ECOS pédiatrie : situations essentielles et communication
Maîtrise la pédiatrie aux ECOS : fièvre du nourrisson, bronchiolite, déshydratation, exanthèmes, asthme. Apprends à examiner l'enfant et communiquer avec les parents.

La pédiatrie aux ECOS effraie beaucoup d'étudiants. Les enfants ne sont pas des "petits adultes", et l'interaction avec les parents ajoute une dimension supplémentaire.
Pourtant, les stations pédiatriques sont très prévisibles. Maîtrise les tableaux cliniques classiques et la communication avec parents et enfants, et tu excelleras.
Dans cet article, tu vas découvrir les situations pédiatriques incontournables, les spécificités de l'examen de l'enfant, et les clés de la communication avec les parents.
Les particularités de la pédiatrie aux ECOS
L'enfant n'est pas un petit adulte
Physiologie différente :
- FC et FR plus élevées (diminuent avec l'âge)
- Réserves physiologiques limitées
- Dégradation rapide en cas de pathologie grave
- Sémiologie propre à chaque âge
Communication différente :
- Interrogatoire via les parents
- Examen ludique pour les petits
- Adaptation du langage selon l'âge
- Gestion de l'anxiété de l'enfant ET des parents
Les constantes normales selon l'âge
| Âge | FC (bpm) | FR (/min) | PAS (mmHg) |
|---|---|---|---|
| Nouveau-né | 120-160 | 40-60 | 60-90 |
| Nourrisson | 100-150 | 30-40 | 80-100 |
| 1-5 ans | 80-120 | 25-30 | 90-110 |
| 6-12 ans | 70-110 | 20-25 | 100-120 |
| Adolescent | 60-100 | 15-20 | 110-130 |
Important : Connaître ces normes est essentiel. Une FC de 120/min est normale chez un nourrisson mais peut être pathologique chez un adolescent.
Situation 1 : la fièvre de l'enfant
C'est LE motif de consultation pédiatrique le plus fréquent.
Définition de la fièvre
- Température > 38°C (mesure rectale ou auriculaire)
- Température > 37,5°C (mesure axillaire)
Les questions essentielles
Caractériser la fièvre :
- "Depuis quand a-t-il de la fièvre ?"
- "Quelle est la température maximale mesurée ?"
- "Comment la fièvre évolue-t-elle ?" (continue, intermittente)
- "Avez-vous donné des médicaments ? Lesquels ? À quelle dose ?"
Rechercher la cause :
- Signes ORL : rhinorrhée, toux, otalgie, mal de gorge
- Signes respiratoires : toux, difficultés respiratoires
- Signes digestifs : vomissements, diarrhée, douleurs abdominales
- Signes urinaires : pleurs à la miction, urines malodorantes
- Signes cutanés : éruption
Évaluer la gravité :
- "Comment se comporte-t-il ?" (joue, mange, sourit ?)
- "Est-il irritable ou au contraire très calme/mou ?"
- "Boit-il normalement ?"
- "Comment sont les urines ?" (quantité, couleur)
Les signes de gravité
⚠️ Ces signes imposent une prise en charge urgente :
Signes toxiques :
- Altération de l'état général
- Hypotonie, enfant "mou"
- Irritabilité paradoxale (pleure quand on le prend)
- Regard vide, contact pauvre
- Teint gris, pâle
Signes de choc :
- Marbrures
- TRC > 3 secondes
- Extrémités froides
- Tachycardie excessive
Signes méningés :
- Raideur de nuque
- Photophobie
- Purpura (urgence absolue si fébrile)
- Fontanelle bombée (nourrisson)
Le cas particulier du nourrisson < 3 mois
Toute fièvre chez un nourrisson de moins de 3 mois est une urgence hospitalière jusqu'à preuve du contraire.
Raisons :
- Risque d'infection bactérienne sévère élevé
- Sémiologie pauvre à cet âge
- Dégradation rapide possible
Phrase clé : "Chez un bébé de moins de 3 mois, toute fièvre nécessite une évaluation à l'hôpital pour éliminer une infection grave."
Conseils aux parents
- Température de la pièce à 19-20°C
- Découvrir modérément l'enfant
- Proposer à boire régulièrement
- Paracétamol selon le poids (15 mg/kg/dose, max 4 fois/jour)
- Surveiller le comportement
- Consulter si altération de l'état général ou signes d'alerte
Situation 2 : la bronchiolite
Tableau clinique très fréquent chez le nourrisson en hiver.
