Cette fiche vous apprend à conduire la consultation de suivi d'un enfant en bonne santé autour d'une courbe qui se lit sur sa pente, de dépistages qui ont chacun leur âge, et d'une inquiétude des parents qu'il faut aller chercher. Elle suit la consultation : les 2 questions ouvertes qui l'encadrent, ce que l'enfant fait aujourd'hui, l'examen, la courbe, les examens qui se prescrivent sur un signe, les décisions, la prévention, puis le carnet de santé et ceux qui le lisent.
SommaireEnviron 10 min
- Ce qui inquiète les parents se demande d'emblée, et se redemande avant de conclure
- Ce que l'enfant fait aujourd'hui, et ce que dit son carnet
- Un examen complet, qui observe avant de toucher
- La courbe se lit sur sa pente, et non sur un point
- Un examen se prescrit sur un signe, et s'explique aux parents
- Des décisions, même quand tout va bien
- La prévention, la partie qui protège le plus et qui saute la première
- Le carnet, seul dossier commun, et l'enfant qui ne vient plus
- À retenir pour la station
Ce qui inquiète les parents se demande d'emblée, et se redemande avant de conclure
La consultation de suivi commence par une question ouverte aux parents, et se termine par une autre. La première demande ce qui les inquiète. Cette inquiétude arrive rarement d'elle-même : elle sort en fin de consultation, ou pas du tout, et si elle ne se demande pas d'emblée, elle sort à la porte.
Avant de conclure se redemande s'il reste une question. Cette deuxième question ouverte récupère ce que la première n'a pas obtenu. Elle se pose assis, avant de rendre le carnet.
Ce que l'enfant fait aujourd'hui, et ce que dit son carnet
L'alimentation se reprend en détail : le nombre et le volume des repas, le type de lait et sa préparation pour un nourrisson, la diversification et son déroulement, la place des écrans pendant les repas, et les difficultés rapportées. Sur le sommeil se demandent l'heure du coucher, la durée totale, les réveils, le lieu du couchage, et chez le nourrisson les conditions de sécurité.
Le développement se recueille sur ce que l'enfant fait aujourd'hui, et non sur ce qu'il devrait faire. Les acquisitions se font décrire par des exemples concrets. Toute régression d'une acquisition est un signal.
Le carnet de santé se regarde à chaque consultation. Les vaccinations et leurs dates, les examens obligatoires réalisés et les dépistages déjà faits s'y vérifient.
L'environnement fait partie de la consultation de suivi. Se demandent le mode de garde, l'école et ses retours, la fratrie, le tabac au domicile et les conditions de logement.
Un examen complet, qui observe avant de toucher
L'examen d'un enfant en bonne santé est un examen complet, et il se fait en présence des parents. Le poids, la taille, le périmètre crânien selon l'âge et l'indice de masse corporelle se mesurent, et chaque mesure se porte sur la courbe, qui ne se lit pas isolément. Les mesures se reportent pendant la consultation, et non après : c'est à ce moment-là que la pente se voit.
L'observation précède le toucher : le comportement, l'interaction avec les parents, le regard, la motricité spontanée et le jeu. L'examen porte ensuite sur la peau, la bouche et les dents, le cœur et les poumons, l'abdomen, les organes génitaux, le rachis et la marche.
Les dépistages ont chacun leur âge : les hanches chez le nourrisson, la vision, l'audition, le langage, la statique du rachis chez le grand enfant, et l'état dentaire. Un dépistage dont l'âge passe ne se rattrape nulle part.
Des signes évocateurs de maltraitance se recherchent à chaque examen : des ecchymoses de siège inhabituel, une discordance entre la lésion et l'explication, un retard de recours aux soins. Une discordance entre la lésion et l'explication se note.
L'enfant lui-même reçoit une explication, avec des mots de son âge, et son accord se demande aussi. Ce qui peut se laisser faire se laisse faire : le déshabillage par le parent, l'examen sur les genoux pour un tout-petit, et l'ordre des gestes du moins gênant au plus gênant.
La courbe se lit sur sa pente, et non sur un point
Chez un enfant qui va bien, l'examen le plus utile est une courbe, et elle ne coûte rien. Ce qui s'interprète en premier, c'est la trajectoire : c'est la pente qui parle, et non le point isolé.
Un enfant petit sur une courbe régulière n'a rien, un enfant moyen qui change de couloir a quelque chose. Le changement de couloir est donc ce qui se recherche.
Le poids et la taille se lisent ensemble, avec l'ordre dans lequel ils décrochent. Un poids qui fléchit avant la taille et une taille qui fléchit avant le poids n'ont pas la même signification, et cet ordre oriente le diagnostic.
La taille de l'enfant se compare enfin à celle de ses parents. Une petite taille familiale et un ralentissement de croissance n'appellent pas la même conduite.
Un examen se prescrit sur un signe, et s'explique aux parents
Chez un enfant asymptomatique dont la courbe est régulière, un bilan de principe ne se prescrit pas. Les examens se demandent selon le contexte : une recherche d'anémie chez le jeune enfant à risque, un dosage de la vitamine D selon les situations, et des explorations orientées par un signe, et non par une inquiétude seule.
Le carnet se vérifie aussi pour ses résultats. Ceux du dépistage néonatal s'y lisent, comme les examens obligatoires réalisés à leurs âges.
Avant tout examen s'expliquent aux parents à quoi il sert et ce qui sera décidé selon le résultat. Un prélèvement chez un enfant se justifie 2 fois.
