Cette fiche vous apprend à rendre une parole possible sans demander le récit des faits, à repérer les délais qui courent et à proposer chaque démarche sans en conditionner aucune. Elle suit le fil de la consultation : le silence qui permet de parler, ce qui suffit à soigner, ce qui ne peut pas attendre, l'examen, le soin et la preuve, puis ce qui se propose, ce qui s'explique et ce qui se transmet.
SommaireEnviron 12 min
- La parole vient dans un silence, pas dans une question
- Ce qui se demande suffit à soigner : le délai, les craintes, le retentissement
- Ce qui ne peut pas attendre : la sécurité, le risque suicidaire et l'horloge
- Un examen qui se propose, s'explique et peut s'interrompre à tout moment
- Le soin et la preuve : 2 démarches indépendantes, aux délais différents
- Tout se propose, rien ne se conditionne, et la personne décide de l'ordre
- Expliquer les réactions, pour que la personne cesse de croire qu'elle réagit mal
- Le secret protège, et une orientation sans transmission fait tout redire
- À retenir pour la station
La parole vient dans un silence, pas dans une question
La révélation vient dans un silence, pas dans une question. Ce qui rend une parole possible tient à quelques conditions : un lieu où l'on est seul, du temps annoncé, une question ouverte, et un silence qu'on ne comble pas.
Une phrase rend la parole possible : dire à la personne qu'elle n'est pas obligée de raconter. Le détail des faits n'est pas nécessaire à la conduite médicale, il relève d'un cadre spécifique, et le demander fait souvent partir la personne.
La situation se présente souvent sous un autre motif. Une plainte somatique répétée, des consultations sans suite, une demande de dépistage isolée ou un passage aux urgences interrompu se repèrent comme des motifs de consultation. Une plainte somatique répétée, laissée sans question de contexte, est une occasion manquée.
Ce qui ne se fait pas tient en 3 gestes : faire répéter, demander pourquoi la personne n'a rien dit plus tôt, et mettre en doute. La parole de la personne ne se met pas en doute, et c'est elle qui établit la situation.
Ce qui se demande suffit à soigner : le délai, les craintes, le retentissement
Ce qui se demande, et qui suffit : la date approximative, le délai écoulé, ce que la personne craint pour sa santé, ce qui a déjà été fait, et ce qu'elle souhaite aujourd'hui. Aucun de ces éléments ne demande le récit des faits.
Le retentissement se recherche, sur plusieurs plans. Le sommeil, les reviviscences, l'évitement, l'humeur et la culpabilité se demandent. Se demandent aussi ce que la personne a cessé de faire, et les consommations apparues depuis.
Les idées suicidaires se recherchent, demandées directement, et sans interroger de moyen. Le chapitre suivant dit ce qui majore ce risque et ce qui impose un avis sans délai.
L'entourage se demande en 3 questions : à qui la situation a été dite, qui soutient, et qui met en danger. La dernière rejoint la sécurité, qui se vérifie au chapitre suivant.
Ce qui ne peut pas attendre : la sécurité, le risque suicidaire et l'horloge
3 urgences coexistent : la sécurité, le risque suicidaire, et l'horloge des traitements préventifs. La première question est celle de la sécurité en sortant d'ici : si la personne est en sécurité maintenant, où elle va en sortant, si elle risque de croiser un danger, et si des enfants sont exposés.
Le risque suicidaire s'évalue avec autant de sérieux. Il est majoré par la honte, l'isolement, la sidération et les consommations récentes, et la question se pose directement, sans interroger de moyen. Des idées envahissantes, une intention exprimée, un état de sidération majeur, une dissociation ou une agitation imposent un avis sans délai.
Les traitements préventifs dont le délai est court se traitent dans l'heure quand c'est indiqué, de même que la contraception d'urgence lorsqu'elle est concernée. Leur proposition ne peut pas attendre la suite de l'entretien : elle se fait avant sa fin.
L'urgence se cherche aussi cliniquement. Une hémorragie, une lésion grave, une douleur intense, un traumatisme crânien et une intoxication se recherchent.
Avant que la personne reparte s'organisent un lieu sûr, un contact, un numéro écrit, une date rapprochée, et la possibilité de revenir sans rendez-vous. Personne ne repart sans un numéro écrit et une date rapprochée, et l'évaluation du risque, les décisions et l'heure se tracent.