Tableau clinique
- Nourrisson < 2 ans
- Contexte épidémique hivernal
- Rhinite puis toux
- Détresse respiratoire : polypnée, tirage, battement des ailes du nez
- Wheezing (sibilants) et crépitants
- Difficultés alimentaires
Évaluation de la gravité
Critères d'hospitalisation :
- Âge < 6 semaines
- Prématurité < 34 SA
- Comorbidités (cardiopathie, mucoviscidose, immunodépression)
- Apnées
- Détresse respiratoire intense (FR > 60, tirage intense, SpO2 < 92%)
- Difficultés alimentaires majeures (< 50% des apports)
- Troubles de conscience
- Déshydratation
- Contexte social défavorable
L'examen physique
Inspection :
- FR (compter sur 1 minute)
- Signes de lutte : tirage intercostal, sus-sternal, sous-costal
- Battement des ailes du nez
- Balancement thoraco-abdominal
Auscultation :
- Sibilants diffus
- Crépitants
- Asymétrie ? (atélectasie)
Évaluation des apports :
- Quantité bue
- Vomissements
- Signes de déshydratation
Traitement
À domicile si forme légère :
- Désobstruction nasale (DRP au sérum physiologique)
- Fractionnement des repas
- Position proclive
- Surveillance rapprochée
À éviter :
- Kinésithérapie respiratoire systématique (plus recommandée)
- Bronchodilatateurs (inefficaces)
- Corticoïdes (inefficaces)
- Antibiotiques (sauf surinfection bactérienne)
Conseil aux parents : "C'est une infection virale, il n'y a pas de traitement miracle. Le plus important est de bien lui dégager le nez avant les repas et de surveiller qu'il mange suffisamment."
Situation 3 : la gastro-entérite et déshydratation
Évaluer l'état d'hydratation
C'est l'enjeu principal. Les enfants se déshydratent vite.
| Signe | Légère (<5%) | Modérée (5-9%) | Sévère (>9%) |
|---|---|---|---|
| État général | Normal | Irritable | Léthargique |
| Soif | Légère | Modérée | Boit peu ou pas |
| Yeux | Normaux | Légèrement creux | Très creux |
| Larmes | Présentes | Diminuées | Absentes |
| Bouche | Humide | Sèche | Très sèche |
| Pli cutané | Normal | Paresseux | Persistant |
| TRC | < 2 sec | 2-3 sec | > 3 sec |
| Diurèse | Normale | Diminuée | Oligurie/anurie |
Les questions essentielles
- "Depuis quand a-t-il des diarrhées/vomissements ?"
- "Combien de selles par jour ? Aspect ?"
- "Combien de vomissements ?"
- "Boit-il ? Combien ?"
- "Combien de couches mouillées aujourd'hui ?"
- "A-t-il de la fièvre ?"
- "Y a-t-il du sang ou du mucus dans les selles ?"
- "Est-il vacciné contre le rotavirus ?"
Traitement
Réhydratation orale (SRO) :
- Pierre angulaire du traitement
- Proposer fréquemment, en petites quantités
- Ne pas forcer
- Poursuivre l'alimentation habituelle
Règles de réhydratation :
- 50-100 mL/kg sur 4h pour déshydratation modérée
- Compenser les pertes (10 mL/kg par selle liquide)
Hospitalisation si :
- Déshydratation sévère
- Échec de réhydratation orale
- Vomissements incoercibles
- Terrain fragile (< 3 mois, comorbidités)
Conseils aux parents
"Il est important de lui proposer à boire très souvent, par petites quantités. Même s'il vomit, une partie est absorbée. On continue l'alimentation normale en parallèle. S'il refuse de boire, s'il devient très fatigué ou si vous voyez qu'il mouille moins les couches, consultez rapidement."
Situation 4 : l'exanthème fébrile
Éruption cutanée + fièvre : tableau fréquent en pédiatrie.
Les éruptions à connaître
| Maladie | Éruption | Autres signes |
|---|---|---|
| Rougeole | Maculopapuleuse, débute au visage, descend | Catarrhe oculonasal, Koplik |
| Rubéole | Maculopapuleuse, pâle | Adénopathies occipitales |
| Roséole | Maculeuse rose pâle (après fièvre) | Fièvre élevée 3j puis éruption |
| Varicelle | Vésicules "goutte de rosée" | Prurit, lésions d'âges différents |
| Scarlatine | Rouge diffus, granité | Angine, langue framboisée |
| Mégalérythème | Joues rouges "souffletées" | Érythème réticulé des membres |
Le purpura fébrile
C'est une URGENCE ABSOLUE.
Définition : Lésions purpuriques (ne s'effacent pas à la vitropression) + fièvre
Évoquer en premier : Purpura fulminans (méningococcémie)
Conduite à tenir immédiate :
- 1Injection de ceftriaxone IV ou IM sans attendre
- 2Appel SAMU
- 3Remplissage vasculaire si signes de choc
Phrase vitale : "Un purpura fébrile est une urgence absolue. On injecte l'antibiotique AVANT tout bilan."
Éléments d'interrogatoire
- Contage récent (collectivité)
- Statut vaccinal
- Ordre d'apparition : fièvre puis éruption ou inverse ?
- Prurit ?
