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Médecine générale

Fiche de révision

Prescription médicamenteuse, consultation de suivi et éducation d'un patient hypertendu

S'entraîner sur cette situation
Situation de départ 282Catégorie IIIItem R2C 224Item R2C 221Item R2C 330

Cette fiche vous apprend à ne prescrire un traitement de l'hypertension qu'après avoir obtenu un chiffre juste, confirmé hors du cabinet, et lu le bilan initial jusqu'à sa ligne de potassium. Elle suit le chemin d'une première prescription : les questions à trancher, l'entretien, la mesure, le bilan et ce qu'il fait chercher, le traitement, ce qui s'explique à la personne, puis ce qui s'écrit pour ceux qui la suivront.

SommaireEnviron 11 min
  1. 3 questions avant de prescrire, et la troisième est celle qu'on saute
  2. L'entretien cherche une cause, un retentissement, et ce qui empêchera le traitement
  3. La mesure est l'examen le plus important, et elle est souvent mal faite
  4. Confirmer hors du cabinet, puis lire un bilan court ligne par ligne
  5. Le potassium bas sans diurétique, et ce qu'il fait chercher
  6. Le traitement commence avant les médicaments, et ne s'arrête pas après
  7. Expliquer un traitement qui ne fera rien ressentir
  8. Ce qui s'écrit, pour un traitement qui traverse plusieurs décennies
  9. À retenir pour la station

3 questions avant de prescrire, et la troisième est celle qu'on saute

Un traitement de l'hypertension dure des décennies, et il s'engage sur la réponse à 3 questions : le diagnostic est-il confirmé, quel est le risque cardiovasculaire global, et existe-t-il des arguments pour une cause. La troisième est celle qu'on saute. L'hypertension découverte ou suivie en consultation n'est pas une urgence, ce qui laisse le temps de poser les 3.

Le diagnostic se confirme par des mesures répétées et par une mesure en dehors du cabinet, et non par 2 chiffres pris au cabinet. Le chapitre du bilan dit pourquoi cette confirmation précède le traitement.

Le risque cardiovasculaire global se calcule avec l'âge, le tabac, les lipides, le diabète, les antécédents et le retentissement sur les organes. C'est lui qui détermine l'intensité de la prise en charge, et non le seul chiffre de pression.

Les arguments qui font chercher une cause à l'hypertension :

  • Un âge jeune.
  • Une hypertension sévère d'emblée.
  • Une résistance à un traitement bien conduit.
  • Un potassium bas spontané.
  • Un souffle abdominal.
  • Des accès de sueurs et de palpitations.
  • Des pauses respiratoires nocturnes.

Aucune des 2 conclusions ne se tire trop tôt. Une hypertension ne se dit pas essentielle avant d'avoir cherché une cause, et elle ne se dit pas secondaire sur un seul chiffre anormal.

L'entretien cherche une cause, un retentissement, et ce qui empêchera le traitement

L'interrogatoire a 3 objets : une cause, un retentissement, et ce qui empêchera le traitement d'être pris. Les arguments pour une cause se demandent un par un : un âge jeune, une hypertension sévère d'emblée, une résistance au traitement, une aggravation brutale, des crampes, des accès de sueurs et de palpitations, et la prise de certains produits. Les ronflements avec pauses respiratoires se cherchent nommément.

Ce qui élève la pression et se recense à l'entretien :

  • La réglisse.
  • Les anti-inflammatoires.
  • Certains décongestionnants nasaux.
  • Une contraception combinée.
  • Des corticoïdes.
  • Des substances.

Les facteurs de risque se recueillent au même moment : le tabac, les antécédents familiaux précoces, le diabète, les lipides, le poids et la sédentarité. Le retentissement se cherche par ses symptômes : une douleur thoracique, un essoufflement, une claudication, un déficit neurologique transitoire et des troubles visuels.

Le sel se demande par sa provenance réelle, plutôt que par la salière. Il vient du pain, de la charcuterie, du fromage et des plats préparés, et c'est là que la question doit porter.

2 questions se posent avant de prescrire : les horaires de travail, et ce que le patient pense d'un traitement à vie. La première décide du moment de la prise, la seconde dit si elle aura lieu.

