Une consultation aux voyageurs commence par l'itinéraire et par le voyageur, et non par la liste des vaccins : 2 consultations pour la même destination n'aboutissent pas au même plan. Cette fiche vous apprend à recueillir le séjour et le terrain, à examiner et à choisir les rares examens utiles, puis à bâtir un plan que le délai avant le départ oblige à hiérarchiser. Elle détaille ensuite le geste vaccinal, ce que le voyageur doit retenir, à commencer par le fait qu'être né dans le pays ne protège plus, et ce qui se transmet.
SommaireEnviron 10 min
- Partir de l'itinéraire et du séjour, et non de la liste des vaccins
- Le voyageur, toutes les lignes de son ordonnance, et ceux qui l'accompagnent
- Un examen court, qui décide de ce qui peut se faire le jour même
- Peu d'examens avant le départ, et une urgence au retour
- Vaccins, paludisme, trousse : 3 axes que le délai oblige à ordonner
- Le geste vaccinal : tout ce qui le rend sûr se passe avant l'aiguille
- Ce que le voyageur retient : être né là-bas ne protège plus
- Une consultation qui se prépare et se prolonge ailleurs
- À retenir pour la station
Partir de l'itinéraire et du séjour, et non de la liste des vaccins
2 consultations pour la même destination n'aboutissent pas au même plan, parce que ce sont 2 voyageurs différents. La consultation commence donc par l'itinéraire et par le voyageur, et non par la liste des vaccins.
Sur le voyage se recueillent le pays, la région, l'itinéraire précis, la saison sur place, la durée, la date de départ, et le type de séjour : hôtel, brousse, famille, mission humanitaire. Le type de séjour compte autant que le pays.
Sur l'hébergement se recueillent l'accès à l'eau, l'électricité, la présence de moustiquaires, et l'altitude. Les activités prévues se recensent aussi : la baignade en eau douce, le contact avec des animaux, la spéléologie, la plongée.
Le voyageur, toutes les lignes de son ordonnance, et ceux qui l'accompagnent
Sur le voyageur se recueillent l'âge, les maladies chroniques, une grossesse, une immunodépression, une splénectomie, et surtout toutes les lignes de l'ordonnance. Les traitements qui abaissent les défenses ne sont pas déclarés comme des traitements, et c'est pourquoi chaque ligne se lit.
Qui voyage avec lui se demande explicitement, parce qu'on l'oublie : un nourrisson, une personne âgée. Leur statut propre se recueille comme celui du voyageur.
Les antécédents de voyage se recueillent : les vaccinations déjà faites, le carnet, les prophylaxies déjà prises, leur tolérance, et les épisodes survenus lors des séjours précédents. La tolérance des prophylaxies antérieures oriente le choix suivant.
Un examen court, qui décide de ce qui peut se faire le jour même
L'examen d'avant le départ est court, et il conditionne ce qui peut être fait le jour même. Avant toute vaccination se vérifient l'absence de fièvre, l'absence d'infection évolutive, et l'état général. La température se prend : une fièvre le jour prévu, comme une infection évolutive, fait reporter la vaccination.
Se mesurent le poids, déterminant pour les prescriptions de l'enfant, la pression artérielle, et la température. Sur la peau s'examinent une plaie, une lésion cutanée en cours de cicatrisation, et l'état du site prévu pour l'injection, qui se regarde avant de prévoir le geste.
Selon le terrain se cherchent des signes d'insuffisance d'organe, une splénomégalie, et des signes d'anémie, qui modifient le choix des prophylaxies. Chez l'enfant qui voyage s'examinent la courbe de poids, l'état d'hydratation habituel, et le carnet de santé, dont les vaccinations conditionnent le départ.
Le poids et l'état de référence se notent pour le retour. Ils serviront de comparaison si une pathologie survient au décours du voyage.
Peu d'examens avant le départ, et une urgence au retour
La consultation du voyageur comporte peu d'examens, et ceux qui existent servent à décider, pas à rassurer. Chez une personne en bonne santé, aucun bilan ne se prescrit du seul fait du voyage.
Selon le contexte, une sérologie de l'hépatite A ou B peut être demandée chez une personne susceptible d'être déjà immunisée, notamment née ou ayant vécu en zone d'endémie. Elle évite une vaccination inutile.
Chez un patient traité se vérifient la fonction du rein et du foie, avant certaines prophylaxies, et les interactions médicamenteuses, fréquentes et sous-estimées. Chez l'immunodéprimé, le niveau d'immunodépression s'évalue : il conditionne la possibilité de certains vaccins, et il relève d'un avis spécialisé.
Le retour s'anticipe dès cette consultation : la conduite devant une fièvre s'explique, et un examen destiné à rechercher un paludisme est une urgence, dont le résultat ne s'attend pas au lendemain. Un frottis négatif unique n'élimine pas le diagnostic, et il se répète selon la clinique.
Vaccins, paludisme, trousse : 3 axes que le délai oblige à ordonner
Le plan se construit sur 3 axes : les vaccins, la prévention du paludisme, et la trousse. Les vaccinations du calendrier se mettent à jour d'abord, avant même les vaccins du voyage : elles sont souvent en retard chez l'adulte.
Se décident ensuite les vaccinations liées à la destination et au séjour, selon le pays, la durée, la saison et les activités, et selon les exigences d'entrée. Certaines conditionnent l'accès au territoire, et elles se vérifient.
Le délai disponible commande l'ordre. Certains schémas demandent plusieurs semaines, les vaccins vivants imposent des règles de délai entre eux, et un départ proche oblige à choisir : il n'annule pas la consultation, il oblige à hiérarchiser.
