Cette fiche vous apprend à poser à tout le monde, seul avec la personne, la question que ces situations déguisées ne posent pas d'elles-mêmes, puis à évaluer le danger, constater et accompagner sans décider à sa place. Elle suit le fil de la consultation : la question, ce qui se recherche, la sécurité en sortant, l'examen, la prise en charge, ce qui se prépare entre 2 consultations, puis ce qui se transmet sans exposer.
SommaireEnviron 10 min
- Ces situations arrivent déguisées, et la question se pose seul à seul
- Rechercher les faits et leur retentissement, sans en demander le détail
- La question qui prime : la personne est-elle en sécurité en sortant d'ici ?
- L'examen ne cherche pas une preuve : il constate, il décrit, et il date
- Soigner, constater, informer, et accompagner dans le temps
- Ce qui se passe entre 2 consultations décide de la suite
- Une information qui circule mal peut mettre quelqu'un en danger
- À retenir pour la station
Ces situations arrivent déguisées, et la question se pose seul à seul
Personne ne consulte pour des violences : on consulte pour des douleurs, une insomnie, une fatigue, ou pour un enfant. La question ne se pose donc pas d'elle-même, elle se pose à tout le monde.
Avant de poser la question, être seul avec la personne : sans le conjoint, sans le parent, sans l'aidant, sans l'enfant en âge de comprendre. Si nécessaire, la traduction se fait par un interprète professionnel, et non par un proche : un proche ne traduit pas.
Ce qui se dit avant la question : qu'elle est posée à tout le monde, qu'elle n'est pas dirigée contre quelqu'un, et que la réponse ne déclenchera rien sans l'accord de la personne. Dire que la question est posée à tout le monde est ce qui la rend possible.
La question est simple et directe, et elle porte sur des faits plutôt que sur une qualification. Qualifier la situation n'appartient pas au médecin : il la repère.
« Est-ce que quelqu'un vous fait du mal ? »
Rechercher les faits et leur retentissement, sans en demander le détail
Les faits se recherchent sans en demander le détail. Se recherchent des coups, des menaces, des insultes, des soins empêchés, un isolement organisé, et une atteinte aux enfants ou aux animaux. Le contrôle de l'argent, des sorties et du téléphone est un fait, et ces formes de contrôle se recherchent au même titre.
Le retentissement se demande : le sommeil, l'humeur, les consommations, et ce que la personne a cessé de faire. Les idées suicidaires se recherchent aussi, sans interroger de moyen.
Ce qui ne se fait pas tient en 4 gestes : poser la question devant un tiers, exiger un récit détaillé, et mettre en doute. Demander pourquoi la personne reste ne se fait pas non plus.
La question qui prime : la personne est-elle en sécurité en sortant d'ici ?
La question qui prime sur toutes les autres est celle de la sécurité : cette personne est-elle en sécurité en sortant d'ici ? S'évaluent la gravité des faits récents, leur fréquence, leur aggravation, l'existence de menaces, l'accès à des moyens dangereux, la présence d'enfants, une séparation en cours et l'isolement. Une aggravation récente, de la fréquence ou de la gravité, est le signal le plus fort.
Ce qui se cherche cliniquement : une lésion grave, un traumatisme crânien, une strangulation rapportée, une grossesse, et un état de sidération. Le risque suicidaire s'évalue avec autant de sérieux, directement, et sans interroger de moyen.
Quand le danger est immédiat, la personne ne repart pas sans solution. Se décident une hospitalisation quand elle est justifiée, une mise à l'abri, l'appel des services compétents, et le signalement dans les cas prévus par le cadre applicable. Pour un mineur ou une personne vulnérable, le cadre est différent : la protection prime sur l'accord, et le signalement ne requiert pas l'accord.
Un plan de sécurité simple se prépare avec la personne, pas pour elle : un lieu où aller, des documents mis à l'abri, un numéro appris, et un signal convenu avec un proche. Se tracent l'évaluation, la décision et l'heure.
L'examen ne cherche pas une preuve : il constate, il décrit, et il date
L'examen ne cherche pas une preuve : il constate, il décrit, et il date. Avant lui se demandent l'accord de la personne, et s'expliquent ce qui va être fait et la possibilité d'interrompre.
L'examen porte sur l'ensemble du corps, et non sur la seule zone montrée : le cuir chevelu, les oreilles, la bouche, le cou, les avant-bras, le dos, et les zones habituellement couvertes. Chaque lésion se décrit par son siège, sa taille, sa forme, sa couleur, son nombre et son aspect, avec des mots neutres, sans attribuer d'origine, et sans écrire de mécanisme.
Certains éléments alertent : des lésions d'âges différents, des localisations inhabituelles, une discordance entre l'explication donnée et l'aspect, un retard de consultation, et des consultations répétées. Les âges des lésions et les discordances se notent.
L'examen s'adapte à l'âge. Chez l'enfant, la courbe de croissance, l'état bucco-dentaire, le comportement, le développement et la relation avec l'adulte présent font partie de l'examen. Chez la personne âgée ou dépendante se recherchent l'état cutané, la dénutrition, l'incurie, la contention et le défaut de soins.
Ce qui se fait à chaque fois : un examen général, des mesures, et une trace écrite datée. Cette trace est utilisable des mois plus tard.
Soigner, constater, informer, et accompagner dans le temps
Le rôle du médecin est de soigner, de constater, d'informer, et d'accompagner dans le temps. Ce qui se dit d'abord : que ce qui est décrit n'est pas acceptable, que la personne n'en est pas responsable, et qu'elle sera suivie quoi qu'elle décide.