La mesure est l'examen le plus important, et elle est souvent mal faite

Dans cette situation, l'examen le plus important est une mesure, et elle est mal faite plus souvent qu'on ne le croit. Une mesure valable demande un brassard adapté à la circonférence du bras, un repos de quelques minutes, une position assise avec le dos appuyé et le bras soutenu, le silence, et plusieurs mesures plutôt qu'une seule.

Un brassard trop petit surestime fortement la pression, et c'est l'erreur la plus fréquente. Un chiffre mal obtenu conduit à traiter, ou à ne pas traiter, à tort.

La première consultation ajoute 2 mesures. La pression se mesure aux 2 bras, une différence importante orientant vers une atteinte artérielle. Elle se mesure aussi en position debout chez les personnes âgées et les diabétiques.

L'auscultation porte sur le cœur, les trajets artériels du cou, l'abdomen et les fémorales, un souffle abdominal orientant vers une cause. Tous les pouls se palpent, et l'abdomen se palpe à la recherche de masses.

Le retentissement se cherche aussi à l'examen : des œdèmes, un galop, des signes neurologiques. Le poids, le tour de taille et la fréquence cardiaque se mesurent dans le même temps.

Confirmer hors du cabinet, puis lire un bilan court ligne par ligne

Le diagnostic se confirme par une mesure en dehors du cabinet, automesure ou enregistrement ambulatoire, avant d'engager un traitement à vie. Une part des pressions élevées au cabinet ne l'est pas au domicile, et l'inverse existe aussi : c'est ce qui fait de cette confirmation un préalable, et non une formalité.

Le bilan initial d'une hypertension est court, et chacune de ses lignes a une raison d'être. Aucune imagerie n'en fait partie : l'exploration d'une cause relève des situations de départ qui lui sont propres.

Ce qui compose le bilan minimal :

  • Le potassium.
  • La créatinine, avec le débit de filtration estimé.
  • La recherche de protéines ou d'albumine dans les urines.
  • La glycémie.
  • Le bilan des lipides.
  • Un électrocardiogramme.

4 résultats doivent alerter sur ce bilan : un potassium bas chez un patient qui ne prend pas de diurétique, une fonction du rein altérée, une protéinurie, et une hypertrophie sur l'électrocardiogramme. Le premier est l'objet du chapitre suivant.

Le potassium bas sans diurétique, et ce qu'il fait chercher

Un potassium bas chez un patient qui ne prend aucun diurétique fait chercher une cause à l'hypertension. Ce résultat se lit donc avec l'ordonnance : c'est l'absence de diurétique qui fait de cette ligne du bilan un argument.

L'exploration d'une cause se demande en plus du bilan minimal, devant des arguments, et elle se fait avant l'introduction de certains traitements, qui rendent les dosages ininterprétables. Prescrire d'abord, c'est se priver de la réponse.

Une hypertension qui résiste fait reconsidérer le diagnostic, et l'on vérifie d'abord l'observance, la mesure, la consommation de sel et les médicaments qui élèvent la pression. Ce n'est qu'ensuite qu'on conclut à une résistance vraie.

Le traitement commence avant les médicaments, et ne s'arrête pas après

Le traitement commence avant les médicaments, et il ne s'arrête pas quand ils sont prescrits. Chez toute personne hypertendue, avant et avec les médicaments, se mettent en place la réduction du sel, l'activité physique régulière, la réduction de l'alcool, la perte de poids quand elle est en jeu, l'arrêt du tabac et l'arrêt des produits qui élèvent la pression.

La classe se choisit selon le patient, et pas seulement selon le chiffre : son âge, ses autres maladies et ses projets. Une contraception ou un projet de grossesse change le choix du traitement. Le rythme se décide avec la vie du patient : une prise quotidienne, à un moment compatible avec ses journées, et une association fixe quand elle simplifie.

L'efficacité se réévalue à un délai fixé, sur des mesures hors du cabinet, et non sur un chiffre pris le jour de la consultation. Avant d'intensifier, on cherche l'observance réelle et les causes de résistance. La cible se révise selon l'âge, la fragilité et la tolérance, un objectif trop strict exposant aux chutes chez la personne âgée.

