire : dans un cas l'infirmière agit en dix minutes, dans l'autre la famille appelle le 15 et tout le monde subit une décision que personne n'a choisie.

Retenir que l'anticipation est le traitement de l'urgence dans cette situation, et qu'elle s'écrit des semaines avant.

Urgence

Une ordonnance anticipée nomme le produit, la dose, la voie, l'intervalle et la personne qui administre. Les cinq. Une ligne qui en oublie une n'est pas applicable la nuit, et c'est toujours celle qui manque qui déclenche l'appel.

À retenir

  • Une interdose qu'il faut appeler pour obtenir n'est pas une interdose.
  • La détresse respiratoire se traite avant d'être expliquée.
  • L'oxygène n'aide que celui qui est hypoxémique.
  • Toute confusion commence par vessie, selles, peau, bouche.
  • Sans ordonnance anticipée, la seule réponse nocturne est un passage aux urgences que personne ne voulait.

En pratique

  • Interdoses calculées et prescrites
  • Voie alternative prévue si la voie orale devient impossible
  • Conduite écrite devant une détresse respiratoire
  • Matériel et conduite prévus devant une hémorragie
  • Recherche des quatre causes banales devant toute agitation

Stratégie de prise en charge

Traiter un symptôme suppose de savoir par où le produit va passer. C'est la question la plus souvent oubliée : une ordonnance parfaite en comprimés ne vaut rien chez quelqu'un qui ne déglutit plus, et cela arrive du jour au lendemain.

La voie sous-cutanée est la ressource de cette situation : elle se pose à domicile, elle se garde plusieurs jours, elle permet l'essentiel des traitements de confort. Prévoir la conversion avant d'en avoir besoin fait partie de la prescription.

Le traitement de fond et les interdoses vont ensemble. Un traitement de fond sans interdose laisse la personne sans recours entre deux prises ; des interdoses répétées plusieurs fois par jour disent que le fond est insuffisant et qu'il faut le réévaluer.

Chaque symptôme a son traitement, et aucun ne se traite par l'attente : constipation sous morphine, prévenue systématiquement ; nausées ; bouche ; angoisse.

Ce qui se met en place autour : l'équipe mobile ou le réseau, l'hospitalisation à domicile quand les soins l'exigent, le passage infirmier, le matériel, les aides sociales, et un lit de repli identifié à l'avance, pour que le recours ne soit pas un service d'urgence.

Le lieu de soin souhaité se respecte tant qu'il est tenable, et sa tenue se réévalue avec ceux qui y sont : un maintien à domicile réussi est un maintien où l'aidant tient aussi.

Retenir que la prescription anticipée et la voie de secours sont ce qui permet à un souhait de rester réalisable quand la situation change la nuit.

Le piège

Le jour où la voie orale devient impossible, tout le plan s'effondre d'un coup si aucune alternative n'a été écrite. Cela survient sans prévenir, et c'est le motif d'appel nocturne le plus fréquent.

À retenir

  • Une ordonnance en comprimés ne vaut rien chez quelqu'un qui ne déglutit plus.
  • La voie sous-cutanée se prévoit avant d'en avoir besoin.
  • Un traitement de fond sans interdose laisse sans recours ; des interdoses répétées disent que le fond est insuffisant.
  • La constipation sous morphine se prévient, elle ne se traite pas quand elle arrive.
  • Un lit de repli identifié évite que le recours soit un service d'urgence.

En pratique

  • Voie d'administration disponible et voie de secours
  • Traitement de fond et interdoses cohérents
  • Prévention de la constipation
  • Équipe mobile, réseau ou hospitalisation à domicile
  • Matériel et aides en place
  • Lit de repli identifié

Procédure et geste technique

Sans objet pour cette situation : La pose d'une voie sous-cutanée et l'utilisation d'une pompe relèvent des procédures correspondantes, décrites avec leur technique ailleurs. Ce qui, ici, en relève est la décision de les prévoir.

