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Fiche de révision

Rédaction d'une ordonnance / d'un courrier médical

Une ordonnance est un document lu par trois personnes qui ne se parlent pas : ce qui n'y est pas écrit n'existe pas.

Situation de départ 342Catégorie VItem R2C 326Item R2C 325

Entretien et interrogatoire

Rien ne s'écrit avant d'avoir recueilli six choses, et l'ordre importe peu.

Ce que la personne prend déjà, en entier. Ordonnance en main plutôt que de mémoire. Y compris ce qu'elle ne compte pas comme médicament : ce qui est pris depuis longtemps, ce qui vient d'un autre prescripteur, ce qui est acheté sans ordonnance, les compléments alimentaires et les plantes, qui interagissent réellement. La question se pose par l'usage, pour le cœur, pour le sang, pour le sommeil, pour la douleur, et non par le mot « médicament ».

Les allergies et les intolérances, en faisant préciser ce qui s'est passé : une éruption, un choc, une intolérance digestive et une allergie vraie n'ont pas les mêmes conséquences, et beaucoup d'allergies déclarées n'en sont pas.

Le poids et l'âge, qui commandent les doses chez l'enfant et chez la personne âgée, et qui se demandent au lieu de s'estimer.

Une grossesse en cours ou possible, et un allaitement. Cette question se pose avant toute prescription chez une femme en âge de procréer, et non après.

La fonction rénale et hépatique, au moins par leur ordre de grandeur : beaucoup de médicaments s'adaptent ou se contre-indiquent selon le débit de filtration.

Ce que la personne pourra réellement appliquer : comprendre l'ordonnance, ouvrir les boîtes, respecter un horaire, payer, se déplacer. Une prescription inapplicable n'est pas une prescription partielle, elle n'est pas appliquée du tout.

Retenir la question qui rapporte le plus, et qui n'est presque jamais posée : « qu'est-ce qui vous empêcherait de prendre ce traitement ? »

Le piège

Les plantes et les compléments alimentaires ne sont presque jamais cités et interagissent réellement, y compris avec des anticoagulants et des traitements du cancer.

À retenir

  • Les traitements se demandent par leur usage, jamais par le mot médicament.
  • Faire préciser ce qui s'est passé lors d'une allergie déclarée : beaucoup n'en sont pas.
  • Le poids se demande, il ne s'estime pas.
  • Une prescription inapplicable n'est pas appliquée partiellement : elle ne l'est pas du tout.

En pratique

  • Traitements en cours, ordonnance en main
  • Automédication et compléments
  • Allergies et leur nature réelle
  • Poids et âge
  • Grossesse ou allaitement
  • Fonction rénale
  • Capacité à appliquer
  • Obstacles nommés par la personne

Examen clinique

Sans objet pour cette situation : Aucun examen physique n'est propre à la rédaction d'un document. Ce qui doit être mesuré avant de prescrire, poids et pression artérielle notamment, est traité dans les sections interrogatoire et synthèse, où ces données servent au calcul.

Synthèse paraclinique

Certaines prescriptions demandent d'avoir un chiffre sous les yeux avant de signer, et l'absence de ce chiffre est en soi une contre-indication temporaire.

La fonction rénale est la donnée la plus souvent nécessaire : elle conditionne la dose ou la possibilité même de prescrire de nombreuses classes. Un débit de filtration estimé de moins de trois mois est habituellement suffisant chez une personne stable ; il doit être récent chez une personne fragile, âgée ou en cours de décompensation.

Le poids, qui n'est pas une donnée de laboratoire mais qui se comporte comme telle : sans lui, une prescription pédiatrique ou une prescription d'anticoagulant ne peut pas être écrite.

Les données de surveillance propres à la classe : kaliémie, numération, transaminases, glycémie, selon ce que l'on introduit. Elles se prescrivent en même temps que le traitement, avec leur date, et non « à faire ».

Ce qui a déjà été prélevé. Redemander un examen fait il y a trois semaines coûte du temps, de l'argent et une prise de sang ; le chercher d'abord est presque toujours plus rapide qu'on ne le croit.

Savoir ce qu'on ne demandera pas. Une surveillance biologique inutile produit des anomalies mineures qui déclenchent des explorations sans objet, et elle finit par lasser la personne, qui cessera de venir quand cela comptera.

