Cette fiche vous apprend à lire une sérologie pour ce qu'elle mesure, une réaction de l'organisme qui met du temps à apparaître et reste longtemps, puis à replacer son profil dans le motif de la demande et le terrain du patient. Elle suit la lecture : ce que mesure l'examen, pourquoi il a été demandé, ce que l'examen clinique en dit, les 3 questions qui mènent à la conclusion, puis ce qui se décide, ce qui s'annonce, ce qui se conseille et ce qui se transmet.
SommaireEnviron 12 min
- Une sérologie mesure une réaction, et non le microbe
- Savoir pourquoi la sérologie a été demandée
- L'examen dit si la sérologie explique quelque chose
- Lire le profil en 3 questions, dont la première décide
- La décision la plus fréquente est de compléter
- Aucune annonce sur un test de dépistage seul
- Un bilan sérologique est une occasion de vacciner
- Le laboratoire conclut sur la question qu'on lui a posée
- À retenir pour la station
Une sérologie mesure une réaction, et non le microbe
4 notions suffisent à lire correctement une sérologie : ce qu'elle mesure, le délai qu'il lui faut, les classes d'anticorps et la valeur prédictive. Les paragraphes qui suivent les prennent l'une après l'autre.
Une sérologie mesure des anticorps, c'est-à-dire une réaction de l'organisme, et non le microbe lui-même. Pour savoir si un microbe est présent, il faut le chercher lui, par une méthode différente.
Les anticorps apparaissent après un temps variable, et une sérologie négative faite trop tôt ne conclut rien. Cette fenêtre impose de recontrôler après une exposition récente, qui rend une sérologie négative non concluante.
Les classes d'anticorps distinguent le récent de l'ancien. Les premiers apparus témoignent d'une infection récente ; les seconds persistent longtemps et témoignent d'un contact ancien ou d'une vaccination. Leur combinaison forme un profil qui se lit comme une phrase, et un marqueur isolé n'a pas de sens sans les autres.
La valeur d'un test dépend de la probabilité avant de le faire, et un test positif dans une population à faible risque est souvent faux. Un test de dépistage positif se confirme donc par une seconde technique et sur un second prélèvement, et aucune annonce ne se fait sur un test de dépistage seul.
Une sérologie ne se lit donc pas seule. Le bilan du foie l'accompagne quand une hépatite est en jeu, la recherche du microbe lui-même quand la question est celle d'une infection en cours, et les sérologies antérieures, auxquelles le résultat se compare.
Savoir pourquoi la sérologie a été demandée
Une sérologie ne s'interprète pas sans savoir pourquoi elle a été demandée, et le motif change la lecture du même résultat. 5 situations se distinguent, et elles ne se lisent pas de la même façon.
Les 5 motifs d'une demande de sérologie :
- Un dépistage.
- Un diagnostic devant des signes.
- Un bilan avant un traitement.
- Un suivi après une exposition.
- Une vérification d'immunité.
L'exposition se recueille par sa nature, et surtout par sa date, la sérologie ayant besoin de temps pour devenir positive. Une exposition récente rend une sérologie négative non concluante.
Les antécédents se recueillent un par un : les vaccinations et leur date, les maladies déjà eues, les traitements reçus et les sérologies antérieures. La comparaison avec une sérologie antérieure vaut souvent mieux qu'un dosage supplémentaire.
Le terrain se demande, parce qu'il change la portée du résultat : une grossesse, une immunodépression actuelle ou prévue, une maladie du foie. Un même résultat n'a pas la même portée chez une femme enceinte, chez un patient qui va recevoir un traitement diminuant les défenses, et chez une personne sans particularité.
Une question manque souvent : où sont les carnets et les résultats antérieurs, et qui les détient. La médecine du travail, le médecin traitant ou un autre établissement les ont souvent, et il suffit de demander où.