Un examen qui se propose, s'explique et peut s'interrompre à tout moment
Aucun examen ne se fait sans un accord explicite, et cet accord se redemande à chaque étape. Avant l'examen se disent à quoi il sert, ce qu'il comprend et ce qu'il ne comprend pas. Se dit aussi qu'il peut être refusé, interrompu à tout moment, et différé.
Un examen n'est pas une condition pour être cru, ni pour être soigné, ni pour porter plainte. Son refus se respecte sans insister.
Ce qui s'organise : un accompagnant si la personne le souhaite, un professionnel du sexe choisi par elle lorsque c'est possible, un lieu calme, le moins de déshabillage possible, et des explications à chaque geste. L'examen porte sur tout le corps, pas seulement sur une région : il recherche des lésions traumatiques, des signes d'infection, une douleur, un saignement, et un retentissement général.
Un examen normal est fréquent, et il n'infirme rien. Cela se dit à la personne, qui l'interprète souvent comme un doute sur sa parole : le dire évite un doute dévastateur.
Les constatations à visée médico-légale relèvent d'un cadre spécifique, comme les prélèvements correspondants : ils obéissent à des règles précises et se font dans une structure dédiée. Ce qui se note, ce sont des descriptions objectives, datées, et sans interprétation.
Le soin et la preuve : 2 démarches indépendantes, aux délais différents
2 logiques cohabitent, celle du soin et celle de la preuve, et elles n'ont ni les mêmes délais ni les mêmes règles. Ce qui s'explique à la personne, c'est que ces 2 démarches sont indépendantes, qu'elle peut accepter l'une et refuser l'autre, et qu'aucune n'engage la suivante.
Ce qui relève du soin : les dépistages des infections sexuellement transmissibles, les sérologies de référence, la recherche d'une grossesse lorsqu'elle est concernée, et le suivi programmé. Une sérologie initiale rend interprétables toutes les suivantes.
Les délais du soin ne sont pas les mêmes pour tout. Certains traitements préventifs doivent être débutés en quelques heures, d'autres en quelques jours, et la surveillance s'étend sur plusieurs mois. Certains se comptent donc en heures, pas en jours.
Ce qui relève du cadre médico-légal, ce sont les prélèvements à visée de constatation. Leur valeur dépend de délais courts et de règles de recueil et de conservation strictes, qui ne s'improvisent pas. Ces prélèvements se font dans une structure dédiée, et non au cabinet.
Le calendrier des contrôles se programme et se remet à la personne : leurs dates, qui les tient, et comment les résultats seront transmis, par un canal choisi avec elle. Ce qui ne se fait pas, c'est prescrire un bilan large sans expliquer ce qu'il cherche, ou transmettre un résultat par un canal que la personne n'a pas choisi.
Tout se propose, rien ne se conditionne, et la personne décide de l'ordre
Tout se propose, rien ne se conditionne, et la personne décide de l'ordre. Les soins, les dépistages, les traitements préventifs, les constatations, l'accompagnement psychologique, l'orientation vers une structure dédiée et les démarches judiciaires se proposent sans hiérarchie imposée.
L'accès aux soins ne se conditionne pas à un dépôt de plainte, ni les soins à un examen, ni l'accompagnement à une décision. Une personne qui ne veut rien engager aujourd'hui reste soignée aujourd'hui.
Ce qui se dit sur le temps est souvent décisif : que certaines choses ont un délai, lesquelles, et que d'autres restent possibles longtemps. Cette information est absente dans la grande majorité des cas.
La suite se prépare : un rendez-vous rapproché, un interlocuteur nommé, la possibilité de revenir, et le fait que la personne n'aura pas à tout redire. Le lui annoncer change sa venue suivante. En parallèle se traitent la douleur, le sommeil, l'anxiété et les plaintes somatiques, qui ne sont pas des prétextes.
Si la personne le demande, un certificat descriptif s'écrit. Il rapporte ses propos entre guillemets, décrit de façon objective ce qui est constaté, sans qualifier et sans désigner, et se remet à elle seule, à personne d'autre. Se réévaluent ensuite le retentissement, le risque et la décision : celle-ci peut changer, et elle se réévalue sans reproche.
Expliquer les réactions, pour que la personne cesse de croire qu'elle réagit mal
Une personne qui comprend ce qui lui arrive cesse de croire qu'elle réagit mal. La sidération, l'absence de réaction sur le moment, les trous de mémoire, le calme apparent et les émotions contradictoires sont des réponses connues et fréquentes, qui ne disent rien de ce qui s'est passé. Expliquer que l'absence de réaction sur le moment est fréquente est ce qui lève le plus de culpabilité.
