Cette fiche vous apprend à décrire avant de nommer devant un enfant qui a du mal à entrer en relation, en recueillant des exemples dans tous les lieux où il vit, et à ne nommer qu'après une évaluation, ni au téléphone, ni en une consultation. Elle suit ce fil : l'entretien et les lieux de vie, l'examen, le repérage et l'orientation, ce qui se fait avant le bilan, ce qui se dit aux parents, puis ce qui se demande et se transmet aux autres professionnels.
SommaireEnviron 10 min
- Obtenir des exemples, pas des adjectifs
- Retracer le développement, entendre les parents, et recueillir partout où l'enfant vit
- Entendre l'enfant avant d'interpréter, puis observer
- Repérer et orienter, sans conclure
- Ce qui peut être fait tout de suite n'attend pas le bilan
- Ce qui se dit aux parents avant le bilan engage tout le parcours
- Chacun ne voit qu'un morceau : recueillir auprès de l'école et des intervenants
- Répondre à celui qui a alerté, sans faire circuler un diagnostic
- À retenir pour la station
Obtenir des exemples, pas des adjectifs
Ce sont des exemples qu'il faut obtenir, pas des adjectifs. Ils se demandent sur la communication, les interactions et les comportements de l'enfant, puis sur son développement et son contexte.
La communication se demande point par point : le regard, la réponse au prénom, le pointage, l'attention conjointe, l'initiative d'un échange, le langage. L'usage du langage pour partager, plutôt que pour demander, compte plus que son niveau.
Les interactions se demandent ensuite : les autres enfants, le jeu partagé, le jeu de faire-semblant, la compréhension des règles, et la réaction aux tentatives d'approche. Le jeu de faire-semblant et l'attention conjointe se demandent nommément.
Les comportements se recensent : les intérêts restreints, les gestes répétés, l'alignement d'objets, l'intolérance au changement. Les réactions aux sons, aux textures et à la lumière se demandent aussi.
Retracer le développement, entendre les parents, et recueillir partout où l'enfant vit
Le développement se retrace : les acquisitions et leur date, le sommeil, l'alimentation et la propreté. Une éventuelle régression des acquisitions se demande explicitement.
Le contexte se demande : la vie de famille, les changements récents, les événements marquants, le temps d'écran, la langue parlée à la maison et l'entourage. Les antécédents familiaux se demandent aussi.
Ce que pensent les parents compte autant : ce qui les inquiète, depuis quand, ce qu'on leur a déjà dit, et ce qu'ils en pensent. Une inquiétude parentale précoce est un signe sur lequel s'appuyer, et elle se date.
Les observations se recueillent dans les autres lieux de vie : la crèche, l'école, le centre de loisirs, la famille élargie, et ce que chacun observe. Une discordance entre les lieux est une information à explorer, et non une contradiction qui annule la plainte.
Entendre l'enfant avant d'interpréter, puis observer
L'examen sert d'abord à écarter ce qui s'écarte vite, et à observer. L'audition et la vision se vérifient en premier, avant toute interprétation. Un enfant qui ne répond pas à son prénom doit être entendu avant d'être interprété : le test auditif passe avant tout.
Se mesurent le poids, la taille et le périmètre crânien, avec leur courbe. Suivent l'examen neurologique, le tonus, la marche, la motricité fine, la peau et les traits morphologiques, à la recherche de signes d'appel d'une cause identifiable.
La consultation est aussi un temps d'observation : la façon dont l'enfant entre, explore la pièce, réagit à la séparation, cherche ses parents du regard, répond à une sollicitation, joue et supporte le contact. L'observation du jeu vaut autant que l'examen neurologique.
Cette observation a ses limites : une consultation ne reproduit pas la vie quotidienne, et un enfant peut s'y montrer très différent. Une consultation rassurante n'écarte rien, et rassurer sur elle est une erreur.
Le langage s'apprécie qualitativement : la richesse, l'articulation, l'écholalie, l'inversion pronominale, et l'adaptation à l'interlocuteur. Se notent des descriptions, des exemples et des verbatim, et non des conclusions.
Repérer et orienter, sans conclure
Le rôle du premier recours est de repérer et d'orienter, pas de conclure. S'écartent d'abord un trouble auditif, un trouble visuel, une carence de stimulation, un contexte de bilinguisme mal évalué et une situation de négligence.
S'envisagent ensuite plusieurs diagnostics : un trouble du neurodéveloppement, un trouble du langage, un trouble de l'attention, une déficience intellectuelle. Une anxiété, un mutisme sélectif et un trouble de l'attachement font aussi partie des hypothèses.
Certains signes orientent vers une évaluation sans délai : une régression des acquisitions, une absence de langage à un âge où il devrait exister, une absence d'attention conjointe, une inquiétude parentale forte et un antécédent familial. Ces signes se recherchent activement.
Les présentations trompeuses retardent l'évaluation : une fille peut compenser longtemps, un bon niveau scolaire fait différer l'évaluation, à tort, et un enfant sage n'inquiète personne. L'absence de plainte n'est pas l'absence de difficulté.
Des questionnaires de repérage existent : ils orientent, ils ne diagnostiquent pas, et le diagnostic relève d'une évaluation pluriprofessionnelle. Une étiquette diagnostique ne se pose pas en consultation isolée ou par téléphone, et le diagnostic ne s'écarte pas sur une impression favorable.
Ce qui peut être fait tout de suite n'attend pas le bilan
L'attente d'un bilan dure des mois, et rien n'oblige à ne rien faire pendant ce temps. S'engagent tout de suite le contrôle de l'audition et de la vision, l'orientation vers une évaluation pluriprofessionnelle, et la demande de bilans orthophonique, psychomoteur et psychologique selon les besoins. Attendre le diagnostic pour agir ne se fait pas.
