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Fiche de révision

Prescription médicale chez un patient en situation de précarité

Ce que l'ordonnance suppose de celui qui la reçoit décide de ce qu'elle vaudra.

Situation de départ 338Catégorie VItem R2C 59Item R2C 321Item R2C 326

Entretien et interrogatoire

⚠️ Les conditions de vie ne se devinent pas, ⚠️ et elles ne se demandent pas non plus n'importe comment.

⚠️ Ce qui se demande sur le logement : où la personne dort, ⚠️ si le lieu est stable, ⚠️ s'il est partagé, ⚠️ s'il permet de conserver quelque chose, et s'il permet de fermer un placard.

⚠️ Ce qui se demande sur les droits : la couverture en cours, ⚠️ sa date d'échéance, ⚠️ l'existence d'une complémentaire, et les démarches déjà engagées.

⚠️ Ce qui se demande sur les ressources : l'existence d'un revenu, ⚠️ sa régularité, ⚠️ ce qui reste une fois les charges payées, et la question directe de savoir si le coût a déjà empêché un soin.

⚠️ Ce qui se demande sur la vie quotidienne : les horaires, ⚠️ les déplacements possibles, ⚠️ un moyen d'être joint, ⚠️ la lecture et la compréhension du français, et l'entourage disponible.

⚠️ Ce qui se demande sur les soins : ce qui a été pris, ⚠️ ce qui ne l'a pas été, et pourquoi, ⚠️ la question portant sur l'obstacle et non sur la volonté.

⚠️ Ce qui se sait de la manière : ces questions se posent sans détour et sans jugement, ⚠️ en expliquant à quoi elles servent, et une personne qui dit ne rien vouloir demander à personne y répond quand même.

⚠️ Ce qui se demande sans supposer la réponse : la langue dans laquelle la personne préfère parler, ⚠️ la présence d'un interprète si elle est nécessaire, ⚠️ et le recours à un proche, qui n'est jamais une solution satisfaisante pour traduire une consultation.

⚠️ Ce qui se repère dans le récit : les soins interrompus, ⚠️ les rendez-vous manqués, ⚠️ les passages aux urgences répétés, et les hospitalisations pour un motif qui aurait pu être traité plus tôt, ⚠️ chacun désignant un point de rupture du parcours, et non un trait de caractère.

Le piège

Conclure qu'une personne ne veut pas se soigner parce qu'elle dit ne rien vouloir demander à personne.

À retenir

  • Demander où la personne dort en dit plus que demander si elle est logée.
  • La date d'échéance d'une couverture se demande, pas seulement son existence.
  • Demander directement si le coût a déjà empêché un soin.
  • La question porte sur l'obstacle, jamais sur la volonté.
  • Expliquer à quoi sert la question rend la réponse possible.

En pratique

  • Lieu de vie précisé
  • Possibilité de conservation vérifiée
  • Couverture et échéance demandées
  • Complémentaire recherchée
  • Renoncement aux soins demandé
  • Horaires et déplacements recueillis
  • Moyen d'être joint identifié
  • Lecture et compréhension évaluées

Examen clinique

Sans objet pour cette situation : Aucun examen clinique n'est évalué pour lui-même : la situation porte sur la prescription et son applicabilité.

Synthèse paraclinique

⚠️ Un examen prescrit suppose un déplacement, ⚠️ une avance de frais, ⚠️ un rendez-vous, ⚠️ et un moyen d'être rappelé. ⚠️ Quand l'un manque, l'examen n'est pas fait.

⚠️ Ce qui se vérifie avant de prescrire : que la personne peut se rendre au laboratoire, ⚠️ aux horaires où il est ouvert, ⚠️ sans perdre une journée de travail, et sans avancer d'argent.

⚠️ Ce qui se vérifie ensuite : par quel moyen le résultat lui parviendra, ⚠️ qui l'interprétera, et ce qui se passe si personne ne parvient à la joindre.

⚠️ Ce qui se hiérarchise : les examens qui changent la conduite immédiate, ⚠️ ceux qui peuvent attendre la prochaine consultation, et ceux qui ne servent qu'à documenter.

⚠️ Ce qui s'anticipe : regrouper les prélèvements en une seule venue, ⚠️ plutôt que multiplier les déplacements.

⚠️ Ce qui se sait des résultats : une carence, ⚠️ une anémie, ⚠️ un déséquilibre, et une infection non traitée sont plus fréquents dans ces situations, ⚠️ et ils s'interprètent avec le contexte de vie.