La suite s'explique aussi : les troubles du sommeil, les images qui reviennent, l'évitement, l'irritabilité et la fatigue. Ces troubles apparaissent souvent à distance, et le dire évite une deuxième détresse ; un accompagnement précoce change leur évolution.
La culpabilité est presque constante, et elle n'est pas un indice : la responsabilité n'appartient pas à la personne. Sur l'alcool et les substances se dit qu'ils soulagent le soir, qu'ils aggravent le sommeil et l'humeur, et que leur usage se dit sans jugement.
Ce qui se remet par écrit : les coordonnées de la structure, les numéros d'aide, les délais qui courent, les signes qui imposent de reconsulter, et la date du prochain rendez-vous. À un proche, avec l'accord de la personne, s'explique comment soutenir, et qu'il ne faut ni faire raconter ni pousser à agir. Ce qui se rappelle, c'est qu'il est possible de revenir, à tout moment.
Le secret protège, et une orientation sans transmission fait tout redire
Le secret protège la personne, et sa levée non contrôlée peut la mettre en danger. Le contenu de l'entretien, l'identité et les faits ne se transmettent à personne sans son accord explicite. La seule exception relève des situations prévues par le cadre applicable, notamment lorsqu'une personne vulnérable est en danger.
Quand un signalement est envisagé, cela se dit à la personne : qu'il l'est, pourquoi, à qui, et ce qu'il contiendra, chaque fois que cela ne l'expose pas davantage. Le cadre du signalement, lui, se connaît.
Ce qui se transmet à la structure dédiée, avec l'accord de la personne :
- Le motif.
- Le délai écoulé.
- Ce qui a déjà été fait.
- Ce qui a été prélevé.
- Les traitements débutés.
- Le degré d'urgence.
Une orientation sans transmission oblige la personne à tout redire, ce qui est précisément ce qu'il faut éviter : elle doit tout recommencer, et beaucoup n'y retournent pas. Se coordonnent ensuite un interlocuteur nommé, un calendrier, et qui rappelle si la personne ne vient pas.
Les documents, le certificat et les résultats se remettent à la personne elle-même, à aucun tiers, fût-il un proche présent. Se tracent les constatations, les propos entre guillemets, les accords donnés, les refus et les décisions : un dossier tenu régulièrement, au fil des consultations, vaut plus qu'une attestation rédigée après coup.
À retenir pour la station
Le récit des faits n'est pas nécessaire pour soigner : laissez un silence sans le combler, et dites à la personne qu'elle n'est pas obligée de raconter. Demandez le délai écoulé, ce qu'elle craint pour sa santé, ce qu'elle a cessé de faire, ses consommations, ses idées suicidaires sans interroger de moyen, à qui elle l'a dit et ce qu'elle souhaite aujourd'hui. Expliquez les délais qui courent : les traitements préventifs se proposent avant la fin de l'entretien. Proposez chaque démarche sans en conditionner aucune, le dépôt de plainte n'étant pas une condition d'accès aux soins. Orientez vers une structure dédiée en transmettant, avec son accord, pour qu'elle n'ait pas à tout redire.
S'entraîner sur cette situation
Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.
Sources
Médecine légale, Médecine du travail
Collège national des enseignants de médecine légale (CNEML) ; Société française de médecine légale et d'expertise médicale (SFML) ; Collège des enseignants hospitalo-universitaires de médecine et santé au travail (CEHUMT). 3e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
- Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.
Les mêmes items du programme
- Dépistage et prévention des violences faites aux femmesSituation de départ 317 / items communs 11, 12
- Demande d'un certificat médical initialSituation de départ 333 / items communs 11, 7
- Violences psychologiques et/ou physiquesSituation de départ 351 / items communs 11, 7
- Demande et préparation aux examens endoscopiques (bronchiques, digestifs)Situation de départ 238 / item commun 7
- Explication pré-opératoire et recueil de consentement d'un geste invasif diagnostique ou thérapeutiqueSituation de départ 239 / item commun 7
- Prévention / dépistage des cancers de l'adulteSituation de départ 303 / item commun 7
- Annonce d'un diagnostic de maladie grave au patient et/ou à sa familleSituation de départ 327 / item commun 7
- Annonce d'une maladie chroniqueSituation de départ 328 / item commun 7