Retenir la règle : un chiffre nécessaire et absent n'autorise pas à prescrire quand même ; il autorise à attendre, ou à prescrire autre chose.

À retenir

Une surveillance biologique inutile lasse la personne, et elle cessera de venir le jour où cela comptera. Prescrire moins d'examens en fait faire davantage.

À retenir

  • L'absence d'un chiffre nécessaire est une contre-indication temporaire.
  • Le poids se comporte comme une donnée de laboratoire : sans lui, certaines lignes ne s'écrivent pas.
  • La surveillance se prescrit avec le traitement, datée, et non « à faire ».
  • Chercher ce qui existe déjà est presque toujours plus rapide qu'on ne le croit.

En pratique

  • Fonction rénale disponible et datée
  • Poids mesuré
  • Surveillance propre à la classe
  • Date de la surveillance fixée
  • Examens antérieurs recherchés
  • Examens inutiles écartés

Iconographie

Sans objet pour cette situation : Aucune imagerie n'est propre à la rédaction d'une ordonnance ou d'un courrier. Les examens d'imagerie que l'on prescrit relèvent de la situation de départ du symptôme qui les motive.

Stratégie diagnostique

Sans objet pour cette situation : La décision de traiter et le raisonnement qui y conduit appartiennent à la situation de départ du problème traité. Cette situation commence une fois la décision prise, au moment où il faut l'écrire.

Urgence vitale

Les erreurs de prescription qui tuent sont peu nombreuses et toujours les mêmes, ce qui les rend évitables.

L'unité et la virgule. Milligrammes pris pour microgrammes, millilitres pour milligrammes, une virgule mal placée qui multiplie une dose par dix. C'est la première cause d'accident grave, et elle se prévient en écrivant l'unité en toutes lettres quand un doute est possible, et en évitant les zéros inutiles après la virgule.

La voie d'administration. Un médicament destiné à la voie orale administré par voie intraveineuse, ou l'inverse. La voie s'écrit toujours, même quand elle paraît évidente.

L'homonymie. Deux médicaments dont les noms se ressemblent, avec des effets sans rapport. Le doute se lève en écrivant la dénomination commune et l'indication.

L'allergie connue et non lue, qui figure dans le dossier et que personne n'a ouvert avant de signer.

Le poids oublié chez l'enfant, où toute dose est rapportée au kilo et où une erreur d'un facteur dix ne se voit pas à l'œil.

La contre-indication liée au terrain : insuffisance rénale, grossesse, interaction majeure.

Devant une erreur constatée, la conduite est la même : arrêter, évaluer la personne, prévenir immédiatement, tracer ce qui s'est passé, et le déclarer. Cacher une erreur en fait une faute ; la déclarer sert à ce que la suivante n'arrive pas.

Retenir enfin qu'une ordonnance illisible ou ambiguë n'est pas un détail de forme : elle est le point de départ de la moitié de ces accidents. Un document manuscrit mal formé, une abréviation personnelle, une ligne rature et réécrite au-dessus d'une autre : chacun de ces défauts oblige quelqu'un, plus loin dans la chaîne, à interpréter. Et celui qui interprète le fait sans connaître la personne, sans le dossier, et souvent sans pouvoir joindre le prescripteur.

Urgence

Devant une erreur médicamenteuse : arrêter, évaluer, prévenir sans attendre, tracer, déclarer. Dans cet ordre, et le troisième point ne se diffère jamais.

À retenir

  • L'unité et la virgule sont la première cause d'accident médicamenteux grave.
  • La voie d'administration s'écrit toujours, même quand elle paraît évidente.
  • Toute dose pédiatrique est rapportée au kilo : une erreur d'un facteur dix ne se voit pas.
  • Cacher une erreur en fait une faute ; la déclarer sert à ce que la suivante n'arrive pas.

En pratique

  • Unité écrite sans ambiguïté
  • Pas de zéro inutile après la virgule
  • Voie d'administration précisée
  • Dénomination commune employée
  • Allergies vérifiées au dossier
  • Poids pour toute prescription pédiatrique
  • Contre-indications du terrain
  • Conduite en cas d'erreur connue

Stratégie de prise en charge

Une ordonnance porte des mentions obligatoires, et chacune existe parce que son absence a déjà causé un accident.

