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Médecine générale

Fiche de révision

Évaluation de l'observance thérapeutique

S'entraîner sur cette situation
Situation de départ 354Catégorie VItem R2C 324Item R2C 321Item R2C 322

Cette fiche vous apprend à mesurer ce qu'une personne prend réellement sans fausser la mesure par la question, à chercher la raison de chaque écart, puis à convenir avec elle de ce qui change. Elle suit la consultation : obtenir le réel, en chercher les raisons, croiser les mesures, traiter l'obstacle, annoncer sans juger, expliquer, et faire circuler l'information avec le pharmacien et les autres soignants.

SommaireEnviron 11 min
  1. La question détermine la réponse
  2. Chaque écart a sa raison, et l'oubli est la plus rare
  3. Croiser les mesures, et ouvrir la question sans la clore
  4. Traiter l'obstacle, et alléger l'ordonnance
  5. Un accord partiel tenu, et ce qui ne s'interrompt pas
  6. Restituer une constatation, pas un jugement
  7. Un traitement préventif ne se sent pas, et cela se dit
  8. Le pharmacien voit ce que la consultation ne voit pas
  9. À retenir pour la station

La question détermine la réponse

« Vous prenez bien vos traitements ? » obtient « oui », et referme le sujet pour longtemps. Une question fermée obtient un oui qui ne mesure rien : c'est la question qui détermine la réponse.

Ce qui fonctionne à la place est de faire raconter une journée ordinaire, du réveil au coucher, comprimé par comprimé. Faites raconter ensuite une journée différente : un jour de travail, de sortie, de garde d'enfants ou de week-end.

Chaque médicament se demande ensuite, ligne par ligne et séparément. Une ligne arrêtée depuis des mois n'apparaît pas dans une réponse globale : seule une revue ligne par ligne la fait sortir.

Les écarts se quantifient : le nombre de jours par semaine où une prise saute, la durée d'un arrêt, et le délai depuis le dernier renouvellement. C'est ce qui transforme une impression en donnée comparable.

La crainte du jugement se lève par une phrase : beaucoup de personnes adaptent leur traitement, c'est fréquent, et ce qui intéresse est la raison. Cette phrase change plus de réponses que toutes les autres, et l'absence de jugement s'énonce donc explicitement.

Chaque écart a sa raison, et l'oubli est la plus rare

Les écarts ont des raisons, et l'oubli est la plus rare : il y en a presque chaque fois une autre. La raison de chaque écart se recherche donc, écart par écart.

Les raisons à chercher derrière un écart :

  • Un effet gênant.
  • Une peur née d'une notice ou d'un proche.
  • Un coût.
  • Une contrainte pratique.
  • Un doute sur l'utilité.
  • Une amélioration ressentie.
  • La complexité du schéma.
  • Une difficulté à ouvrir ou à avaler.

Ce qui est pris en dehors de l'ordonnance se demande aussi : compléments, plantes et produits d'un proche. Le coût, l'une des raisons possibles, s'aborde explicitement.

Le terrain se recherche : une difficulté de lecture, une baisse de la vue, un trouble de la mémoire, une dépression, un isolement, une langue mal comprise. Chacun produit une inobservance qu'aucune explication supplémentaire ne corrigera.

L'histoire du traitement se demande enfin : depuis quand il est pris, combien de fois il a été modifié, ce qui a déjà été arrêté, et pourquoi. Une mauvaise expérience ancienne explique souvent un refus présent.

Croiser les mesures, et ouvrir la question sans la clore

Aucune mesure ne dit à elle seule ce qui est pris, et leur croisement approche la réalité mieux qu'une déclaration. La mesure la moins chère et la plus sûre est celle des délivrances : leurs dates, le nombre de renouvellements sur une année, les écarts entre 2 retraits, et le rapport entre les boîtes délivrées et la durée couverte.

Ce qui s'observe simplement complète le relevé : le compte des comprimés restants, l'état des boîtes, une boîte encore sous plastique, la date d'ouverture d'un conditionnement. Les boîtes s'examinent quand elles sont présentes.

La biologie oriente. Un paramètre qui ne bouge pas malgré des augmentations de dose doit faire douter de la prise, comme une variabilité inexpliquée ou une amélioration brutale avant une consultation. Un dosage plasmatique se discute lorsqu'il existe et qu'il est indiqué.