Annonce et information

Sans objet pour cette situation : L'annonce d'une maladie grave, celle d'un décès et les décisions de limitation ou d'arrêt de thérapeutiques sont hors du périmètre du corpus (D44). Ce qui relève du suivi figure dans les sections d'entretien et de prise en charge.

Éducation et prévention

Sans objet pour cette situation : Ce qui s'apprend à l'entourage relève de l'organisation de la prise en charge et se traite dans la section correspondante. La prévention, au sens du dépistage et des comportements, n'a pas d'objet propre ici.

Communication interprofessionnelle

Une situation palliative à domicile met en présence six ou sept professionnels qui ne se voient jamais : médecin traitant, infirmière libérale, pharmacien, équipe mobile, hospitalisation à domicile, auxiliaire de vie, et le service qui suivait la maladie. Ce qui circule mal entre eux se paie la nuit.

Ce qui doit être écrit et accessible chez la personne : le traitement de fond, les interdoses avec leur intervalle, la voie de secours, la conduite devant les symptômes attendus, les souhaits exprimés, et qui appeler à quelle heure. Un classeur au domicile vaut mieux qu'un dossier hospitalier parfait que personne n'ouvrira à trois heures du matin.

⚠️ Recevoir un appel de nuit d'un professionnel du domicile demande une discipline particulière : il voit la personne, il n'a pas le dossier, il est souvent seul, et il rappelle rarement deux fois. Écouter jusqu'au bout, reformuler, demander ce qu'il constate, puis décider avec lui.

Une décision prise au téléphone se termine toujours par les mêmes quatre points : ce qui est fait maintenant, par qui, ce qui déclenche un nouvel appel, et ce qui sera écrit et envoyé dans la foulée. Une consigne orale qui n'est pas suivie d'un écrit n'existera plus au relais suivant.

L'aidant fait partie de l'équipe et doit être soutenu comme tel : il exécute des gestes, il surveille, il décide d'appeler. Son épuisement est la première cause de ré-hospitalisation non souhaitée.

Ce qui remonte du domicile vers l'hôpital compte autant : ce qui a été administré et avec quel effet, ce que la personne a dit vouloir depuis, et ce que l'entourage ne tient plus. Sans ce retour, l'équipe hospitalière décide sur une situation vieille de trois semaines.

Retenir que la qualité d'un maintien à domicile se mesure à ce qui est écrit chez la personne, et non à ce qui a été décidé à l'hôpital.

À retenir

Une consigne donnée au téléphone et non écrite n'existera plus au relais suivant. L'écrit qui suit l'appel n'est pas une formalité : c'est ce qui fait qu'à la garde d'après, la même situation ne recommence pas de zéro.

À retenir

  • Six ou sept professionnels qui ne se voient jamais : ce qui circule mal se paie la nuit.
  • Un classeur au domicile vaut mieux qu'un dossier hospitalier que personne n'ouvrira.
  • Celui qui appelle voit la personne et n'a pas le dossier, et il rappelle rarement deux fois.
  • Quatre points pour finir un appel : quoi, par qui, ce qui déclenche un nouvel appel, ce qui sera écrit.
  • L'épuisement de l'aidant est la première cause de ré-hospitalisation non souhaitée.

En pratique

  • Classeur de liaison au domicile, à jour
  • Qui appeler, à quelle heure
  • Écoute et reformulation avant de décider
  • Quatre points de fin d'appel
  • Écrit envoyé dans la foulée
  • État de l'aidant évalué

Sources

  • R2C, item 141 : Soins palliatifs pluridisciplinaires. La sédation pour détresse en phase terminale et dans des situations spécifiques et complexes en fin de vie. Réponse à la demande d'euthanasie ou de suicide assisté.
  • Collège national des enseignants pour la formation universitaire en soins palliatifs, chapitre « Soins palliatifs pluridisciplinaires »
  • Recommandations en vigueur sur la prise en charge des symptômes en situation palliative, les prescriptions anticipées personnalisées et la coordination à domicile. La date de la version consultée fait partie de la source