Ce qui identifie : le prescripteur et ses coordonnées, la date, l'identité de la personne, et son âge et son poids dès que la dose en dépend.

Ce qui identifie le traitement : la dénomination, le dosage, la forme, la voie, la posologie avec le rythme des prises, la durée ou le nombre de boîtes, et la mention du renouvellement s'il est prévu.

Ce qui rend la ligne compréhensible : l'indication, qui n'est pas obligatoire pour toutes les lignes mais qui lève la moitié des appels du pharmacien.

Écrire aussi ce qu'on arrête. Une ordonnance qui ne reprend pas un traitement habituel est ambiguë : le pharmacien ne sait pas si c'est un arrêt voulu ou un oubli. Écrire « traitement X arrêté le [date], motif » vaut mieux qu'une ligne absente.

Penser à ce qu'on retire. Chaque renouvellement est une occasion de déprescrire : un traitement dont l'indication a disparu, une durée dépassée, une association devenue inutile. La liste s'allonge toute seule et ne se raccourcit que volontairement.

Fixer la durée et la réévaluation : une prescription sans fin prévue devient une prescription à vie par inertie.

Ce qui ne se prescrit pas : ce que la personne ne pourra pas appliquer, ce qui double une ligne existante, ce qui traite un effet indésirable d'une autre ligne sans que la première ait été réexaminée.

Dire ce qui change, et à qui. Toute modification apportée à une ordonnance connue se dit à la personne, et se dit à celui qui l'aide s'il y en a un : le proche qui prépare le pilulier, l'infirmier qui passe. Une ligne retirée sans un mot est comprise comme un oubli et se rattrape parfois toute seule, la personne reprenant l'ancienne boîte qu'elle a gardée. Ce qui n'est pas expliqué se corrige tout seul, dans le mauvais sens.

À retenir

Traiter l'effet indésirable d'un médicament par un autre médicament sans réexaminer le premier est le mécanisme par lequel les ordonnances s'allongent indéfiniment.

À retenir

  • Chaque mention obligatoire existe parce que son absence a déjà causé un accident.
  • L'indication écrite lève la moitié des appels du pharmacien.
  • Écrire ce qu'on arrête, avec la date et le motif : une ligne absente est ambiguë.
  • Une prescription sans fin prévue devient une prescription à vie par inertie.
  • Une ligne retirée sans un mot est comprise comme un oubli, et la personne reprend l'ancienne boîte.

En pratique

  • Identité, date, prescripteur
  • Âge et poids si la dose en dépend
  • Dénomination, dosage, forme
  • Voie et posologie
  • Durée ou nombre de boîtes
  • Indication portée
  • Arrêts écrits avec leur motif
  • Date de réévaluation

Procédure et geste technique

Sans objet pour cette situation : Aucun geste technique n'est rattaché à cette situation. La rédaction elle-même relève des sections prise en charge et communication interprofessionnelle, où son contenu et ses destinataires sont traités.

Annonce et information

Sans objet pour cette situation : Expliquer un traitement à la personne qui va le prendre relève de la situation de départ qui lui est consacrée et qui porte sa propre station. Ce qui est propre à l'écrit figure dans la section éducation.

Éducation et prévention

Une ordonnance est un document que la personne va lire seule, chez elle, plusieurs semaines après la consultation. Elle se rédige en pensant à ce moment-là.

Écrire pour être lu. Lisiblement, avec des mots que la personne reconnaîtra, et en indiquant le moment de la prise plutôt qu'un rythme abstrait : « le matin au petit-déjeuner » se suit, « une fois par jour » se suit moins bien.

Remettre un calendrier quand l'ordonnance dépasse trois ou quatre lignes. Un tableau par moment de la journée, avec le nom des boîtes, vaut mieux qu'une liste par médicament. La personne ouvrira des boîtes, pas des dénominations communes.

Dire ce qui compte pour chaque ligne : à quoi elle sert, combien de temps, ce qui peut arriver, et surtout quoi faire en cas d'oubli, question qui se pose toujours et à laquelle presque personne n'a de réponse.

Vérifier que la personne peut appliquer : ouvrir, couper, avaler, se souvenir, payer. Proposer un pilulier, une préparation par un infirmier, une association fixe quand elle existe.