- État général de l'enfant
Situation 5 : l'asthme de l'enfant
Diagnostic
Éléments évocateurs :
- Épisodes récurrents de wheezing
- Toux nocturne ou à l'effort
- Symptômes déclenchés par : infections virales, allergènes, effort, froid
- ATCD personnels d'atopie (eczéma, allergie alimentaire)
- ATCD familiaux d'asthme/atopie
- Amélioration sous bronchodilatateurs
Évaluer la sévérité d'une crise
| Critère | Crise légère | Crise modérée | Crise sévère |
|---|---|---|---|
| Parole | Phrases | Mots | Ne peut parler |
| Position | Peut s'allonger | Préfère assis | Penché en avant |
| FR | Augmentée | Augmentée | > 30/min |
| Tirage | Absent ou léger | Modéré | Intense |
| Wheezing | Fin d'expiration | Toute expiration | Diminué (épuisement) |
| SpO2 | > 95% | 92-95% | < 92% |
| DEP | > 80% | 60-80% | < 60% |
Traitement de la crise
Traitement initial :
- Salbutamol inhalé : 4-10 bouffées (avec chambre d'inhalation)
- Réévaluer à 20 minutes
- Répéter si nécessaire
Si crise modérée à sévère :
- Oxygène pour SpO2 > 94%
- Corticoïdes : prednisone 1-2 mg/kg PO ou équivalent IV
- Salbutamol nébulisé : 2,5-5 mg
Éducation du patient/parents
Technique d'inhalation :
- Bien agiter le spray
- Expirer complètement
- Déclencher à l'inspiration
- Retenir 10 secondes
- Utiliser la chambre d'inhalation jusqu'à 6 ans (recommandée après aussi)
Plan d'action écrit :
- Traitement de fond quotidien (si prescrit)
- Signes d'alerte d'une crise
- Conduite à tenir en cas de crise
- Quand consulter en urgence
L'examen pédiatrique : les spécificités
Adapter l'examen à l'âge
Nourrisson :
- Examen sur la table ou les genoux du parent
- Garder le calme (biberon, doudou)
- Commencer par l'observation
- Ausculter quand l'enfant est calme
- Garder les gestes désagréables pour la fin (ORL)
Petit enfant (1-5 ans) :
- Établir le contact progressivement
- Utiliser le jeu ("Je vais écouter ton cœur comme pour un petit lapin")
- Laisser manipuler les instruments
- Examiner sur les genoux du parent si besoin
- Montrer d'abord sur le doudou ou le parent
Grand enfant :
- Lui adresser directement la parole
- Expliquer ce qu'on fait
- Respecter la pudeur
- Demander son avis sur ses symptômes
L'examen ORL de l'enfant
Souvent source de pleurs mais essentiel.
Inspection pharyngée :
- Demander d'ouvrir grand la bouche et dire "AAAH"
- Si difficile : utiliser l'abaisse-langue doucement
- Observer : amygdales, luette, pharynx postérieur
Otoscopie :
- Tirer le pavillon vers l'arrière et le haut (nourrisson : arrière et bas)
- Observer le tympan : couleur, relief, bombement
Astuce : Pour l'examen ORL, garde-le pour la fin car c'est souvent désagréable et peut faire pleurer l'enfant pour le reste de l'examen.
Examen neurologique du nourrisson
Fontanelles :
- Antérieure : normalement plane, souple
- Bombée = HTIC
- Déprimée = déshydratation
Tonus :
- Hypotonie axiale : tête ballante
- Hypertonie : opisthotonos
Réflexes archaïques (jusqu'à 3-4 mois) :
- Succion
- Points cardinaux
- Grasping
- Moro
Communication avec les parents
Les principes fondamentaux
- 1Inclure l'enfant quand c'est possible (selon l'âge)
- 2Rassurer sans banaliser : les parents s'inquiètent pour une raison
- 3Expliquer simplement : éviter le jargon
- 4Valider les émotions : "Je comprends que ça vous inquiète"
- 5Donner des consignes claires : quand s'inquiéter, que surveiller
Phrases types
Pour rassurer (quand c'est justifié) :
"Après mon examen, je ne trouve pas de signe inquiétant. C'est probablement une infection virale banale qui va guérir toute seule."
Pour donner des consignes de surveillance :
"Surveillez son comportement. Si vous le trouvez très fatigué, s'il refuse de boire, s'il a du mal à respirer ou si vous êtes inquiet, n'hésitez pas à reconsulter."
Pour expliquer un traitement :
"Je vous prescris du paracétamol pour le soulager. C'est 15 mg par kilo, donc pour votre fils de 10 kg, c'est 150 mg, soit une dose de 3 mL avec la pipette. Vous pouvez le donner toutes les 6 heures si besoin."
Gérer les parents anxieux
- Ne pas minimiser leur inquiétude
- Faire un examen complet et visible
- Expliquer ce que tu recherches et ce que tu trouves (ou ne trouves pas)
- Donner des consignes de reconsultation précises
Conclusion
La pédiatrie aux ECOS demande une adaptation de ta communication et de ton examen. Les pathologies sont souvent bénignes (infections virales), mais tu dois savoir reconnaître les signes de gravité.
Les clés du succès :
- Connaître les constantes normales selon l'âge
- Adapter ton approche à l'enfant
- Communiquer avec l'enfant ET les parents
- Rechercher systématiquement les signes de gravité
- Donner des consignes de surveillance claires
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