L'examen dit si la sérologie explique quelque chose
L'examen sert à savoir si la sérologie explique quelque chose, ou si elle est une découverte sans traduction. Ce qu'il cherche dépend de la question posée, et 4 contextes se distinguent.
Devant une sérologie évoquant une hépatite, l'examen cherche un ictère, un gros foie ou un foie ferme, une grosse rate, des angiomes en étoile et une circulation veineuse visible. Devant une infection récente possible, il cherche une fièvre, une éruption, des ganglions, une atteinte de la gorge et une atteinte articulaire.
Avant un traitement diminuant les défenses, l'examen cherche les foyers infectieux latents : dents, sinus, peau, urines. Il évalue aussi l'état vaccinal, et ces foyers se cherchent autant que les sérologies.
Chez une femme enceinte, l'examen note la hauteur utérine et les mouvements du fœtus, et cherche des signes évoquant une infection récente. Une séroconversion en cours de grossesse a des conséquences propres.
Un examen normal ne conclut rien sur une sérologie. La plupart des sérologies se positivent chez des personnes qui n'ont aucun signe, et c'est précisément pour cela qu'on les demande.
Lire le profil en 3 questions, dont la première décide
3 questions conduisent la lecture, et la première en décide : pourquoi cette sérologie a-t-elle été demandée, entre dépistage, diagnostic, bilan avant traitement, suivi d'exposition et vérification d'immunité. Le même profil se conclut différemment selon la réponse.
La deuxième question est ce que dit le profil, lu en entier : infection ancienne, infection récente, vaccination, absence de contact, ou profil intermédiaire qui demande un examen supplémentaire. La classe de chaque anticorps s'y interprète, puis le profil se conclut dans son ensemble.
La troisième est celle qui manque : qu'est-ce que cela change pour ce patient aujourd'hui. Une trace d'infection ancienne est sans conséquence chez la plupart des gens, et elle expose à un réveil du virus chez quelqu'un qui va recevoir un traitement diminuant les défenses. Le traitement à venir fait donc partie de la lecture.
Plusieurs circonstances suspendent la conclusion : une exposition récente, un dépistage non confirmé, un profil incomplet, et l'absence de recherche du microbe quand la question est celle d'une infection active. Tant qu'elles demeurent, la conclusion attend.
3 gestes ne se font pas : annoncer un diagnostic sur un test de dépistage, conclure à une vaccination sur la seule déclaration du patient, et lire la conclusion du laboratoire sans lire les lignes. Une conclusion de laboratoire répond à la question posée, et le laboratoire ignore souvent celle qui compte.
La décision la plus fréquente est de compléter
Un résultat de sérologie conduit à 3 types de décisions : compléter, protéger, adapter le traitement prévu. La plus fréquente est de compléter, et ce qui complète dépend de ce qui manque.
Ce qui complète un bilan, selon ce qui lui manque :
- Une confirmation, quand il s'agit d'un dépistage.
- La recherche du microbe, quand la question est celle d'une infection active.
- Un contrôle à distance, quand l'exposition est récente.
- Un profil complet, quand il manque un marqueur.
Protéger, c'est proposer une vaccination quand le profil montre une absence d'immunité. Cette occasion se manque souvent, le bilan étant classé sans que la vaccination soit proposée.
Adapter le traitement prévu concerne la trace d'infection ancienne chez un patient qui va recevoir un traitement diminuant les défenses. Une surveillance ou un traitement préventif se discutent avec le spécialiste, et le traitement ne commence pas avant cet avis.
Ce qui se documente : le profil et sa date, la conclusion retenue, ce qui a été complété et ce qui reste à faire. Le contrôle se programme avec sa date et la personne qui recevra le résultat. Et un bilan ne se classe pas « fait » quand une ligne reste sans conclusion.
Aucune annonce sur un test de dépistage seul
Une sérologie touche à des maladies dont les noms font peur, et un mot lâché avant confirmation ne se reprend pas : il reste, même démenti. La règle qui protège en découle, aucune annonce sur un test de dépistage seul, et le résultat se confirme avant d'être annoncé.