⚠️ Ce qui ne se fait pas : prescrire un bilan large parce qu'on ne sait pas quand la personne reviendra, ⚠️ une longue liste augmentant le coût, et diminuant la probabilité qu'elle soit honorée.

⚠️ Ce qui se dit au laboratoire quand c'est possible : que le prélèvement peut être fait sans rendez-vous, ⚠️ et sans avance de frais, deux informations qui décident souvent de la venue.

À retenir

Avant de prescrire un examen, dire à voix haute ce qu'il exige de la personne. C'est le test le plus rapide.

À retenir

  • Un examen suppose un trajet, un horaire, une avance de frais et un rappel possible.
  • Le moyen par lequel le résultat parviendra se décide avant de prescrire.
  • Regrouper les prélèvements en une venue vaut mieux que les multiplier.
  • Un bilan large parce qu'on doute du retour diminue la chance qu'il soit fait.
  • Un résultat s'interprète avec les conditions de vie de la personne.

En pratique

  • Accessibilité du laboratoire vérifiée
  • Avance de frais évaluée
  • Horaires compatibles avec le travail
  • Moyen de transmission du résultat prévu
  • Examens hiérarchisés
  • Prélèvements regroupés
  • Bilan limité à l'utile
  • Contexte de vie intégré à l'interprétation

Iconographie

Sans objet pour cette situation : Aucune lecture d'image n'intervient dans cette situation, qui porte sur la prescription et son accessibilité.

Stratégie diagnostique

Sans objet pour cette situation : Le diagnostic est posé : la situation porte sur la traduction d'une décision thérapeutique en prescription applicable.

Urgence vitale

Sans objet pour cette situation : La situation ne comporte pas d'urgence vitale immédiate. La rupture de traitement et ses conséquences sont traitées dans la section prise en charge.

Stratégie de prise en charge

⚠️ Une ordonnance parfaite qui n'est pas délivrée ne soigne personne.

⚠️ Ce qui se regarde en premier : les droits, ⚠️ car tant qu'ils sont fermés, ⚠️ aucune ligne ne sera honorée, et aucun changement de molécule n'y changera rien. ⚠️ Le premier acte thérapeutique est parfois une domiciliation.

⚠️ Ce qui se regarde ensuite, ligne par ligne : ce que chacune suppose, ⚠️ un réfrigérateur, ⚠️ un point d'eau, ⚠️ une prise à heure fixe, ⚠️ un dispositif à manipuler, ⚠️ une lecture, et un renouvellement.

⚠️ Ce qui se supprime : les lignes dont le service rendu ne justifie pas le prix, ⚠️ et les mentions manuscrites qui majorent le coût sans motif écrit.

⚠️ Ce qui se simplifie : le nombre de prises, ⚠️ le nombre de lignes, ⚠️ le nombre de pharmacies, et le nombre de rendez-vous.

⚠️ Ce qui s'aligne : la durée de prescription sur le délai réel du prochain rendez-vous, ⚠️ faute de quoi la rupture est écrite d'avance.

⚠️ Ce qui se hiérarchise : ce qui est indispensable, ⚠️ ce qui est différable, et ce qui est abandonné, ⚠️ la hiérarchie étant dite à la personne, et non gardée pour soi.

⚠️ Ce qui se met en place : le lien avec un travailleur social, ⚠️ une pharmacie référente, et une consultation rapprochée.

⚠️ Ce qui se sait des ruptures : une interruption de traitement se paie plus cher dans certaines maladies que dans d'autres, ⚠️ et la hiérarchie tient compte de ce coût, pas seulement du prix des boîtes.

⚠️ Ce qui se prévoit dès l'ordonnance : ce qui se passera si la personne ne revient pas, ⚠️ qui la rappellera, ⚠️ par quel moyen, et à quelle échéance la situation sera considérée comme perdue de vue.

Le piège

Modifier les molécules avant d'avoir regardé les droits : l'ordonnance restera tout aussi indélivrable.

À retenir

Prescrire jusqu'au prochain rendez-vous réellement obtenu, et non pour une durée standard.

À retenir

  • Tant que les droits sont fermés, aucune ligne ne sera délivrée.
  • Chaque ligne suppose quelque chose : le dire à voix haute révèle l'impossible.
  • Une mention manuscrite ajoutée sans motif se paie par le patient.
  • Aligner la durée de prescription sur le délai réel du prochain rendez-vous.
  • La hiérarchie entre indispensable et différable se dit à la personne.