Des décisions, même quand tout va bien
Une consultation de suivi produit des décisions, même quand tout va bien. Les vaccinations se mettent à jour à chaque fois, selon le calendrier en vigueur, avec le rattrapage des retards et la vérification de l'entourage.
Devant un dépistage anormal se décide une orientation, avec un rendez-vous pris et un délai adapté, car un dépistage sensoriel non suivi d'effet ne sert à rien. Une anomalie de la vision, une anomalie de l'audition et un retard de langage se prennent en charge sans attendre l'âge suivant : leur prise en charge précoce change le devenir.
Les traitements en cours se réévaluent : leur poursuite, leur adaptation au poids, qui se refait à chaque consultation, et leur durée. La consultation suivante se programme à l'âge du prochain examen obligatoire, et non « si besoin ». Ce qui a été décidé se note dans le carnet de santé, lu par tous les professionnels suivants.
Devant une difficulté sociale s'organise un lien avec la protection maternelle et infantile, avec l'accord des parents. En cas de danger pour l'enfant, ce lien se fait sans leur accord : la protection prime alors.
La prévention, la partie qui protège le plus et qui saute la première
C'est la partie de la consultation qui protège le plus, et celle qui saute le plus souvent quand le temps manque. Le couchage du nourrisson se rappelle à chaque consultation de la première année : sur le dos, dans un lit à barreaux, sans objet, dans une pièce tempérée, et sans tabac au domicile.
Sur l'alimentation s'expliquent le rythme des repas, la diversification et son calendrier, les quantités de lait, l'eau comme seule boisson nécessaire, et la place des produits sucrés. La santé dentaire se rappelle aussi : le brossage dès les premières dents, et la première consultation dentaire à l'âge recommandé.
Les conseils de sécurité suivent l'âge et la motricité de l'enfant. Ils portent sur la prévention des chutes, des brûlures, des noyades et des intoxications par les produits ménagers et les médicaments, sur le siège auto adapté, et sur la vigilance envers les objets avalés.
Les écrans se traitent comme un sujet de santé, et non comme une opinion : leur absence chez le tout-petit, leur limitation ensuite, leur absence pendant les repas et avant le coucher, et leur effet sur le sommeil et le langage. Sur la vaccination s'expliquent son intérêt, les effets attendus, le rattrapage possible, et la conduite en cas de fièvre après, qui s'explique avant.
Aux parents se dit enfin ce que l'enfant fait bien. C'est ce qui les fait revenir au rendez-vous suivant : une consultation de prévention qui ne rassure pas, visite après visite, n'est plus honorée.
Le carnet, seul dossier commun, et l'enfant qui ne vient plus
Autour d'un enfant, les professionnels sont nombreux, et le carnet de santé est leur seul dossier commun. S'y écrivent les mesures, les courbes reportées, les dépistages réalisés et leurs résultats, les vaccinations et les décisions prises, lisiblement et datés.
À la protection maternelle et infantile se demandent les examens déjà réalisés et le suivi assuré, pour éviter les doublons et repérer les absences. À l'école ou au mode de garde se demandent, avec l'accord des parents, les observations sur le comportement, le langage et les apprentissages : l'école observe l'enfant plus longtemps que n'importe quelle consultation, et ses observations sont souvent plus informatives.
Aux professionnels de rééducation se transmettent l'objectif, les éléments d'examen et la date de réévaluation. Une prescription sans objectif ne produit pas de bilan exploitable. Se coordonnent aussi l'ophtalmologiste, l'orthophoniste, le chirurgien-dentiste, et le service hospitalier quand il existe un suivi spécialisé. Se vérifie enfin qu'un enfant orienté a bien été vu, et qu'un enfant qui ne vient plus est rappelé.
Le signalement d'une situation de danger se fait sans accord et sans délai, selon la procédure en vigueur. La trace écrite de ce qui a été constaté s'écrit en termes descriptifs, et non interprétatifs.
À retenir pour la station
Demandez d'emblée ce qui inquiète les parents, et redemandez avant de rendre le carnet s'il reste une question. Faites décrire ce que l'enfant fait aujourd'hui, et tenez toute régression pour un signal. Reportez chaque mesure sur la courbe pendant la consultation : c'est la pente qui parle, et un changement de couloir compte plus qu'une petite taille régulière. Ne prescrivez pas de bilan à un enfant asymptomatique dont la courbe est régulière. Concrétisez chaque orientation par un rendez-vous, sans attendre l'âge suivant pour la vision, l'audition ou le langage. Écrivez les décisions dans le carnet, et décrivez sans interpréter ce que vous constatez.
Sources
- Pédiatrie (Ouvre un nouvel onglet)
Collège national des pédiatres universitaires (CNPU) ; Collège national hospitalier et universitaire de chirurgie pédiatrique (CNHUCP). 9e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
- Maltraitance chez l'enfant : repérage et conduite à tenir (Ouvre un nouvel onglet)
Haute Autorité de santé (HAS). Recommandation de bonne pratique, actualisation de juillet 2017.
- Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.
Les mêmes items du programme
- Anomalie du développement psychomoteurSituation de départ 115 / items communs 55, 47
- Consultation de suivi d'un nourrisson en bonne santéSituation de départ 265 / items communs 47, 48
- Prévention de l'exposition aux écransSituation de départ 323 / items communs 55, 47
- Prévention des accidents domestiquesSituation de départ 325 / items communs 47, 55
- Examen du nouveau-né à termeSituation de départ 39 / item commun 47
- Pâleur de l'enfantSituation de départ 55 / item commun 48
- Déformation rachidienneSituation de départ 65 / item commun 47
- Tâche cutanée du nourrissonSituation de départ 90 / item commun 47