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Médecine vasculaire

Fiche de révision

Oedème de la face et du cou

S'entraîner sur cette situation
Situation de départ 151Catégorie IItem R2C 338Item R2C 186Item R2C 257

Cette fiche vous apprend à trier un gonflement du visage et du cou par 2 questions, la vitesse d'installation et la démangeaison, puis à énoncer sans délai la conduite devant une réaction allergique grave. Elle suit le raisonnement : le tri, l'urgence, l'entretien, l'examen, les examens utiles à chaque tableau, puis la suite, ce qui s'apprend au patient et ce qui se transmet.

SommaireEnviron 14 min
  1. 2 questions trient tout le champ : en combien de temps, et est-ce que cela démange
  2. L'urgence est le passage de l'air, et l'adrénaline passe avant tout
  3. La vitesse, la démangeaison, puis l'ordonnance ligne par ligne
  4. Les voies aériennes d'abord, puis l'urticaire cherchée sur tout le corps
  5. Aucun examen avant l'adrénaline, puis à chaque tableau ses examens
  6. Après l'urgence, retirer ce qui a déclenché et l'écrire
  7. Ce qui protège le plus n'est pas l'éviction, c'est le geste
  8. L'heure de l'adrénaline en tête, le nom de la molécule pour la vie
  9. À retenir pour la station

2 questions trient tout le champ : en combien de temps, et est-ce que cela démange

2 questions trient tout le champ : en combien de temps le gonflement s'est installé, et est-ce que cela démange. La seconde change le traitement d'urgence du tout au tout. Un gonflement qui démange et s'accompagne de plaques répond à l'adrénaline, un gonflement qui ne démange pas n'y répond pas, et s'obstiner sur le mauvais traitement est ce qui tue dans le second cas.

Les 4 vitesses d'installation, et ce que chacune désigne :

  • En minutes, avec démangeaisons et plaques : un mécanisme allergique.
  • En heures, sans démangeaison ni plaque : un mécanisme qui ne répond pas à l'adrénaline.
  • En jours, avec fièvre, rougeur et douleur : une infection.
  • En semaines, indolore et bilatérale : une cause générale ou un obstacle veineux.

Une installation en minutes, avec démangeaisons et plaques, désigne un mécanisme allergique. Une exposition récente se cherche : aliment, médicament, piqûre, latex. L'atteinte d'un second organe fait basculer dans l'anaphylaxie.

Une installation en heures, sans démangeaison ni plaque, souvent asymétrique, touchant les lèvres, la langue et parfois le ventre, relève d'un autre mécanisme. 2 causes dominent : un traitement de l'hypertension d'une classe précise, même pris depuis des années, et un déficit héréditaire du complément, à évoquer devant des épisodes répétés depuis l'adolescence et des antécédents familiaux. Ce mécanisme ne répond ni à l'adrénaline, ni aux corticoïdes, ni aux antihistaminiques, et il a ses traitements propres.

Une installation en jours, avec fièvre, rougeur et douleur, désigne une infection, du visage, d'origine dentaire ou d'une glande salivaire. Une installation en semaines, indolore et bilatérale, fait chercher une cause générale, rénale, thyroïdienne ou cardiaque, ou un obstacle sur le retour veineux, évoqué devant des veines dilatées, une aggravation couchée et un terrain tabagique. Un œdème du visage qui s'aggrave en position allongée n'est pas un œdème allergique.

Quelle que soit l'hypothèse, ce qui se vérifie en premier est l'état des voies aériennes. Le tri par la vitesse et la démangeaison vient après, et le chapitre suivant dit pourquoi, devant un tableau allergique, rien ne précède l'adrénaline.

L'urgence est le passage de l'air, et l'adrénaline passe avant tout

L'urgence de ce champ n'est pas le gonflement, c'est le passage de l'air. Devant une réaction allergique grave, le traitement de première intention est l'adrénaline par voie intramusculaire, dans la face externe de la cuisse. Elle se fait avant tout examen, avant toute voie veineuse, avant tout autre traitement.