Les limites de ces mesures se connaissent : un dosage indique une prise récente, pas une prise régulière, et un résultat normal n'exclut rien. Les questionnaires existent et repèrent, mais ils ne remplacent pas l'entretien, et leur résultat se discute avec la personne.

Un relevé ne s'oppose pas à la personne, comme une preuve : cela met fin à l'échange. Il s'utilise pour ouvrir la question, pas pour la clore. Les mêmes mesures se refont à la consultation suivante, et c'est ce qui rend la comparaison possible.

Traiter l'obstacle, et alléger l'ordonnance

Une observance mesurée ne sert à rien si l'ordonnance ne change pas. Ce qui se traite en premier est l'obstacle identifié, et non la consigne répétée.

Chaque obstacle a sa réponse concrète : un effet gênant se traite, une prise se déplace dans la journée, une forme se change, un coût se réduit, un schéma se simplifie. Déplacer l'heure d'une prise règle plus d'inobservances qu'une explication supplémentaire.

Le schéma se simplifie sur le nombre de prises, de lignes et de moments différents. Les prises s'alignent sur un repère de la journée : un repas, un brossage de dents, ou un geste quotidien existant.

Les lignes dont le bénéfice ne justifie plus la contrainte se retirent : une ordonnance allégée est mieux suivie qu'une ordonnance complète abandonnée. Les aides matérielles s'organisent : un pilulier, une préparation par la pharmacie, un rappel, l'aide d'un proche avec son accord, et une infirmière lorsque c'est justifié.

Un accord partiel tenu, et ce qui ne s'interrompt pas

La hiérarchie des traitements se dit à la personne : lequel ne doit pas être interrompu, lequel peut attendre, et pourquoi. Une personne qui doit choisir choisira de toute façon, et il vaut mieux qu'elle choisisse en connaissance de cause.

Ce qui change se décide avec elle : ce qu'elle accepte d'essayer, ce qu'elle refuse, et pour combien de temps. Un accord partiel tenu vaut mieux qu'un accord complet abandonné, et cet accord s'obtient explicitement.

Certains traitements supportent mal l'irrégularité, et leur interruption expose à un risque immédiat. Dans ces cas, la mesure de l'observance est un acte de sécurité, et non un sujet d'éducation.

Les traitements où l'interruption expose à un risque immédiat :

  • L'anticoagulation.
  • Le traitement antirejet.
  • Le traitement antiépileptique.
  • Le traitement anti-infectieux au long cours.
  • La corticothérapie prolongée.

Une réévaluation rapprochée se programme, avec les mêmes mesures. Refaire les mêmes mesures est ce qui rend la comparaison possible d'une consultation à l'autre.

Restituer une constatation, pas un jugement

Il y a une chose à annoncer ici : ce que l'on a compris, et ce que cela change. Ce que la personne a dit se restitue avec ses mots, sans le reformuler en faute et sans y ajouter de conclusion.

La formulation décide de la suite : ce qui se restitue est une constatation, pas un jugement. « Vous ne suivez pas votre traitement » est un jugement, et il ferme l'échange.

Les conséquences de l'interruption s'annoncent en termes concrets et proportionnés, sans dramatiser et sans chiffre inventé. Une menace produit un accord de façade, et une inobservance qui ne se dira plus.

Les changements du traitement s'annoncent : qu'il va changer, pourquoi, ce qui est retiré, ce qui est déplacé et ce qui est conservé. Une ligne retirée s'explique, faute de quoi la personne y lit un abandon.

Se dit aussi, explicitement, que la décision d'ajuster lui appartient : elle peut le dire sans crainte, et le traitement se construit avec elle. Ce qu'elle a retenu se vérifie avant de conclure, en la faisant reformuler et non en demandant si c'est clair. La limite de ce que l'on peut décider seul se reconnaît, et un avis se demande quand l'enjeu est majeur.

« Vous ne le prenez pas les jours où vous travaillez. »

Un traitement préventif ne se sent pas, et cela se dit

On ne prend pas longtemps un traitement dont on ne voit pas l'intérêt. Avant d'expliquer, vérifiez ce que la personne croit que chaque ligne traite, ce qu'elle en attend comme effet, et ce qu'elle craint.

