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Médecine générale

Fiche de révision

Situation sociale précaire et isolement

Situation de départ 347Catégorie VItem R2C 59Item R2C 133Item R2C 7

Cette fiche vous apprend à repérer une situation sociale précaire et un isolement qui ne se déclarent pas, par des questions concrètes posées à tout le monde, puis à y répondre sans attendre une demande qui vient rarement. Elle suit la consultation : le logement, les ressources et les droits, puis l'isolement et le quotidien, ce que l'examen montre, ce qui ne peut pas attendre, ce qui se met en place, ce qui s'explique, et enfin ce qui se transmet et se note au dossier.

SommaireEnviron 10 min
  1. Ce qui ne s'annonce pas se demande : logement, ressources et droits
  2. Compter les contacts, plutôt que demander si l'on est entouré
  3. L'examen dit ce que la personne ne dit pas
  4. Ce qui ne peut pas attendre le rendez-vous suivant
  5. Le premier acte est administratif, le second est un rendez-vous
  6. Chaque consultation est peut-être la seule : la prévention se fait ce jour-là
  7. Aucun médecin ne règle seul une situation sociale, et l'isolement se note
  8. À retenir pour la station

Ce qui ne s'annonce pas se demande : logement, ressources et droits

Personne n'annonce qu'il est isolé, et presque personne n'annonce qu'il n'a plus d'argent. Ces situations ne se déclarent pas : elles se repèrent, par des questions concrètes posées à tout le monde.

Le logement se décrit précisément : où la personne vit, avec qui, et depuis combien de temps. Se demandent aussi si le lieu est stable, s'il est chauffé et s'il y a de l'eau.

Les ressources se demandent sans détour : l'existence d'un revenu, sa régularité, les dettes et les impayés. La question directe de savoir si le coût a déjà fait renoncer à un soin se pose aussi, et une réponse positive change toute la consultation.

Les droits se vérifient un par un : la couverture, une complémentaire, un médecin traitant déclaré et les démarches en cours. L'échéance de la couverture se demande, et pas seulement son existence.

Compter les contacts, plutôt que demander si l'on est entouré

L'isolement se mesure par des faits. Se demandent combien de personnes la personne a vues cette semaine, qui elle appelle en cas de problème, si quelqu'un s'apercevrait qu'elle ne va pas bien, et depuis quand elle n'est pas sortie. Ces questions concrètes obtiennent ce que « êtes-vous entouré ? » ne donne pas.

Savoir qui a les clés du logement dit l'isolement mieux qu'un discours. La personne à prévenir s'identifie dans le même temps.

Le quotidien se demande en détail : les repas, le sommeil, les déplacements et l'accès au téléphone. Pour les repas, ce sont leur nombre et leur composition qui se demandent, et non l'appétit.

Se recherchent enfin les consommations, les violences, la honte et les idées noires. Les idées noires conduisent à l'évaluation du risque suicidaire, que le chapitre des urgences détaille.

« Combien de personnes avez-vous vues cette semaine ? »

L'examen dit ce que la personne ne dit pas

L'examen est souvent la seule occasion de l'année, et il dit ce que la personne ne dit pas. Se mesurent le poids et sa variation, la taille, la pression artérielle, la température et la fréquence cardiaque. Le poids et sa variation, en particulier, disent ce que la personne ne dira pas.

Les signes de dénutrition se cherchent : la fonte musculaire, les plis cutanés, l'état des cheveux et des ongles, la force de préhension. Les pieds, la bouche, les dents, la peau, la vision et l'audition s'examinent aussi, alors qu'ils se négligent : ce sont les angles morts qui décident de tout le reste, chacun conditionnant l'alimentation, la marche ou le lien social.

Se recherchent à chaque examen des plaies négligées, une infection cutanée, une parasitose, une hypothermie, des traces de violences et un état d'incurie. L'hypothermie se cherche activement, y compris hors saison froide.

Chez la personne âgée s'évaluent aussi la marche, l'équilibre et le lever de chaise. L'autonomie pour les actes quotidiens s'évalue dans le même temps, et les fonctions cognitives s'apprécient si besoin.

Une part de l'examen se fait sans examiner : l'état des vêtements, l'hygiène, l'odeur, le comportement, la présence ou l'absence d'un accompagnant. Ces observations se notent avec des mots factuels, et non avec un jugement.

L'examen respecte la pudeur, et chaque geste s'explique. Un examen complet peut être différé s'il est mal vécu : ce jour-là, la relation vaut plus qu'un examen complet.

Ce qui ne peut pas attendre le rendez-vous suivant

Certaines de ces situations ne peuvent pas attendre le rendez-vous suivant. Une hypothermie, une dénutrition sévère, une déshydratation, une infection non traitée, une plaie évoluée, une confusion ou une chute avec impossibilité de se relever imposent une décision immédiate. L'hypothermie et la dénutrition sévère se cherchent : elles ne se plaignent pas.

Le risque suicidaire s'évalue avec autant de sérieux que le corps. L'isolement le majore, comme la perte de statut, le deuil, l'alcool et la honte. La question se pose directement, sans interroger sur un moyen.

Chez la personne âgée isolée, d'autres signes se repèrent. Un refus de s'alimenter, un repli brutal ou un arrêt des soins se cherchent, et une dégradation rapide sans cause apparente est une urgence.

La décision d'hospitaliser ne pèse pas seulement la gravité clinique. L'impossibilité de rentrer, l'absence de chauffage, l'absence de quiconque pour surveiller et l'incapacité à revenir y pèsent aussi. Une hospitalisation décidée pour ces motifs se justifie, et son motif s'écrit.