À l'école, des aménagements se mettent en place sans attendre : prévenir des changements, offrir un lieu calme, réduire les stimulations à la cantine, utiliser des supports visuels, désigner un adulte repère, organiser des temps de jeu accompagnés. Un adulte repère à l'école change plus les choses qu'une consigne générale.
À la famille se proposent des repères concrets, la prévisibilité, la réduction des écrans, des temps d'échange courts et fréquents, et le soutien de la fratrie. Les démarches administratives s'ouvrent en parallèle : elles prennent du temps, et se commencent avant le diagnostic, et non après.
Le parcours se coordonne : un professionnel référent, un calendrier et des points réguliers. Sans professionnel référent, ces parcours se perdent entre les intervenants.
Se réévaluent l'évolution, la réponse aux aménagements, le vécu de l'enfant et l'épuisement des parents. Se surveillent en plus le vécu scolaire, les moqueries, l'isolement qui s'installe, le sommeil, l'alimentation sélective et l'anxiété : le retentissement secondaire fait souvent plus de dégâts que le trouble initial.
Ce qui se dit aux parents avant le bilan engage tout le parcours
Ce qui se dit aux parents avant le bilan engage tout le parcours. Avant d'expliquer se demandent ce qu'ils ont déjà entendu, ce qu'ils ont lu, ce qu'ils redoutent, et ce qu'ils observent eux-mêmes.
Se disent ce qui a été observé, par qui, dans quels lieux, ce que cela signifie et ne signifie pas, ce qui va être fait, et dans quel ordre. Les observations se restituent avec des exemples.
Ne se disent pas un diagnostic non posé, une hypothèse présentée comme une certitude, un pronostic, ni une formule rassurante destinée à écourter l'entretien. Rassurer pour écourter est un piège : les parents reviennent des mois plus tard, avec la même question et du temps perdu.
Les réactions s'accueillent : le désaccord entre les parents, fréquent, le déni, la culpabilité et la colère. Aucune de ces réactions n'est un obstacle à la démarche, et toutes doivent être entendues.
Sur le mot, il se dit qu'une évaluation ne conclut pas forcément à un trouble : elle sert à comprendre comment cet enfant fonctionne, et à l'aider, pas à l'étiqueter. Se vérifient ce que les parents ont compris et ce qu'ils vont dire à l'enfant, qui a droit à une explication à sa mesure. Se remettent un écrit, les rendez-vous et un contact.
Chacun ne voit qu'un morceau : recueillir auprès de l'école et des intervenants
Ces enfants sont vus par beaucoup de gens, et chacun n'en voit qu'un morceau. À l'école se demandent, avec l'accord des parents, des observations datées, des exemples, ce qui a été essayé et ce qui a marché. Une observation scolaire datée est une donnée clinique, et non un avis.
Aux autres intervenants se demandent les bilans déjà réalisés, leurs conclusions et leur date, plutôt que de faire refaire ce qui existe. À l'équipe qui évaluera se transmettent ensuite le motif, les observations, les lieux, l'ancienneté, ce qui a été écarté, et ce que les parents en disent.
Répondre à celui qui a alerté, sans faire circuler un diagnostic
Au professionnel scolaire qui a alerté se disent ce qui est engagé, dans quel délai, ce qu'il peut mettre en place tout de suite, et à qui il s'adresser ensuite. Un professionnel qui alerte sans retour cesse d'alerter.
Restent confidentiels le contenu médical, les hypothèses et les éléments familiaux, qui ne se transmettent pas à l'école. L'école reçoit des besoins et des aménagements, et non un diagnostic.
Se tracent les observations, les accords obtenus, les demandes faites et les échéances. C'est avec l'accord des parents que se demandent les observations de l'école, et cet accord s'écrit.
À retenir pour la station
Obtenez des exemples, pas des adjectifs : le regard, la réponse au prénom, l'attention conjointe, le jeu partagé, les comportements répétitifs, une régression. Recueillez les observations dans tous les lieux de vie, une discordance étant une information. Vérifiez l'audition et la vision avant toute interprétation. Une régression des acquisitions impose une évaluation sans délai. Ne posez ni n'écartez le diagnostic au téléphone ou en une consultation : un questionnaire oriente, il ne diagnostique pas. Prévenir des changements et offrir un lieu calme n'attendent pas le bilan, et les démarches administratives commencent avant le diagnostic. L'école reçoit des besoins et des aménagements, pas un diagnostic, et celui qui a alerté reçoit un retour.
S'entraîner sur cette situation
Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.
Sources
- Pédiatrie (Ouvre un nouvel onglet)
Collège national des pédiatres universitaires (CNPU) ; Collège national hospitalier et universitaire de chirurgie pédiatrique (CNHUCP). 9e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
- Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.
Les mêmes items du programme
- Troubles de l'attentionSituation de départ 129 / items communs 55, 60
- Anomalie du développement psychomoteurSituation de départ 115 / item commun 55
- Troubles du comportement chez l'enfant et l'adolescentSituation de départ 133 / item commun 55
- Troubles obsessionnels, comportement compulsifSituation de départ 136 / item commun 60
- Troubles psychiatriques en post-partumSituation de départ 137 / item commun 60
- Consultation de suivi pédiatriqueSituation de départ 296 / item commun 55
- Prévention de l'exposition aux écransSituation de départ 323 / item commun 55
- Prévention des accidents domestiquesSituation de départ 325 / item commun 55