Chaque ligne s'explique en une phrase : à quoi sert ce médicament, ce qu'il empêche, quand l'effet est visible et quand il ne l'est pas, et pendant combien de temps il se prend. Ce qui manque presque chaque fois se dit explicitement : un traitement préventif ne se sent pas, l'absence d'effet ressenti n'est pas une preuve d'inutilité, et l'amélioration des chiffres n'autorise pas l'arrêt.

Les effets indésirables s'anticipent : les plus fréquents, ceux qui passent, ceux qui imposent de consulter, ainsi que la conduite en cas d'oubli et en cas de maladie intercurrente. Une personne prévenue interrompt moins qu'une personne surprise.

Les notices et les avis extérieurs peuvent inquiéter. Il vaut mieux proposer de revenir en parler plutôt que d'arrêter seul, sans disqualifier ce que la personne a lu.

Un plan écrit simple se remet : une ligne par traitement, le moment de la prise, et le motif en quelques mots, le support qui tient le mieux. Cette explication se répète à chaque renouvellement, car elle ne tient pas d'une fois sur l'autre. Quand la personne le souhaite, se proposent un programme d'éducation thérapeutique structuré, un atelier ou un accompagnement par un pair.

Le pharmacien voit ce que la consultation ne voit pas

Le pharmacien voit ce que la consultation ne voit pas, et il est rarement interrogé. Se demandent à la pharmacie les dates de délivrance, les lignes non retirées, les questions posées au comptoir, les demandes de moins cher et les produits achetés sans ordonnance.

Ce qui a été décidé se transmet à la pharmacie : ce qui a été retiré, ce qui est prioritaire, la possibilité d'une préparation en pilulier. Un retour se demande si une ligne cesse d'être retirée.

L'infirmière ou l'aide à domicile sait ce qui est réellement pris, ce qui reste dans le pilulier et ce qui est refusé. Cette information, la plus proche de la réalité de toutes, se demande.

Les autres prescripteurs reçoivent l'ordonnance complète, les arrêts décidés, leur motif et l'objectif partagé. Des messages contradictoires entre prescripteurs suffisent à faire arrêter un traitement.

« Non observante » ne s'écrit pas sans la raison : ce mot suit la personne longtemps et dispense les suivants de chercher, le soignant suivant lisant un caractère là où il y avait un obstacle soluble. S'écrivent à la place le comportement constaté, sa raison, ce qui a été essayé et ce qui a fonctionné. Se tracent enfin l'accord obtenu, son périmètre et la date de réévaluation.

À retenir pour la station

Ne demandez pas si tout est bien pris : faites raconter une journée ordinaire puis une journée différente, passez l'ordonnance ligne par ligne, et quantifiez les écarts. Dites que beaucoup de personnes adaptent leur traitement, puis cherchez la raison de chaque écart, l'oubli étant la plus rare. Servez-vous du relevé des délivrances pour ouvrir la question, sans l'opposer comme une preuve. Traitez l'obstacle plutôt que de répéter la consigne, allégez l'ordonnance, dites ce qui ne s'interrompt pas, et contentez-vous d'un accord partiel tenu. Restituez une constatation plutôt qu'un jugement, et programmez une réévaluation rapprochée avec les mêmes mesures.

S'entraîner sur cette situation

Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.

Sources

  1. 1

    Le bon usage du médicament et des thérapeutiques non médicamenteuses

    Collège national de pharmacologie médicale (CNPM) ; Collège national des enseignants de thérapeutique (CNET). 6e édition actualisée, R2C (Éditions Med-Line, collection Référentiels EDN, R2C).

    Passages utilisés : Item 324 ; Item 321

    Appuie : Entretien et interrogatoire, Synthèse paraclinique, Stratégie de prise en charge, Annonce et information, Éducation et prévention, Communication interprofessionnelle

  2. 2
    Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)

    Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.

    Passages utilisés : Item 324 ; Item 321

    Appuie : Entretien et interrogatoire, Synthèse paraclinique, Stratégie de prise en charge, Éducation et prévention

  3. 3
    Éducation thérapeutique du patient. Définition, finalités et organisation (Ouvre un nouvel onglet)

    Haute Autorité de santé (HAS). Recommandations.

    Passages utilisés : Définition et finalités de l'éducation thérapeutique ; Organisation de l'éducation thérapeutique

    Appuie : Éducation et prévention