Le retard à l'administrer est le facteur associé aux formes mortelles. On appelle de l'aide en même temps, on oxygène, on pose une voie et on remplit, et on répète l'injection en l'absence d'amélioration. Un patient dont la pression est effondrée ne se met pas debout.

La position se choisit sur l'état :

  • Allongé, jambes surélevées, si la pression est basse.
  • Assis si la gêne respiratoire domine.
  • Sur le côté en cas de vomissements.

Devant un gonflement sans urticaire qui ne répond pas, il ne faut pas s'obstiner. Ce mécanisme a des traitements spécifiques, et l'escalade des doses d'adrénaline et de corticoïdes fait perdre le temps qui compte. L'appel spécialisé est immédiat.

Devant une forme fébrile avec empâtement, l'hospitalisation est immédiate, le risque étant l'obstruction et l'extension vers le thorax. Après une amélioration, la surveillance est prolongée, une réaction retardée pouvant survenir après plusieurs heures.

À chaque fois, anticiper des voies aériennes difficiles et prévenir tôt. Le contrôle des voies aériennes et les gestes de drainage relèvent d'équipes spécialisées.

La vitesse, la démangeaison, puis l'ordonnance ligne par ligne

La première question ne porte pas sur la cause, elle porte sur la vitesse : en minutes, en heures, en jours ou en semaines. Un gonflement installé en minutes après une exposition et un gonflement installé en plusieurs semaines n'appartiennent pas au même champ.

La deuxième question est celle qui oriente le traitement : est-ce que cela démange, et y a-t-il des plaques ailleurs. Des démangeaisons et une urticaire orientent vers un mécanisme qui répond à l'adrénaline ; leur absence complète fait envisager l'autre mécanisme, qui n'y répond pas. Elles orientent donc le traitement, et pas seulement le diagnostic.

Ce qui se fait préciser ensuite : une gêne à avaler ou à respirer, une modification de la voix, des douleurs abdominales, et le caractère répété des épisodes. Le reste du contexte se demande aussi : une position qui aggrave, une fièvre, un foyer dentaire, une lésion cutanée du visage, un cathéter ou un dispositif implanté, une prise de poids récente et un tabagisme.

L'ordonnance se lit ligne par ligne, y compris ce qui est pris depuis des années. Certains traitements de l'hypertension provoquent ce tableau après une longue période sans incident, et l'ancienneté de la prescription fait écarter la cause à tort. L'ordonnance et la date d'introduction de chaque ligne ne sont pas un examen, et comptent autant.

Ce qui se demande et qui est rarement demandé : des épisodes semblables dans la famille, et des épisodes depuis l'adolescence. Ce sont eux qui font évoquer un déficit héréditaire du complément.

« Est-ce que cela démange, et y a-t-il des plaques ailleurs ? »

Les voies aériennes d'abord, puis l'urticaire cherchée sur tout le corps

Le premier temps est de savoir si les voies aériennes sont menacées, et cela se juge en écoutant et en regardant : une voix modifiée, un bruit à l'inspiration, une salive qui ne s'avale plus, une position assise choisie, une langue augmentée de volume. Chacun de ces 5 signes suffit à changer le lieu de la prise en charge.

Ce qui se regarde ensuite est la présence ou l'absence d'urticaire, et elle s'examine sur tout le corps. La symétrie du gonflement, la chaleur et la rougeur locales, et la douleur complètent ce premier regard.

Certains signes orientent vers le retour veineux : des veines dilatées sur le thorax et le cou, une coloration bleutée du visage, et une aggravation quand le patient s'allonge ou lève les bras. D'autres orientent vers l'infection : une porte d'entrée cutanée ou dentaire, un empâtement du cou, une fièvre, et une atteinte des yeux et de leurs mouvements, qui fait craindre une extension vers l'intérieur du crâne.

L'examen général complète : le poids, les jambes, la pression artérielle, l'auscultation du cœur et des poumons, et la recherche d'un gonflement ailleurs. Ce qui se note est la répartition exacte, photographiée et datée, seule façon de dire le lendemain si cela progresse.