Ce qui se soigne : les lésions, la douleur, le sommeil, l'anxiété, un épisode dépressif, et les plaintes somatiques, qui ne sont pas des prétextes. Les soins ne se conditionnent pas à une démarche judiciaire.
Lorsque la personne le demande, un certificat descriptif se rédige. Il est daté, rapporte ses propos entre guillemets et attribués, décrit les constatations et évalue un retentissement, sans désigner un tiers et sans qualifier les faits, et il se remet à elle seule. Propos entre guillemets, constatations décrites, aucun tiers nommé : c'est la formule qui protège la personne et son dossier.
Les recours existants, les associations, les services sociaux, les dispositifs d'écoute et les démarches judiciaires s'expliquent, sans en imposer aucun et sans conditionner les soins. Ce qui ne se fait pas, c'est décider à la place de la personne majeure, sauf danger relevant du cadre applicable.
Une personne quitte rarement une situation à la première consultation : le processus prend souvent des années, et chaque consultation en fait partie, même quand rien ne semble avancer. Se maintiennent le lien, le rendez-vous suivant, la trace régulière, et l'absence de reproche. Se décourager parce que la personne ne part pas est un piège : le découragement du soignant supprime le seul lien qui restait.
Ce qui se passe entre 2 consultations décide de la suite
Ce qui se passe entre 2 consultations décide de la suite, et la personne y est seule. Ce qui s'explique sur les symptômes : le sommeil, les douleurs, la fatigue, l'anxiété et les troubles de la mémoire sont des conséquences, et non des faiblesses, et ils régressent quand la situation change.
Ce qui se prépare concrètement : un lieu où aller, une personne à prévenir, des papiers mis à l'abri, et un moment plus sûr que les autres. Un numéro appris par cœur vaut mieux qu'un numéro enregistré : si besoin, les numéros s'apprennent plutôt qu'ils ne s'écrivent.
La sécurité numérique se dit : un téléphone, un ordinateur, un historique et une géolocalisation peuvent être consultés, et les documents remis peuvent être trouvés. Avant de remettre un papier, demander si la personne peut le garder sans risque.
L'isolement se travaille : garder un contact, une activité, un lien avec un proche, et un rendez-vous médical régulier, qui est parfois la seule sortie autorisée. Sur les enfants se dit qu'ils voient, qu'ils entendent, que cela les atteint même sans être touchés, et que leur suivi compte.
L'alcool, les médicaments et les substances s'abordent sans jugement. Ce qui se rappelle à chaque fois, c'est qu'il est possible de revenir, sans avoir à tout redire, et sans avoir rien décidé.
Une information qui circule mal peut mettre quelqu'un en danger
Une information qui circule mal peut mettre quelqu'un en danger, et c'est la situation où cette phrase est littérale. Les faits, les propos, l'existence même de la consultation et les documents ne se transmettent à personne sans accord, hors les cas prévus par le cadre applicable.
Le signalement relève de la protection d'un mineur, ou d'une personne vulnérable qui n'est pas en mesure de se protéger, selon le cadre en vigueur, et après avis lorsqu'un doute existe. Il s'écrit en décrivant, sans accuser, et en distinguant ce qui est constaté de ce qui est rapporté.
Ce qui se dit à la personne : ce qui va être transmis, à qui, pourquoi et quand, chaque fois que cela ne l'expose pas davantage. Avec son accord se coordonnent le travailleur social, l'association, le psychologue, le médecin traitant, et le pédiatre pour les enfants.
Ce qui se demande à ceux qui la voient : ce qu'ils observent, les consultations manquées et les changements. L'attitude de l'accompagnant fait partie de ces observations utiles à demander.
Ce qui se trace au dossier : les constatations, les propos entre guillemets, les refus, les informations données et les dates, un dossier tenu régulièrement valant plus que toute attestation tardive. Avant d'écrire se vérifie que le dossier ne peut pas être vu par la personne mise en cause ; avant de communiquer, que le canal est sécurisé.
À retenir pour la station
Ces situations arrivent déguisées : posez la question à tout le monde, seul avec la personne, avec un interprète professionnel si besoin, en disant qu'elle est posée à tous. Demandez des faits, dont le contrôle de l'argent, des sorties et du téléphone, sans exiger de récit ni demander pourquoi la personne reste. Vérifiez qu'elle est en sécurité en sortant, et recherchez le risque suicidaire sans interroger de moyen. Examinez tout le corps, décrivez et datez sans conclure sur l'origine. Dites que ce qui est décrit n'est pas acceptable et qu'elle n'en est pas responsable, proposez sans conditionner les soins, et ne transmettez rien sans accord, hors les cas prévus par le cadre applicable.
Sources
Médecine légale, Médecine du travail
Collège national des enseignants de médecine légale (CNEML) ; Société française de médecine légale et d'expertise médicale (SFML) ; Collège des enseignants hospitalo-universitaires de médecine et santé au travail (CEHUMT). 3e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
- Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.
Les mêmes items du programme
- Dépistage et prévention des violences faites aux femmesSituation de départ 317 / items communs 11, 57
- Demande d'un certificat médical initialSituation de départ 333 / items communs 11, 7
- Violences sexuellesSituation de départ 350 / items communs 11, 7
- Hypotonie / malaise du nourrissonSituation de départ 46 / item commun 57
- Troubles du comportement chez l'enfant et l'adolescentSituation de départ 133 / item commun 57
- Traumatisme crânienSituation de départ 172 / item commun 57
- Demande et préparation aux examens endoscopiques (bronchiques, digestifs)Situation de départ 238 / item commun 7
- Explication pré-opératoire et recueil de consentement d'un geste invasif diagnostique ou thérapeutiqueSituation de départ 239 / item commun 7