Le délai de confirmation se dit au moment de la prescription, pas au moment du résultat. En prescrivant, se disent ce qu'on cherche, pourquoi, le délai, et le fait qu'un résultat positif au dépistage sera vérifié.
Devant un profil d'infection ancienne sans conséquence, les choses se disent clairement. C'est la trace d'un contact ancien ; la personne n'est pas malade et n'est pas contagieuse le cas échéant ; et ce que cela implique pour l'avenir s'explique.
Devant un profil qui change une décision de traitement, se disent pourquoi le traitement est retardé, de combien, et ce qui est fait pendant ce temps. Un retard non expliqué est vécu comme un abandon.
L'annonce d'une infection à transmission sexuelle et la question des partenaires relèvent de règles particulières, traitées dans les situations correspondantes. Ce qui se remet au patient est un écrit qui porte le profil, sa signification et la date du contrôle.
Un bilan sérologique est une occasion de vacciner
Un bilan sérologique est une occasion de vacciner, et cette occasion se perd le plus souvent. Quand le profil montre une absence d'immunité, la vaccination correspondante se propose en expliquant pourquoi elle est utile pour cette personne précise, et non comme une recommandation générale. Il se dit aussi que la protection après vaccination se vérifie dans certaines professions, et qu'un contrôle après la vaccination existe.
Une personne porteuse d'une trace d'infection ancienne reçoit 3 informations : ce que cela signifie pour elle, ce que cela signifie pour son entourage, et la consigne de signaler ce résultat avant tout traitement diminuant les défenses. Elle sera souvent la seule à porter cette information.
Les résultats de sérologie et les carnets de vaccination se conservent. Ils évitent de refaire des examens et permettent des comparaisons.
Après une exposition professionnelle, le suivi prévu s'explique avec ses dates. Il ne se confond pas avec un autre bilan en cours.
Le laboratoire conclut sur la question qu'on lui a posée
Le laboratoire conclut sur la question qu'on lui a posée, et il ignore le plus souvent celle qui compte. La demande écrit donc le motif exact (dépistage, diagnostic, bilan avant traitement, suivi d'exposition), la date de l'exposition quand il y en a une, le traitement prévu et une grossesse. Un laboratoire informé du traitement à venir commente différemment.
Le biologiste se sollicite sur 2 points. Le premier est de savoir si les examens complémentaires peuvent être faits sur le prélèvement déjà reçu, ce qui évite une nouvelle ponction et gagne des jours. Le second est son avis sur un profil inhabituel.
Au spécialiste, avant un traitement, se transmettent le profil complet et non la conclusion, les sérologies antérieures et le calendrier prévu du traitement. Au médecin traitant se transmettent le profil et sa signification, ce qui a été complété et ce qui reste, et la vaccination proposée.
Le dossier porte le profil en entier avec sa date, et non « sérologies négatives ». Une ligne résumée fera refaire le bilan, ou pire, fera commencer un traitement sans la précaution qui s'imposait.
À retenir pour la station
Avant de lire une sérologie, demandez pourquoi elle a été demandée, et la date d'une éventuelle exposition. Elle mesure une réaction et non le microbe : faite trop tôt, une sérologie négative ne conclut rien, et seule la recherche du microbe dit s'il y a une infection en cours. Lisez le profil en entier, les lignes avant la conclusion du laboratoire, puis demandez ce qu'il change pour ce patient aujourd'hui, en particulier avant un traitement qui diminue les défenses. N'annoncez rien sur un test de dépistage seul. Proposez la vaccination quand le profil montre une absence d'immunité, et écrivez au dossier le profil entier avec sa date.
S'entraîner sur cette situation
Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.
Sources
- PILLY Étudiant 2023 (Ouvre un nouvel onglet)
Collège des universitaires de maladies infectieuses et tropicales (CMIT). 2e édition, réforme R2C (Alinéa Plus).
- Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.
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