En pratique

  • Droits vérifiés et démarche engagée
  • Contraintes matérielles de chaque ligne examinées
  • Lignes coûteuses et peu utiles retirées
  • Mentions manuscrites justifiées ou retirées
  • Schéma simplifié
  • Durée alignée sur le rendez-vous
  • Priorités énoncées à la personne
  • Relais social et pharmacie organisés

Procédure et geste technique

Sans objet pour cette situation : Cette situation ne comporte pas de geste technique évalué.

Annonce et information

⚠️ Annoncer une maladie chronique à quelqu'un qui n'a pas de suivi, ⚠️ c'est annoncer un traitement à vie à quelqu'un qui n'a pas de droits ouverts.

⚠️ Ce qui se dit sur la maladie : ce qu'elle est, ⚠️ ce qu'elle fait si rien n'est fait, ⚠️ ce qu'un traitement change, et le fait qu'elle ne se guérit pas. ⚠️ Ces phrases se disent sans détour, et sans les enrober au point qu'elles ne veuillent plus rien dire.

⚠️ Ce qui se vérifie immédiatement après : ce que la personne a retenu, ⚠️ en le lui faisant redire, et ce qu'elle en craint.

⚠️ Ce qui s'annonce aussi et qui s'oublie : le coût, ⚠️ ce qui sera pris en charge une fois les droits rouverts, ⚠️ ce qui restera à sa charge, et le fait que cela se discute.

⚠️ Ce qui s'annonce quand une ligne est retirée : la raison du retrait, ⚠️ et le fait que ce n'est pas un abandon, ⚠️ une personne pouvant lire un allègement comme un renoncement à la soigner.

⚠️ Ce qui ne se dit pas : une évaluation morale de sa situation, ⚠️ une comparaison avec d'autres patients, et une promesse que l'on ne tiendra pas.

⚠️ Ce qui se reconnaît : la limite de ce que l'on peut faire seul, ⚠️ et la nécessité de passer la main à un travailleur social ou à une structure, ce qui se dit à la personne plutôt que fait dans son dos.

Le piège

Adoucir l'annonce parce que la situation sociale paraît déjà lourde : la personne repart sans avoir compris ce qu'elle a.

À retenir

  • Une maladie chronique s'annonce sans détour, même quand la situation est précaire.
  • Le coût fait partie de l'annonce, et il se dit comme le reste.
  • Retirer une ligne se justifie, sinon la personne y lit un abandon.
  • Faire redire ce qui a été compris vaut mieux que demander si c'est clair.
  • Passer la main se dit à la personne, jamais dans son dos.

En pratique

  • Maladie nommée sans détour
  • Conséquences de l'absence de traitement dites
  • Compréhension vérifiée par reformulation
  • Craintes recueillies
  • Coût annoncé et discuté
  • Retrait d'une ligne justifié
  • Jugement moral évité
  • Relais annoncé à la personne

Éducation et prévention

⚠️ Une ordonnance remise sans explication est un papier, ⚠️ et un papier se perd.

⚠️ Ce qui se vérifie avant d'expliquer : ce que la personne a compris de ce qu'elle a, ⚠️ et de ce qu'on lui a déjà prescrit.

⚠️ Ce qui s'explique ligne par ligne : à quoi sert chaque traitement, ⚠️ quand le prendre, ⚠️ pendant combien de temps, ⚠️ ce qui se passe si une prise est oubliée, et lequel ne doit jamais être arrêté.

⚠️ Ce qui se met par écrit : un plan simple, ⚠️ en peu de mots, ⚠️ avec des repères qui ne supposent pas de lire longtemps, et remis en main propre.

⚠️ Ce qui se dit sur l'argent : ce qui est pris en charge, ⚠️ ce qui ne l'est pas, ⚠️ et la consigne de revenir plutôt que de renoncer, ⚠️ une personne ne posant presque jamais de question sur le prix au comptoir.

⚠️ Ce qui se saisit : cette consultation est parfois la seule, ⚠️ et elle sert aussi aux vaccinations, ⚠️ au dépistage, ⚠️ à l'état dentaire, ⚠️ à la vision, et à l'alimentation.

⚠️ Ce qui s'aborde : le tabac, ⚠️ l'alcool, ⚠️ et les substances, sans en faire le motif de la consultation.