Aucun examen avant l'adrénaline, puis à chaque tableau ses examens

Devant une réaction allergique grave, aucun examen ne précède le traitement. Le diagnostic est clinique, le retard est le facteur de gravité, et attendre un dosage est une faute. Un dosage réalisé après coup peut aider à confirmer rétrospectivement, à condition d'être prélevé dans une fenêtre courte après le début, et il ne change rien à la conduite immédiate. Aucune imagerie n'y a de place non plus : la demander retarde un traitement dont la valeur se compte en minutes.

Devant un gonflement sans urticaire et récidivant, l'exploration est biologique : celle du système du complément, à la recherche d'un déficit responsable, et elle se demande à distance de l'épisode. Ce diagnostic se fait souvent avec des années de retard, et une imagerie n'y a pas de place.

Devant un gonflement progressif, bilatéral et indolore, se demandent une recherche de protéines dans les urines, une créatinine, une albumine, une exploration de la thyroïde et un bilan du cœur. Un gonflement du visage prédominant le matin chez un enfant est rénal jusqu'à preuve du contraire. Devant une forme fébrile se demandent une numération, des marqueurs de l'inflammation, des hémocultures et une glycémie.

L'imagerie a en revanche une place décisive dans 3 situations, que la liste détaille. Dans la première, l'obstacle sur le retour veineux est le plus souvent d'origine thoracique, non cervicale, et le champ demandé doit donc couvrir le thorax.

Les 3 situations où l'imagerie décide, et ce qu'elle cherche :

  • Un gonflement du visage et du cou d'installation progressive, avec des veines dilatées et une aggravation en position allongée : une imagerie en coupes du thorax avec injection cherche un obstacle sur le retour veineux.
  • Une forme fébrile avec empâtement du cou ou porte d'entrée dentaire : l'imagerie du cou et du thorax cherche une collection, et surtout une extension vers le thorax, silencieuse au début.
  • Une atteinte des mouvements des yeux ou un œdème périorbitaire fébrile : une imagerie de l'orbite et du crâne cherche une extension veineuse intracrânienne, complication rare et grave d'une infection du visage.

Ce qui ne se demande pas : un bilan allergologique en urgence, qui se fait à distance, par un spécialiste, et pas trop tôt après l'épisode, sous peine d'être faussement négatif. Une imagerie destinée à rassurer devant un tableau allergique typique ne se demande pas non plus. Le document de suivi qui vaut est une photographie de face, datée, prise dans les mêmes conditions.

Après l'urgence, retirer ce qui a déclenché et l'écrire

Après l'urgence, la décision qui compte est un retrait : arrêter et interdire ce qui a déclenché. Un médicament en cause s'écrit en clair au dossier et sur un document remis au patient, faute de quoi il sera réintroduit ailleurs.

Après un épisode allergique grave, 4 choses se prescrivent : un stylo auto-injecteur d'adrénaline, avec l'apprentissage du geste fait devant le patient, une carte mentionnant la réaction, une consultation spécialisée et l'information des proches. Une prescription sans démonstration ne sert à rien, et le dispositif se manipule en consultation.

Devant un mécanisme non allergique, la classe médicamenteuse en cause s'arrête définitivement, et le patient est orienté vers un spécialiste. Un protocole écrit lui est remis pour les épisodes suivants, parce que le traitement d'urgence de ce mécanisme n'est pas celui qu'on trouve partout.

Devant une cause infectieuse, le traitement adapté s'accompagne du geste sur la porte d'entrée, faute de quoi le tableau récidive. Devant une cause générale ou vasculaire, c'est la maladie qui se traite, et le gonflement suit. Ce qui se programme à chaque fois est une réévaluation datée, avec la même photographie et le même poids qu'au départ.

Ce qui protège le plus n'est pas l'éviction, c'est le geste

Ce qui protège le plus n'est pas l'éviction, c'est le geste : savoir s'injecter l'adrénaline, seul, sans hésiter. La peur de l'injection et le doute sur le bon moment sont les 2 raisons pour lesquelles un dispositif reste dans un sac pendant une réaction grave. Le geste se montre, se répète et se refait à chaque consultation : un geste vu une fois s'oublie, un geste répété se fait.