Prévenir la iatrogénie de l'automédication : ce qu'il ne faut pas ajouter, en le nommant, plutôt qu'un conseil général de prudence.

Faire redire ce qui sera pris demain matin, ligne par ligne. C'est là que l'on découvre qu'une ligne a été comprise à l'envers, et il vaut mieux le découvrir maintenant.

Moyen mnémotechnique

À quoi ça sert, combien de temps, ce qui peut arriver, quoi faire si j'oublie. Quatre questions par ligne, et la quatrième est celle qu'on oublie de traiter.

À retenir

  • Indiquer le moment de la prise plutôt qu'un rythme abstrait.
  • La personne ouvrira des boîtes, pas des dénominations communes internationales.
  • Que faire en cas d'oubli est la question la plus fréquente et la moins souvent traitée.
  • Faire redire ce qui sera pris demain matin, ligne par ligne.

En pratique

  • Ordonnance lisible
  • Moment de la prise indiqué
  • Calendrier remis si nécessaire
  • Objectif de chaque ligne
  • Conduite en cas d'oubli
  • Capacité pratique vérifiée
  • Automédication à éviter nommée
  • Reformulation ligne par ligne

Communication interprofessionnelle

Une ordonnance et un courrier sont des documents lus par des gens qui ne se parleront jamais entre eux. Tout ce qui n'y est pas écrit n'existe pas.

Le pharmacien est le dernier relecteur avant la personne. Il vérifie les interactions, les doses, les contre-indications, et il appelle quand quelque chose ne va pas. Un appel de pharmacien est une chance, pas une contrariété : c'est une erreur interceptée avant qu'elle n'atteigne quelqu'un. Répondre à cet appel suppose d'avoir le dossier sous les yeux, de reconnaître ce qui est ambigu, et de dire clairement ce qu'on décide.

Le courrier médical obéit à une règle simple : il répond à une question et il pose la sienne. Motif précis de la demande, ce qui a été fait et trouvé, traitement en cours, ce qu'on attend du correspondant, et le degré d'urgence. Un courrier sans question laisse le correspondant deviner, et il devinera mal.

Ce qui manque le plus souvent, et qui coûte le plus cher : les coordonnées d'une personne joignable, et le nom du destinataire du résultat.

Écrire pour celui qui lira dans six mois, y compris soi-même. Les abréviations personnelles, les sous-entendus et les renvois à une conversation ne survivent pas au dossier.

Rendre compte à la personne de ce qui a été écrit et à qui. C'est une information qui lui est due, et elle lui permet de relancer. Lui dire aussi ce qui a été transmis suppose son accord quand il s'agit d'éléments qu'elle n'a pas elle-même partagés : le secret se partage entre professionnels qui participent à la prise en charge, dans la limite de ce qui leur est nécessaire, et cette limite se réfléchit ligne par ligne plutôt qu'en bloc.

Le piège

Répondre à un pharmacien sans avoir le dossier sous les yeux revient à confirmer de mémoire ce qu'on a écrit de mémoire. C'est ainsi qu'une erreur interceptée est validée une seconde fois.

À retenir

  • Un appel de pharmacien est une erreur interceptée, pas une contrariété.
  • Un courrier répond à une question et pose la sienne.
  • Ce qui manque le plus souvent : un nom joignable et le destinataire du résultat.
  • Les abréviations personnelles ne survivent pas au dossier.

En pratique

  • Dossier ouvert avant de répondre
  • Ambiguïté reconnue et corrigée
  • Décision énoncée clairement
  • Motif précis du courrier
  • Question posée au correspondant
  • Degré d'urgence indiqué
  • Coordonnées joignables
  • Patient informé de ce qui a été transmis

Sources

  • R2C, item 326 : Cadre réglementaire de la prescription thérapeutique et recommandations pour le bon usage
  • R2C, item 325 : Identification et gestion des risques liés aux médicaments et aux biomatériaux, risque iatrogène, erreur médicamenteuse
  • Collège national de pharmacologie médicale, chapitre « Règles de prescription »
  • Textes en vigueur sur les mentions obligatoires de l'ordonnance et sur la déclaration des événements indésirables associés aux soins. La date de la version consultée fait partie de la source