Avant de laisser repartir, 4 choses se vérifient : que la personne peut rentrer, qu'elle a de quoi manger, qu'elle sait qui appeler, et qu'un contact est prévu. Si un danger existe, se déclenchent une évaluation à domicile, un avis, et un signalement lorsque la personne est vulnérable.

Le premier acte est administratif, le second est un rendez-vous

Le premier acte thérapeutique est souvent administratif. Les droits se traitent en premier : la domiciliation, la couverture, la complémentaire et l'orientation vers un travailleur social. Tant que les droits sont fermés, rien de ce qui est prescrit ne sera délivré.

Les soins se hiérarchisent : ce qui est indispensable, ce qui est différable, ce qui est abandonné, et ce qui doit être regroupé en une seule venue. Regrouper les rendez-vous vaut mieux que les multiplier.

L'ordonnance et le parcours se simplifient : le nombre de prises, le nombre de rendez-vous, le nombre d'interlocuteurs. La durée des prescriptions s'aligne sur le délai réel du prochain rendez-vous.

Au domicile se mettent en place les aides, le portage des repas, les soins infirmiers, le passage d'un service de proximité, et une évaluation gériatrique lorsqu'elle est justifiée. Contre l'isolement se construisent un contact régulier, une association, un accueil de jour, une activité, et le lien avec le voisinage lorsque la personne y consent.

Le second acte est un rendez-vous, fixé avant le départ. Il s'accompagne d'un moyen concret de rappeler, et d'une conduite si la personne ne vient pas, qui suppose de l'avoir prévue. Attendre la demande ne se fait pas : ces personnes demandent très rarement, et la proposition vient du soignant.

Chaque consultation est peut-être la seule : la prévention se fait ce jour-là

Ces personnes cumulent les retards de prévention, et chaque consultation est peut-être la seule. Se vérifient donc ce jour-là les vaccinations, les dépistages organisés, l'état dentaire, la vision, l'audition et le suivi gynécologique, qui manquent le plus souvent.

Les droits s'expliquent concrètement : ce à quoi la personne a droit, où le demander, ce qu'il faut apporter, et le fait que ce n'est pas une aumône. La honte est le premier obstacle, bien avant la complexité administrative. Donner une liste de démarches sans dire où aller ni quoi apporter est un piège : la démarche ne sera pas faite.

L'alimentation se travaille avec le budget : le nombre de repas, le coût, la conservation possible, la capacité à cuisiner et les solutions accessibles. Un conseil nutritionnel qui ignore le budget n'est pas un conseil.

Les risques du logement se préviennent : les chutes, le froid, la chaleur, les intoxications liées au chauffage, et l'isolement lors des périodes à risque. Le tabac, l'alcool, les substances et le renoncement aux soins s'abordent sans jugement.

Se remettent par écrit les coordonnées, les signes qui imposent de consulter, la date du rendez-vous et le nom d'une personne à qui s'adresser : un nom, et pas seulement un numéro. Le lien avec un proche, un voisin ou une association s'organise avec le consentement de la personne.

Aucun médecin ne règle seul une situation sociale, et l'isolement se note

Aucun médecin ne règle seul une situation sociale, et beaucoup essaient quand même. Au travailleur social se transmettent, avec l'accord de la personne, la situation administrative, l'obstacle précis, l'urgence relative et ce que la personne accepte de faire savoir. Le diagnostic et le contenu de la consultation ne se transmettent pas.

Aux professionnels du domicile se demande ce qu'ils constatent : l'état du logement, les repas réellement pris, les traitements réellement donnés, et ce qui a changé. Une aide à domicile voit ce qu'aucune consultation ne montre, et demander à celui qui entre dans le logement ce qu'il y voit donne l'information la plus sûre du dossier.

La pharmacie s'associe pour la délivrance, le fractionnement et le signalement des ordonnances non honorées. La coordination se nomme : qui fait quoi, qui rappelle, qui alerte, et à qui la personne s'adresse en premier, faute de quoi chacun suppose que l'autre s'en occupe.

L'isolement est un facteur de risque, et il se note au dossier comme une comorbidité. Le dossier trace les conditions de vie, l'isolement, les obstacles rencontrés et les décisions prises. Ne s'y écrivent pas un jugement sur le mode de vie, une étiquette, ou une mention d'inobservance sans sa cause, qui dessert la personne durablement.

Une personne vulnérable en danger se signale, selon le cadre applicable. Le signalement s'explique à la personne chaque fois que c'est possible.

À retenir pour la station

Posez à tout le monde des questions concrètes : où et avec qui la personne vit, si le coût l'a déjà fait renoncer à un soin, quand sa couverture arrive à échéance, combien de personnes elle a vues cette semaine et qui a ses clés. Pesez-la, faites-la déchausser, cherchez une hypothermie et des plaies négligées. Une hypothermie, une confusion, une plaie évoluée ou une impossibilité de se relever se décident le jour même, et l'impossibilité de rentrer est un motif d'hospitalisation qui s'écrit. Ouvrez les droits d'abord, sans quoi rien ne sera délivré, et fixez le rendez-vous suivant avant le départ. Notez l'isolement au dossier comme une comorbidité.

Sources

  1. 1

    Médecine générale

    Collège national des généralistes enseignants (CNGE). 1re édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Item 59

    Appuie : Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Urgence vitale, Stratégie de prise en charge, Éducation et prévention, Communication interprofessionnelle

  2. 2
    Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)

    Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.

    Passages utilisés : Item 59 ; Item 133 ; Item 7

    Appuie : Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Urgence vitale, Stratégie de prise en charge, Éducation et prévention, Communication interprofessionnelle