Le bon moment s'explique : on injecte devant une gêne à respirer, un serrement de gorge, un malaise, ou une atteinte de 2 systèmes. On n'attend pas d'être sûr, car une injection faite pour rien est sans conséquence grave, alors qu'une injection non faite en a.

Ce qui se conseille : 2 dispositifs plutôt qu'un, portés sur soi en permanence, et une vérification régulière de leur date de péremption. L'éviction, elle, demande de savoir lire les étiquettes et de savoir demander au restaurant, et une consultation spécialisée apprend cela mieux qu'une liste.

À qui a un mécanisme non allergique, le message change. Les traitements courants ne marcheront pas, le protocole écrit doit être montré à tout soignant, et la classe de médicaments en cause est interdite à vie.

Ce qui doit faire appeler sans attendre :

  • Une gêne à respirer.
  • Un serrement de gorge.
  • Une voix modifiée.
  • Un malaise.
  • Un gonflement de la langue.

L'heure de l'adrénaline en tête, le nom de la molécule pour la vie

Un appel commence par ce qui décide de l'heure : l'état des voies aériennes, la pression artérielle, et le fait que l'adrénaline a été faite, avec l'heure. Un destinataire qui ignore si le traitement a été donné ne peut pas décider de la suite.

Ce qui se transmet ensuite, après ces 3 éléments :

  • La vitesse d'installation.
  • La présence ou l'absence d'urticaire.
  • L'exposition suspectée.
  • Les traitements en cours, avec leurs dates d'introduction.
  • La réponse au traitement.

Ce qui manque le plus souvent, et qui a des conséquences durables, est le nom exact du produit suspecté. Une allergie notée sans nom de molécule est inutilisable : elle conduit soit à une réintroduction, soit à des évictions injustifiées qui privent le patient de traitements utiles.

Au pharmacien se transmettent la molécule en cause, et la classe entière quand elle est concernée, pour qu'un équivalent ne soit pas délivré. Au médecin traitant se transmettent ce qui a été fait, ce qui a été remis au patient, la date de la consultation spécialisée et la conduite en cas de récidive.

Une ligne protège pour la vie : une allergie confirmée s'inscrit dans le dossier avec la molécule, la date et la description de la réaction. Avec ces 3 éléments, l'allergie devient utilisable ; une mention vague sera contournée par le premier soignant pressé.

À retenir pour la station

Devant un gonflement du visage et du cou, vérifiez d'abord les voies aériennes : la voix, le bruit inspiratoire, la salive, la position, la langue. Demandez ensuite en combien de temps il s'est installé, et si cela démange. Un tableau allergique qui atteint un second organe appelle l'adrénaline intramusculaire dans la face externe de la cuisse, d'emblée, avant tout examen et toute voie veineuse, en faisant appeler de l'aide ; elle se répète sans amélioration, et la surveillance se prolonge. Un gonflement sans urticaire ne répond pas à l'adrénaline : ne vous obstinez pas, appelez le spécialiste, et lisez l'ordonnance jusqu'aux traitements les plus anciens. À la sortie, un auto-injecteur démontré, une carte, une consultation spécialisée, et la molécule écrite au dossier.

S'entraîner sur cette situation

Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.

Sources

  1. 1

    Immunopathologie

    Collège des enseignants d'immunologie (CEnI, anciennement ASSIM). 3e édition, Réussir son DFASM, Connaissances clés (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Item 338 ; Item 186

    Appuie : Stratégie diagnostique, Urgence vitale, Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Synthèse paraclinique, Iconographie, Stratégie de prise en charge, Éducation et prévention, Communication interprofessionnelle

  2. 2
    Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)

    Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.

    Passages utilisés : Item 338 ; Item 186 ; Item 257

    Appuie : Stratégie diagnostique, Urgence vitale, Synthèse paraclinique, Stratégie de prise en charge