Chez l'immunodéprimé, tout change. Les vaccins vivants sont contre-indiqués, la réponse aux autres est diminuée, et un avis spécialisé s'impose.
Contre le paludisme se prescrit une prophylaxie adaptée au pays, au terrain, à la durée et aux interactions, avec sa durée de poursuite après le retour. La protection contre les piqûres se prescrit aussi : elle n'est pas une mesure accessoire, elle complète la prophylaxie.
La trousse se prépare : les traitements habituels, en quantité suffisante pour toute la durée du séjour, avec une ordonnance en dénomination commune. Une assurance couvrant le rapatriement s'y ajoute.
Le geste vaccinal : tout ce qui le rend sûr se passe avant l'aiguille
L'administration d'un vaccin est un geste bref, et tout ce qui le rend sûr se passe avant l'aiguille. Avant de préparer se vérifient l'identité de la personne, l'indication, l'absence de contre-indication, l'absence de fièvre, et un antécédent de réaction.
Sur le produit se vérifient la concordance entre ce qui est préparé et ce qui est prescrit, la date de péremption, l'aspect, la reconstitution quand elle est nécessaire, et la chaîne du froid. Un produit préparé par un autre se vérifie avant d'être injecté, et 2 produits sur un même plateau sont une erreur qui attend.
Se choisissent la voie, le site, la longueur de l'aiguille selon la corpulence, et le côté. Précèdent le geste l'hygiène des mains, l'explication à la personne, l'installation assise ou allongée, et le relâchement du membre, qui diminuent la douleur et le malaise.
Suivent immédiatement l'élimination du matériel piquant sans recapuchonner, une compression brève, et une surveillance, avec le matériel d'urgence disponible. La traçabilité termine le geste : le produit, le lot, la date et le site se portent sur le carnet et dans le dossier, car une vaccination non tracée sera refaite ou oubliée.
Ce que le voyageur retient : être né là-bas ne protège plus
Ce que le voyageur retient tient en quelques phrases, et ces phrases se choisissent. La première corrige la croyance d'être protégé parce qu'on est né là-bas : l'immunité acquise dans l'enfance décroît après des années passées ailleurs, et le voyage pour rendre visite à sa famille est celui qui expose le plus.
Contre les piqûres s'expliquent la moustiquaire imprégnée, les répulsifs cutanés, les vêtements couvrants, et les horaires d'activité des moustiques. Ces mesures s'appliquent aussi aux proches qui accompagnent. La prophylaxie s'explique avec son schéma, sa poursuite après le retour et ses effets attendus, et elle ne dispense pas des mesures contre les piqûres.
Sur l'eau et les aliments se disent la boisson en bouteille capsulée ou traitée, les aliments cuits et chauds, les fruits pelés, la glace, et le lavage des mains. Pour la diarrhée se préparent la réhydratation, d'importance particulière chez le nourrisson, les signes qui imposent de consulter sur place, et le contenu de la trousse.
Ce qui s'apprend et qui sauve : toute fièvre au retour impose une consultation rapide, et le voyage doit être signalé spontanément, même des mois après. Le plan se remet par écrit, avec le carnet complété : l'oral ne survit pas au départ.
Une consultation qui se prépare et se prolonge ailleurs
Une consultation du voyageur se prépare et se prolonge ailleurs. Au médecin traitant se demandent l'historique vaccinal complet, les traitements en cours et leurs indications, et l'état d'une maladie chronique.
Au pharmacien se demandent le relevé des délivrances, la vérification des interactions avec la prophylaxie, la disponibilité des produits, et le conseil sur la conservation pendant le trajet. Au spécialiste qui suit le patient se demande son avis sur les vaccins possibles, sur une adaptation temporaire du traitement, et sur la conduite en cas d'événement sur place : il tranche ce qui est possible chez un patient traité.
Au centre de vaccinations internationales se transmettent le terrain, les traitements, le délai, et l'itinéraire : certaines vaccinations ne sont réalisables que dans ces centres. Après la consultation, le médecin traitant reçoit les vaccins réalisés, les lots, la prophylaxie prescrite, et les rappels à prévoir.
Pour l'enfant s'anticipent le lien avec le pédiatre et la mise à jour du carnet de santé. S'écrivent enfin le carnet international quand il est exigé, et la date des rappels dans le carnet, seule trace qui suivra le voyageur : sans date de rappel écrite, le schéma ne sera pas terminé.
À retenir pour la station
Commencez par l'itinéraire, le type de séjour et le voyageur, pas par la liste des vaccins. Lisez toutes les lignes de l'ordonnance, et demandez qui voyage avec lui. Prenez la température avant toute vaccination. Mettez à jour le calendrier, puis choisissez les vaccins du voyage selon le délai disponible : un départ proche oblige à hiérarchiser. Chez l'immunodéprimé, les vaccins vivants sont contre-indiqués. Avant l'aiguille, vérifiez que le produit préparé correspond à la prescription, et tracez le lot. Dites qu'être né dans le pays ne protège plus, que la prophylaxie ne dispense pas de la protection contre les piqûres, et que toute fièvre au retour impose une consultation rapide en signalant le voyage.
S'entraîner sur cette situation
Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.
Sources
- PILLY Étudiant 2023 (Ouvre un nouvel onglet)
Collège des universitaires de maladies infectieuses et tropicales (CMIT). 2e édition, réforme R2C (Alinéa Plus).
- Prise en charge et prévention du paludisme d'importation. Mise à jour 2017 des RPC 2007 (Ouvre un nouvel onglet)
Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF). Mise à jour 2017 des recommandations de pratique clinique de 2007.
- Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.
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