Le potassium et la fonction du rein se surveillent sous traitement, peu après l'introduction, puis à intervalles réguliers. Ce contrôle s'impose après l'introduction d'un traitement agissant sur le système rénine angiotensine.

Expliquer un traitement qui ne fera rien ressentir

Un traitement qui ne soulage rien et qui dure toute la vie ne se prend que s'il a été expliqué. Ce qui s'explique en premier : l'hypertension ne se ressent pas, le traitement ne fera rien ressentir non plus, et il agit sur un risque à long terme. Un patient qui attend un bénéfice ressenti arrête au bout de quelques mois.

L'automesure s'apprend concrètement : son protocole, le carnet ou l'application, et surtout ce qu'on fait des chiffres. Une automesure faite au hasard, notée partiellement, ou dont on ne retient que la meilleure valeur, produit un faux contrôle.

Le sel s'explique par sa provenance réelle, et sa réduction ne se limite pas à supprimer la salière. Les produits en vente libre se nomment aussi : les anti-inflammatoires et certains produits contre le rhume élèvent la pression.

Les effets indésirables fréquents s'annoncent avant qu'ils ne surviennent, avec la conduite à tenir. Un patient prévenu appelle plutôt que d'arrêter. En fin de consultation se conviennent un objectif partagé et un rythme de consultations, plutôt qu'un renouvellement à la demande.

Ce qui s'écrit, pour un traitement qui traverse plusieurs décennies

Ce traitement traverse plusieurs prescripteurs et plusieurs décennies, et ce qui n'est pas écrit se perd. Le dossier porte la façon dont le diagnostic a été confirmé, le risque global calculé, la cible retenue et sa raison, et le retentissement initial. Écrire comment le diagnostic a été confirmé importe d'autant plus que personne ne refera cette confirmation des années plus tard.

L'ordonnance porte l'indication et la date de la prochaine réévaluation. Au pharmacien se demandent la vigilance sur la délivrance d'anti-inflammatoires et le repérage d'un patient qui ne renouvelle plus, premier signe d'un arrêt.

Au cardiologue ou au néphrologue se transmettent les mesures hors du cabinet, les traitements essayés et leur tolérance, et les arguments pour une cause. Avant d'explorer une cause, l'avis du spécialiste se demande sur le moment, certains traitements devant être suspendus avant les dosages.

« Hypertension équilibrée » ne s'écrit pas sur la foi d'un chiffre pris au cabinet. Cette mention dispensera le suivant de demander une automesure, et elle laissera passer des années de contrôle apparent.

À retenir pour la station

Ne prescrivez pas sur 2 chiffres de cabinet : confirmez par une automesure ou un enregistrement ambulatoire, avec un brassard adapté au bras. Calculez le risque global, c'est lui qui règle l'intensité de la prise en charge. Lisez le bilan minimal en entier, et rapportez le potassium aux traitements : bas sans diurétique, il fait chercher une cause, et l'exploration précède certains traitements. Devant une résistance, vérifiez d'abord l'observance, la mesure, le sel et les médicaments. Expliquez qu'on ne ressentira rien, apprenez l'automesure et ce qu'on fait des chiffres. Et écrivez comment le diagnostic a été confirmé.

S'entraîner sur cette situation

Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.

Sources

  1. 1

    Médecine cardiovasculaire

    Collège national des enseignants de cardiologie (CNEC) ; Société française de cardiologie (SFC). 3e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Item 224 ; Item 221

    Appuie : Stratégie diagnostique, Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Synthèse paraclinique, Stratégie de prise en charge, Éducation et prévention, Communication interprofessionnelle

  2. 2
    Prise en charge de l'hypertension artérielle de l'adulte (Ouvre un nouvel onglet)

    Haute Autorité de santé (HAS). Fiche mémo, septembre 2016, élaborée avec la SFHTA.

    Passages utilisés : Technique de mesure de la pression artérielle ; Automesure tensionnelle et mesure ambulatoire ; Bilan initial

    Appuie : Stratégie diagnostique, Examen clinique, Synthèse paraclinique, Éducation et prévention

  3. 3
    Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)

    Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.

    Passages utilisés : Item 224 ; Item 221 ; Item 330

    Appuie : Stratégie diagnostique, Synthèse paraclinique, Stratégie de prise en charge