⚠️ Ce qui se prévoit : un rendez-vous fixé avant de partir, ⚠️ et un moyen concret de le rappeler.

⚠️ Ce qui se répète à chaque venue : le plan écrit se relit avec la personne, ⚠️ et se corrige, car une consigne comprise une fois ne l'est pas définitivement.

À retenir

Fixer le rendez-vous suivant avant que la personne parte, et non lui demander de rappeler.

À retenir

  • Vérifier ce que la personne a compris avant d'expliquer autre chose.
  • Dire lequel des traitements ne doit jamais être arrêté.
  • Un plan écrit court et remis en main propre vaut mieux qu'une explication longue.
  • Donner la consigne de revenir plutôt que de renoncer devant un prix.
  • Cette consultation est parfois la seule de l'année : elle sert à plus qu'à l'ordonnance.

En pratique

  • Compréhension initiale vérifiée
  • Rôle de chaque ligne expliqué
  • Traitement à ne jamais arrêter désigné
  • Plan écrit remis en main propre
  • Coût et prise en charge expliqués
  • Consigne de revenir donnée
  • Prévention élargie abordée
  • Rendez-vous fixé avant le départ

Communication interprofessionnelle

⚠️ Aucun médecin ne rouvre des droits tout seul, ⚠️ et aucune ordonnance ne se délivre sans pharmacien.

⚠️ Ce qui se transmet au travailleur social, avec l'accord de la personne : la situation administrative, ⚠️ l'échéance dépassée, ⚠️ l'obstacle précis, et l'urgence relative de la démarche. ⚠️ Ce qui ne se transmet pas : le diagnostic, et les traitements.

⚠️ Ce qui se transmet au pharmacien : la hiérarchie des lignes, ⚠️ ce qui peut être délivré en premier, ⚠️ ce qui peut être fractionné, et le fait qu'un retour est attendu si rien n'est délivré. ⚠️ Un pharmacien qui signale une ordonnance non honorée rend un service que personne d'autre ne rend.

⚠️ Ce qui se demande à l'équipe hospitalière : la justification d'une ligne, ⚠️ la possibilité d'un autre schéma, et l'avance du rendez-vous.

⚠️ Ce qui se prévoit avec une structure d'accueil : la conservation d'un traitement, ⚠️ la remise d'un courrier, et un lieu où joindre la personne.

⚠️ Ce qui se trace : l'obstacle identifié, ⚠️ la décision prise, ⚠️ et sa raison, de sorte que le suivant ne relise pas un refus là où il y avait une impossibilité.

⚠️ Ce qui ne s'écrit jamais : « non observant », ⚠️ sans avoir cherché pourquoi, ce mot suivant la personne bien plus longtemps que son ordonnance.

⚠️ Ce qui se coordonne quand plusieurs intervenants existent : qui fait quoi, ⚠️ qui tient le calendrier, ⚠️ qui rappelle, et à qui la personne s'adresse en premier, ⚠️ faute de quoi chacun suppose que l'autre s'en occupe.

Le piège

Transmettre le diagnostic au travailleur social parce que la démarche paraît plus convaincante ainsi.

À retenir

  • Le travailleur social reçoit la situation administrative, pas le diagnostic.
  • Le pharmacien reçoit la hiérarchie des lignes et ce qui peut être fractionné.
  • Un signalement d'ordonnance non honorée est une information clinique.
  • Tracer l'obstacle et la raison de la décision protège la personne du suivant.
  • Écrire « non observant » sans avoir cherché pourquoi suit la personne longtemps.

En pratique

  • Accord de la personne recueilli
  • Situation administrative transmise
  • Diagnostic non transmis
  • Hiérarchie transmise au pharmacien
  • Fractionnement discuté
  • Équipe hospitalière sollicitée
  • Obstacle et décision tracés
  • Qualificatif d'inobservance évité

Sources

  • R2C, item 59 : Sujets en situation de précarité
  • R2C, item 321 : Principe du bon usage du médicament
  • R2C, item 326 : Cadre réglementaire de la prescription thérapeutique et recommandations pour le bon usage
  • Collège national des enseignants de médecine générale, chapitre sur la prescription et l'accès aux soins
  • Recommandations en vigueur sur l'accès aux droits, le renoncement aux soins et la prescription en situation de précarité. La date de la version consultée fait partie de la source